Vitalité et virtuosité,
Je reviens d'un petit séjour intense de trois jours à Disneyland et j'ai envie de dormir pendant les quinze prochaines heures MAIS comme je vous aime beaucoup, je vais sacrifier l'énergie qui me reste et ne pas vous faire attendre plus longtemps (Moi, dramatique ? Absolument pas)
Un énorme merci Jiwalumy, Fleur d'Ange, Phyladelphia, Gerhardt, Lestrange-maria et DI5M pour vos messages qui me font toujours tellement plaisir ! Merci de me suivre avec autant d'assiduité **cœurs**
Playlist musicale et montage du chapitre à retrouver en lien sur mon profil !
Bonne lecture !
XXIX. La Croix et La Bannière
Certains jours, Tracey Davis se demandait pourquoi elle avait décidé de travailler au Services des Pathologies Mentales Non-identifiées de Ste-Mangouste.
Aujourd'hui était assurément l'un de ces jours. On l'avait pourtant prévenu dès son arrivée, le travail dans ce service était intense. Elle avait chassé ces avertissements d'un revers de la main, persuadée de pouvoir y faire face.
Edna Beamish, une autre interne, avait écarquillé les yeux lorsque Tracey lui avait révélé qu'il s'agissait du premier service auquel elle avait postulé.
« Dans ce cas, tu as bien ta place parmi ces gens. » avait répliqué Edna d'un ton condescendant.
Edna avait apparemment raté le concours d'entrée au Service des sortilèges, l'un des plus prisés de Ste-Mangouste. Seuls les étudiants en Médicomagie les plus brillants réussissaient les tests d'admission de ce département. Son classement avait été également trop bas pour ses choix secondaires.
Il existait deux services distincts pour les troubles mentaux au sein de l'hôpital. Celui des Troubles Psychomagiques, où étaient traités les patients de Sang-Pur, et le Services des Pathologies Mentales Non-identifiées, situé au dernier sous-sol. Contrairement à ce que ce nom indiquait, la plupart des patients avaient un diagnostic connu. L'hôpital ne voulait simplement pas dépenser des ressources pour la population impure, et ces derniers étaient entassés et laissés à l'abandon, faute de personnel.
« Davis, attendue au bloc B. » résonna une voix haut perchée aux oreilles de Tracey.
La voix provenait d'un parchemin plié qui imitait la forme d'un oiseau. Il virevolta pendant quelques secondes autour de Tracey avant de se désagréger dans l'air, laissant une odeur de brûlé derrière lui. Les oiseaux en parchemin étaient le moyen de communication principal de l'hôpital. L'efficacité de ces messagers variait selon la qualité du parchemin. Il était fréquent que ceux du service de Tracey se désagrègent avant même de transmettre l'intégralité du message ou qu'ils se trompent de destinataires. Ces cas donnaient généralement lieu à des situations problématiques.
Tracey traversa les longs corridors sans vie du service, à la recherche du bloc B. Elle avait un piètre sens de l'orientation et même après un mois dans le service, elle parvenait encore à se perdre. Après dix minutes, elle trouva finalement le bloc B. Essoufflée après sa course, Tracey se dirigea vers sa superviseure, l'Infirmage-en-chef Pelagia Triggs.
« Davis, tu t'occupes d'administrer les traitements dans ce bloc, aujourd'hui. » prévint cette dernière, l'observant à peine, les yeux rivés sur un rouleau de parchemin. « Attention à Walters, il est un peu agité, ce matin. »
Tracey hocha la tête et agita sa baguette en direction d'un chariot où des fioles nomenclaturées étaient soigneusement disposées. Elle observa ses alentours, ne sachant pas par où commencer.
Tout le staff du service était toujours très occupé et les superviseurs prenaient rarement le temps de former les internes comme elle. Le protocole adéquat voulait qu'elle soit accompagnée par un Guérisseur ou une Infirmage pour exécuter certaines tâches. Le manque de personnel rendait néanmoins ce type d'organisation difficile. Très vite, Tracey avait dû apprendre à se débrouiller seule et malgré sa motivation, elle craignait de faire des erreurs.
Elle se dirigea vers les chambres du bloc B, suivie par le chariot qui provoquait des grincements insupportables. Parfois, elle avait davantage l'impression d'être dans une prison que dans un hôpital. Toutes les chambres étaient barrées par de larges grilles métalliques. Un sort de protection magnétique avait été appliqué sur les barreaux. Si un patient avait le malheur de les toucher, il recevait un maléfice cuisant qui l'assommait brièvement, et le laissait étourdi pendant des heures. Une manière drastique et quelque peu douteuse de gérer le problème de surpopulation du service et de limiter l'intervention humaine.
Elle commença à administrer les potions aux patients de chaque chambre, s'appliquant à suivre les règles de sécurité qu'on lui avait données lors de sa première semaine de formation. Cette tâche était toujours des plus délicates car certains patients ne voulaient pas obtempérer. Elle devait régulièrement négocier pour qu'ils prennent leurs traitements. Le reste du temps, elle devait utiliser des sorts pour les maîtriser physiquement pendant qu'un collègue entrait dans la cellule pour forcer le patient à prendre les potions.
A son passage, Tracey entendit le patient surnommé Walters crier pour attirer son attention. Elle s'approcha des barreaux.
« Tout va bien, Walters ? » demanda-t-elle d'une voix douce.
Elle faisait toujours attention à son ton lorsqu'elle parlait aux patients. La majorité du personnel agissait de manière si machinale et détachée qu'elle comprenait que les patients se sentaient déshumanisés.
« Ils sont là. » murmura l'homme. « Ils sont là pour moi. »
Il était recroquevillé dans un coin de la chambre et son visage affichait une mine préoccupée.
« Vous voulez que j'appelle l'Infirmage Triggs, Walters ? » demanda Tracey.
L'homme secoua la tête.
« Non… Pas elle… » s'exclama-t-il avec un gémissement. « Elle est avec eux. »
« Très bien, mais dans ce cas vous devez prendre vos potions, Walters. Je vais retirer l'enchantement de la grille. » annonça Tracey d'une voix prudente.
Walters se releva et s'approcha de la grille en claudiquant. Malgré son uniforme échevelé, il sembla soudainement très calme. Étrange, pensa Tracey. Lui faire prendre ses potions relevait toujours du parcours du combattant. Walters observa Tracey en silence pendant qu'elle plaçait sa baguette sur les barreaux. Ces derniers clignotèrent brièvement. Walters glissa sa main à travers les grilles d'un geste prudent, comme s'il craignait de se brûler. Tracey lui tendit l'une des fioles, qui contenait un mélange de neuroleptiques, utilisé pour le calmer et prévenir ses hallucinations.
Alors que Tracey lui tendait la fiole, Walters engouffra son deuxième bras à travers la grille et saisit violemment le col de sa blouse. Le visage de Tracey rencontra violemment les grilles, et son oreille siffla douloureusement à l'impact.
« Vous devez m'aider, ils vont me trouver si je ne sors pas d'ici, maintenant ! » s'écria Walters d'une voix paniquée à l'oreille de Tracey qui gémit de douleur.
Tracey tenta de se défaire de son étreinte mais sa poigne sur son col était trop forte. Elle tenta de plaider, mais l'homme ignora ses supplications, semblant perdu dans un état délirant.
Malgré son léger étourdissement, elle eut la présence d'esprit de tâter le mur et de presser le bouton d'urgence placé à côté de l'ouverture. Quelques secondes plus tard, du coin de l'œil, elle aperçut deux employés accourir à toute allure. L'un d'eux jeta un maléfice en direction des mains de Walters qui lâcha le col de Tracey, hurlant de douleur, des cloques rouges apparaissant sur sa peau. Le Guérisseur fit disparaître les grilles et propulsa Walters dans le lit d'un coup de baguette, immobilisé.
« M…Merci. » bredouilla Tracey, encore choquée par cet assaut soudain.
« Attachez-le au lit. » ordonna la superviseure Triggs qui venait d'apparaître derrière Tracey, probablement alertée par le bouton d'urgence.
Les deux Guérisseurs attrapèrent Walters qui commença à se débattre avec virulence.
« Je l'ai stupefixié mais il ne s'arrête pas ! » prévint l'un des Guérisseurs, alarmé.
En temps normal, un sort de Stupéfixion faisait entrer la victime dans un état second.
« Comment est-ce possible ? » bredouilla Tracey, désemparée, sans quitter Walters des yeux qui se débattait avec une force surréelle.
« Dans le cas de certains patients, ces sorts ne sont pas immédiatement efficaces. Ça arrive parfois chez les patients souffrant de schizophrénie. » expliqua la superviseure d'une voix impatiente à l'attention de Tracey.
Elle attrapa deux fioles sur le chariot de potions qui s'était encastré sur le mur.
« Attachez-le fermement. » ordonna-t-elle aux Guérisseurs.
Tracey observa Walters tandis que des lianes étaient conjurées autour de son corps, l'immobilisant sur le lit.
« Leur force est démultipliée pendant les crises, et il faut parfois en mettre une deuxième couche pour que ça fonctionne. » poursuivit l'Infirmage-en-chef.
Walters avait cessé de bouger mais bredouillait des paroles incompréhensibles. Son agressivité semblait toutefois être redescendue d'un cran.
« Les schizophrènes ont l'impression que leur corps et leurs esprits se brisent en mille morceaux quand ils sont dans cet état. Quand ils sont attachés, ça les aide à se ''rassembler'' et à ne faire qu'un plus rapidement. » expliqua la superviseure à l'attention de Tracey.
Elle brandit la fiole, forçant Walters à ouvrir la bouche, avant de vider le contenu à l'intérieur de sa gorge. Ce dernier l'avala sans broncher. Quelques secondes plus tard, il sembla se détendre complètement. Les deux Guérisseurs le relâchèrent, toujours sur le qui-vive.
« Je t'avais dit qu'il était agité, Davis. » rappela la superviseure d'une voix sévère.
Tracey hocha la tête, déboussolée. Son cœur battait encore la chamade dans sa poitrine.
« Désolée, Infirmage Triggs. Je ferais plus attention la prochaine fois. » articula-t-elle avec embarras.
« Tu ne vas pas faire long feu ici si tu t'entêtes à vouloir jouer le rôle de la bonne amie. N'oublie jamais que ces patients peuvent devenir très dangereux dans certaines circonstances. Nous ne sommes pas aussi stricts par choix. C'est pour des raisons de sécurité. C'est mieux pour nous et plus important encore, c'est mieux pour eux. »
Tracey acquiesça de nouveau, pour indiquer qu'elle comprenait. Elle trouvait aberrant d'attendre de se faire attaquer par un patient pour recevoir une formation digne de ce nom. Sa superviseure prenait rarement du temps pour expliquer ces choses pourtant cruciales.
« Retourne en réception. Il y a de la paperasse à terminer. Williamson va terminer les traitements. » avisa l'Infirmage-en-chef.
Tracey jeta un dernier regard vers Walters avant de s'éloigner à toute vitesse pour retrouver le hall principal de l'étage. Elle soupira de frustration. Elle avait l'impression d'être incompétente. C'était par conviction qu'elle avait décidé de se lancer dans la Médicomagie. La Psychomagie, en particulier, avait toujours été une discipline qui la touchait personnellement. Pendant presque toute son enfance, elle avait vu sa mère souffrir de dépression extrême. Cette dernière s'était ôtée la vie quelques jours avant le douzième anniversaire de Tracey.
Un an plus tard, le père de Tracey avait décidé de les faire déménager. Ils avaient quitté Trinité-et-Tobago, leur île d'origine située dans les Caraïbes, en direction du Royaume Uni. Son père avait obtenu une opportunité rare au sein de la plus grande nation purifiée du monde. Le régime acceptait parfois une immigration limitée pour les travailleurs désireux de gagner leur pain dignement. Après tout, ils étaient de sang pur. Ils n'auraient pas de problèmes, avaient-ils pensé. Pourtant, l'arrivée avait été des plus rudes et le choc des cultures, difficile à vivre. Sur son île, elle n'avait jamais été confrontée aux clivages entre les statuts de sang.
Tracey était entrée à Poudlard, en seconde année. Elle était restée discrète pendant la majorité de sa scolarité, ne voulant pas se faire remarquer et désireuse de s'intégrer. Deux ans après l'obtention de son diplôme, on avait surpris son frère avoir des propos problématiques à l'encontre du régime. A cause de leur statut d'immigrés, ils étaient regardés avec davantage de méfiance, malgré leur sang pur. On avait apposé la mention de Traîtrise sur leur dossier.
Tracey soupira tandis qu'elle rejoignait la réception. L'autre interne, Edna, observa d'un air impérieux son apparence échevelée. Tracey grimaça tandis qu'une substance non identifiée coulait sur sa nuque, provenant du chariot à potions. Elle tenta d'ignorer la sensation écœurante de la texture gluante.
Le reste de la matinée se déroula sans heurts pour Tracey. Elle fut reléguée à une tâche moins stressante - la vérification et le classement des gigantesques piles de dossiers qui ne désemplissaient jamais.
Elle était toujours sidérée du contenu de certains dossiers. Certains patients étaient écartés par leur famille, qui n'avaient ni les ressources ni les connaissances pour s'occuper de leurs troubles. Certains étaient tout simplement abandonnés, sans visite de leurs proches depuis des années, laissés à la tutelle de l'hôpital. Elle éprouvait une pitié intense envers ces personnes traitées comme des parias, et tenues à l'écart de la société comme de vulgaires déchets.
Régulièrement, les patients de longue date étaient ''renvoyés en liberté'' sous prétexte qu'ils étaient désormais ''aptes'' à s'occuper d'eux-mêmes. Il s'agissait en réalité d'un moyen de libérer un service déjà trop saturé. Quiconque travaillait au service savait que la probabilité de survie pour ces personnes était faible dans les rues impitoyables du régime.
« Vitalité et virtuosité. » lança une voix douce, l'extirpant de sa lecture de dossiers.
Tracey leva les yeux, décontenancée par cette salutation inédite. Elle croisa deux grands yeux bleus appartenant à une jeune femme. Ses longs cheveux blonds étaient si clairs qu'ils en paraissaient blancs. Ils avaient été ramenés en une longue queue de cheval lui atteignant presque le bas du dos. Elle portait une blouse turquoise. Une Médicomage, songea Tracey en reprenant une posture plus sérieuse, comme à chaque fois qu'elle voyait un supérieur hiérarchique. Elle n'avait pourtant jamais vu une Médicomage de la sorte. Elle portait des boucles d'oreilles en forme de radis et des bottes de pluie d'un jaune canari. Et comme si ces accessoires n'étaient pas assez excentriques, elle avait revêtu au-dessus de sa tête une paire de lunettes colorées avec une monture dorée ressemblant aux doigts d'une main.
« Excusez-moi. Je sais que l'heure des visites est terminée mais j'aimerais voir une patiente, si vous le permettez. » sollicita la Médicomage d'une voix douce, aux intonations harmonieuses.
« Oh, pas de problème, nous pouvons arranger ça, Médicomage… » commença Tracey.
Tracey s'interrompit, levant un sourcil.
« Lovegood. Luna Lovegood. » se présenta la jeune femme avec un sourire joyeux. « Merci, c'est très aimable de votre part. J'ai une petite heure avant ma prochaine intervention. »
« Dans quel service êtes-vous ? » demanda Tracey avec curiosité.
« Virus et microbes magiques. » indiqua Luna.
Tracey ne put s'empêcher d'être impressionnée. La jeune femme paraissait avoir son âge. Elle ne lui donnait pas plus de vingt-cinq ans. Sa tenue notifiait toutefois qu'elle n'était pas interne, comme Tracey. Être Médicomage à cet âge signifiait qu'elle était probablement brillante. L'une de ces ''génies'' que Edna maudissait à longueur de journée car ils avaient obtenu des places dans les services les plus plébiscités.
« Vous êtes nouvelle dans le service ? » demanda Luna, l'air pensif. "C'est la première fois que je vous vois ici. »
Tracey secoua la tête.
« J'ai commencé il y a un mois. » annonça-t-elle fièrement.
Le regard de la Médicomage s'attarda sur la blouse de Tracey, toujours maculée d'une substance gluante qu'elle n'avait pas réussi à effacer malgré de nombreux sorts. Tracey se sentit soudainement très consciente de son image. Elle devait paraître ridicule et peu professionnelle.
Elle attrapa une mèche de cheveux crépue qui dépassait de son chignon, et la tritura machinalement, comme à chaque fois qu'elle était nerveuse.
« C'est une jolie blouse que vous portez, les motifs sont très originaux. » complimenta Luna.
Tracey fut prise de court par cette remarque. Cette femme avait-elle réellement confondu les tâches de la substance visqueuse sur la blouse avec des motifs ? Ou disait-elle cela pour ne pas la mettre dans l'embarras ?
« J'ai moi-même personnalisé mes blouses mais ça n'a pas plu au directeur de mon service, alors j'ai dû arrêter. » commenta Luna avec un petit soupir déçu. « Au moins, ils me laissent garder les lunettes. »
« Elles sont très originales. » assura Tracey.
Malgré leur aspect psychédélique, les lunettes lui donnaient un genre différent et rafraîchissant. Tracey, elle, n'aurait jamais osé porter quelque chose du genre. Elle n'aimait pas être l'objet de l'attention des gens autour d'elle. Elle s'efforçait de rester discrète et de ne pas se faire remarquer.
« Ce sont des lorgnospectres. » annonça joyeusement Luna. « Elles servent à identifier les Joncheruines. Elles sont particulièrement nombreuses, ici. Certains patients en ont la tête remplie. »
Tracey ignorait ce qu'étaient les joncheruines. Probablement un virus ou un microbe.
« Quel patient voulez-vous voir ? » demanda Tracey.
« Pandora Lovegood. Elle a été admise hier matin. » répondit Luna.
Tracey consulta le registre des patients. La dénommée Pandora Lovegood était intégrée en soins préventifs. Ces soins ne duraient généralement que quelques jours. Ils étaient réservés aux patients qui n'étaient pas un danger pour eux et les autres en temps normal mais qui traversaient un épisode nécessitant une prise en charge temporaire.
« Vous êtes de la même famille ? » demanda Tracey, avant de pouvoir s'en empêcher.
Elle était parfois trop curieuse, pensa-t-elle en se donnant une claque mentale.
« C'est ma mère. » répondit Luna, ne semblant pas froissée par son indiscrétion.
« Oh… Je peux vous laisser y aller un quart d'heure. Je n'ai pas l'autorisation, habituellement. » se justifia Tracey en jetant des regards successifs autour d'elle pour s'assurer que l'Infirmage-en-chef n'était pas dans les environs.
« C'est gentil de votre part, Miss… ? »
« Davis. Tracey Davis. » répondit Tracey. « Vous savez où la trouver ? »
« Oui, je connais bien le chemin. »
Elle adressa un sourire à Tracey avant de s'éloigner sous le regard un peu hagard de cette dernière, déconcertée par cette interaction étrange mais plaisante. Entre les patients, le personnel et les superviseurs, elle avait peu de conversations agréables pendant son service. Cela lui remonta le moral.
Le lendemain, Luna fut de retour en début de soirée. Comme la veille, elle arriva après les heures de visite autorisées. Après une brève discussion sur son talisman en forme d'œil de salamandre, Luna se rendit dans la chambre occupée par sa mère.
Au fil des mois suivants, les deux femmes développèrent une amitié. La mère de Luna souffrait de dépression chronique sévère et était régulièrement admise au service pendant ses épisodes graves. A chacun de ses séjours, Luna lui rendait visite quotidiennement, malgré son emploi du temps surchargé.
Parfois, Tracey les observait en silence, ne voulant pas se faire remarquer. Elle était touchée par la douceur et la patience de Luna lorsqu'elle interagissait avec sa mère ou les autres patients qu'elle croisait. Elle réagissait avec sérieux et empathie face aux paroles que d'autres auraient qualifié de ''délires''. Tracey voyait peu de gens traiter les patients de cette manière. Comme des êtres humains, et pas simplement des fous ou des parias.
Luna était l'image parfaite qu'elle se faisait d'un Médicomage - quelqu'un d'altruiste et de profondément désintéressé. Après toutes ses déceptions et ses illusions perdues depuis son entrée dans le secteur sanitaire, Tracey était heureuse de constater qu'il existait encore de l'espoir.
Après ses visites, et entre deux interventions, Luna prenait toujours le temps de discuter avec elle. Parfois, elles se donnaient rendez-vous à la cafétéria bondée de Ste Mangouste, pour partager une tasse de thé.
Tracey était fascinée par son parcours. Voir une sorcière de rang inférieur devenir Médicomage dans un régime des plus hostiles était extrêmement motivant et admirable. Malgré ses accomplissements et son intelligence, Luna était humble et accessible. Elle semblait voler au-dessus de la négativité que son statut de sang provoquait. Elle avait un regard rafraîchissant et positif sur le monde qui l'entourait. En Luna, Tracey retrouvait les raisons qui l'avaient poussée à devenir Infirmage.
Tracey fut horrifiée d'entendre certaines remarques déplacées d'autres collègues au sujet de Luna. A chaque fois, Tracey les réprimandait sèchement, s'attirant des regards surpris ou moqueurs. Elle fut particulièrement enragée d'entendre Edna la surnommer Loufoca à voix haute après l'un de ses passages au service. L'aigreur et la jalousie d'Edna étaient évidentes. Elle passait son temps à tout critiquer dans le service. Rien ne semblait échapper à son venin.
« Détends-toi, Davis. » pouffa un jour Edna. « Et fais attention, à force de la défendre ainsi, les gens commencent à se demander s'il se passe quelque chose entre vous. »
Tracey ouvrit la bouche, trop choquée pour pouvoir riposter.
« Q…Quoi ? » balbutia Tracey.
Edna ricana, tandis qu'elle plaçait les potions fraîchement préparées sur les chariots dédiés.
« Médicomage Lovegood et moi sommes amies. » s'offusqua Tracey.
« C'est pour cette raison que tu la regardes avec ces yeux de salamandre fascinée dès qu'elle arrive ici ? » ironisa Edna. « Quand comptes-tu lui avouer ta flamme ? »
Tracey garda le silence, prise de court devant ses paroles.
« Mais j'ai une bonne nouvelle pour toi. J'ai entendu qu'elle aimait les femmes. Vous vous êtes bien trouvées, mine de rien. »
Edna s'éloigna, poussant son chariot avec un rire moqueur, tandis que Tracey restait figée sur place, hébétée et furieuse.
Pendant le reste de la journée, Tracey ne parvint pas à se sortir les paroles d'Edna de l'esprit. Oui, elle aimait passer du temps avec Luna. Oui, elle la trouvait incroyablement brillante et intéressante mais ça ne signifiait absolument rien. Elle avait du respect et de l'admiration pour elle, rien de plus. Il n'y avait rien de vrai dans ces accusations. Edna était une peste, une mauvaise langue, et Tracey n'allait pas la laisser colporter des fausses rumeurs à son sujet sur leur lieu de travail.
Malgré sa décision de ne pas laisser les méchancetés d'Edna l'atteindre, Tracey ne put s'empêcher de penser à l'implication de ses paroles. Elle n'aimait pas les femmes. Du moins, pas à sa connaissance. En vérité, Tracey n'avait pas beaucoup d'expérience sentimentale. Son dernier rendez-vous avec un homme remontait à plus d'un an. A l'époque, elle avait voulu stopper les moqueries de ses deux frères qui prétendaient constamment qu'elle deviendrait une vieille fille si elle continuait sur cette lancée. Son rencard avec un ancien condisciple de Poudlard avait été un fiasco total. Dès qu'il avait appris son nouveau statut de Traîtresse à son sang, son ancien camarade avait complètement changé d'attitude à l'égard de Tracey. Il avait prétexté une envie pressante et n'était jamais revenu à la table du petit café dans lequel ils s'étaient retrouvés.
L'expérience avait laissé à Tracey un arrière-goût particulièrement amer. A son retour chez elle, elle avait prétendu auprès de ses frères ne pas être intéressée par l'homme, ce qui n'était techniquement pas un mensonge. Elle n'avait pas voulu leur raconter la vérité humiliante et leur donner une raison supplémentaire de la charrier.
Son père avait voulu la consoler en affirmant qu'elle avait encore tout le temps pour ces choses. Évidemment, il n'était probablement pas pressé de la voir quitter le domicile familial. Depuis la mort de sa mère, Tracey avait été en quelque sorte une figure maternelle de remplacement pour ses frères cadets. Pendant son adolescence, elle avait rapidement dû endosser le rôle d'une adulte. Son père travaillait énormément, cumulant parfois deux ou trois emplois pour subvenir aux besoins de sa famille. Tracey n'avait que faire de la pression externe sur sa vie sentimentale. Elle voulait trouver quelqu'un qui lui plaisait réellement.
Le jour suivant, lorsqu'elle croisa Luna dans la cafétéria de l'hôpital, Tracey sentit ses joues se réchauffer. Pendant un court instant, elle fit mine de ne pas la voir. Elle ne put pourtant pas ignorer les gestes de Luna, qui lui faisait signe d'approcher. Tracey la rejoignit à la table, posant son plateau face au sien.
« Tu devrais goûter la gelée à la citrouille. Elle est particulièrement engluée, aujourd'hui. » avisa Luna de son éternel air rêveur.
Tracey ne put s'empêcher de sourire devant la remarque. Elle pouvait toujours compter sur Luna Lovegood pour repérer des détails originaux, auxquels personne ne portait vraiment attention.
Elle se surprit à observer attentivement Luna pendant qu'elle décrivait son intervention sur un sorcier d'âge avancé, afin de retirer un kyste draconien sur sa fesse droite qui l'avait empêché de s'asseoir pendant trois ans.
Tracey n'avait jamais remarqué à quel point elle était jolie, avec ses grands yeux bleus expressifs, la douceur et la gaieté qui se dégageaient de ses traits lorsqu'elle parlait ou encore ses longs cheveux blonds coiffés dans une longue tresse négligée.
« Tout va bien ? Tu as l'air bien pensive aujourd'hui. C'est vrai que c'est la saison des nargoles. Ils sont toujours plus présents à l'approche de l'hiver. » commenta Luna, examinant le poignet de Tracey, comme si elle était à la recherche du moindre signe de maladie.
Tracey sentit une sensation de chaleur la remplir au toucher de Luna. Elle se précipita de retirer sa main et secoua la tête, gênée par les pensées qui lui parcouraient désormais l'esprit.
« Non, tout va bien. J'étais de service, cette nuit. Je suis un peu fatiguée. » prétendit Tracey.
Il ne s'agissait pas totalement d'un mensonge. Après tout, elle était vraiment fatiguée. L'origine de son trouble n'était pourtant pas la fatigue. Tracey ressentait quelque chose dans l'estomac lorsqu'elle parlait à Luna ou qu'elle pensait à elle. Comme des doxys se livrant une partie effrénée de Quidditch dans son ventre. La sensation était étrange, mais agréable.
« Tu as prévu quelque chose pour le Jour de la Victoire ? » demanda-t-elle pour changer de sujet.
« Je me suis portée volontaire pour être de garde. Les admissions sont plus nombreuses
ce jour-là, alors il faut du monde. » indiqua Luna.
En raison de la recrudescence des attaques sur les Sang-Impurs pendant le Jour de la Victoire, l'hôpital était surchargé. Certains Sang-Purs se croyaient tout permis car les forces de l'ordre fermaient davantage les yeux qu'à l'accoutumée pendant ces célébrations.
« Et toi ? » demanda Luna.
« Il ne fait pas bon de sortir, alors je reste généralement chez moi. Je vis sur la colline du Quartier des Embrumes et la vue est plutôt cool, de cet endroit. J'en profite pour regarder les parades - en sécurité. » ajouta Tracey.
Luna sembla pensive.
« C'est une très bonne idée. » dit-elle.
« Si tu veux, après ton service, tu pourras m'y rejoindre. » proposa Tracey.
La proposition était sortie de sa bouche avant qu'elle ne puisse l'en empêcher. Immédiatement, elle fut traversée par un élan d'embarras, mortifiée par son attitude.
« J'adorerais ça. » assura Luna avec enthousiasme.
Tracey écarquilla légèrement les yeux, agréablement surprise.
Le lendemain, elle se réveilla avec une boule surexcitée dans l'estomac, à la fois impatiente et anxieuse à l'idée de voir Luna en dehors de l'hôpital. Est-ce que cela compterait comme un rencard ? songea-t-elle.
Tracey fut distraite pendant toute la journée, s'attirant les moqueries de ses deux frères cadets. Son père travaillait aussi ce jour-là et elle ne put s'empêcher de ressentir une angoisse certaine, comme chaque année pendant le Jour de La Victoire. Il s'agissait d'une journée dangereuse pour les gens de rang inférieur. Des Sang-purs, prêts à en découdre, trainaient dans les quartiers fréquentés par les Sang-impurs pour organiser des embuscades et passer des gens à tabac.
Après l'attentat qui avait secoué les hautes sphères du régime, les tensions étaient plus ardentes que jamais et les attaques se multipliaient aux quatre coins du territoire. On prédisait une riposte des plus violentes.
Installée sur le toit du bâtiment, Tracey attendit patiemment toute l'après-midi que la sonnerie retentisse, annonçant l'arrivée de Luna. Elle observa distraitement le défilé avec les multipliettes d'occasion que Fitzroy avait dégoté à prix cassé sur le Marché du Porc Épique, cinq ans auparavant. Elles n'étaient pas totalement fonctionnelles mais elles permettaient d'avoir une vue imprenable sur le Chemin de Traverse, à partir du toit. Ils avaient l'habitude de se relayer pour l'utilisation des multipliettes, ce qui finissait toujours par causer des chamailleries entre la fratrie.
Luna fut aux abonnés absents. A la fin de la soirée, Tracey dut se résoudre au fait qu'elle ne viendrait pas. Peut-être avait-elle un empêchement de dernière minute à Ste-Mangouste à cause d'une urgence supplémentaire ? Ou peut-être était-elle trop épuisée après une journée éreintante à venir en aide aux patients ?
Son silence radio causa toutefois un élan de déception chez Tracey.
« Pourquoi fais-tu cette tête, Cece ? » demanda son père, qui venait de rentrer après une longue journée de travail.
Il était installé devant le poste de radio, écoutant la retransmission d'un événement spécial. Tracey n'écoutait que d'une oreille mais elle crut discerner les mots ''prisonniers'' et ''sacrifice ultime''
« Juste un peu fatiguée. Je vais dormir. Bonne nuit, papa. » murmura Tracey avec un faible sourire, avant de quitter la pièce.
Le lendemain, elle retourna au travail de mauvaise humeur. Elle n'avait toujours pas reçu de hibou de la part de Luna, ce qui ne lui ressemblait pas. Elle ne la vit pas de toute la journée, même à la cafétéria.
« Alors, Davis ? Ton amie Loufoca doit être aux anges, après la compétition d'hier ? » commenta Edna d'une voix doucereuse à l'adresse de Tracey tandis qu'elles étaient affectées aux repas des patients.
Tracey lui jeta un regard confus.
« De quoi tu parles ? »
« Tu n'as pas entendu ? Son père a gagné la compétition d'hier. Il va être libéré d'Azkaban. »
Ces paroles laissèrent Tracey complètement médusée. Elle ignorait que le père de Luna se trouvait en prison. Pendant les heures suivantes, elle en apprit davantage. La compétition de la veille, organisée par le Coven sacré pour le Jour de la Victoire, fut au centre de toutes les conversations.
Ils avaient forcé un groupe de prisonniers d'Azkaban, formé de Sang-Impurs et de Dissidents, à s'affronter autour de jeux violents pour remporter leur libération. Xenophilius Lovegood avait remporté la compétition, à l'issue d'épreuves sanglantes. Une véritable victoire à la Pyrrhus – obtenue à l'issue de pertes si lourdes qu'il était impossible de s'en réjouir.
Le lendemain, Tracey aperçut la chevelure blonde de Luna au loin dans le réfectoire et elle s'empressa de la rejoindre. Elle fut surprise par son apparence. Luna affichait toujours une expression joviale et l'air défaitiste qu'elle vit sur son visage lui serra la poitrine. Tracey s'installa à ses côtés.
« Luna ? » appella-t-elle d'une voix timide.
Luna leva les yeux dans sa direction et esquissa un faible sourire même si le cœur n'y était visiblement pas.
« Tracey. Je suis désolée d'avoir raté le défilé. » dit-elle, préoccupée.
« Ne t'en fais pas pour ça. » assura Tracey. « J'ai… J'ai entendu pour ton père. »
Luna hocha la tête.
« J'imagine que tout le monde doit en parler. » dit Luna, l'air pensif. « J'ai remarqué que tout le monde me regardait. »
Tracey réalisa que tous les regards dans le réfectoire étaient rivés dans leur direction. Certaines personnes échangeaient des messes basses et d'autres la pointaient du doigt sans aucune retenue.
« Des renards. » rugit Tracey avec colère.
« C'est gentil de ta part de me défendre, Tracey. Ne t'en fais pas. Je suis habituée à recevoir de la mauvaise attention. Ça m'arrivait souvent, à l'école. »
Tracey fut traversée par un élan de pitié. Elle ignorait comment Luna faisait pour rester impassible devant le comportement de ses pairs à l'hôpital. Il semblait toutefois qu'elle n'était pas étrangère à ce genre de traitements. Tracey réalisa à quel point les humains pouvaient être abjects. Elle ressentait une révolte sans nom et le besoin pressant de la défendre et de la protéger devant ces personnes éhontées qui manquaient cruellement d'empathie.
Les jours suivants, Luna se confia auprès de Tracey sur la situation. Son père avait été condamné à la suite d'articles jugés blasphématoires dans son journal non-autorisé. On l'avait accusé d'être un dissident et sa famille avait obtenu le statut de Traîtres à leur sang. Le père de Luna avait été incarcéré à Azkaban, avec une peine excessive.
Les troubles mentaux de la mère de Luna s'étaient aggravés les années suivantes et Luna était devenue sa tutrice principale. Face à ses informations, Tracey sentit une vague de respect supplémentaire envers son amie. Malgré ses circonstances personnelles, Luna avait réussi à s'en sortir dans le milieu très compétitif et prenant qu'était la Médicomagie.
Luna confessa à Tracey son inquiétude au sujet de l'état de son père après les épreuves traumatisantes qu'il avait subi. S'il était physiquement indemne, son état mental, lui, était critique. Il souffrait d'un syndrome du stress post-traumatique et elle craignait l'impact de sa sortie.
D'autre part, le Département de la Justice Magique freinait sa sortie. Luna n'avait pas les moyens de payer les frais d'honoraires d'un Mage de loi pour réaliser les démarches nécessaires.
Tracey eut alors une idée et contacta Neville Londubat, l'un des meilleurs amis de Luna. Il venait parfois déjeuner avec Luna à Ste Mangouste et cette dernière l'avait présentée à Tracey pendant l'une de ces visites. Il aida Tracey à organiser une cagnotte pour prendre en charge les frais du Mage de Loi. Ils contactèrent plusieurs proches et collègues de Luna. A plusieurs, ils auraient plus d'impact.
« Merci pour ton aide, Tracey. Luna va vraiment être heureuse. » lui assura Neville avec reconnaissance.
« Ce n'est rien. C'est mon amie. Je suis sûre qu'elle ferait la même chose pour moi. » déclara Tracey.
Neville hocha la tête, semblant vouloir dire quelque chose.
« Je comprends pourquoi elle me parle souvent de toi. » dit-il finalement.
Ses paroles surprirent Tracey qui lui adressa un regard abasourdi.
« Elle te parle souvent de… moi ? » demanda-t-elle, déstabilisée.
Son ton était plein d'espoir, et une lueur d'amusement passa dans le regard de Neville.
« Oui. Elle t'aime beaucoup. Et j'ai l'impression que c'est réciproque. » dit-t-il avec un clin d'œil appuyé. « Elle était vraiment déçue de ne pas aller à votre rencard. »
Tracey sentit ses joues se réchauffer face aux paroles de Neville. Elle ne parvint pas à se défaire de son sourire niais pendant le reste de la journée.
Ce fut quelques jours plus tard que Tracey reçut enfin des nouvelles. A sa sortie de l'hôpital, après une journée particulièrement éreintante, elle fut interceptée par un visage familier. Quelques secondes plus tard, quelqu'un sauta à sa nuque pour l'étreindre.
Sa surprise passa rapidement tandis qu'elle reconnaissait l'effluve fruité de Luna. Lorsque cette dernière s'écarta de Tracey, son visage arborait une mine enchantée.
« Mon père a enfin sa date de libération. Il sera à la maison pour les fêtes de fin d'année, dans deux semaines. » annonça Luna avec ravissement.
Son sourire éclatant et la lueur émotionnée dans ses yeux provoqua un sentiment étrange dans l'estomac de Tracey. A cet instant, Luna lui parut plus belle que jamais. Sans crier gare, et sans vraiment réfléchir, Tracey s'approcha d'elle et pressa fermement ses lèvres contre les siennes. Elle s'écarta, choquée de son propre geste. Luna arborait la même expression stupéfaite.
« Je… Je suis désolée. » balbutia Tracey, mortifiée. « Je ne sais pas ce qui m'a pris… Je… »
Avant qu'elle ne puisse continuer à se confondre en excuses, Luna saisit son visage dans ses mains et lui donna un long baiser, interrompant son flot de paroles embarrassées.
« Ne t'excuse pas. » dit Luna avec un sourire. « Ça fait longtemps que je rêvais de faire ça. »
Tracey laissa échapper un rire nerveux mais heureux. Pendant toutes ces semaines, elle avait cru que son attirance était à sens unique. Réaliser que c'était réciproque la rendait folle de joie.
Et lorsqu'elles quittèrent l'hôpital, main dans la main, Tracey réalisa qu'elle avait enfin trouvé la personne qui lui plaisait vraiment.
/
« Monsieur Malfoy ? Miss Greengrass réclame une entrevue avec vous. » résonna une voix féminine à travers le miroir à double sens.
Draco détacha son regard du journal posé devant lui, à contrecoeur.
« Laquelle ? » demanda-t-il.
« Daphné Greengrass, monsieur. » informa l'assistante.
Draco lâcha un soupir lassé. S'il y avait une personne avec qui il ne souhaitait pas s'entretenir actuellement, c'était probablement Daphné Greengrass. Il n'avait pas apprécié son attitude déplacée lors de l'anniversaire de Pansy.
« Cela peut-il attendre demain ? Il me semble que j'ai un créneau libre dans l'après-midi. » suggéra Draco.
« A vrai dire, elle est déjà à la réception. » prévint l'assistante.
Draco jura intérieurement.
« Faites là entrer dans dix minutes. » déclara-t-il finalement.
Plus vite il en aurait terminé avec cette conversation, plus vite il pourrait passer à autre chose.
« Entendu, monsieur Malfoy. »
Le reflet du miroir cessa de briller et Draco reporta son attention sur l'article de la Gazette du Sorcier. Le journal mentionnait la découverte, dans un champ abandonné, du corps de Ludovic Verpey, un ancien ministre du Département des sports et jeux magiques, dans un état déplorable. Le peu qui restait de sa dépouille avait toutefois suffi pour pouvoir l'identifier. Son corps avait été tellement mutilé que la thèse de l'attaque par une créature magique avait été favorisée par les Aurors.
Des manticores étaient parfois aperçues dans la zone où son corps avait été recouvré, renforçant la piste d'une attaque animale. Les dernières personnes à l'avoir croisé vivant avaient insisté sur son état d'ivresse avancé. Il s'était probablement égaré dans la zone dangereuse avant d'être sauvagement attaqué par une créature sanguinaire. Les accidents de ce type n'étaient pas rares dans la région.
Il s'agissait toutefois de la version officielle partagée au public. Certaines rumeurs, provenant de cercles plus informés, prétendaient qu'il s'agissait d'un assassinat dissimulé.
« Rien d'étonnant. » avait commenté Lucius Malfoy avec dédain, la veille, pendant le dîner. « Il croulait sous les dettes à travers le pays. Je suis certain que l'un de ses créanciers a fini par s'impatienter. »
Verpey était connu pour son addiction au jeu. Il contractait fréquemment des prêts à des taux d'intérêts fulgurants auprès d'individus peu recommandables afin de sustenter son addiction. Un cercle vicieux, qui l'avait probablement mené à sa perte.
Draco ferma le journal et reprit les parchemins qui se trouvaient devant lui, se plongeant dans les notes rédigées par divers employés de l'hôtel. Narcissa Malfoy organisait le Gala de Yule, un événement mondain qui réunissait tout le gotha du régime à l'occasion des fêtes de fin d'année. Habituellement, les Malfoy ouvraient les portes de leur Manoir du Wiltshire pour une réception grandiose et extravagante, organisée pour impressionner et divertir l'élite du pays.
Cette année, toutefois, le Gala aurait lieu à l'Augurey Magistral pour des raisons de sécurité. Après l'attentat qui avait secoué le Palais de la Chimère, quelques mois plus tôt, ouvrir le Manoir au public était trop dangereux.
Un tapotement se fit entendre contre la porte.
« Entrez. » déclara Draco.
La porte s'ouvrit, et Daphné Greengrass apparut dans l'encadrure, escortée par l'assistante. Elle pénétra dans la pièce, et attendit que l'assistante ferme la porte pour se tourner vers Draco.
« Tu me fais patienter, maintenant, Draco ? » demanda-t-elle avec sarcasme, s'approchant du bureau.
« Je suis occupé. En quoi puis-je t'aider ? » demanda Draco, imperturbable.
« Je n'ai pas eu de tes nouvelles depuis l'anniversaire de Parkinson. Pas de réponses à mes hiboux, non plus. J'irais presque à penser que tu m'ignores. » ajouta-t-elle, ses yeux d'un vert perçant rivé dans sa direction.
Draco l'observa en silence pendant quelques instants, se demandant si elle était obtuse ou si elle jouait les ingénues.
« Tu réalises que j'ai dû gérer tes bévues avec Pansy ? » interrogea-t-il froidement. « Elle était furieuse. Et à juste titre. »
Daphné laissa échapper une exclamation dédaigneuse.
« Il fallait bien que quelqu'un la sorte de sa bulle de petite fille capricieuse. Je ne sais pas comment tu fais pour la supporter. » assena-t-elle avec irritation.
« Ne parle pas d'elle de cette manière. » répliqua-t-il d'un ton glacial. « Je m'attendais à mieux de ta part. Malgré vos crêpages de chignons ridicules, je pensais que tu aurais un minimum d'étiquette pour ne pas lui manquer de respect chez elle pendant un évènement qu'elle organisait et auquel tu n'étais pas conviée. »
Son ton était condescendant et infantilisant. Daphné ne parut pas apprécier qu'il s'adresse à elle de la sorte. Elle sembla toutefois ravaler sa fierté et ne répliqua pas, même s'il était évident que cela lui coûtait. Elle était toujours prudente dans sa manière de traiter avec lui.
« Que veux-tu, Daphné ? » demanda-t-il avec lassitude, sa patience inexistante.
Il savait qu'elle venait probablement pour une raison spécifique.
« Tu peux parler de mon attitude avec Parkinson. Mais qu'en est-il de la tienne avec ma sœur ? Je croyais que nous avions convenu… » commença-t-elle.
« Je me suis engagé à l'inviter, rien d'autre. » coupa Draco.
« Si tu continues à agir ainsi, elle va se décourager. Elle ne va pas attendre indéfiniment que tu lui montres de l'intérêt, Draco. » rappela Daphné.
Draco dut lutter pour ne pas lever les yeux du ciel. Il était fatigué des diatribes de Daphné au sujet de cette union souhaitée entre les Greengrass et les Malfoy. En vérité, il n'avait jamais sérieusement considéré cette idée. La feindre avait simplement été un moyen pour lui de continuer à obtenir ce qu'il voulait de Daphné, sans réellement s'engager à quoi que ce soit. L'insistance de Daphné, qui croissait au fil des jours, commençait toutefois à le fatiguer.
Leur relation charnelle avait été profitable pour lui, comme pour elle – discrète, sans attaches et sans promesses. Juste un échange de bons procédés entre deux adultes consentants qui voulaient de temps à autre satisfaire leurs besoins respectifs.
Cet arrangement s'était toutefois transformé en incommodité à cause de l'obsession de Daphné au sujet de cette union imaginaire. Il n'y trouvait plus son compte.
Et s'il acceptait sa proposition et envisageait de s'unir avec Astoria ? Cela signifiait-il que Daphné serait constamment derrière lui, tentant de faire valoir ses demandes, toujours plus significatives ? Fréquenter Astoria Greengrass était une chose mais avoir constamment sa sœur dans son sillage en était une autre.
Une chose était certaine – Draco ne la supporterait pas longtemps.
« Que doit-elle faire pour que tu la considères ? » demanda avidement Daphné. « Ou plutôt… Que dois-je faire ?
Elle s'était approchée du bureau, et sa voix s'était faite plus suave, tandis qu'une lueur charmeuse passait dans son regard vert. Elle posa sa main sur la cuisse de Draco et la remonta lentement au niveau de son entrejambe.
Draco saisit le poignet de Daphné d'un geste sec, l'empêchant d'aller plus loin.
« Je ne suis pas intéressé. » répondit-il froidement.
Daphné sembla consternée pendant un court instant, comme si elle n'en croyait pas ses yeux. Elle retira sa main d'un geste brutal, une lueur désormais furieuse dans les yeux. Elle cachait généralement bien ses émotions mais il put discerner un éclair d'humiliation sur son visage. Elle semblait froissée dans sa fierté personnelle d'avoir été éconduite de la sorte. Elle n'était pas le genre de femmes à qui l'on refusait les avances.
La vérité était qu'il n'avait plus aucun intérêt pour elle. Elle était devenue un désagrément pour lui. Il avait des choses plus importantes à gérer et ses problèmes étaient le cadet de ses soucis.
« Tu peux dire à ta sœur qu'elle arrête de perdre son temps. Je n'ai pas l'intention de la fréquenter, de la mettre dans mon lit et encore moins de l'épouser. » assura-t-il, volontairement désobligeant. « Et il en va de même pour toi, à l'avenir. »
Il savait que Daphné était entêtée et qu'il devait se montrer extrême dans ses propos et son attitude pour ne pas laisser planer le moindre doute. S'il lui laissait une seule ouverture, elle reviendrait à la charge.
Daphné sembla avoir reçu un seau rempli de vers gluants sur le visage. Il la connaissait toujours sûre d'elle, au contrôle de ses émotions. La Daphné face à lui était pourtant tout sauf calme.
Il s'en moquait royalement. Il n'était pas ici pour faire la charité à qui que ce soit. Si la dynastie Greengrass était menacée, ce n'était pas de son ressort, après tout. Il n'allait pas sacrifier ses intérêts pour des gens qui n'avaient pas réussi à penser sur le long terme. Elle devrait chercher un autre chevalier blanc pour la sauver de la déchéance. Après tout, il n'était pas le seul héritier en âge de se marier qui pouvait épouser Astoria.
« Tu…Tu m'avais promis… » bredouilla-t-elle d'une voix tremblante à cause de la colère.
« J'ai dit que j'allais considérer l'idée. C'est tout. Et tout bien considéré, ce n'est pas un choix intéressant pour moi. »
« C'est à cause de Parkinson, c'est ça ? » demanda Daphné.
Il leva les yeux au ciel. Il était clair que Pansy ne voulait pas qu'il soit attaché à la famille Greengrass. Toutefois, il ne prenait pas ses décisions par rapport aux opinions de sa meilleure amie.
« C'est ma décision. Et à moins que tu aies autre chose à ajouter, j'ai du travail. » indiqua-t-il, reprenant ses parchemins.
Son soudain désintérêt sembla mettre Daphné dans un état de fureur plus avancé. Il l'ignora et activa son miroir à double sens pour contacter son assistante.
« Vous pouvez escorter Miss Greengrass jusqu'à la sortie. Notre entrevue est terminée. » dit-il à l'attention du miroir, les yeux rivés sur Daphné, qui l'observait avec incrédulité.
« Entendu, monsieur Malfoy. Vous avez encore de la visite. Miss Weasley est à la réception. » informa la femme. « Voulez-vous la recevoir ? »
« Oui. » répondit-il.
Daphné ne pouvait pas entendre les paroles provenant du miroir à double sens. Ses yeux lançaient pourtant des éclairs dans sa direction.
« Tu le regretteras, Draco. Personne ne me ment sans conséquences. » annonça Daphné d'un ton furibond, tandis qu'elle se dirigeait vers la sortie, n'attendant pas d'être escortée.
Draco l'observa sortir en trombe, complètement déphasé par ses menaces.
Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrait de nouveau, laissant entrer Ginny Weasley. Il ne l'avait pas vue depuis la soirée chez Pansy. Elle s'était néanmoins retrouvée à plusieurs reprises dans ses pensées.
L'irritation profonde qu'il avait ressenti durant la visite de Daphné s'évapora, laissant place à de la curiosité face à la présence inopinée de Ginny Weasley.
« Valeur et vigueur. » salua-t-elle d'un ton neutre.
Il pouvait voir à son attitude qu'elle souhaitait garder ses distances. Probablement à cause de leur dernière interaction, pendant laquelle aucun d'entre eux n'avait semblé pouvoir se contrôler dans ce bureau isolé, à l'abri des regards.
« Valeur et vertu, Ginevra. » répondit Draco d'une voix calme.
Tandis qu'il l'observait, Draco réalisa qu'elle était bien loin de cette jeune femme sans manières et insolente qu'il avait rencontrée six mois auparavant. Il ignorait s'il s'agissait de son apparence physique - bien plus sophistiquée et apprêtée - ou bien son attitude et son port confiants, mais elle lui semblait très différente. Il était évident que ces derniers mois passés à fréquenter un milieu élitiste et à en apprendre les codes avaient eu un impact sur elle. Ginny retira la large cape rouge qu'elle portait et l'accrocha sur le porte manteau disposé près de la porte.
« Désolée de venir ainsi, à l'improviste. » dit-elle d'une voix flegmatique, presque transactionnelle, comme si elle venait lui parler d'affaires.
Elle paraissait plus froide qu'à l'accoutumée, comme si quelque chose la préoccupait. Elle resta debout, les bras croisés sur sa poitrine, aucune trace d'agréabilité sur son visage.
« J'ai croisé l'une des sœurs Greengrass qui sortait d'ici. » indiqua-t-elle.
« Daphné. Elle a réclamé une entrevue de dernière minute. » répondit-il, gardant une voix égale.
« Elle n'avait pas l'air très heureuse. » fit remarquer Ginny.
« La discussion n'a pas été très plaisante, je dois l'admettre. » répondit Draco avec honnêteté.
Ginny hocha la tête et garda le silence. Quelque chose la tracassait mais elle ne semblait pas savoir comment l'exprimer.
« Elle essaie de jouer les entremetteuses entre sa sœur et moi depuis des lustres. » commenta-t-il avec un soupir lassé. « Sans grand succès. »
« Donc il n'y a rien entre vous. » devina Ginny d'une voix lente. « Toi et sa sœur, je veux dire. »
« Rien que les convenances n'admettraient pas. » déclara Draco en s'enfonçant dans son fauteuil, ses doigts tapant distraitement sur le cuir.
« Et Daphné ? » interrogea Ginny, l'observant attentivement.
« Quoi donc ? »
« Était-elle aussi furieuse au sujet de sa sœur ? » demanda Ginny, qui ne semblait pas convaincue. « Qu'est-ce qu'il y a entre vous ? »
Il comprenait désormais la raison derrière la froideur qu'elle affichait depuis son arrivée dans le bureau. Elle se posait des questions - à juste titre - au sujet de ses relations avec les sœurs Greengrass après la soirée chez Pansy. La présence de Daphné dans son bureau n'en était que plus suspicieuse.
Il était quasiment certain qu'elle n'était pas au courant. Son attitude témoignait davantage des doutes d'une femme jalouse, il le savait.
« Est-ce que tu couches avec elle ? » insista-t-elle, visiblement irritée par son absence de réponse.
La question était des plus directes - mais cela ne l'étonna pas. Il devait admettre qu'une fois son manque évident d'étiquette outrepassé, sa transparence était… rafraîchissante pour quelqu'un comme lui. Il était habitué aux conversations à double sens, où l'on se faisait passer des messages de manière insidieuse et où les vraies pensées étaient toujours dissimulées.
Draco observa l'expression sur le visage de Ginny. Son faux détachement avait disparu, et ses traits affichaient désormais un mélange d'appréhension et d'offense tandis qu'elle attendait sa réponse.
Elle cherchait à être rassurée, il le savait. Il pouvait ressentir en elle toute l'insécurité d'une femme qui avait été dupée par le passé. Il était évident qu'elle était encore blessée par sa relation précédente.
Pourquoi lui révéler la vérité sur son passé avec Daphné ? songea Draco. Cela ne créerait que des complications supplémentaires. Sa mère lui avait souvent répété que lorsque la majorité des humains réclamaient la vérité, ils n'étaient en réalité pas prêts à l'entendre. Ils cherchaient du réconfort.
Omettre cette information lui permettrait de préserver les sentiments de la jeune femme. Après tout, il n'avait pas couché avec Daphné depuis son rapprochement avec Ginny. D'autre part, quelques instants plus tôt, il avait été clair sur le fait qu'il n'avait pas l'intention de revoir Daphné et poursuivre leur petit arrangement sexuel.
« Non. » répondit-il d'un ton calme en la regardant dans les yeux, sans sourciller.
Il ne manqua pas la vague de soulagement qui passa sur le visage de Ginny et il constata un changement dans son langage corporel. Elle sembla se détendre et son visage perdit cette expression froide et distante.
« Tu es venue ici pour me soumettre à un interrogatoire ? » demanda Draco avec morgue.
Elle secoua la tête, une lueur d'embarras passant dans ses yeux noisette.
« Non. J'avais besoin de te parler. » admit-elle.
Elle s'installa sur un siège face à lui, croisant ses jambes. La jupe ajustée qu'elle portait remonta légèrement sur le milieu de ses cuisses et il l'observa brièvement le geste.
Elle était particulièrement attirante avec cette tenue qui la mettait en valeur. Elle était soignée sans trop en faire, mais assez attirante pour qu'il se demande si cela n'avait pas été savamment calculé.
Elle portait une paire de bottines à talons aiguilles pointues qui appuyait le joli galbe de ses jambes sveltes. Draco avait toujours eu un penchant marqué pour les talons. Il ne trouvait rien de plus attirant et féminin chez une femme.
Il lui fut étrange de réaliser qu'il était resté de marbre devant les avances évidentes et appuyées de Daphné Greengrass, quelques instants plus tôt. Pourtant, il avait suffi qu'il pose les yeux sur Ginny Weasley et que l'effluve léger de son parfum lui parvienne aux narines, pour qu'il se sente stimulé. Même à plus de deux mètres de lui, séparés par ce large bureau sombre, elle provoquait chez lui des pensées inappropriées.
Oh les choses qu'il lui ferait, songea-t-il. Si cela n'avait tenu qu'à lui, il l'aurait passionnément embrassé jusqu'à ce qu'elle le supplie de la prendre farouchement à même ce bureau. Mais il ne tenterait rien - pas tant qu'elle n'accepterait pas de se donner complètement à lui. Comme ce jour où elle avait fait le premier pas, ne pouvant visiblement pas résister à ses pulsions. Draco reporta son attention sur le visage de la jeune femme, s'efforçant d'interrompre les divagations de son esprit.
« A quel sujet ? » demanda-t-il finalement.
« Notre marché. » répondit-elle, une frustration nouvelle apparaissant sur ses traits.
« Les conditions n'ont pas changé. Quand tu m'auras apporté des informations utiles sur Warrington, alors j'obtiendrais la Grâce pour ta famille. » répondit Draco, faisant distraitement tournoyer une plume entre ses doigts.
« Je n'ai plus accès à Mrs Warrington après tout ce qu'il s'est passé. Je ne peux plus aller au Ministère. » rappela-t-elle.
« Dans ce cas, retrouve ton accès. » déclara-t-il sur le ton de l'évidence. « Nous savions tous les deux que ce que ne serait pas facile. Je t'ai dit que je te donnerais toutes les ressources dont tu as besoin. Mais pour le reste, c'est à toi de le faire. »
Draco ne pouvait pas laisser cette attirance et cette affection qu'il ressentait pour elle, le faire dévier de ses objectifs.
« Très bien. » décréta-t-elle d'un air déterminé. « Je vais me débrouiller pour trouver quelque chose. »
Elle se releva, s'apprêtant à prendre congé. Pourtant, avant de quitter le bureau, elle revint sur ses pas, faisant face à Draco.
« Une dernière chose. Ce que je t'ai dit au sujet de Théodore et de ma colocataire… » commença-t-elle avec une soudaine nervosité. « Je… Je n'aurais pas dû t'en parler. J'apprécierais vraiment que tu gardes cette information pour toi. »
« Pansy est au courant. » répondit Draco.
Ginny grimaça.
« Elle ne dira rien. » assura-t-il.
Ginny se mordit nerveusement la lèvre, ne semblant pas convaincue.
« Et si ça peut t'éviter de te sentir coupable de m'en avoir parlé, Nott est venu me trouver à ce sujet. Si tu ne me l'avais pas dit, il l'aurait fait lui-même. »
« Théodore te l'a dit ? » répéta Ginny avec incrédulité, n'en croyant pas ses oreilles. « Pour quelle raison ? »
« Il est venu demander mon aide. Je crois qu'il n'est pas aussi discret qu'il devrait l'être avec cette fille et qu'on commence à se poser des questions. »
Un air préoccupé s'installa sur le visage de Ginny.
« Très sincèrement, si ça ne tenait qu'à moi, je le laisserais gérer seul ses problèmes, quitte à le voir couler. Mais je ne peux pas prendre le risque qu'on vienne chercher dans mes affaires à cause de sa stupidité. » répondit Draco avec agacement.
Ginny lui jeta un regard dérouté, comprenant le sous-entendu derrière ses mots. Il put discerner une vague teinte rouge sur ses joues.
« Merci. » murmura-t-elle avec reconnaissance.
Puis, après lui avoir lancé un dernier regard flamboyant, elle quitta la pièce.
/
« Ginny ! Quel plaisir d'avoir de tes nouvelles après tout ce temps ! » s'exclama Katrina Street-Porter de son éternel ton enjoué.
Ginny lui adressa un sourire éblouissant tandis qu'elles rejoignaient une table dont les banquettes imitaient la forme d'un coquillage ouvert.
« Cet endroit est adorable. » commenta Katrina en observant ses alentours avec satisfaction, visiblement intriguée par l'atmosphère.
Après sa conversation avec Draco, Ginny avait réalisé qu'elle devrait se montrer proactive si elle désirait retrouver ses connexions au Ministère et se rapprocher de nouveau de la Gouverneure Warrington.
Katrina lui était apparue comme son ticket d'entrée. Elle l'avait invitée à prendre un verre sous le prétexte de rattraper le temps perdu. Elle avait choisi la Méduse Royale, le bar à cocktail préféré de Pansy, un endroit sophistiqué et tendance qui, elle le savait, plairait également à Katrina. L'établissement imitait l'intérieur d'un aquarium. A travers les vitres qui faisaient office de murs, où voyait des créatures marines nager dans un large bassin d'eau. Sur la vitre à côté de leur table, une méduse piquante s'était collée contre le verre, ses yeux globuleux rivés sur elles.
« Tu es resplendissante. » commenta Katrina en l'observant de la tête aux pieds, un air d'approbation sur le visage.
« J'ai bien retenu tes leçons. » fit remarquer Ginny d'une voix espiègle.
Katrina avait sans doute été l'élément clef de son entrée dans le monde des Sang-Purs privilégiés du régime. Sans elle et ses conseils avisés, elle n'en serait probablement pas là. Elle avait constaté la différence flagrante de traitement qu'elle recevait, depuis. Sa relation privilégiée avec Pansy était également un gage d'accès conséquent.
Grâce à Katrina, Romilda et Pansy, elle avait appris à observer les gens de ces hautes sphères - leurs apparences, leurs mentalités, leurs attitudes, leur communication et ces codes informulés qui régissaient leurs rapports. Ginny le savait, elle ne serait jamais l'une d'entre eux. En revanche, elle saurait suffisamment les imiter pour obtenir ce dont elle avait besoin.
Tandis qu'elles sirotaient un cocktail particulièrement dosé, Ginny écouta attentivement Katrina lui raconter ses récents déboires au Ministère.
« Qu'en est-il du projet ? Tu penses que Mrs Warrington pourrait le remettre en route ? » interrogea Ginny.
« Très sincèrement, je l'ignore. L'envie est bien présente. Mais certaines personnes au Ministère ne veulent pas entendre parler d'une telle initiative, surtout avec le contexte actuel. Pour le moment, il y a trop d'opposition. » indiqua Katrina avec un soupir, tandis qu'elle sirotait le quartier de citron vert accompagnant son cocktail.
Ginny hocha la tête, sentant une vague de déception la parcourir. Ses chances de réintégrer le cabinet de Cressida Warrington en tant que Consultante lui semblaient minimes.
« J'ouvre l'œil pour toi. » promit Katrina. « S'il y a la moindre opportunité qui se libère, je ferais en sorte de lancer ton nom dans la conversation. »
« Merci, Katrina. » dit Ginny avant de prendre une gorgée de sa boisson.
« D'ailleurs, je suis en plein préparatifs pour un événement qu'organise la Gouverneure. Ce n'est pas du même acabit que le Bal de l'Ellébore, évidemment, mais ça pourrait être intéressant pour toi. » indiqua Katrina. « Ce sera l'occasion de te faire des contacts intéressants. »
Katrina sembla chercher quelque chose dans son sac et lui tendit une enveloppe. A l'intérieur, Ginny trouva un billet orné sur lequel des mots étaient inscrits :
Femmes d'Influence
Les dix étapes vers l'indépendance financière, l'autonomisation et le pouvoir pour les femmes
Apparemment, la gouverneure organisait régulièrement cette conférence qui réunissait un panel de femmes couronnées de succès dans des domaines divers et variés. Le thème de l'évènement serait centré autour des défis que les femmes rencontraient dans le monde du travail, en salariat ou en entreprenariat. Katrina travaillait activement pour recruter des panélistes intéressantes.
« Il y a un ticket VIP à l'intérieur, lui indiqua Katrina en lui adressant un clin d'œil entendu. « La gouverneure sera ravie de t'y voir. »
« Merci, j'y serai. » assura Ginny.
Elle observa d'un air distrait le billet, sur lequel le croquis d'une femme érigeait sa baguette dans l'air, créant des confettis dorés qui parsemaient le parchemin. Une idée lui vint soudainement en tête.
« Tu as dit que tu étais toujours à la recherche de conférencières, c'est bien ça ? » demanda Ginny avec curiosité. « Quels sont les critères ? »
« Des femmes qui ont une influence évidente dans leur domaine ou qui ont le potentiel d'être disruptives. » expliqua Katrina.
« Dans ce cas, j'ai peut-être quelqu'un à te proposer. » indiqua Ginny. « Tu sais que je travaille pour Pansy Parkinson ? Elle remplit tout à fait le profil. Tu la connais ? »
« Evidemment. » assura Katrina. « Mais je ne suis pas certaine que la Gouverneure veuille la voir sur son panel. Elle ne correspond pas vraiment au profil que nous visons habituellement. »
« Pourquoi ne pas faire quelque chose de plus moderne qui aurait le potentiel d'attirer un plus grand nombre de femmes ? Pansy a énormément d'influence et d'impact sur sa communauté. Avoir son nom dans la liste de panélistes pourrait vous apporter une énorme visibilité et probablement toucher un autre segment de femmes. » argumenta Ginny.
Katrina sembla réfléchir à la proposition.
« Il est vrai que la Gouverneure aimerait changer l'image de l'événement, le rendre un peu moins élitiste. Il est rare que nous ayons des panélistes qui sont dans le monde du divertissement ou de l'art. » dit-elle. « En général, ce sont des cheffes d'entreprise, des investisseuses ou des femmes d'affaires dans des secteurs très traditionnels. Et puis, il est vrai que nous voulons atteindre le plus grand nombre de femmes possible. Les ventes de billets ne sont plus ce qu'elles étaient. »
« Je suis certaine que ça va apporter un vent frais à votre panel et crois-moi, Pansy pourra facilement vous apporter des participants. La dernière conférence dont elle a été la tête d'affiche pour Sorcière-Hebdo a atteint des chiffres records cette année. » avança Ginny.
Katrina hocha la tête avec intérêt et Ginny réalisa qu'elle avait su utiliser le bon argument.
« Plus nous en parlons, plus je réalise que c'est une excellente idée, Ginny. Je vais en parler à Mrs Warrington. Je suis sûre que je peux la convaincre de laisser de côté ses opinions personnelles au sujet de Miss Parkinson pour le succès de la conférence. » décréta Katrina.
Ginny réprima son sourire victorieux à l'entente de ses paroles.
« Tu ne le regretteras pas. La conférence est en janvier, n'est-ce pas ? Je suis certaine que je peux libérer son agenda pour qu'elle y assiste. » assura Ginny.
« Ce serait une excellente nouvelle si tu y parviens, Ginny. Mais j'imagine qu'elle attend un cachet conséquent pour sa participation ? Nous avons un budget très strict, et je ne suis pas sûre qu'on puisse s'offrir quelqu'un de sa notoriété. »
« Je suis certaine qu'on peut négocier quelque chose de correct pour les deux parties. » affirma Ginny d'un ton serein.
Katrina parut heureuse de l'opportunité et Ginny fut ravie d'avoir un plan pour retrouver son accès auprès de la gouverneure Warrington. Elle devrait évidemment convaincre Pansy, ce qui ne serait pas une mince affaire, mais elle trouverait un moyen de le faire.
Elle s'étonna de la ressource dont elle avait fait preuve et sa réaction rapide pour flairer l'opportunité. Les méthodes de Draco Malfoy commençaient à déteindre sur elle.
Quelques heures plus tard, elles quittèrent le bar avec la promesse de se recontacter dans les jours à venir pour les détails de la conférence.
A sa grande surprise, deux jours plus tard, Ginny reçut une invitation officielle du cabinet de la Gouverneure destinée à Pansy et elle parcourut le parchemin des yeux avec surexcitation. Elle en parla à Romilda qui sembla un peu surprise par cette prise d'initiative soudaine de sa part. L'agenda de Pansy, lorsqu'il s'agissait d'évènements de ce genre, était généralement planifié des mois à l'avance et validé avec son publiciste au préalable.
« J'imagine que ça dépendra de Miss Parkinson. Je pense qu'on peut bouger quelques rendez-vous, ici et là. Mais très sincèrement, je ne suis pas certaine qu'elle va accepter. » indiqua Romilda, l'air hésitant.
Ginny comprit la raison de la retenue de Romilda le jour suivant. Lorsqu'elle décrivit l'opportunité à Pansy, cette dernière réagit de manière virulente.
« Hors de question que je participe à un événement de cette vieille mégère. Elle est horrible et a dit des choses atroces à mon sujet. Tu crois vraiment que je vais l'aider à faire du chiffre sur mon dos ? Jamais de la vie. » s'exclama-t-elle.
Ginny grimaça en réalisant qu'elle avait sous-estimé le conflit entre les deux femmes. Apparemment, Cressida Warrington avait eu des propos déplacés sur la chronique de Pansy, et sur les conseils qu'elle donnait aux femmes, les qualifiant de rétrogrades et superficiels.
« Je donne des stratégies à des femmes qui veulent mener une vie gratifiante, jouir des plaisirs de la vie et se sentir bien dans leur couple et dans leur foyer. Toutes les femmes n'aspirent pas à devenir chercheuses de sorts, politiciennes, ou à se saigner pour être au même niveau financier que les hommes dans une société où elles seront toujours désavantagées. » rugit Pansy, pendant une diatribe qui dura près d'une heure.
Ginny abandonna rapidement l'idée de la convaincre. Elle savait qu'elle n'y parviendrait pas. Heureusement, elle put utiliser sa carte joker en contactant directement Draco pour lui expliquer la situation et lui demander de l'assistance. Si une personne pouvait la persuader d'accepter de se rendre à cette conférence, ce serait Draco. Il répondit à sa lettre par un bref ''Entendu''.
Depuis l'anniversaire de Pansy, pendant lequel ils s'étaient fait surprendre, elle avait décidé de prendre ses distances et garder ses rapports les plus professionnels possibles.
Elle ne pouvait pas se mentir plus longtemps au sujet de son attirance pour lui. Elle ne pouvait toutefois pas prendre le risque d'oublier son objectif à cause de cette attraction qui existait entre eux. Elle ne savait pas quoi penser de leur dernière conversation au sujet de ses relations avec les sœurs Greengrass. Elle ne savait pas si elle pouvait lui faire confiance.
Il passait du chaud au froid à une allure qu'elle ne parvenait pas à suivre et cela la frustrait au plus haut point. Parfois, Ginny se disait qu'il serait plus simple de se laisser aller à ce désir impérieux. Ne disait-on pas que le meilleur moyen de résister à la tentation était d'y céder ? Lorsque les souvenirs de leurs baisers fiévreux lui revinrent en mémoire, Ginny secoua la tête, s'ordonnant intérieurement de se ressaisir et de se focaliser sur des choses plus pressantes.
Quelques jours plus tard, lorsque Ginny arriva chez Pansy en début de journée, cette dernière lui tendit le parchemin d'invitation signé.
« Je vais aller à ta fichue conférence. Uniquement parce que je pense que ça pourrait plaire à certaines de mes auditrices. J'ai assez de bon sens pour sacrifier mon égo personnel et m'afficher aux côtés de cette mégère aveugle. » dit-elle d'un ton impérieux.
Une vague de soulagement remplit Ginny et elle remercia intérieurement Draco. Elle ignorait ce qu'il avait dit pour convaincre Pansy, mais cela avait été efficace.
Le soir même, Ginny retrouva son appartement de bonne humeur, avec le sentiment d'avoir progressé davantage dans son plan pour retrouver ses connections auprès de la Gouverneure. C'était le seul moyen de recueillir les informations que Draco lui réclamait.
Ginny remonta la longue avenue du Chemin de Traverse, avant d'emprunter l'une des ruelles qui menaient au Quartier des Embrumes, presque désert.
Elle avait obtenu une autorisation particulière, dispensée par le Ministère pour pouvoir se déplacer malgré le couvre-feu imposé aux Sang-Impurs.
Une autre faveur que lui avait obtenu Draco et qui lui facilitait la vie. Elle n'avait pas besoin d'être en état de panique perpétuel, craignant d'être arrêtée par les nombreux Mangemorts qui rodaient dans les environs pour interpeller les Sang-Impurs.
Les sanctions pour une infraction au règlement variaient, pouvant aller de la simple amende à un court séjour à Azkaban, une mesure extrême mais peu surprenante. Le régime avait une justice à deux vitesses. Les sanctions n'étaient pas les mêmes selon le statut de sang. Les peines encourues par les sorciers de rang inférieur étaient démesurées.
Le père de Luna par exemple, avait écopé d'une peine de dix années d'incarcération pour des propos jugés blasphématoires dans un journal illégal. Il avait été officiellement libéré la veille. Ginny voulait laisser la famille profiter de leurs retrouvailles avant de contacter Luna pour demander des nouvelles.
Ginny réalisa avec culpabilité qu'elle était de moins en moins présente dans la vie de ses amis proches depuis qu'elle fréquentait le monde des Sang-Purs. Ils avaient l'habitude de se voir régulièrement et à présent, elle trouvait à peine le temps de leur écrire. Parfois, elle invoquait des prétextes variés pour éviter leurs invitations. Elle préférait ne pas répondre aux questions sur ses agissements actuels, craignant d'être jugée. Elle savait que ses amis seraient honnêtes avec elle, et elle n'était pas certaine de vouloir entendre cette franchise brutale. Alors qu'elle arrivait au sommet des escaliers de son immeuble, Ginny sursauta lorsqu'un homme sortit de l'ombre.
« Théodore. » reconnut-elle avec un rire nerveux. « Tu m'as fait peur. »
« Je suis désolé, Ginny. » s'excusa-t-il.
« Qu'est-ce que tu fais ici ? J'imagine qu'Hermione n'est pas avec toi ? » devina Ginny tandis qu'elle ouvrait la porte et pénétrait dans l'appartement.
Pour quelle autre raison attendrait-il son arrivée dans le hall sombre de leur immeuble ? Il secoua la tête, avant de lui emboîter le pas.
« Elle est au Manoir. C'est toi que je voulais voir, à vrai dire. » admit Théodore d'un ton hésitant.
Elle pouvait lire de la nervosité sur son visage. Elle lui jeta un regard perplexe, curieuse devant son attitude.
« J'ai une très grande faveur à te demander. » confessa-t-il. « Même si je sais que ça va te paraître complètement fou. »
Ginny lui jeta un regard étonné mais consentit à écouter sa demande. Et lorsqu'il eut terminé, Ginny l'observa d'un air complètement ahuri, se demandant s'il était tombé d'un balai et s'était cogné la tête violemment.
« C'est…complètement fou, Théodore. » murmura-t-elle.
« Je te l'avais dit. » dit-il, en passant nerveusement une main dans sa chevelure noire de jais. « J'ai vraiment besoin de ton aide. Est-ce que je peux compter sur toi ? »
Ginny hésita longuement avant de hocher la tête avec détermination.
« Tu peux compter sur moi. » dit-elle.
Vous n'en pouvez plus de moi, avec mes petits moments de suspense, je sais. Mais vous saurez tout au moment venu, je vous le promets :p
Ginny essaie de reprendre du service au Ministère avec la gouverneure Warrington. Ses distractions **tousse** Draco **tousse** ne doivent pas lui faire oublier son but premier - obtenir la Grâce ministérielle pour Bill et sa famille.
Quant à Draco, on ne va pas se mentir, il est ce qu'il est. Ce n'est pas étonnant qu'il n'ait pas voulu être transparent avec Ginny sur son passé avec Daphné. Il sait que ça va menacer ses chances avec elle.
A votre avis, est-ce que Daphné va laisser passer sa défaite aussi facilement ? Et qu'a demandé Théodore à Ginny ?
J'espère que vous avez apprécié le nouveau POV de Tracey Davis et également découvrir Luna à travers elle !
La bonne nouvelle c'est que je n'ai pas chômé pendant mon absence et j'ai déjà écrit les prochains chapitres pour me préparer à ma trêve hivernale. Je cherche juste la motivation intérieure pour les éditer et vous l'avez compris je pense, c'est le processus que je hais le plus dans l'écriture. Et comme je suis perfectionniste, ça n'aide pas. Enfin bref, on se dit à bientôt et j'attends vos avis !
A plus !
Fearless
