Valeur et vertu,

Je vous épargne la note en début de chapitre, celle de la fin est bien assez longue comme ça. Un grand merci à Jiwalumy, Fleur d'Ange et Carlita pour leurs reviews ! Bonne lecture !

XXX. Esprit de Famille

Hermione observait pensivement les milliers de points illuminés qui brillaient sous elle, à travers la vitre de la diligence. La nuit venait de tomber et le froid de décembre se faisait ressentir sur les vitres désormais givrées de la diligence.

Elle sentit du mouvement à ses côtés et elle détourna son attention de la vue du paysage distant pour se tourner vers Théodore, installé lui aussi sur la banquette. Son visage semblait plus pâle qu'à l'accoutumée et arborait un mélange entre appréhension et excitation. Hermione posa une main sur son genou.

« Comment tu te sens ? » demanda-t-elle.

« C'est difficile à décrire. » admit-il avec sincérité. « J'ai l'impression d'être à mon tout premier concert devant une foule. Sauf que la sensation est dix fois plus intense. »

Elle hocha la tête.

« Je n'arrive pas à réaliser que c'est en train de se passer. » murmura-t-il. « J'ai l'impression que je vais me réveiller d'un instant à l'autre, et qu'on va me dire que c'était juste un rêve. »

Hermione pinça son avant-bras.

« Non, ce n'est pas un rêve. » dit-elle avec amusement.

Son geste fit sourire Théodore et pour la première fois depuis le début de la journée, il sembla se détendre. Le matin même, il avait reçu un hibou de la part de Tamsin, lui donnant rendez-vous dans une taverne. Elle avait indiqué avoir eu de nouvelles importantes au sujet de Georgina.

Hermione ne savait pas à quoi s'attendre. Elle n'était même pas certaine de préférer une issue particulière. Une chose était néanmoins certaine - quoi que Tamsin ait à leur dire, Hermione serait présente pour soutenir Théodore. Il était plus vulnérable que jamais depuis la mort de sa mère et elle savait qu'il avait énormément d'attentes à propos de Georgina. Elle ne voulait pas qu'il soit déçu. Théodore prit sa main et la porta à son visage, effleurant sa peau de ses lèvres.

« Tu as parlé à ton père ? » demanda Hermione.

Théodore secoua la tête.

« Je ne veux pas lui parler de ça pour le moment. Surtout si ça ne donne rien de concret. Il doit gérer assez de choses comme ça, je ne veux pas en rajouter. » admit Théodore.

Il sembla pensif pendant un court instant.

« Retrouver Georgina était la décision de ma mère. J'ignore l'opinion de mon père sur le sujet. » poursuivit Théodore. « Je ne sais pas s'il approuve. »

Hermione hocha la tête, préférant garder son opinion pour elle. Selon elle, Theodius était le père de Georgina, et il avait le droit d'être tenu au courant d'une nouvelle aussi importante. Sans doute serait-il aussi capable de faire lumière sur l'abandon de Georgina. Même si Gislena s'était confiée en détail à Tamsin, cette dernière ne restait qu'une tierce personne, contrairement à Theodius.

Hermione pouvait toutefois comprendre pourquoi Théodore ne voulait pas déranger son père dans son deuil. Il voulait sans doute obtenir plus d'informations avant d'en discuter avec lui.

« Je suis tellement impatient et nerveux à la fois, c'est étrange. » confessa Théodore.

Hermione entrelaça ses doigts aux siens, comme pour lui communiquer son soutien.

« Merci d'être là. » dit-il dans un murmure avant de se pencher dans sa direction pour l'embrasser.

La diligence commença à amorcer sa descente, et Hermione aperçut les lumières lointaines se rapprocher rapidement, se transformant en édifices tandis qu'ils s'approchaient du sol. La diligence se posa gracieusement et roula pendant quelques mètres avant de s'arrêter complètement. La portière s'ouvrit, laissant apparaître le Mangemort qui les escortait.

Théodore fut le premier à sortir, attrapant la main d'Hermione pour l'aider à descendre la marche haute. Ils se trouvaient dans une avenue marchande, remplie d'échoppes en tout genre. Le quartier était probablement fréquenté par des Sang-Purs car les rues étaient encore animées, malgré l'heure avancée. Ils n'étaient pas impactés par le couvre-feu.

Ils repérèrent la taverne dans laquelle Tamsin leur avait donné rendez-vous. L'endroit était calme, et seules deux tables étaient occupées. A leur entrée, ils aperçurent Tamsin qui faisait de grands gestes pour attirer leur attention.

« Valeur et vigueur. » salua Théodore, tandis qu'ils prenaient place à la table.

« Valeur et vertu. » répondit chaleureusement Tamsin. « Désolée pour le rendez-vous de dernière minute. »

« Ce n'est rien. » répondit Théodore. « Qu'avez-vous découvert ? »

Hermione remarqua qu'il semblait particulièrement anxieux. Il arrivait à peine à dissimuler son agitation. Tamsin hocha la tête avec un sourire compréhensif.

« J'ai remonté la piste de l'orphelinat où ta sœur a été abandonnée et j'ai interrogé plusieurs personnes. J'ai suivi une piste prometteuse qui m'a emmenée jusqu'ici et je crois l'avoir retrouvée. Je suis quasiment sûre que c'est elle. » dit-elle avec excitation.

Théodore et Hermione échangèrent des regards interdits.

« Comment peux-tu en être certaine ? » questionna Théodore, désarçonné.

« Eh bien, je te propose d'en juger toi-même. » proposa-t-elle.

« C... Comment ça ? » balbutia-t-il.

« Elle ne devrait pas tarder. » annonça Tamsin avec un sourire.

Théodore ouvrit la bouche, semblant estomaqué.

« Je sais que c'est très rapide. Elle aussi était sous le choc mais elle s'est montrée particulièrement disposée à m'écouter. Elle est orpheline, a le même âge que toi et se fait appeler Gina. Tout colle. » assura Tamsin.

Hermione jeta un regard vers Théodore dont le visage était blanc comme neige. Elle réalisa qu'il avait totalement détaché son attention de Tamsin, l'écoutant à peine. Son regard était rivé vers la porte de la taverne qui venait de s'ouvrir, sous le retentissement d'un carillon.

Une jeune femme venait de pénétrer dans l'établissement, observant nerveusement ses alentours, comme si elle était à la recherche de quelqu'un. Du coin de l'œil, Hermione vit Tamsin lever la main en direction de la nouvelle arrivante.

Lorsque cette dernière s'approcha de leur table, et qu'Hermione put distinguer son visage, elle resta bouche bée. C'était une jeune femme à la silhouette élancée avec de longs cheveux noirs légèrement ondulés. Ce qui attira l'attention d'Hermione en premier fut sans doute ses yeux.

Leur couleur avait ce mélange singulier, et il était difficile à deviner s'il s'agissait de bleu ou de vert. La teinte exacte des yeux de Théodore. Une couleur assez rare pour ne pas la confondre.

Si ce détail n'était pas suffisant, le reste de ses traits ne fit que confirmer le lien de parenté. Leur nez était quasiment identique et le coin de ses lèvres avait ce même pli que Théodore avait. La forme de ses yeux rappelait celle de Gislena. La ressemblance était frappante. Cette jeune femme était liée à Théodore.

Quelques instants plus tôt, Hermione s'était demandée comment Tamsin pouvait affirmer avec autant d'assurance qu'elle avait retrouvé Georgina sans preuves concrètes. Elle comprenait désormais pourquoi.

« C'est donc vrai… » murmura la jeune femme, les yeux pleins d'émotion. « J'ai vraiment un frère. »

Les trois femmes observaient Théodore, attendant avec appréhension sa réaction. Ce dernier semblait complètement figé, une expression de choc extrême sur le visage.

Puis, sortant de son état de surprise, il se releva. Il s'approcha de la jeune femme et la prit dans ses bras, l'étreignant comme s'ils se connaissaient depuis toujours. Au bout d'une longue minute, il s'écarta, et ses mains restèrent sur ses épaules, ses yeux toujours rivés sur elle.

« Je ne peux pas le croire. » murmura Théodore, observant sa sœur comme si elle était un mirage, et qu'il craignait qu'elle disparaisse. « C'est vraiment toi, Georgina. »

Ses yeux chatoyaient d'un mélange de joie, de chagrin et de détresse. Hermione les observa les larmes aux yeux, bouleversée par l'émotion qu'elle ressentait chez Théodore. Elle ne pouvait qu'imaginer les sentiments qui le traversaient à cet instant présent. Elle savait qu'il retenait ses larmes. Malgré son envie de le rejoindre et le conforter, Hermione n'en fit rien, ne désirant pas interrompre leur réunion.

« Juste Gina. » indiqua la jeune femme d'une voix mélodieuse.

Elle l'observa comme un extraterrestre provenant d'une planète lointaine.

« Je n'arrive pas à croire que j'ai vraiment un frère. » chuchota-t-elle.

« Je ne te l'ai pas dit, Gina, mais Théodore n'est pas seulement ton frère. Vous êtes jumeaux. » clarifia Tamsin, d'une voix douce.

Georgina écarquilla les yeux à la révélation.

« Assieds-toi. Je suis sûre que vous avez beaucoup de choses à vous dire. » suggéra Tamsin.

« J'ai tellement de questions. » dit Gina en hochant la tête avec véhémence, avant de s'installer sur la banquette auprès de Tamsin.

Elle avait gardé la main de Théodore dans la sienne, lui jetant un regard surexcité. Immédiatement, Hermione constata qu'elle paraissait très avenante, ce qui contrastait avec le côté plus introverti de Théodore. Ce dernier observait toujours sa sœur comme s'il s'agissait d'un fantôme, visiblement trop émotionné pour dire quoi que ce soit.

Elle savait qu'il lui faudrait du temps pour se remettre du choc. Gina, elle, semblait s'être remise plus rapidement de ses émotions. Son attention se posa alors vers Hermione. Elle lui adressa un grand sourire que cette dernière lui rendit.

« Georgina, je te présente Hermione, ma petite amie. » articula Théodore, sortant momentanément de sa léthargie.

A la grande surprise d'Hermione, Georgina se leva d'un bond et fit le tour de la table pour la rejoindre. Elle la prit dans ses bras, ce qui dérouta un peu Hermione, peu habituée à ce genre de démonstration de la part d'une inconnue.

« Désolée, je fais beaucoup de câlins. » prévint Gina avec un rire nerveux.

« Ça me rappelle quelqu'un. » commenta Tamsin avec un sourire.

Hermione savait qu'elle faisait référence à Gislena, qui avait toujours été particulièrement sociable et affectueuse. Elle croisa le regard de Théodore, qui comme elle, avait saisi l'allusion. Une lueur inquiète passa dans son regard et elle devina immédiatement le contenu de sa pensée. Il se demandait si Gina était au courant du décès de Gislena.

« Toute ma vie, j'ai pensé que je ne pourrais jamais retrouver ma vraie famille. » admit Georgina en observant Théodore. « J'avais perdu tout espoir. »

Hermione ne put empêcher d'éprouver un sentiment d'inconfort. Comment Gina réagirait-elle en apprenant la vérité sur son abandon ? Elle ne pouvait qu'imaginer à quel point il serait déchirant d'apprendre que ses parents l'avaient abandonné à cause de sa condition.

Elle jeta un regard vers Théodore dont le visage s'était légèrement décomposé, probablement traversé par la même inquiétude.

« Je… Je te demande pardon. » murmura-t-il à l'attention de Gina, sa voix tremblante et dévastée.

Sous la table, Hermione attrapa sa seconde main et la serra fermement.

« Il n'y aucune excuse valable pour ce que nos parents ont fait. » professa Théodore. « Et je ne leur pardonnerai jamais pour ça. »

Gina l'observa la bouche ouverte, visiblement surprise par le dégoût dans sa voix.

« Comment ça ? Qu'ont-ils fait ? » demanda-t-elle d'une voix hésitante, jetant des regards successifs à ses trois interlocuteurs.

Ce fut Tamsin qui lui révéla la vérité, racontant le récit qu'elle leur avait rapporté. Gina sembla passer par plusieurs émotions tandis qu'elle écoutait le récit de sa naissance et de son abandon, ainsi que les raisons derrière cette décision.

« Ils m'ont abandonné parce qu'ils pensaient que j'étais une Cracmolle ? » répéta-t-elle, les yeux baissés, un air de confusion et de détresse sur ses traits.

Hermione la vit chercher quelque chose dans sa poche, les yeux résolus. Elle en extirpa une baguette magique qu'elle pointa sur la bougie éteinte posée sur la table.

« Lumos. » énonça Georgina.

Sous leurs regards ébahis, une flamme apparut, éclairant la bougie. Un long silence suivit son geste.

« Tu… Tu peux faire de la magie. » souffla Hermione, médusée.

« J'ai toujours été plus lente que les autres, à l'orphelinat. J'avais du mal à jeter des sorts mais j'y suis toujours parvenue, avec de l'insistance. Je ne suis pas Cracmolle. » annonça-t-elle.

Hermione s'empêcha de jurer. Comment une erreur de ce genre avait-elle pu être faite ? Le diagnostic du Médicomage avait-il été incorrect ? Ou avait-il fait cette déduction à cause de son retard de développement ?

Hermione observa de nouveau Théodore qui semblait avoir pris une claque en plein visage. Elle savait que cette nouvelle ne ferait qu'accroître le sentiment de culpabilité qu'il éprouvait déjà, même si rien de cette situation n'était de sa faute. Il n'avait été qu'un enfant, à l'époque, ignorant ce que les adultes tramaient autour de lui. Il avait pourtant été un dégât collatéral dans cette situation, souffrant des conséquences qu'avaient entraîné les actions de ses parents.

« Que s'est-il passé pour toi pendant toutes ces années ? » demanda Hermione.

« Personne n'a jamais voulu m'adopter. Je suis restée à l'orphelinat jusqu'à mes quinze ans. » expliqua Gina.

Malgré des placements temporaires dans diverses familles, aucun d'entre eux n'avait abouti à une adoption. Le sort des orphelins était un sort très complexe dans le régime. Lorsqu'il n'y avait aucune information sur leurs parents, aucun lien du sang ne pouvait être établi, ce qui signifiait qu'ils n'avaient pas un statut clair.

Par chance, Georgina avait été annotée comme Sang-Pur, ce qui avait aidé sa situation. Probablement les Nott, qui avaient indiqué qu'elle était pure, avant de la laisser à l'orphelinat.

Elle expliqua que malgré son statut, bien meilleur que la plupart des orphelins, ses problèmes d'attention et son retard de développement avait semblé rebuter les familles adoptives potentielles.

Après un certain âge, la plupart des orphelins étaient considérés comme trop âgés pour être ''attractifs'' aux yeux des potentiels parents, même s'ils étaient encore enfants. C'était ce qui était arrivé à Georgina. Son dernier placement avait eu lieu à ses neuf ans. Après cet échec avec la famille, elle était retournée à l'orphelinat, sans aucune perspective d'adoption. Elle y était restée jusqu'à l'aube de ses seize ans. Pendant toute sa vie, elle avait été persuadée que sa famille était morte.

Malgré l'histoire tragique derrière son abandon, Georgina semblait plus focalisée sur le fait qu'il lui restait de la famille. Gravement, Théodore lui annonça le décès de Gislena et la jeune femme resta silencieuse pendant un instant, ses yeux affichant de la confusion. Hermione éprouva un élan de sympathie et de pitié envers elle. En seulement quelques heures, elle avait été confrontée à un nombre élevé d'informations bouleversantes. Elle ne pouvait qu'imaginer l'ascenseur émotionnel qu'elle devait actuellement traverser.

« Je… Je n'en veux à personne. Je ne peux pas changer le passé, et toi non plus. » dit-elle à l'attention de Théodore. « J'aurais vraiment aimé rencontrer notre mère. Je lui pardonne. Je suis sûre que d'une manière, elle a pris cette décision pour me protéger des gens qui me voulaient du mal. »

Sa mansuétude impressionna Hermione.

« Et ton…Notre père ? » demanda-t-elle avec hésitation, comme si elle se préparait à recevoir une mauvaise nouvelle.

« Il est en vie. » lui confirma Théodore. « Tu le rencontreras aussi, quand tu seras prête évidemment. Je sais que c'est beaucoup, d'un coup. Je ne veux pas te brusquer. »

Elle lui sourit chaleureusement et la mine de Théodore sembla s'éclairer. Ils venaient à peine de se retrouver, mais Hermione pouvait remarquer qu'une intimité se formait déjà entre eux. Elle avait souvent entendu dire que les jumeaux partageaient un lien spécial.

Georgina posa soudainement sa main sur sa tempe, grimaçant de douleur.

« Tout va bien ? » demanda Théodore avec inquiétude.

Elle hocha la tête, esquissant un faible sourire.

« J'ai un peu mal à la tête. » admit-elle.

« C'est normal. » assura Tamsin. « C'est beaucoup d'informations d'un coup. Tu as besoin de digérer tout cela. »

Gina hocha lentement la tête.

« Nous pourrons reprendre cette conversation plus tard » assura Théodore. « Nous avons tout notre temps, maintenant. »

Ils échangèrent un sourire.

Quand ils quittèrent finalement le pub, la route était déserte. Gina indiqua qu'elle vivait à deux pâtés de maison et Théodore insista pour qu'ils la raccompagnent. Lorsqu'elle vit la diligence s'arrêter sur le bas-côté, elle écarquilla les yeux. Et lorsqu'ils montèrent à bord, elle observa l'intérieur avec admiration.

« Wow. C'est à toi ? » demanda-t-elle, visiblement impressionnée.

Théodore hocha la tête.

« Tu auras la tienne, bientôt. » lui assura-t-il.

Hermione les observa discuter comme des amis de longue date qui se retrouvaient après une longue absence. La soirée avait été forte en émotions. Elle était heureuse que ces retrouvailles se soient bien passées.

Lorsqu'ils déposèrent Georgina devant un immeuble grisâtre, au-dessus d'un pub surnommé l'Auberge du Chasseur, et que Théodore remonta dans la diligence, son visage affichait un bonheur extrême.

Le cœur d'Hermione se réchauffa en voyant son expression heureuse. La peine engendrée par la disparition de Gislena était profonde et elle était heureuse que cette révélation inattendue puisse l'aider à la surmonter.

Toutefois, pour une raison obscure, elle appréhendait la suite. Beaucoup de choses allaient probablement changer maintenant que Georgina était de retour.

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Drapée dans son habit de suffisance, Narcissa Malfoy balaya la salle de réception de ses yeux bleus profonds, observant avec satisfaction les festivités qui battaient leur plein. Sans surprise, l'événement était, une fois encore, un succès indéniable.

Elle avait commencé à organiser le Gala de Yule deux décennies plus tôt, dans une volonté de renforcer sa présence sur la scène sociale de l'élite du régime, après son union avec Lucius. Elle avait suivi l'exemple de sa mère, Druella Black, une fervente organisatrice d'évènements sophistiqués et extravagants.

Le plafond de la salle de bal de l'Augurey Magistral avait été ensorcelé, imitant un ciel enneigé. Des flocons tombaient de temps à autre mais se dématérialisaient avant d'atteindre la tête des convives. Des stalagmites cristallisées garnissaient les quatre coins de la pièce, donnant une impression de grotte enchantée remplie de trésors cachés.

En quelques années seulement, l'événement s'était placé comme le rendez-vous le plus important de la période hivernale parmi l'élite du régime. Il réunissait des invités de qualité - membres des Treize sacrés, de la scène politique, des magistrats et d'autres convives d'honneur qui formaient le gotha du régime. Des invités exclusifs à la hauteur d'une soirée d'exception, placée sous le signe de l'élégance et du raffinement.

Par sa mère, Narcissa avait appris l'importance d'être vue en société et de régulièrement rappeler à leurs pairs la puissance de son clan. Si la dynastie Black avait depuis perdu sa vigueur, celle des Malfoy, elle, était toujours à son apogée. Et dépenser des dizaines de milliers de gallions le temps d'une soirée pompeuse était un excellent moyen de le prouver.

Narcissa le savait, ces évènements étaient l'occasion de parader leurs accomplissements, mais également d'entretenir leur précieux réseau, une arme redoutable qu'elle s'efforçait de préserver. Les alliances étaient primordiales et elle jouait son rôle activement pour que le reste de leurs pairs sachent que les Malfoy étaient des gens à garder dans leur camp.

Ce n'était pas seulement leurs amis et leurs alliés qu'ils invitaient. Dans les cercles très restreints de l'élite, il était important de garder ses ennemis encore plus proches. C'était pour cette raison que Cressida Warrington était toujours l'une des invités d'honneur de l'événement. Son pouvoir et son influence étaient tels que ne pas l'inclure aurait été à la fois stupide et un manque d'étiquette manifeste.

Les codes étaient importants, et Narcissa n'agissait qu'à travers eux. Ses opinions personnelles, ses préférences et ses désirs étaient enfermés dans un recoin de sa tête et ne dictaient jamais ses décisions. Son devoir en tant qu'épouse d'une dynastie sacrée primait sur tout, avec tous les inconvénients et les avantages que cela impliquait.

Elle porta son verre à sa bouche, observant attentivement les convives dans la pièce. Ils jouaient tous un rôle. Il s'agissait d'une comédie à laquelle ils avaient tous accepté de participer.

« Mrs Malfoy, encore une fois, vous vous êtes surpassée. Cette soirée est exquise. Personne n'organise un bal aussi bien que vous. » s'extasia Almercia Goyle, en arrivant à sa hauteur.

Narcissa sourit légèrement. Son regard passa brièvement sur la tenue de la femme - une robe bouffie d'un vert clair qui ne mettait guère sa silhouette dodue en valeur. Les goûts vestimentaires de Mrs Goyle avaient toujours été tragiques et un sujet de moqueries parmi les femmes de haut rang.

Son mari, Eldridge Goyle, était toutefois un membre éminent du Magenmagot et les Goyle étaient l'une des familles pressenties pour rejoindre le Coven. L'éjection de la famille Black était imminente et bon nombre de familles attendaient cette occasion, qui n'avait lieu que très rarement à travers les décennies.

La dernière entrée du Coven par les Zabini en avait surpris plus d'un. Les Zabini ne ressemblaient pas aux autres familles traditionnelles des Treize Sacrés. C'était la première fois depuis l'instauration du Coven, qu'une famille d'étrangers le rejoignait.

« Almercia, je vous l'ai dit cent fois. Appelez-moi Narcissa. » insista-t-elle en lui décrochant un sourire avenant. « Vos compliments me touchent énormément. »

« Même la Gouverneure Warrington n'a rien trouvé à critiquer. » fit remarquer Thelma Selwyn, qui avait rejoint la conversation, sur le ton de la confidence.

Thelma Selwyn était discoureuse à souhait. Son commérage était presque considéré comme professionnel tant elle connaissait la vie de ses pairs. Narcissa savait que c'était le genre de personne à garder dans ses bonnes grâces car elle faisait et défaisait les réputations en société.

Elle tenait un cercle prisé rassemblant une trentaine d'épouses haut placées, qui se réunissaient une fois par mois, pour des activités variées. Malgré cette façade superficielle, l'impact de ce microcosme était non-négligeable. Après tout, elles étaient capables de chuchoter bien des choses à l'oreille de leurs maris, qui se répercutaient sur des choses très factuelles – comme des accords financiers ou politiques.

« Oh je suis certaine qu'elle trouvera quelque chose à critiquer avant la fin de la soirée. » commenta Narcissa, provoquant le rire des deux femmes.

« Narcissa, avez-vous entendu la dernière au sujet des Fudge. » demanda Thelma en baissant le ton, comme à chaque fois qu'elle s'apprêtait à déverser son venin.

« Non, éclairez-moi. »

« La petite-fille des Fudge a rompu ses fiançailles avec le fils de monsieur Croupton. On raconte qu'elle entretient une relation avec une autre homme au statut douteux. Tellement scandaleux. » commenta Thelma en secouant la tête, même si la lueur excitée dans ses yeux montrait son empressement à partager la nouvelle.

Elle secoua la tête.

« Gâcher l'opportunité d'un si beau mariage pour une amourette hasardeuse et sans lendemain. Les jeunes de nos jours n'ont vraiment pas le sens des priorités. » dit-elle.

« A quoi l'humain s'abaisse, vraiment. » commenta Narcissa en secouant la tête, feignant un dégoût poli.

« Et votre fils, Narcissa ? Il est en âge de se marier. Des prétendantes en vue ? » demanda Thelma avec un intérêt trop appuyé pour paraître désintéressé.

Avant que Narcissa ne puisse répondre, une voix douce s'éleva derrière elle :

« Mrs Malfoy ? »

Les trois femmes se retournèrent vers la personne qui les avait interrompus - Allegra McGrath.

« Navrée de vous interrompre, Mrs Malfoy. Le photographe de La Gazette aimerait prendre quelques clichés pour l'édition de demain. » informa Allegra.

« Entendu, j'arrive dans une seconde. Je vous prie de m'excuser, mesdames. J'espère que vous continuerez à profiter de la soirée. » indiqua Narcissa avant de prendre congé.

Elle traversa la salle de bal, jetant au passage saluts polis et sourire éclatants à ses convives, Allegra sur ses talons. Elles retrouvèrent le hall principal, où un groupe d'Aurors était posté. Ils étaient placés aux quatre coins de l'hôtel, afin d'assurer la protection de l'évènement. L'attentat au Palais de la Chimère était encore bien vif dans les esprits et aucun risque ne serait pris.

Narcissa remonta les marches principales d'une démarche gracieuse, avant de retrouver un petit salon privé. Allegra entra à sa suite et ferma soigneusement la porte derrière elle.

Narcissa se dirigea immédiatement vers le bar, et se servit un verre de whisky pur feu qu'elle descendit d'un trait. La sensation de l'alcool fort dans sa gorge fut particulièrement agréable. Il ne s'agissait pourtant pas d'une boisson très élégante à boire en public pour une femme sophistiquée.

« Tu avais vraiment besoin d'un remontant. » fit remarquer Allegra avec amusement.

« C'est nécessaire pour supporter le reste de cette soirée. Par Voldemort, elle devient de plus en plus insupportable. Comme si j'allais laisser mon fils unique épouser sa bécasse de fille. » commenta Narcissa en levant les yeux au ciel. « Merci de m'avoir donné un prétexte pour m'échapper. »

« Tu sais que je suis là pour ça. » dit Allegra. « J'ai dit au photographe que vous seriez prêts dans dix minutes. »

Narcissa hocha la tête.

« Lucius et Draco ? » interrogea-t-elle avant de se diriger vers un miroir imposant.

« Ils ont été prévenus. » assura Allegra en s'approchant d'elle.

Elle arrangea précautionneusement les boucles délicates de Narcissa et s'assura que la longue robe de soirée bleue en organza qu'elle portait pour l'occasion était en place.

« Tu es magnifique ce soir, Cissy. » commenta Allegra en posant ses lèvres sur sa nuque.

Narcissa ferma les yeux tandis que les lèvres de son amante effleuraient sa peau, lui provoquant un frisson délicieux.

« Pas ici. » souffla-t-elle avant de s'écarter.

Malgré son désir palpable, elle ne pouvait prendre aucun risque pendant cette soirée. Sa relation adultère avec Allegra était une information qui pouvait la détruire. Elle ne pouvait pas se permettre de mettre en péril tout ce qu'elle s'était attelée à construire tout au long de sa vie.

Lorsqu'elle fut de retour dans la salle de bal de l'Augurey Magistral, elle resta en retrait sur le balcon supérieur qui surplombait l'intégralité de la pièce. Elle prit une longue inspiration, se munissant de son plus beau sourire avant de descendre les escaliers, ses pas suivant le rythme du quartet qui avait entonné un air animé.

Elle se dirigea vers un coin de la pièce, où elle trouva Draco et Lucius, déjà réunis auprès du photographe. Chaque année, la tradition était la même. L'événement faisait l'objet d'un article-photos dans les pages Société de la Gazette du Sorcier, et les Malfoy posaient toujours pour un portrait familial. A l'œil non aiguisé, on voyait sur ce cliché la représentation parfaite d'une dynastie sacrée qui disposait de tout en apparence - l'influence, le pouvoir, la richesse. Pourtant, derrière les sourires de façade et l'apparence lisse et sans défauts, se cachaient des vérités plus sombres. Des secrets de famille qu'aucun d'entre eux ne voulait ébruiter. Et même si leurs relations étaient tendues, ils faisaient toujours front uni face au reste du monde.

« Mère, peut-on en finir avec cette photo ? » demanda Draco d'un ton irrité lorsqu'elle arriva à sa hauteur.

Pour une raison obscure, Draco était toujours irrité pendant cette période de l'année. Le Gala de Yule était pour lui une obligation exaspérante. Une soirée pendant laquelle ils devaient jouer le rôle de la famille parfaite avec plus d'entrain qu'à l'accoutumée pour convaincre le reste du monde.

« Draco, nous en avons déjà parlé. » répondit-elle entre ses dents, lui jetant un regard appuyé. « Retire cette expression négative de ton visage. Je veux te voir sourire sur la photo. »

Draco leva les yeux au ciel, mais son visage sembla toutefois perdre son expression d'irritation profonde.

« Mrs Malfoy, par ici. » héla le photographe, lui faisant signe d'approcher l'arc imposant dressé dans la salle de réception.

Lucius s'y trouvait déjà, semblant, comme à son habitude, complètement désintéressé.

« Je vous rappelle que tous les regards sont sur nous. » rappela Narcissa à voix basse, tandis qu'elle se positionnait aux côtés de son mari et de son fils.

Elle fit face à l'objectif, un sourire discret sur son visage, sa main dans celle de Lucius.

Le photographe fit plusieurs clichés, et lorsqu'il sembla être satisfait, Draco s'éloigna, visiblement pressé de quitter la présence de son père au plus vite.

« J'ignore pourquoi il est si irrité, ce soir. Évidemment, ce bal n'a jamais été l'un de ses rendez-vous favoris mais il semble particulièrement exaspéré. » murmura Narcissa à l'attention de Lucius. « As-tu une idée de ce qu'il se passe ? »

Elle observa Draco rejoindre Abraxas, à quelques mètres d'eux. Ce dernier animait une conversation avec un groupe et comme à son habitude, semblait captiver toute l'attention de son auditoire.

« Es-tu réellement en train de me demander ce qu'il se passe dans la tête de ton fils ? » interrogea Lucius d'un ton sardonique. « J'imagine que ton rôle de mère parfaite est aussi une illusion qui n'existe que dans ta tête. »

Narcissa se tourna vers lui, heurtée par ses paroles malveillantes et volontairement blessantes. Ils étaient pourtant en public et les regards étaient toujours rivés dans leur direction. Elle ne pouvait pas afficher une quelconque irritation devant son attitude. Lucius retira sa main d'un geste brusque et Narcissa observa ses alentours, pour vérifier que personne n'épiait leur interaction mouvementée.

Cette saison de l'année aurait dû être sous le signe de la gaieté et de la complicité familiale. Chez les Malfoy, c'était néanmoins tout le contraire. Il s'agissait d'une mauvaise période à passer, chaque année. Draco était particulièrement mal luné pendant cette période. Depuis son jeune âge, elle n'avait pas été synonyme de moments particulièrement heureux. Et Narcissa le savait pertinemment, même si son fils se montrait impassible, il était affecté par le manque de considération et d'amour de son père à son égard. La période de fête n'était qu'un rappel constant de leur relation tendue.

Parfois, elle éprouvait une vague de culpabilité envers Draco. Narcissa savait toutefois qu'elle ne pourrait jamais lui révéler la raison pour laquelle Lucius n'agirait jamais comme un père pour lui.

DEUX DÉCENNIES PLUS TÔT

« Qu'en pensez-vous, Mrs Malfoy ? » demanda une voix fluette, résonnant dans le silence de l'antichambre.

« Je vous demande pardon ? » demanda Narcissa, sortant de ses pensées.

Elle reporta son attention sur l'elfe de maison qui se trouvait devant elle.

« Quelle porcelaine désirez-vous offrir à Mrs. Cunningham, maîtresse ? » interrogea l'elfe d'une voix patiente, lui présentant de la vaisselle délicate.

« Peu importe. Celle-ci fera bien l'affaire. » répondit Narcissa d'une voix distraite, désignant un modèle au hasard.

Elle reposa sa tasse de thé, jetant un regard aux jardins à travers la vitre. Les hortensias avaient déjà fleuri et peuplaient désormais le jardin parfaitement entretenu. Elle détestait ces fleurs mais elle n'avait jamais osé s'opposer aux choix de la maîtresse de maison actuelle. Après son mariage avec Lucius, deux ans plus tôt, ils s'étaient installés au Manoir Malfoy, comme le sollicitait la tradition familiale.

Une fois mariés, et en attendant que Lucius reprenne le flambeau de Gouverneur des mains de son père, Abraxas, ils vivraient en leur compagnie dans le Manoir familial. En attendant, Narcissa était formée pour devenir la prochaine Maîtresse de maison, recevant les 'précieux' enseignements de sa belle-mère.

Ses rapports avec cette dernière étaient des plus tendus. Narcissa s'efforçait d'être cordiale et de lui plaire même si elle avait des opinions fondamentalement opposées sur le rôle d'une femme et d'une épouse. Isabella Malfoy n'avait jamais travaillé de sa vie et estimait qu'il s'agissait du devoir d'un homme. Elle observait avec méfiance le choix de Narcissa de poursuivre une carrière professionnelle mais n'avait jamais fait de remarque sur le sujet. Probablement parce que Narcissa avait rejoint les rangs de Machinations Malforescentes, l'entreprise familiale.

Isabella était persuadée que la carrière de Narcissa n'était qu'une distraction et une lubie ridicule qu'elle finirait par abandonner pour s'occuper de choses plus sérieuses comme sa famille et son foyer.

Parfois, Narcissa voulait rappeler à sa belle-mère que son propre mariage n'était pas aussi parfait qu'elle voulait le laisser croire. Les indiscrétions d'Abraxas étaient connues de tous et probablement par sa femme elle-même qui préférait jouer les autruches plutôt que d'affronter la vérité.

« Est-ce que mon mari est revenu ? » demanda Narcissa à l'attention de l'elfe.

L'elfe sembla un peu gênée et elle secoua la tête.

« Non, maîtresse. Le maître n'est pas rentré de la nuit. » dit-elle.

La main de Narcissa se tendit sur sa tasse de thé. Plus le temps passait, plus elle réalisait que son mariage n'était pas différent de celui de ses beaux-parents. Elle avait espéré autre chose pour elle. Toute sa vie, on l'avait préparé à être une épouse parfaite. En plus de son éducation impeccable, elle s'était efforcée de ne pas seulement être une femme d'apparence, mais également une femme intelligente, et spirituelle, qui n'avait pas seulement sa beauté et son sang exemplaire comme atouts.

Tout avait pourtant bien commencé. Pendant sa scolarité à Poudlard, Narcissa avait été flattée par l'intérêt que lui témoignait Lucius Malfoy, un jeune héritier des Treize. Malgré son égo surdimensionné, il s'était montré charmant envers elle et sa famille afin de la courtiser et d'obtenir ses faveurs.

Et lorsqu'il l'avait demandée en fiançailles, des années plus tard, Narcissa avait été persuadée d'avoir touché le gros lot. L'annonce de cette union puissante avait rendu ses parents emplis de fierté. Elle avait toujours été la seule de ses sœurs à rechercher l'exemplarité et la perfection. Tandis qu'Andromeda s'était compromise avec un homme au sang souillé, et que Bellatrix avait choisi un partenaire d'une famille sacrée sans grande envergure ni pedigree, Narcissa, elle, avait rejoint une famille sacrée originelle.

Les choses avaient rapidement changé une fois le mariage célébré. Rapidement, Lucius était devenu distant et désintéressé. C'était comme si, une fois leur union scellée, il avait perdu tout intérêt envers Narcissa, comme s'il s'agissait d'une chasse particulièrement stimulante et qu'après avoir accroché le trophée sur son mur, il était passé à autre chose.

Un affront inacceptable pour Narcissa. Elle valait tellement plus qu'un mari désintéressé qui la traitait avec indifférence et désamour. Elle avait tout essayé pour continuer à s'attirer les faveurs de son époux, mais rien n'avait semblé fonctionner. Pire encore, elle recevait désormais une pression supplémentaire de la part de ses proches pour enfanter un héritier. Ils avaient commencé leurs tentatives pour concevoir peu de temps après le mariage, sans succès.

Cet échec pesait de plus en plus sur Narcissa. La pression de sa belle-mère et ses remarques insistantes devenaient difficiles à supporter. Elle était fatiguée d'entendre sa belle-mère marteler inlassablement qu'elle était la seule fautive de cette situation.

« Si vous ne travailliez pas autant, votre esprit et votre corps seraient bien plus disposés à procréer. » lui reprochait régulièrement Isabella.

Dans ces moments, Narcissa avait envie de lui hurler que si Lucius ne passait pas son temps à entretenir d'autres femmes hors de leur union, ils n'auraient pas de problèmes.

Isabella ne trouvait jamais de fautes dans l'attitude de son fils. Si quelque chose n'allait pas, c'était forcément de la faute de Narcissa. Lucius ne faisait jamais rien de mal à ses yeux.

Pourtant, lorsque les indiscrétions de Lucius commencèrent à être discutées dans d'autres cercles que la sphère familiale, cela changea les choses pour Narcissa.

Lorsqu'elle se rendit à la présentation du nouveau-né des Cunningham, apportant sa porcelaine parfaitement emballée en guise de cadeau, elle fut accueillie par des commentaires désagréables.

« Mon mari m'a dit que Lucius était régulièrement en déplacement. Cela doit être compliqué pour votre relation, n'est-ce pas, Narcissa ? » demanda Thelma Selwyn, devant un groupe composé d'une vingtaine de femmes.

Les regards se tournèrent vers Narcissa. Certains étaient curieux, d'autres conspirateurs, comme s'ils étaient détenteurs d'une information qu'elle ignorait.

« Ce n'est jamais bon lorsqu'un mari passe autant de temps dehors. Tu devrais vérifier s'il s'agit vraiment de son travail, Narcissa. » continua Thelma, prenant un air innocent peu convaincant.

« Mon mari est extrêmement occupé. Tu n'es pas sans savoir que notre entreprise est la plus valorisée du pays. » répondit Narcissa d'une voix posée.

Elle s'était efforcée de garder sa contenance, tandis qu'elle avalait une gorgée de thé, pour ne pas leur montrer qu'elle était affectée par leurs dires.

« Évidemment, évidemment. » répondit Thelma avec un petit rire hypocrite, avant de changer de sujet.

Narcissa était furieuse mais ne le montra pas. Le soir même, à son retour au Manoir, une dispute retentissante éclata dans le manoir. Narcissa n'avait jamais perdu son sang-froid devant l'attitude de Lucius. Ce jour-là, pourtant, elle entra dans une colère noire. Elle ne serait pas humiliée en société à cause de son manque de discrétion.

Probablement surpris de la voir aussi furieuse, Lucius sembla se calmer pendant un temps. Et même si leur relation était loin d'être parfaite, il lui donna l'impression de faire des efforts. Ces derniers furent toutefois de courte durée. Une fois Lucius retombé dans ses travers douteux, Narcissa sombra de nouveau dans sa solitude splénétique.

Ce n'était pas la vie à laquelle elle avait tant aspiré. Être une femme esseulée, trompée, à qui l'on manquait de respect, jour après jour. Pire encore, le responsable de ses chagrins était incapable de lui donner un enfant.

Sa frustration se fit sentir dans son attitude et elle commença à peiner à la dissimuler. L'ambiance au Manoir était difficile et plus le temps passait, plus elle commençait à mépriser sa belle-mère.

Narcissa fut surprise lorsqu'Abraxas l'approcha au sujet de la situation. Il était le seul occupant du manoir avec qui elle avait une relation correcte. Elle l'avait toujours admiré. Il éludait un charisme, une puissance et une intelligence qu'elle trouvait fascinantes. Face à son père, Lucius faisait pâle comparaison et elle savait qu'il nourrissait une jalousie à ce sujet.

« Je suis navré de l'attitude de Lucius. Vous ne méritez pas d'être traitée de la sorte. Ce n'est pas ainsi que je l'ai éduqué à traiter une femme. En en particulier une femme de votre calibre. » souligna Abraxas avec sérieux.

Que quelqu'un reconnaisse et valide sa situation était réconfortant. Ces paroles lui réchauffèrent le cœur. Au fil des jours, Narcissa trouva une certaine consolation auprès d'Abraxas.

Il était spirituel, compréhensif, galant - tout le contraire de Lucius. Pendant leurs longues discussions, il avait toujours un mot réconfortant ou une attention agréable pour lui remonter le moral et la faire rire.

Abraxas devint rapidement la seule personne en qui Narcissa put se confier. Elle n'osait pas parler à sa propre famille de ses troubles maritaux, ne voulant pas leur montrer l'échec de son mariage. Sa fierté n'en serait que davantage ébranlée.

Elle se confia à lui sur son désir profond de maternité et il l'écouta patiemment, offrant toujours une parole sensée et une épaule réconfortante. Elle avait fait des analyses de fertilité et les Médicomages lui confirmèrent qu'elle n'avait aucun problème et qu'elle était en mesure de concevoir.

Par fierté ou égo mal placé, Lucius, lui, avait refusé de s'adonner à ces examens prétendant qu'il n'avait aucun problème. La frustration de Narcissa ne fit qu'accroitre.

Puis, lorsqu'une nuit arriva et qu'Abraxas lui fit une proposition folle, Narcissa en resta bouche bée.

« Mon fils n'est pas en mesure de vous donner ce que vous désirez profondément - un enfant. Laissez-moi le faire à sa place, Narcissa. » suggéra-t-il.

Narcissa resta longtemps figée devant ces mots, tandis qu'elle en saisissait la portée. Et elle refusa en bloc, choquée par cette proposition indécente.

Malgré son refus, la proposition d'Abraxas ne parvint pas à lui sortir de l'esprit. Après tout, il portait le précieux gène des Malfoy. Et même si elle avait refusé de l'admettre, elle ne pouvait pas prétendre qu'elle n'était pas sous le charme suave et attirant d'Abraxas. Au travers de leurs longues conversations et de ses attitudes, elle s'était rendue compte qu'il l'observait différemment que comme une belle-fille.

Contre toute attente, Narcissa accepta sa proposition, nerveuse et appréhensive. Tromper son mari avec son père était une chose horrible, scandaleuse, interdite. Et pourtant, elle trouva l'idée délicieusement excitante. Sans doute parce qu'elle prenait sa revanche sur son mari sans qu'il ne se doute de rien. Ou peut-être parce qu'elle se moquait de sa belle-mère en partageant la couche de son mari. Elle savait que c'était mal mais elle n'en avait que faire. La sensation était grisante.

La première fois qu'elle partagea son lit avec Abraxas, elle ressentit l'excitation coupable d'une femme qui se donnait à un acte si répréhensible qu'il en était que plus plaisant. Et elle se laissa porter par ses sensations, n'ayant jamais été touchée de la sorte par un homme. Il était expérimenté, bien loin des étreintes maladroites et trop rapides de Lucius, pendant lesquelles elle n'éprouvait aucun plaisir.

Leur liaison dura plus de six mois, pendant lesquels Narcissa retrouva une excitation sans pareille à son existence.

« Vous êtes enceinte, Mrs Malfoy. » annonça finalement la Guérisseuse, lors de son rendez-vous mensuel.

La nouvelle signa la fin de leur relation interdite. Après tout, dans cette situation, tout le monde était gagnant. Le clan Malfoy verrait naître un nouvel héritier, ce que tout le monde attendait impatiemment, Lucius y compris.

Lorsqu'elle annonça la nouvelle à ce dernier, il sembla choqué et elle vit dans son regard une satisfaction qui la dégouta. Elle garda pourtant le silence et détourna rapidement les yeux lorsqu'elle croisa le regard d'Abraxas.

Lorsque Draco vit le jour, Narcissa réalisa qu'elle serait prête à tout pour son fils. Elle éprouva un amour indescriptible et transcendant qu'elle n'avait jamais ressenti pour qui que ce soit. Et même si le quotidien de mère n'était pas des plus faciles avec ses longues nuits, la fatigue, l'impression de ne pas tout pouvoir gérer, rien ne put détruire le bonheur ineffable qu'elle ressentait en voyant le visage de son fils. Avec ses yeux d'un gris intense, ses bouclettes d'un blond si clair qu'elles en paraissaient blanches et sa peau laiteuse et diaphane, il était tout simplement parfait.

Elle serait prête à tous les sacrifices pour son fils. Elle serait prête à braver tous les triomphes et à endurer toutes les bassesses.

Après la naissance de Draco, elle ne porta plus aucune attention aux indiscrétions de Lucius. Sa priorité était Draco et son travail à Machinations Malforescentes, où elle montait lentement les échelons. Lucius ne sembla pas voir ce changement d'un bon œil, sa jalousie et son égo mal placé refaisant surface de plein fouet. Une chose lui était apparue évidente dès le début de leur union – Lucius semblait en concurrence constante avec elle.

Ce fut lors d'une nouvelle dispute déchirante que les mots sortirent de la bouche de Narcissa.

« Tu as toujours été un parfait incapable, Lucius. Et tout le monde le voit autour de toi. C'est pour cette raison que ton père a dû me donner un enfant. Parce que tu es un incapable impotent qui ne sera jamais à sa hauteur. » assena-t-elle d'une voix venimeuse.

Et elle ne s'était pas arrêtée là, non. Elle voulait lui causer le plus de mal possible, le piquer dans sa fierté masculine. Elle s'était alors attelée à le comparer avec son père pour l'humilier davantage, allant jusqu'à même décrire les détails de ses ébats avec Abraxas.

Elle réussit à l'atteindre de manière profonde et impitoyable. Et pourtant, se faisant, malgré ces quelques minutes de victoire pendant lesquelles elle s'était sentie plus puissante que jamais et qu'elle lui avait asséné la même douleur qu'elle avait subie pendant des années, Narcissa avait omis un détail important.

C'était Draco qui subirait les conséquences de son moment de faiblesse.

Lorsqu'il entendit la vérité, Lucius entra dans une colère noire, l'insultant de tous les noms, comme une vulgaire femme de nuit. Jamais elle ne l'avait vu dans cet état de fureur extrême. Pendant un instant, elle craignit qu'il fasse quelque chose de grave. Ce fut Abraxas qui intervint pour temporiser la situation.

« Comment as-tu pu ? » cracha Lucius à l'adresse de son père, la trahison visible sur son visage.

« Tu n'étais pas censé savoir. » répondit-il calmement.

« Et tu allais me le cacher toute ma vie ? Me laisser penser qu'il est mon fils ? Alors qu'il est… Alors qu'il est… »

Lucius s'interrompit, un air dégoûté sur le visage, ne voulant pas prononcer les mots.

« Draco est ton fils. » indiqua Abraxas d'une voix grondante, pleine d'autorité. « Et si tu sais ce qui est bon pour cette famille et pour toi, c'est ce que tu continueras à prétendre. »

Lucius garda le silence devant l'autorité de son père. Malgré son ego surdimensionné, il n'avait jamais pu s'opposer à lui. Face à la superbe d'Abraxas, il n'était rien.

« Mère est-elle au courant ? » demanda Lucius d'une voix faible et tremblante.

« Non et cela va rester ainsi. » répondit Abraxas d'une voix grave.

Lucius lui jeta un regard choqué avant de faire volte-face et se retirer, sans un seul regard pour Narcissa qui se tenait contre la rampe des escaliers, le corps tremblant, les larmes aux yeux, réalisant l'ampleur de sa bêtise et craignant les conséquences qu'elle avait entraînées pour son fils.

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Ginny observait impatiemment l'horloge comtoise dans le living room de Pansy Parkinson. Cette dernière passerait les fêtes de fin d'année avec sa famille dans l'un de leurs chalets en Ecosse, ce qui laisserait la possibilité à Ginny et Romilda de prendre quelques jours de congés.

Ginny était impatiente. La période de Yule était sans doute sa favorite, et était remplie de traditions auxquelles elle aimait s'adonner avec ses proches. Les derniers mois à travailler pour Pansy avaient été plus épuisants qu'elle ne l'aurait imaginé. Il n'existait plus de séparation claire entre son travail et sa vie personnelle.

Elle était donc ravie de pouvoir prendre une pause, même s'il ne s'agissait que d'une semaine. Elle observa Romilda se faire réprimander par Pansy à cause de l'organisation de ses bagages. Apparemment, Romilda n'avait pas donné les bonnes instructions à Waterford, l'elfe de Pansy, sur les tenues à emporter. Ginny termina de répondre au dernier courrier de fan de cette dernière et se releva pour rejoindre sa collègue.

Lorsqu'elle arriva au niveau des escaliers, elle s'immobilisa devant une scène curieuse. Pansy et Galileo discutaient - ou plutôt - Pansy lui parlait et il répondait par des signes de la main.

Lorsqu'elle rejoignit Romilda dans la gigantesque penderie de Pansy, Ginny la questionna sur l'interaction.

« Il ne parle pas. On lui a coupé la langue, il y a bien longtemps. Il s'exprime uniquement en langue des signes. » expliqua Romilda distraitement tandis qu'elle observait Waterford refaire une valise, apposant des notes sur un rouleau de parchemin pour vérifier que tout était correctement emballé.

Jusqu'à aujourd'hui, Ginny n'avait jamais vu le protecteur de Pansy s'exprimer, mis à part des brefs mouvements de la tête pour communiquer son approbation. Elle avait toujours pensé qu'il gardait le silence par choix. Après tout, les Mangemorts qui escortaient Draco ne communiquaient jamais. Elle avait toujours cru qu'il s'agissait d'une règle saugrenue instaurée par les Treize sacrés pour renforcer leur complexe de supériorité.

« Pansy comprend la langue des signes ? » interrogea Ginny, surprise.

« Oui. Ses parents ont fait en sorte qu'elle apprenne à signer. Galileo s'occupe de sa sécurité depuis qu'elle est enfant alors ils ont besoin de communiquer. »

Elle soupira.

« Je crois que nous avons enfin terminé. » annonça Romilda. « J'espère n'avoir rien oublié. Tu as envoyé son hydromel au chalet ? »

« Il a été livré ce matin. J'ai reçu un hibou de confirmation. » confirma Ginny. « Qui sait quelle catastrophe pourrait arriver si elle n'a pas son hydromel préféré sur place. »

« Elle nous contactera probablement en pleine nuit pour le lui apporter. » répondit Romilda avec un petit ricanement, baissant la voix pour ne pas être entendue. « Je plaindrais presque ses parents. »

Elles plaisantaient régulièrement sur les lubies de Pansy. Quelques minutes avant le départ de Ginny, cette dernière la sollicita dans son bureau.

« J'étais en train de discuter avec Draco. » annonça Pansy tandis qu'elle replaçait son miroir à double sens sur la table.

« Oh. » dit simplement Ginny.

Depuis leur dernière entrevue à l'Augurey Magistral, elle n'avait pas revu Draco. Elle s'était plongée dans son travail et ses objectifs afin de rester occupée. Cela lui évitait de penser sans cesse à leur relation. Elle ne savait que faire des sentiments contradictoires qu'elle ressentait et la fuite lui paraissait la meilleure des solutions. Éloignée de lui, elle ne craignait pas de prendre une mauvaise décision.

« Comment va-t-il ? » demanda-t-elle d'une voix détachée.

« Draco est toujours un peu… déprimé pendant cette période de l'année. » annonça Pansy avec un soupir à fendre l'âme.

Son air préoccupé rendit Ginny curieuse.

« Ne lui dis pas que j'ai dit ça. » s'empressa-t-elle d'ajouter. « Je parle vraiment trop. »

Elle murmura quelque chose dans sa barbe qui ressemblait à des paroles désapprobatrices et Ginny leva un sourcil. Tout ce qui rendait Draco Malfoy plus ou moins humain la rendait curieuse et elle ne put s'empêcher de se questionner sur son état actuel.

« Et puis je n'aurais pas l'occasion de le voir avec mon voyage… » ajouta Pansy. « Si quelqu'un pouvait lui rendre visite pendant mon absence pour s'assurer qu'il va bien. »

Ginny leva les yeux au ciel. Elle aurait dû deviner que les paroles de Pansy n'avaient été qu'un subterfuge.

« J'ai compris le message. » dit-elle.

« Je savais que je pourrais compter sur toi. Ta prime de fin d'année est bien méritée. » indiqua Pansy avec enthousiasme, un air satisfait sur le visage.

Le lendemain, Ginny se rendit chez son frère à l'occasion du début des festivités de Yule. Elle avait toujours apprécié cette période de l'année sous le signe de la famille. Elle gardait peu de souvenirs de son enfance avec le reste des Weasley. Pourtant, elle se souvenait clairement d'avoir été entourée de ses parents et ses frères, des bruits joyeux retentissant dans le Terrier, de l'odeur délicieuse des pâtisseries de Molly et des présents stupides ou farceurs que ses frères se partageaient, les jumeaux en particulier.

Puis, ils avaient continué ces célébrations chez les Diggory, les voisins qui les avaient recueillis, elle et Bill, après l'incendie du Terrier.

Lorsque Bill avait épousé Fleur et qu'ils avaient emménagé à la Chaumière aux Coquillages, la tradition avait continué de manière plus intense encore. Fleur était une fervente croyante de spiritualité, d'aura et d'énergie. Elle était persuadée que les actes d'une personne avaient des répercussions sur sa vie.

Chaque année, elle mandatait Ginny (et désormais Victoire qui était assez âgée) pour décorer le cottage de bougies et de guirlandes, pour préparer des pots-pourris ou faire brûler des senteurs comme le cèdre et la myrrhe qui, selon elle, protégeaient les habitants de la maison et attiraient les bonnes ondes.

Bill, bien plus pragmatique, qualifiait les 'délires' de sa femme de 'ridicules', même s'il avait le bon goût de ne jamais le dire devant elle. Il se contentait de les observer décorer la maison de loin.

« Qu'est-ce que tu vas manifester zette année ? » demanda joyeusement Fleur tandis qu'elle plaçait une couronne de houx sur la cheminée.

« Je ne sais pas encore. » admit Ginny, l'air pensif. « Je n'ai pas trop eu le temps d'y penser, à vrai dire. »

« Tu es zouvent occupée en ze moment. Tu nous manques à tous tu zais, et zurtout à Victoire. » dit Fleur.

Ginny jeta un regard par-dessus son épaule, observant Victoire qui jouait avec son père. Elle n'avait pas été très présente ces derniers temps. Elle avait sauté plusieurs dîners de famille hebdomadaires.

« Comment se passent les choses, à l'école ? » demanda Ginny.

Au grand bonheur de sa mère, Victoire avait récemment intégré une école privée, normalement réservée aux sorciers de rang supérieur. Une lueur accablée passa dans le regard bleu de Fleur.

« Elle doit encore apprendre à z'adapter. Tu zais comment les enfants peuvent être, entre eux. » dit-elle.

Fleur lui expliqua que son statut de sang n'était pas un secret et que cela lui avait valu des remarques désagréables de la part d'enfants plus âgés. Les préjugés étaient déjà présents dans l'enfance, renforcés par l'éducation des parents et le système scolaire.

En entendant sa belle-sœur décrire la situation, Ginny réalisa à quel point elle était déconnectée. Fleur était bien née et n'avait pas grandi avec un statut inférieur, comme sa fille.

Épouser Bill avait été une décision prise librement et en toute âme et conscience. Victoire n'avait pas choisi d'être née d'un père Traître à son sang, et pourtant, elle en subirait les conséquences toute sa vie.

Une once de culpabilité passa dans l'estomac de Ginny tandis qu'elle réalisait les implications. Draco pouvait lui permettre de mettre sa nièce dans une bonne école, lui payer ses frais de scolarité pendant des années, mais il ne pouvait rien faire contre la manière dont les autres enfants ou ses professeurs la traitaient.

Ginny avait remarqué un changement d'attitude chez Victoire dès qu'elle était arrivée au cottage. Victoire était habituellement une petite fille très expansive et joyeuse. Dès qu'elle voyait sa tante, elle lui sautait pratiquement dessus pour lui parler avec enthousiasme. A son arrivée, aujourd'hui, Victoire lui avait paru plus silencieuse qu'à l'accoutumée.

« Tu penses vraiment que c'est une bonne idée de la laisser là-bas si ces enfants la traitent mal ? » interrogea Ginny.

« Ginny, tu sais comment les enfants peuvent être. Ils se taquinent pour toutes les raisons imaginables. La vie n'est jamais facile et on ne peut pas abandonner à chaque obstacle. J'ai parlé à sa maîtresse qui a été vraiment compréhensive, Circé merci. » expliqua Fleur.

Bien que Ginny ne soit pas convaincue, elle n'osa pas faire de remarques par crainte de remettre en cause ses choix d'éducation. Elle préféra en rester là, se promettant d'aborder le sujet dans d'autres circonstances.

Elles passèrent l'après-midi dans la cuisine à préparer et décorer des pâtisseries. Chaque année, elles en préparaient une centaine qui étaient emballées pour être offertes au voisinage et aux quelques créatures des mer qui vivaient près de l'océan bordant le cottage, très amatrices de sucre.

Lorsqu'elle se retrouva seule avec Victoire, Ginny en profita pour l'interroger sur son quotidien dans sa nouvelle école. Apparemment, sa nièce n'avait pas de problèmes avec la plupart des enfants de son cycle, trop jeunes pour s'intéresser aux considérations du sang. Toutefois, un groupe d'enfants plus âgés l'avait pris en grippe.

« Ils disent que Papa est un traître et qu'il sera envoyé à Azkaban. » murmura la petite fille, visiblement préoccupée

Ginny se rendit compte que la véritable source d'inquiétude de la fillette était le sort de ses parents et non le sien. Une boule se forma dans la gorge de Ginny en réalisant que quoi qu'elle puisse faire, Victoire finirait par grandir et être confrontée aux horreurs de ce monde. Elle était encore trop jeune, trop protégée, trop innocente pour se rendre compte des différences flagrantes entre les individus.

« Tu te souviens de ce que nous t'avons expliqué ? Que certaines personnes ne nous apprécient pas à cause de notre sang, n'est-ce pas ? » demanda Ginny.

« Est ce qu'on leur a fait quelque chose ? » demanda Victoire.

« Non, absolument rien. » admit Ginny.

« Alors pourquoi ils ne nous aiment pas ? » insista la fillette.

« Parce que… Un homme très mauvais leur a appris à le faire. »

Victoire resta silencieuse, semblant en pleine réflexion. Finalement, elle reprit :

« Et si on leur montre que nous sommes gentils ? Je pourrais leur apporter des cupcakes ? » suggéra-t-elle en désignant son petit panier rempli de pâtisseries. « Les voisins sont toujours contents quand on leur en donne. »

Ginny ne put s'empêcher de sourire devant l'idéalisme et l'innocence de sa nièce. Elle espérait tant pouvoir garder les choses ainsi.

« Non ma chérie, ces gens ne veulent pas de cupcakes. Ils ne veulent rien de nous. C'est mieux de rester loin d'eux. » admit Ginny, maladroitement.

Elle replaça la capuche du manteau de Victoire sur sa tête afin de la protéger du froid qui se faisait plus glacial.

« Un jour, tout sera différent. » lui assura Ginny.

« Promis ? »

« Je te promets de tout faire pour. En attendant, on va trouver un moyen de donner une petite leçon à ces imbéciles qui t'embêtent à l'école. » décréta Ginny.

« Ils sont trop grands pour moi. » dit Victoire, l'air découragé.

« La taille ne fait pas la puissance, Vicky. Laisse-moi te raconter comment j'ai effrayé une grosse brute lorsque j'étais à l'école. Il n'a plus osé me chercher des noises après ça. » indiqua Ginny, une lueur de malice dans les yeux.

Lorsqu'elles rentrèrent au cottage, Victoire sembla avoir retrouvé sa bonne humeur naturelle et se mit à sautiller un peu partout dans la maison, devant les airs surpris - mais reconnaissants - de Fleur et Bill.

Après un dîner particulièrement copieux, Fleur et Ginny s'installèrent dans le séjour, devant la cheminée crépitante. Un fond de musique résonnait sur le petit poste de radio disposé sur la table basse. La RITM passait les plus beaux classiques des fêtes, chantés par Celestina Moldubec. Bill était à l'étage, occupé à mettre Dominique au lit et Victoire jouait avec un papillon nocturne qu'elle avait trouvé pendant leur promenade, plus tôt dans l'après-midi.

« Tu ne m'as toujours pas dit ze que tu voulais manifester zette année, Ginny. » rappela Fleur.

Ginny replaça la couverture qu'elle portait sur ses jambes, resserrant sa main sur sa tasse de thé fumante.

« Évidemment, tu n'es pas obligée de me le dire si c'est trop personnel. » ajouta Fleur.

Après sa conversation avec Victoire, Ginny savait déjà quoi manifester - que sa famille perde son statut de Traîtres à leur sang et puisse vivre décemment. Elle voulait toutefois garder ce souhait pour elle.

« Ce que j'ai manifesté l'année dernière a plutôt bien fonctionné. » admit Ginny après un instant de réflexion. « Je voulais plus d'argent. »

En une année seulement, son parcours professionnel avait pris un tournant extraordinaire. Elle avait trouvé son emploi chez Burke, en remplacement d'Hermione, puis au cabinet de la Gouverneure Warrington, avant d'être embauchée chez Pansy, un salaire phénoménal à la clef. Depuis, ses finances n'étaient plus une source d'anxiété.

« Je t'ai dit que za fonctionnait. » dit Fleur avec enthousiasme. « Qu'en est-il de la loi de l'attraction que je t'avais dit d'essayer ? »

C'était Fleur qui avait parlé à Ginny de la loi de l'attraction, un moyen de manifester l'amour. Elle prétendait que c'était de cette manière que l'univers avait mis Bill sur son chemin.

« Ça a fonctionné pour mon amie mais pas pour moi. » geignit Ginny avec indignation.

Après tout, Hermione filait désormais le parfait amour avec Théodore Nott.

« On ne peut pas tout avoir. Parfois, l'univers donne, parfois, il ne donne pas. » répondit rêveusement Fleur. « Tu trouveras quelqu'un pour toi en temps voulu. »

Un silence retomba pendant lequel seules les vocalises exagérées de Celestina Moldubec se firent entendre tandis qu'elle entonnait son classique Aime-moi sous le houx, ce soir.

Si Draco Malfoy était la réponse à sa manifestation, alors l'univers se fichait décidément bien de sa figure. Ginny se demanda même ce qu'elle avait fait pour attirer son courroux.

Ses pensées divaguèrent sur sa conversation avec Pansy la veille et elle se demanda ce qui pouvait provoquer le blues de Draco Malfoy. L'idée qu'il puisse éprouver une quelconque émotion comme la tristesse lui parut étrange.

Le lendemain, en fin d'après-midi, elle se présenta donc à l'Augurey Magistral. Elle ne l'avait pas informé de sa visite et n'était pas certaine d'être reçue. Elle n'était même pas certaine qu'il soit à l'hôtel pendant cette période de fêtes. Lorsqu'elle interrogea sa réceptionniste, cette dernière accepta de vérifier si Draco était disponible. Après l'attaque au Palais de la Chimère, Ginny était régulièrement venue pour ses leçons d'Occlumancie et l'employée était habituée à la voir. Elle n'eut pas besoin de patienter longtemps pour voir Draco.

« Valeur et vigueur. » salua joyeusement Ginny, tandis qu'elle entrait dans le bureau.

Draco leva un sourcil, visiblement pris de court par sa soudaine bonne humeur. Il lui jeta un regard perplexe lorsqu'elle posa une boîte ornée sur le bureau.

« Qu'est-ce que c'est ? » interrogea-t-il en scrutant la boîte.

« Des cupcakes. » annonça Ginny d'humeur allègre avant de retirer sa cape et la poser près de l'entrée.

Draco ouvrit la boîte, observant les cupcakes disposés à l'intérieur.

« Je les ai préparés ce matin. Désolée, certains ont été un peu écrasés par le voyage en cheminée. » ajouta-t-elle avec une grimace.

Elle l'observa avec amusement, tandis qu'il examinait les cupcakes avec circonspection.

« Ils ne sont pas empoisonnés, tu sais. » fit-elle remarquer avec un sourire espiègle.

Le regard suspicieux qu'il lui jeta la fit soupirer.

« Tu es vraiment paranoïaque, c'est affolant. » maugréa Ginny en secouant la tête. « Je te rappelle qu'ils ont passé le test de la sécurité, à l'entrée. »

Draco sembla prendre en considération l'argument.

« Je n'ai pas peur qu'ils soient empoisonnés, je crains leur goût. » avança Draco avec sa morgue habituelle.

Ginny lui jeta un regard noir.

« Je vais pardonner cet affront car tu n'es pas au courant. Mais ma pâtisserie est régulièrement encensée. » répliqua-t-elle.

« Laisse-moi deviner. Par tes amis qui ne veulent pas te vexer ? » ironisa-t-il.

Ginny pinça les lèvres et se rapprocha de la boîte, saisissant l'un des cupcakes avant de le tendre devant le visage de Draco.

« Mange. » ordonna-t-elle d'une voix autoritaire, qui n'admettait aucun refus.

Son intonation sembla faire son effet car il ouvrit la bouche et ingurgita la petite pâtisserie d'une bouchée. Les doigts de Ginny effleurèrent ses lèvres au passage et elle retira sa main, un peu gênée par l'intimité du geste.

« Alors ? » demanda-t-elle, attendant avidement sa réaction.

« Pas mauvais. » jugea-t-il.

Ginny leva les yeux au ciel.

« C'est une sorte de compliment venant de ta part, alors je vais m'en contenter. » dit-elle.

« Pas mauvais du tout. » répéta-t-il avant de se saisir d'un autre cupcake dans la boite pour le porter à ses lèvres.

« Tu aimes ça, ne dis pas le contraire. » fanfaronna la jeune femme.

« Je n'ai pas encore dîné. J'ai faim. » se justifia-t-il en haussant les épaules.

Il avala un troisième cupcake - cette fois à la crème et au glaçage au caramel - qu'il sembla particulièrement apprécier.

« C'est très bon. Tellement bon que je ne crois pas tu les aies préparés. Avoue-le, tu les as achetés avant de venir ici. » dit-il avec un rictus au coin des lèvres.

« Tout compte fait, je regrette de ne pas les avoir empoisonnés. » dit Ginny en le fusillant du regard.

Il laissa échapper un rire franc et elle ne put s'empêcher de sourire devant sa réaction, réveillant cette sensation étrange dans son estomac.

« Quoi qu'il en soit, je viens de recevoir un vrai compliment de ta part, j'imagine qu'il faut que je fête ça. » décréta-t-elle.

Elle attrapa son sac à main, et en extirpa une bouteille qu'elle posa également sur la table, sous le regard perplexe de Draco.

« Tu as apporté un buffet entier, avec toi ? » se moqua Draco.

« C'est comme ça que nous célébrons les fêtes chez moi. Pas de bals sophistiqués, juste beaucoup de nourriture et d'alcool. » dit-elle avec un sourire espiègle.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« De l'eggnog. Je l'ai préparé moi-même. C'est une spécialité personnelle avec un ingrédient secret – et non, ce n'est pas du poison. » rectifia-t-elle, avec un soupir conspirateur.

Son eggnog n'avait pas eu beaucoup de succès, cette année. La veille, elle avait été la seule à le boire. Fleur ne pouvait pas boire d'alcool car elle allaitait Nickie et Bill ne touchait jamais une goutte d'alcool.

Elle agita sa baguette vers le bar qui se trouvait dans le bureau, lançant un sort d'attraction en direction des verres. Elle les servit d'une quantité généreuse.

« Tu sais que je suis au travail, Ginevra ? » rappela Draco avec sarcasme.

« Ce sont les fêtes. » se contenta de répondre Ginny, comme si cela répondait à la question.

Elle lui tendit un verre et Draco le porta à ses lèvres.

« C'est fort. Qu'as-tu mis à l'intérieur ? »

« Un mélange de bourbon, de brandy et de cannelle. » annonça Ginny avec amusement, avant de prendre une gorgée à son tour. « Ma recette secrète. Les soirées d'hiver sont bien plus amusantes avec ça. »

Elle reposa son verre.

« J'ai entendu dire que votre bal d'hiver avait été un succès. » commenta Ginny.

« Qui t'a dit ça ? » demanda-t-il.

« Pansy. » répondit-elle.

Elle avait aussi lu l'article paru dans la Gazette du Sorcier, accompagné d'une photo de Draco et de ses parents.

« Ça m'étonne qu'elle en ait gardé des souvenirs vu son état d'ébriété avancé. » commenta-t-il.

« Ce qui m'étonne, c'est que tu vois une différence. Personnellement, je n'arrive pas à différencier quand elle est ivre ou sobre. » admit Ginny, ce qui provoqua un nouveau rire de Draco.

Il était tellement agréable d'avoir une discussion avec lui sans être dans la retenue ou dans le conflit incessant. Et pendant qu'ils discutaient, elle réalisa que Draco ne lui avait pas demandé une seule fois la raison de sa visite.

Elle n'aurait pas pu lui offrir une raison particulière. La suggestion insistante de Pansy n'avait été qu'un prétexte pour venir le voir. Et elle fut heureuse de le voir plus détendu, perdant ce masque d'impassibilité et de froideur.

Elle ignorait la raison de sa mélancolie saisonnière mais elle fut heureuse de pouvoir lui apporter de la distraction et lui remonter le moral, même de manière insignifiante. Draco ne fit pas de commentaire à ce sujet et Ginny ne lui posa pas de questions non plus. Pendant l'espace d'un instant, elle en oublia presque cette distance évidente entre eux et leurs statuts respectifs.

Elle fut même déçue lorsque l'assistante tapa à la porte du bureau, pour indiquer à Draco qu'il devait recevoir son conseiller financier pour une dernière réunion avant la fin de l'année.

Ginny réalisa que cela faisait deux heures qu'ils discutaient et qu'elle n'avait pas vu le temps passer. Elle revêtit sa cape en silence.

« Eh bien, j'imagine qu'on se reverra l'année prochaine. » indiqua-t-elle, ne sachant pas trop quoi dire.

Désormais qu'elle s'apprêtait à partir, elle ressentait une gêne soudaine, comme si elle n'était pas certaine de la manière de lui dire au revoir.

« Merci d'être venue. » lui dit-il. « Et pour les cupcakes et tout le reste. »

Dans sa voix et dans ses remerciements, elle décela une sincérité qui la surprit et la laissa pantelante.

Et sans même vraiment réfléchir, elle traversa les deux mètres qui les séparaient et enroula ses bras autour de sa nuque. Elle se releva sur la pointe des pieds et posa ses lèvres sur les siennes. Ce fut un baiser doux et chaste qui sembla le surprendre.

« Joyeuses fêtes, Draco. » murmura-t-elle avant de quitter le bureau.

J'adore ce chapitre alors j'espère que vous l'avez apprécié également :)

Pas de trêve hivernale chez les Malfoy, comme vous pouvez le constater… Vous comprenez désormais l'attitude de Lucius envers Draco qui n'est finalement pas son fils… mais son frère ! Netflix, engagez-moi comme scénariste svp ! Et Narcissa qui n'a pas pu s'empêcher de lancer cette bombe atomique pour se venger… J'en connais qui auraient gardé ce secret jusqu'à la tombe.

Cette rencontre entre Ginny et Draco était adorable non ? C'est beau l'esprit des fêtes.

Et que dire de la réunion entre les jumeaux Nott ? Que va nous apporter le retour de Georgina ? Belle surprise ou cadeau empoisonné ?

Trentième chapitre, déjà ! C'est fou. Je dirais que je suis à la moitié de ma fic en termes d'intrigue - pas en termes de longueur car je ne peux pas encore confirmer combien de chapitres il y aura au final.

Toute mon histoire a un plan trèèès détaillé (je suis une planificatrice névrosée, vous verriez mes notes...) J'ai déjà la fin (en vrai je l'avais même avant de commencer - c'est tout simple - tout le monde meurt… Non, je plaisante. Ou pas ?!)

Plus sérieusement, maintenant, il ne reste plus qu'à arriver jusqu'à là. Plus facile qu'à dire qu'à faire.

Ensuite, je vais probablement refaire un point sur les warnings de l'histoire sous peu. J'en avais déjà placé au début de l'histoire mais ils ont évolué depuis et je préfère prévenir que guérir. La plupart des trucs les plus horribles de mon histoire ne se sont pas encore déroulés (oui, vous avez bien lu)

Il y a eu des choses très sombres jusqu'ici, je m'en rends bien compte, mais il y aura largement pire (mais qu'est-ce que cette auteure dérangée prépare ?!) Donc préparez les antidépresseurs et mettez bien vos ceintures. Ou sortez de la diligence pendant qu'il est encore temps (mais vous êtes trop accrocs pour le faire, dîtes la vérité)

Ensuite, je dois faire une parenthèse sur les commentaires. Oui les auteurs adorent ça et en réclament encore et toujours. En vrai, c'est parce que c'est ultra important. J'écris pour moi mais je poste sur internet pour les autres. Et c'est important de recevoir des retours, surtout avec le travail qu'il y a derrière, car c'est le seul salaire. Je sais que c'est la génération des 'likes' passifs mais non, mes amis, je n'aime pas être laissée en ''Vu''

Je dis ça parce que je vois mon nombre de lectures qui augmente, et ce serait bien de le voir aussi matérialisé dans les commentaires au lieu d'avoir l'impression d'être suivie par des chiffres :/ Demandez aux personnes qui me laissent des reviews, je n'ai jamais mordu personne dans mes réponses (enfin pour l'instant)

Pas la peine de faire des pavés, un petit mot fait toujours plaisir et contribue à la motivation des auteurs - ces êtres avides de reconnaissance et d'interactions. Donc je vous exhorte à laisser une trace de votre passage :)

On se dit à bientôt,

(Im)pur soit le sang,

Fearless