Valeur et vigueur,
Beaucoup de choses à gérer ces derniers temps et je n'avais pas trop l'énergie de reprendre mon chapitre mais le voilà enfin !
Et comme d'habitude, un graaaand merci à Jiwalumy, Fleur d'Ange, DI5M et Letrange-maria pour vos messages votre fidélité. Je finis de répondre ce weekend ! **coeurs**
XXXVI. Ancre de Salut
« Rappelle-moi encore une fois pourquoi nous faisons ça ? » demanda Hermione avec lassitude, laissant échapper un énième soupir blasé.
Cela faisait près d'une heure qu'elle était coincée sur une chaise dans la chambre de Ginny. Cette dernière était penchée dans sa direction, un air de concentration extrême sur le visage, et appliquait précautionneusement un fard irisé sur les paupières d'Hermione.
Hermione peinait à rester immobile. Mis à part les quelques couches d'anticernes qu'elle utilisait lorsqu'elle était fatiguée, elle se maquillait très rarement.
« Je veux simplement m'assurer que ce maquillage soit bien fait avant de le répliquer sur ma patronne. » indiqua Ginny avec patience. « Sa maquilleuse est malade et je dois la remplacer en urgence demain matin. Elle fera probablement une crise si le résultat n'est pas parfait. »
« Et vous ne pouviez pas trouver une autre maquilleuse ? » demanda Hermione sur le ton de l'évidence, s'empêchant de lever les yeux au plafond.
« Elle est trop compliquée. Et puis, elle ne laisse pas des inconnus toucher sa peau. » expliqua Ginny avec un soupir. « Arrête de poser des questions et reste immobile, sinon tu vas me faire rater ce trait. »
Hermione grimaça mais consentit à garder le silence et à rester immobile tandis que son amie traçait soigneusement un trait de khôl sur son œil gauche. Depuis qu'elle travaillait pour Pansy Parkinson, Ginny était constamment occupée à gérer des situations biscornues. Sa fiche de poste semblait variée - elle faisait à la fois office d'assistante, de conseillère shopping et de psychothérapeute.
Hermione s'interrogeait toutefois : pourquoi était-elle à chaque fois mandatée pour jouer les cobayes de ces essais de dernière minute ? Entre la séance de shopping impromptue quelques semaines plus tôt et cet essai maquillage, elle était fatiguée d'être impliquée dans les obligations professionnelles de sa colocataire. Hermione se garda pourtant d'émettre ses critiques de vive voix.
« Tu en as encore pour longtemps ? » se contenta-t-elle de demander, s'efforçant de ne pas paraître trop agacée. « Combien de couches de maquillage tu comptes me tartiner sur le visage avant d'être satisfaite ? »
« Pour l'amour de Circé, tu es tellement dramatique, Hermione. » répliqua Ginny en levant les yeux au ciel. « Je n'ai pas mis grand-chose. J'ai terminé, d'ailleurs. »
D'un pas joyeux, Ginny quitta la pièce. Elle fut de retour quelques secondes plus tard, brandissant fièrement un miroir devant Hermione. Cette dernière s'en empara et observa son reflet avec appréhension. Le résultat lui fit écarquiller les yeux. Le maquillage était à la fois discret et sophistiqué et mettait en valeur ses traits sans les dénaturer. Son regard était relevé grâce au fard à paupière nacré d'une teinte pêche et un trait d'eye-liner filiforme. Ses imperfections étaient à peine visibles et sa peau lui semblait plus lisse que jamais. Un fard à joues rosé lui donnait un teint étincelant et se mariait harmonieusement à ses lèvres d'une teinte incarnadin.
« Qu'en penses-tu ? » demanda avidement Ginny, visiblement pressée d'obtenir son opinion.
Hermione ne répondit pas immédiatement, continuant à s'observer avec surprise. Elle n'était pas habituée à se voir aussi apprêtée. Elle n'avait jamais été particulièrement coquette pendant l'adolescence. A son entrée dans le régime, elle avait tout fait pour apparaître banale et passe-partout, ne souhaitant pas attirer l'attention sur elle.
« C'est très réussi. » admit Hermione avec appréciation. « Tu ne risques pas d'être renvoyée si ça peut te rassurer. »
Ginny leva son poing en l'air, en signe de victoire.
« Je t'avais dit de me faire confiance. » rappela-t-elle avec un rictus plein de morgue.
Hermione lui lança un sourire embarrassé, avant de reporter de nouveau son attention sur le miroir. Elle aurait menti en prétendant ne pas apprécier ce qu'elle y voyait. Elle n'avait jamais été le genre de femme à accorder une importance particulière à son apparence. Elle devait toutefois admettre que se voir sous ce jour était agréable. Elle se demanda quelle réaction aurait Théodore en la voyant ainsi. Évidemment, elle savait qu'elle n'avait pas besoin d'artifices pour lui plaire. Après tout, il la complimentait sans cesse. La manière dont il la regardait lui faisait déjà se sentir comme la plus jolie femme au monde. Une chose à laquelle elle n'avait jamais été habituée.
Ses pensées se tournèrent vers la conversation qu'ils avaient eue plus tôt dans la matinée avant de se séparer pour vaquer à leurs responsabilités respectives. Théodore lui avait paru un peu pâle.
« Je couve probablement quelque chose. » avait-il dit, la mine blême.
Hermione n'avait pas pu s'empêcher de s'inquiéter. Depuis la découverte de la vérité sur le sort de Georgina et les tromperies perverses des sœurs Hillicker, Théodore traversait un passage à vide. Elle faisait de son mieux pour le soutenir mais elle savait que la distraction éphémère qu'avait apportée la fausse Georgina pendant le deuil de sa mère avait disparu. Il devait désormais affronter sa peine.
« Maintenant que tu as terminé et que le résultat est convenable, tu peux tout enlever ? » demanda Hermione en reposant le miroir.
Ginny lui lança un regard outré.
« Hors de question. J'ai passé quarante-cinq minutes là-dessus, alors tu vas me faire plaisir de le garder pendant le reste de la journée, ma vieille. » décréta-t-elle d'un ton qui n'admettait aucun refus.
Hermione leva les yeux au ciel mais ne chercha pas à protester davantage. Elle sauta du tabouret et se dirigea vers sa propre chambre.
« N'oublie pas, nous partons dans une heure ! » rappela Ginny d'un ton jovial. « Soit prête ! »
Hermione se retint de lui rappeler qu'elle était toujours prête à l'heure. Elle se changea à la hâte, enfilant un pantalon noir simple avec un pull épais en maille particulièrement confortable. Elle se laissa choir sur son lit et s'empara de sa lecture du moment – les mémoires d'un historien pendant les premières années du régime de Voldemort, deux centenaires plus tôt. Ce genre d'ouvrages était d'une rareté extrême et impossible à obtenir dans une librairie ou dans une bibliothèque ordinaire à cause du contenu. Les seuls ouvrages historiques acceptés étaient ceux qui suivaient la propagande du régime avec une version arrangeante des faits.
Le livre avait été rédigé par un historien de l'époque, qui s'était efforcé de relater les événements avec un point de vue moins endoctrinant. L'ouvrage était évidemment interdit.
Hermione l'avait déniché dans la collection privée des Archives des Macmillan quelques jours auparavant. Elle l'avait subtilisé discrètement pour le lire chez elle, n'osant pas le consulter pendant ses heures de travail, par crainte d'être surprise par ses collègues.
Elle prenait un risque gigantesque en agissant ainsi - elle en était consciente. Elle prenait néanmoins soin de ne pas garder les livres qu'elle empruntait plus de trois jours. Cela pouvait être considéré comme du vol et ses collègues sauteraient sur l'occasion pour la faire renvoyer, ou pire.
Depuis qu'Hermione avait découvert que la mystérieuse autrice de la missive n'était autre que Pénélope Dauclaire, elle avait réalisé à quel point le danger était proche et constant.
C'était grâce à Oscar Sleezer qu'elle avait fait le rapprochement. Il avait listé tous les établissements ayant reçu le type de parchemin spécial utilisé. Elle avait ensuite reconnu l'écriture de sa collègue en examinant un document des Archives. Sleezer s'était assuré de lancer un sortilège d'oubli sur Pénélope ainsi que sur sa famille. Il avait ensuite planté une série de faux souvenirs dans son esprit par mesure de sûreté.
Depuis, Hermione dormait de nouveau sur ses deux oreilles. Ils avaient échappé au pire, elle en avait pleinement conscience. Cela signifiait toutefois que son secret était susceptible d'être découvert par n'importe qui et qu'ils devraient trouver une solution plus durable.
A cause de la teneur de l'information, ils avaient pris la décision difficile mais nécessaire de révéler le statut d'Hermione à Sleezer. A leur grand étonnement, ce dernier n'avait pas semblé tiquer. Théodore et Hermione s'étaient échangés des regards interdits devant sa réaction neutre. Sleezer leur avait indiqué que certains de ses clients avaient des secrets tout aussi ''douteux'' et que son métier était de protéger leurs intérêts, sans ''apporter un quelconque jugement de valeur'' Le contrat de sang qu'ils avaient signé forçaient les deux parties à la confidentialité totale. Désormais qu'il était lui aussi au courant, cela faisait techniquement de lui un complice par association. Il n'avait aucun intérêt à révéler la vérité à qui que ce soit car il risquerait également une sanction sévère pour avoir aidé une Née-Moldue.
Hermione se demandait à quel genre d'informations sensibles le détective était confronté dans son métier. S'ils avaient compris une chose rapidement, c'était que les clients de Sleezer faisaient appel à ses services car ils dissimulaient des cadavres dans leurs placards. L'avoir dans leur camp serait un avantage certain.
Hermione avait donc fini par se détendre, se persuadant qu'elle n'avait plus cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête et que son secret n'était plus menacé. Entre l'emprisonnement des sœurs Hillicker et la découverte de son maître-chanteur, tout allait désormais pour le mieux.
Ginny l'avait invitée à une soirée en l'honneur de Neville Londubat, qui avait apparemment obtenu une certification en Botanique. Quelques semaines plus tôt, Hermione n'aurait pas été emballée à l'idée de sortir. Elle avait toutefois accueilli la suggestion de Ginny avec enthousiasme. Elle avait vécu dans une angoisse perpétuelle ces derniers mois. Elle avait enfin l'occasion de relâcher la pression et voulait s'autoriser à revivre.
Sans surprise, une heure plus tard, Ginny n'était toujours pas prête. Lorsqu'elle entra finalement en trombe dans le salon, Hermione lui jeta un regard effaré en voyant sa tenue - une robe chic d'un vert bouteille qui lui arrivait au niveau des genoux avec des bretelles fines et délicatement ciselées.
« Tu n'es pas un peu trop habillée pour aller au Chaudron Baveur ? » fit remarquer Hermione d'une voix prudente.
« Tu trouves ? » demanda Ginny avec un petit gloussement qui l'étonna. « Je voulais juste faire un petit effort pour l'occasion. Allons-y, nous sommes déjà en retard. »
Elle observa ses alentours d'un air empressé, et Hermione ne put s'empêcher de remarquer qu'elle semblait nerveuse pour une raison obscure.
Lorsqu'elles quittèrent l'immeuble, Hermione fut surprise de voir une diligence garée devant le bâtiment.
« C'est pour nous. » annonça Ginny.
« Où as-tu… » commença Hermione d'une voix médusée.
« Véhicule de fonction qu'on utilise parfois. Il était libre, alors je me suis dit qu'on pourrait en profiter. » indiqua Ginny d'un ton espiègle.
Hermione lui jeta un regard effaré. Parfois, elle restait sans voix devant le cran de son amie. Ces derniers jours, l'attitude de Ginny lui avait semblé curieuse. Hermione se demandait s'il ne se passait pas quelque chose dans sa vie privée. Elle l'interrogerait pendant la soirée, décréta-t-elle. Lorsqu'elle buvait, Ginny était incapable de garder sa langue dans sa poche.
Hermione suivit son amie dans la diligence qui se mit en marche dès que la portière fut refermée. Le véhicule débuta son avancée sur la route. Lorsqu'il s'arrêta brusquement, trois minutes plus tard, Hermione fronça les sourcils. Il n'était pas possible qu'elles soient déjà arrivées à destination. Ginny actionna la portière et esquissa un geste pour sortir.
« J'avais oublié - il faut qu'on fasse un détour pour prendre un cadeau pour Neville. » prévint-elle. « Tu m'accompagnes ? J'aimerais ton avis. »
Hermione soupira mais consentit à suivre son amie. Elle descendit à son tour de la diligence et constata qu'elles se trouvaient encore dans le Quartier des Embrumes, devant une boutique dont Hermione reconnut l'écriteau. La Thérapie de L'Âme. Elles s'y étaient rendues quelques mois plus tôt.
Sybille Trelawney
Oracle et Spécialiste en arts divinatoires et cartomancie
Votre avenir est à portée de baguette !
(Célébrante de mariages et d'unions sacrées les jeudis)
Elle leva les yeux au ciel.
« Ne me dis pas que tu comptes offrir à Neville un cadeau qui vient de cet endroit ? » demanda Hermione avec une exclamation dédaigneuse.
Ginny se contenta d'esquisser un sourire malicieux qui n'annonçait rien de bon avant de pousser la porte de la boutique, Hermione sur ses talons. Immédiatement, une forte odeur d'encens désagréable emplit les narines d'Hermione qui fronça le nez.
La boutique n'avait pas changé depuis sa dernière visite - elle était toujours aussi chargée et étouffante avec ses étagères trop rapprochées, ses guirlandes aux couleurs extravagantes et ses bougies disposées partout. Un risque d'incendie évident, songea Hermione en observant avec méfiance la proximité de certaines bougies au pied des rideaux.
La boutique était vide et la propriétaire n'était nulle part en vue. Ginny s'approcha du comptoir, jetant un regard à la porte entrouverte qui donnait sans doute vers l'arrière-boutique. Elle actionna la petite sonnette sur le comptoir.
Personne ne se présenta. Hermione ouvrit de grands yeux lorsqu'elle vit Ginny ouvrir la grille qui donnait accès à l'autre côté du comptoir. Elle se dirigea vers la porte réservée au personnel.
« Qu'est-ce que tu fiches ? » interrogea Hermione, interloquée.
« Elle n'a peut-être pas entendu. » affirma Ginny avant d'entrer dans la pièce attenante sous les yeux médusés de son amie.
Hermione secoua la tête et croisa les bras. Elle se demanda comment elle pouvait de nouveau se retrouver dans la boutique de cette allumée de Trelawney. Deux minutes plus tard, elle entendit la voix de son amie retentir :
« Hermione ! »
Sa voix était lointaine et étouffée. Après une brève hésitation, Hermione traversa le comptoir et passa à son tour la porte. Elle se retrouva dans un débarras rempli de cartons et d'objets en tout genre comme des sphères ou des cristaux.
« Hermione ! » entendit-elle à nouveau.
La voix de Ginny venait de l'étage supérieur.
Hermione repéra un escalier étroit entre deux étagères et s'y engouffra prudemment. L'obscurité et le silence ne rendaient pas l'endroit très rassurant. Il lui rappelait même ces lieux qu'on voyait dans les films d'horreur moldus que son père adorait regarder. Hermione, à l'instar de sa mère, avait toujours détesté ça.
« Ginny ? » demanda-t-elle avec hésitation.
Sa voix fit écho dans l'escalier, l'effrayant elle-même.
« Je suis en haut, Hermione ! » entendit-elle la voix de Ginny marteler.
Hermione s'empressa de grimper les dernières marches de l'escalier en colimaçon. Elle se retrouva devant une vieille porte en bois qu'elle poussa lentement, pénétrant dans une salle plus grande.
Elle s'arrêta net en voyant que Ginny n'était pas seule dans la pièce. A ses côtés se trouvaient Sybille Trelawney et un visage familier qui lui fit ouvrir la bouche de stupeur.
Théodore.
Zéphyr, son elfe de maison, était également présente, à peine visible derrière son maître. Tous les regards se tournèrent vers Hermione qui s'était figée, décontenancée.
« Quelqu'un peut me dire ce qu'il se passe, ici ? » questionna Hermione d'une voix lente.
Pourquoi Théodore était-il ici ? C'était l'un des derniers endroits dans lesquels elle se serait attendue à le trouver. Et pourquoi l'observait-il avec cet air empli de nervosité ? Une boule d'angoisse commença à se former dans l'estomac d'Hermione. Elle ne comprenait pas ce qui se passait et cela commençait même à l'effrayer.
Comme s'il avait remarqué sa panique intérieure, Théodore vint à sa rencontre et prit sa main d'un geste rassurant.
« Que se passe-t-il, Théodore ? » répéta Hermione, en les observant tour à tour, nerveuse. « Pourquoi sommes-nous ici ? Qu'est-ce que tu fais ici ? »
Dans une situation incertaine, son premier réflexe était toujours de poser une profusion de questions. Hermione n'était pas à l'aise avec l'incertitude et le manque de contrôle.
« Je m'excuse pour cette mise en scène. » dit Théodore avec un petit sourire désolé. « C'est moi qui aie demandé à Ginny de te conduire ici. »
« Pour quelle raison ? » demanda immédiatement Hermione, déconcertée. « Je croyais qu'on allait à la célébration de Neville. »
« C'était un mensonge, Hermione. » indiqua Ginny avec une moue désolée, un petit sourire au coin des lèvres.
Hermione lui adressa un regard dérouté.
« Je ne comprends pas ce qu'il se passe. » avoua Hermione d'une voix un peu hystérique. « Expliquez-moi ce qu'il se passe. »
Elle s'était tournée vers Théodore, déboussolée. Sa voix sonnait presque comme un ordre, désormais. Théodore se tourna vers les autres occupantes de la pièce.
« Pouvez-vous nous laisser seuls ? » demanda-t-il.
Elles hochèrent la tête dans un geste synchronisé avant de se diriger vers la porte. A son passage, Ginny lança un clin d'œil vers Hermione.
Une fois seuls, Théodore prit une grande inspiration, et saisit les mains d'Hermione dans les siennes. Elle se rendit compte qu'elles étaient moites.
« Hermione… » reprit-il. « Je veux que tu saches à quel point tu as changé ma vie. Depuis que je t'ai rencontré, tout me semble si… différent. Et tu ne le réalises probablement pas, mais tu m'as apporté des choses que je n'aurais jamais cru possibles. Je suis tellement heureux de t'avoir auprès de moi. Je t'aime. »
Hermione l'observa avec un mélange de perplexité et d'attendrissement. Elle esquissa un sourire devant cette déclaration un peu inattendue. Il semblait nerveux tandis qu'il prononçait ces mots et elle le trouva adorable.
« Je t'aime aussi, Théodore. Mais pourquoi tu avais besoin de me dire ça, ici ? » demanda-t-elle avec un rire nerveux, désignant d'un geste de la tête la pièce.
« Parce que tous les évènements récents m'ont fait prendre conscience de beaucoup de choses. Tu as été une épaule réconfortante après la mort de ma mère. Et toute cette histoire avec Georgina… Tu as tout fait pour me protéger, et je m'excuse d'avoir été trop stupide pour le voir. Tu t'es assurée que j'allais bien alors que tu traversais toi aussi une situation stressante. Je veux que tu saches que je suis reconnaissant pour ton soutien sans faille. » assura Théodore avec sincérité. « Je ne pourrais jamais te remercier assez. »
Ses mots touchèrent la jeune femme. Même si elle l'avait pardonné de son attitude envers elle pendant l'épisode 'Georgina', l'entendre reconnaître ses erreurs et la remercier lui fit chaud au cœur.
« En si peu de temps, nous avons déjà été confrontés à bien des épreuves. Et je suis heureux d'avoir pu les surmonter, ensemble. » poursuivit-il d'une voix douce.
Son regard pers, intense et sérieux, était plongé dans le sien.
« Je suis conscient que rien ne sera jamais simple à cause de nos différences. J'aurais aimé être quelqu'un d'autre. Ne pas naître dans une famille comme la mienne. Alors, peut-être aurions-nous pu être ensemble sans tous ces obstacles. Je suis révolté à l'idée de vivre dans un monde où les gens refusent de reconnaître la personne merveilleuse que tu es, Hermione. » admit-il, une onde de frustration dans le regard. « Et malgré tout, je dois accepter que même si l'amour que je te porte est inconditionnel, le monde ne le verra jamais de la même manière. »
Théodore avait prononcé ces mots d'une voix grave et Hermione resta silencieuse, ne sachant pas où il voulait en venir.
« Je sais que ton secret pèsera toujours sur nous. Mais je ne veux pas qu'il nous empêche de vivre le bonheur auquel nous devrions avoir droit ou qu'il nous force à nous séparer… » dit-il d'une voix déterminée.
Il resserra sa pression sur ses mains avant de poursuivre :
« Je dois t'avouer quelque chose. L'investigation de Sleezer n'est pas la seule chose que j'avais prévu. » admit Théodore avec agitation. « Je me suis renseigné sur le moyen le plus efficace de te protéger et j'ai eu une idée grâce à Aelius Macmillan - rassure-toi il ne connait pas ton vrai statut. » s'empressa-t-il de rajouter en voyant l'air paniqué d'Hermione.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda-t-elle, peu à l'aise.
« Dans mes lectures, j'ai trouvé des informations sur des vieux pactes spécifiquement réservés aux Treize sacrés. Des protections et des exceptions contre certaines règles appliquées au reste de la population. »
« D'accord… » fit Hermione lentement, confuse.
« Ce que je t'ai dit à propos de mon amour inconditionnel est la vérité. Mais ce ne sont que des paroles, et elles ne valent rien sans des actes. » reconnut-il. « Alors, si tu l'acceptes, j'aimerais te donner ce que j'ai de plus précieux… »
Théodore lâcha sa main pour saisir quelque chose dans la poche de sa cape. Il en extirpa un boitier noir qu'il tendit en direction d'Hermione.
« Mon Nom. » acheva—t-il en ouvrant le boîtier.
Hermione avait ouvert la bouche, complètement figée devant la bague étincelante qu'il lui montrait. Elle était tellement choquée qu'aucun mot ne put sortir de sa bouche. Elle observa la bague, pétrifiée, se demandant si elle n'était pas en train de rêver.
« Hermione Granger, me feras-tu l'honneur sacré de devenir ma femme ? » demanda Théodore d'une voix solennelle, un peu tremblante à cause de sa nervosité.
« Théodore… » murmura Hermione, prise au dépourvu, sa voix à peine audible. « Je…Je… »
Elle ne parvint pas à articuler une phrase correcte tant elle était désemparée.
« Je… Je ne m'attendais tellement pas à ça. » dit-elle finalement, bouleversée. « Je ne sais pas quoi dire… »
« Dis oui ? » suggéra Théodore avec espoir.
Sa phrase arracha un rire nerveux à la jeune femme. Elle sentait son cœur marteler violemment dans sa poitrine et elle se sentit chancelante à cause de l'émotion.
« Théodore, est-ce que tu réalises à quel point c'est… » commença-t-elle.
« Complètement fou ? Crois-moi, j'en suis pleinement conscient. Mais je suis aussi conscient que je t'aime et que je veux me réveiller à tes côtés pour le restant de mes jours. » dit-il avec sincérité.
Ses mots provoquèrent une chaleur agréable dans l'estomac d'Hermione. Elle n'avait jamais été le genre de femme à être particulièrement romantique. Elle devait néanmoins admettre qu'elle était plus émue que jamais.
Pourtant, bien rapidement, son côté rationnel fut de retour.
« Comment peux-tu être certain que cela ne va pas empirer les choses ? » demanda-t-elle en baissant la tête. « Qu'ils vont l'accepter ? »
« Tout est dans ces textes secrets. Ils ont fait en sorte de pouvoir jouir de tous les avantages possibles. Une fois que tu deviendras une Nott, tu ne seras pas soumise aux mêmes règles que le reste de la population mais à celles spécifiquement réservées aux Treize. Tu obtiendras des protections supplémentaires. Y compris la règle d'immunité qui stipule qu'aucune mesure punitive ne peut être prise par la loi contre les membres d'une famille sacrée originelle. » indiqua-t-il. « Il n'a jamais été stipulé qu'un membre des Treize a l'interdiction de s'unir avec quelqu'un de Sang-Impur. Il ne leur ait probablement jamais venu à l'esprit qu'une chose pareille pourrait se produire. Un vide juridique auquel nos gouvernants brillants n'ont jamais pensé. »
Il avait dit cela avec un petit sourire ironique, comme si la possibilité d'avoir trompé des générations de sorciers extrémistes le rendait particulièrement heureux.
« Avec ce qu'il s'est passé avec Pénélope Dauclaire, nous avons frôlé la catastrophe. Et je ne peux pas permettre que quelque chose de la sorte puisse se reproduire. Je veux prendre les devants et te protéger autant que je peux. » assura-t-il.
Elle l'écouta silencieusement. C'était la première fois qu'elle entendait l'existence de telles règles. Elle n'était pourtant pas choquée. Les Treize faisaient tout pour asseoir leur pouvoir et leurs avantages au sein du régime qu'ils contrôlaient. Ils gardaient probablement jalousement ce genre d'informations.
Elle n'était pas surprise qu'Aelius soit au courant de ce genre d'informations confidentielles. Après tout, les Macmillan étaient l'une des quatre familles originelles qui subsistaient, au même titre que les Malfoy, les Nott et les Black.
« Et ta famille ? L'impact que cela va avoir sur votre réputation… » rappela Hermione, mal à l'aise.
« Ça m'est égal. Je me fiche de la réputation de ma famille. J'en suis d'ailleurs le seul héritier, alors c'est moi qui décide. Oui, nous allons être des parias, et ils feront probablement tout pour retirer notre statut sacré après ma génération mais ça m'est complètement égal. » assura Théodore avec dédain. « Une fois que tu seras une Nott, les choses seront plus simples. Je ferai tout mon possible pour qu'on parvienne à quitter ce pays arriéré une fois pour toute. »
Ses paroles firent naitre un espoir gigantesque en elle.
Se marier, songea-t-elle avec effarement. L'idée était tellement folle, tellement grotesque, tellement soudaine. Pourtant, une partie d'elle réalisait que c'était peut-être la seule manière d'obtenir une protection.
Était-elle prête à prendre une décision aussi monumentale ? Un engagement aussi important ?
Contrairement à un mariage traditionnel, l'union sacrée était une union bien plus puissante. Il était impossible de séparer juridiquement deux personnes unies par un lien sacré. C'était un lien qui allait au-delà de la loi. Il s'agissait d'une union prenant son origine dans une magie ancestrale.
C'était une décision qu'on ne prenait pas à la légère. Elle qui planifiait tous les aspects de sa vie de manière méthodique, sans prendre le moindre risque et sans jamais dévier de ses plans, serait-elle prête à prendre l'une des décisions les plus importantes de sa vie à cet instant même ? La perspective lui provoqua des émotions contradictoires - un mélange d'angoisse et d'excitation difficile à décrire.
Pourtant, lorsqu'elle regardait Théodore, et qu'elle se rappelait les choses qu'ils avaient déjà traversées dans un laps de temps si court ainsi que leur détermination à protéger leur relation, elle savait à quel point ses sentiments pour lui étaient forts. Elle était prête à cesser de penser à elle pour penser à eux.
La réponse lui vint de manière évidente.
« Oui. » souffla-t-elle.
« Tu… Tu acceptes ? » demanda Théodore, les yeux écarquillés, comme s'il n'était pas certain d'avoir bien entendu.
Hermione hocha la tête avec excitation. Théodore la saisit par la taille, la faisant tournoyer dans l'air avec enthousiasme, une expression de bonheur extrême sur son visage. Sa réaction provoqua un rire nerveux chez la jeune femme.
Lorsqu'il la reposa au sol, il prit son visage dans ses mains et pressa fermement ses lèvres contre les siennes. Ce fut un baiser passionné, dans lequel il sembla vouloir lui communiquer l'intensité de son amour et de son dévouement. Hermione se sentit perdre pied, traversée par une vague d'émotions inexplicables. Il posa son front contre le sien, caressant sa joue amoureusement.
« Dans ce cas, ne perdons pas de temps. » murmura-t-il. « Nous sommes au bon endroit. »
Hermione ouvrit la bouche de stupéfaction.
« Tu… Tu veux faire ça maintenant ? » bredouilla-t-elle, déstabilisée.
Se fiancer était déjà un acte impressionnant, mais se marier dans la foulée ? Cela lui semblait totalement irréaliste, tellement loin de ce qu'elle ferait habituellement.
Et ce fut certainement pour cette raison précise qu'elle se décida à le faire. Sa propension à vouloir tout planifier et tout contrôler à la lettre n'avait pas été particulièrement couronnée de succès. Pour une fois, elle allait se laisser aller à ses désirs profonds et égoïstes.
Théodore hocha la tête avec excitation.
« La gérante de cet endroit est autorisée à célébrer des unions sacrées. Nous avons des témoins - Zéphyr et Ginny. Et bien sûr, toi et moi. Nous avons tout ce qu'il nous faut. » énuméra-t-il avec enthousiasme.
Hermione réalisa que c'était probablement son plan depuis le début. Il n'avait pas seulement prévu de demander sa main. Il voulait qu'ils s'unissent immédiatement. C'était pour cette raison précise qu'ils l'avaient conduite dans cet endroit.
« Ginny… » répéta Hermione, frappée d'une compréhension soudaine.
« C'est elle qui m'a aidé à tout organiser sans que tu ne te rendes compte de rien. C'est même elle qui a trouvé quelqu'un qui accepterait de nous unir malgré nos statuts. » révéla Théodore avec un sourire. « Je lui dois une fière chandelle. »
« C'est vraiment une actrice professionnelle. Je ne me suis rendu compte de rien… » songea Hermione, scotchée.
Mis à part les petits sourires incessants et joyeux de Ginny ces derniers jours, elle n'avait rien remarqué.
« Allons les rejoindre. Je crois qu'elles attendent avec impatience la réponse. » révéla Théodore, un sourire radieux sur son visage.
« Et si j'avais dit non ? » interrogea Hermione avec raillerie.
« J'essayais de ne pas trop y penser, même si pour te dire la vérité, je savais que c'était une possibilité sérieuse. Et d'une certaine manière, j'aurais compris... » admit-il avec honnêteté.
Hermione glissa la main dans la sienne, et posa de nouveau ses lèvres sur les siennes. Ils échangèrent un sourire avant de retourner au niveau inférieur de la boutique où se trouvaient Ginny, Zéphyr et Trelawney. Ginny vint immédiatement à leur rencontre.
« Alors ? » demanda-t-elle d'un ton avide.
« Elle a dit oui. » annonça Théodore avec un sourire heureux.
Ginny se mit à sautiller sur place, visiblement surexcitée par la nouvelle. Elle se rua vers Hermione pour l'étreindre avant de faire la même chose avec Théodore.
« Alors mettons-nous au travail. Nous avons une union à célébrer. » s'exclama-t-elle joyeusement.
Trelawney semblait elle aussi surexcitée et Hermione se demanda combien de galions elle avait réclamé pour officier la cérémonie. Peu de personne accepterait d'unir de manière sacrée une Sang-Impur avec un Sang-Pur, surtout un membre des Treize Sacrés. Trelawney se dirigea vers la porte de la boutique et s'empressa de tourner l'écriteau pour afficher la mention ''Fermé''
« Suis-moi, Hermione. » la pressa Ginny d'une voix résolue en prenant Hermione par les épaules, pour la conduire vers le fond de la boutique.
Elle la mena vers ce qui ressemblait à un petit salon, où avaient lieu les consultations privées.
« Alors ? Comment tu te sens ? J'imagine que tu es sous le choc. » devina Ginny avec sympathie.
« Tu n'as pas idée. » admit Hermione. « Vous m'avez bien eue. Je ne me suis doutée de rien. »
Ginny esquissa un sourire satisfait. Elle attrapa un sac posé au sol et en extirpa un cintre où une longue robe d'une teinte crème était soigneusement dressée. Hermione observa la robe la bouche ouverte, abasourdie.
Elle avait déjà vu cette robe, plusieurs semaines auparavant.
« Pour l'amour de Merlin, Ginny, tu es machiavélique. » s'exclama Hermione avec un rire choqué. « C'est la robe que tu m'as fait essayer pour ta patronne ? »
Elles s'étaient rendues à une séance de shopping sur le Cours Écarlate pendant laquelle Ginny avait prétexté chercher des tenues en urgence pour une séance photo de Pansy Parkinson. Elle avait prétendu qu'elles faisaient la même taille afin de lui faire essayer des tenues. Hermione avait eu un coup de cœur pour la robe.
« Un faux-prétexte. » déclara Ginny avec un sourire satisfait.
« Tu devrais recevoir une récompense pour la meilleure menteuse du pays. » décréta Hermione en secouant la tête, toujours désemparée.
Elle n'arrivait pas à croire qu'elle s'était faite autant bernée. Elle était même un peu vexée d'avoir pu tomber aussi facilement dans le panneau sans se douter de quoi que ce soit. Elle qui se vantait d'être observatrice et sagace.
« Et j'imagine que cette histoire de maquillage tout à l'heure était complètement fausse, également. » devina Hermione.
« Tout à fait juste. » indiqua Ginny, très fière d'elle. « Je suis contente d'avoir pu garder l'effet de surprise. Tiens, change-toi. »
Hermione retira ses vêtements avant de revêtir prudemment la robe, qui lui allait comme un gant, épousant chacune de ses formes d'une manière parfaite. Elle lui seyait encore mieux que pendant l'essayage. Elle se demanda si Ginny avait également fait en sorte de la faire tailler parfaitement à sa silhouette après l'essayage avec la couturière. Avec toutes ces récentes révélations, cela n'aurait pas surpris Hermione.
Ginny posa une main sur sa bouche en l'observant, les yeux brillants.
« Tu… Tu es magnifique, Hermione. » dit-elle d'une voix remplie d'émotions. « Je crois que je vais pleurer. »
Hermione voulut lui dire de ne pas exagérer mais elle garda le silence quand elle se vit dans le miroir devant lequel Ginny la conduisit. Elle eut un choc en voyant son reflet, vêtue de cette magnifique robe.
Elle était tout simplement parfaite. Sobre et élégante à la fois. Fluide et un peu bohème, relevée par un bustier ajusté au décolleté léger travaillé. Les détails de la robe étaient remarquables. Elle avait été confectionnée dans un magnifique satin de crème de soie. La matière était fine sans être trop opaque. Hermione avait l'impression de porter la tenue comme une seconde peau. Tandis qu'elle observait son reflet dans le miroir, elle réalisa qu'elle ne s'était jamais sentie aussi belle qu'à cet instant précis.
Je vais me marier, songea-t-elle, frappée par une prise de conscience soudaine.
Elles s'attaquèrent à sa coiffure et Ginny abandonna rapidement l'idée de créer un chignon parfait avec la chevelure volumineuse d'Hermione. Elle opta pour une demie-attache tressée pour dégager les boucles de son visage. Elle plaça ensuite un serre-tête en pierres précieuses sur le haut de sa tête.
« Tu es superbe. Il va s'évanouir en te voyant. » assura Ginny, pleine d'effervescence. « Allons-y. »
Vêtue d'une paire de chaussures à talons courts et heureusement, confortables, Hermione emboîta le pas à Ginny, en direction de l'étage supérieur de la boutique. Elles pénétrèrent de nouveau dans la pièce où Théodore avait fait sa demande. Elle fut impressionnée par le ravalement de façade que l'endroit avait reçu en aussi peu de temps. Le désordre qui remplissait jadis la pièce avait disparu, remplacé par deux lignes de lumières magiques placées au sol et menant jusqu'à un autel décoré par un rideau de fleurs. La composition florale formait une arche qui donnait à la pièce un aspect particulièrement romantique. Des centaines de bougies en suspension lévitaient au-dessus de leurs têtes. Des ornements de fleurs recouvraient les murs de la pièce, entremêlés de guirlandes lumineuses.
Malgré le décor idyllique, Hermione n'y prêta qu'une brève attention. A l'opposé de la pièce, devant l'autel, Théodore l'attendait. Il portait un smoking élégant d'un gris clair, parfaitement ajusté. Il se tourna vers la porte et se figea à la vue d'Hermione, manifestement stupéfié par la vision qu'elle offrait. Elle sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine tandis que leurs regards se croisaient. Elle fut submergée par une avalanche d'émotions – de la nervosité, de l'appréhension, du bonheur, de l'excitation.
Derrière elle, la voix de Ginny lui murmura d'avancer, la sortant de sa léthargie. Hermione s'exécuta, traversant d'une démarche lente le chemin tracé par les lignes lumineuses. A mesure qu'elle approchait, les illuminations devenaient plus intenses, comme pour guider son chemin. Lorsqu'elle arriva à la hauteur de Théodore, son visage se fendit en un sourire radieux.
« Tu es époustouflante, Hermione… » murmura-t-il en l'observant avec admiration, visiblement bluffé par son apparence.
Sa réaction provoqua un léger rougissement chez la jeune femme qui se sentit envahie d'un contentement indescriptible. Théodore attrapa ses mains dans les siennes, sans cesser de la dévisager avec fascination, comme s'il n'avait jamais rien vu d'aussi extraordinaire de son existence.
Hermione se rendit compte qu'un morceau de piano résonnait discrètement dans la pièce. Elle tourna la tête avec curiosité et aperçut la silhouette fluette de Zéphyr installée devant un petit piano droit, à l'aspect un peu délabré. Sybille Trelawney s'approcha de l'autel. Elle portait un caftan pourpre embelli de broderies de perles avec une ceinture coordonnée. Des innombrables bijoux décoraient sa nuque et ses bras. Lorsqu'elle brandit les mains en l'air, on entendit le claquement de ses bracelets retentir dans la pièce. Elle agita sa baguette magique et immédiatement, d'autres bougies disposées sur l'autel s'allumèrent. Derrière ses lunettes imposantes et extravagantes, elle observa Hermione et Théodore tour à tour avec un air bienveillant.
« Il n'existe aucune union aussi puissante et aussi pure qu'une union sacrée. C'est un acte d'amour profond et inaltérable qui unit deux personnes à la promesse de l'infini, de l'immuable et de l'intemporel. » énonça Trelawney d'une voix solennelle.
Elle traça des signes à l'aide de sa baguette dans l'air tandis qu'elle prononçait ces paroles.
« Comme vous le savez, l'union sacrée n'est pas un acte anodin. C'est un acte sacré qui doit être considéré et traité avec le plus grand soin et la plus haute importance. » rappela-t-elle d'une voix grave. « En ce jour, vous jurez de vous offrir l'un à l'autre de manière totale, et vous utilisez votre magie pour sceller cette promesse. »
Hermione avait lu quelques passages sur les unions sacrées, un type de mariage bien plus commun dans le régime qu'à l'extérieur. Elle n'en avait d'ailleurs jamais entendu avant son entrée dans le pays. Il s'agissait d'une union puissante, se fondant sur une magie ancestrale et était souvent utilisée par les élites, comme les Treize ou les Sang-Pur de premier rang dont les unions étaient stratégiques et une manière de consolider la richesse et le statut de deux familles. A cause de son caractère permanent, l'union sacrée exigeait toutefois la lucidité totale des participants qui devaient être en possession complète de leurs facultés mentales. Cela ne fonctionnait pas si la personne était sous une influence quelconque, telle qu'un philtre d'amour ou encore le sortilège de l'Imperium.
Hermione sentit ses propres mains trembler dans celles de Théodore, preuves de sa nervosité devant l'engagement qu'elle s'apprêtait à prendre. Elle sentit la main de Théodore serrer légèrement la sienne, comme pour la rassurer. Il n'avait pas décollé son regard du sien et la détermination qu'elle lisait à l'intérieur la conforta.
« Théodore Alexander Nott, prêtez-vous serment, sur votre magie, de prendre Hermione Jean Granger, comme épouse sacrée jusqu'à ce que la mort vous sépare ? » demanda Trelawney en se tournant vers lui.
« Je prête serment sur ma magie. » répondit Théodore d'un ton ferme, sans aucune hésitation.
« Hermione Jean Granger, prêtez-vous serment, sur votre magie, de prendre Théodore Alexander Nott, comme époux sacré jusqu'à ce que la mort vous sépare ? »
Hermione prit une grande inspiration, la gorge sèche et le cœur battant.
« Je prête serment sur ma magie. » répondit-elle avec résolution.
Le sourire qui habilla le visage de Théodore suite à sa réponse la rendit euphorique.
Trelawney attrapa leurs bras afin de les placer dans un croisement particulier. Elle apposa ensuite sa baguette sur leurs mains liées, murmurant une incantation. Immédiatement, des liens translucides se matérialisèrent, se glissant autour de leurs mains et entre leurs doigts comme pour les réunir d'une manière plus solide. Hermione sentit un picotement sur sa peau tandis que les liens magiques serraient fermement leurs mains. Elle se sentit traversée d'un curieux frisson, de la pointe des pieds jusqu'à son crâne.
« Rien ne peut séparer ce que la magie a uni. » acheva Trelawney tandis qu'elle retirait sa baguette, faisant disparaître les liens magiques qui les reliaient. « Je vous déclare désormais unis par les liens sacrés. »
Il fallut quelques secondes à Hermione pour réaliser la teneur de ces paroles.
« Vous pouvez embrasser la mariée ! » s'exclama la voix de Ginny à quelques mètres d'eux, provoquant leurs rires.
Théodore s'approcha d'Hermione, prenant délicatement son visage dans ses mains et posa de nouveau ses lèvres sur les siennes, l'embrassant avec ferveur, sous les applaudissements des autres. Lorsqu'ils s'écartèrent, à bout de souffle, ils échangèrent un long regard complice.
Hermione avait lutté pendant le discours de Trelawney pour ne pas pleurer. Elle laissa ses larmes couler en toute liberté. Elle était heureuse, comme elle ne l'avait pas été depuis très longtemps. L'émotion était indescriptible. C'était comme si son corps était trop petit et trop faible pour contenir une allégresse aussi brute et puissante.
« Je suis tellement heureuse pour vous. » s'extasia Ginny en s'approchant d'eux.
Ses yeux étaient également remplis de larmes tandis qu'elle étreignait longuement Hermione.
« Félicitations, maître et maîtresse. » ajouta Zéphyr en apparaissant à leurs côtés, semblant aussi surexcitée que Ginny.
Trelawney saisit sur l'autel une bouteille d'hydromel et quelques verres qu'elle s'empressa de remplir, l'air satisfait.
« A M. et Mrs Nott. » annonça Ginny de manière solennelle en brandissant son verre pour trinquer.
Hermione porta l'hydromel à sa bouche, et la fraîcheur de la liqueur lui fit du bien. Elle pouvait désormais se détendre, songea-t-elle en observant avec amusement Ginny et Trelawney qui semblaient concourir pour déterminer qui terminerait son verre le plus rapidement.
« Mrs Nott… Vous me ferez bien l'honneur de cette première danse ? » murmura Théodore à son oreille, la faisant frissonner.
Hermione se sentit rougir à l'appellation. Il serait étrange d'être appelée ainsi, désormais, réalisa-t-elle. Elle n'était même pas certaine de vraiment réaliser ce qu'il venait de se passer. Elle avait l'impression de planer sur un nuage voluptueux, comme si elle ne se trouvait pas vraiment dans la réalité. Théodore l'attrapa par la taille, et elle se laissa aller dans ses bras.
« C'est étrange de t'entendre m'appeler ainsi. » admit-elle pendant qu'ils se mouvaient lentement au rythme de morceau de piano qui résonnait dans la pièce.
En attendant la proposition de son maître, Zéphyr s'était empressée reprendre sa place au piano. Hermione ignorait qu'elle savait également jouer.
« Tu vas devoir t'y habituer. » prévint Théodore avec un sourire satisfait.
Elle se contenta de sourire.
« Est-ce que la cérémonie t'a plu ? » demanda Théodore contre son oreille. « Je sais que ce n'est pas le type de cérémonie idéale mais… »
« C'était parfait. Tout simplement parfait. » l'interrompit Hermione avec sincérité.
Avant ce jour, Hermione n'avait jamais sérieusement réfléchi au mariage. Elle savait toutefois qu'elle n'aurait jamais été le genre de personne à désirer une cérémonie grandiose et codifiée. Elle n'était pas particulièrement avide de célébrations.
Cette cérémonie, proche et intime, avait tout simplement été parfaite à son sens. Elle n'aurait pas pu rêver mieux. Son seul regret était que ses parents n'étaient pas présents pour assister à cet instant si important de sa vie. Immédiatement, elle sentit une boule se former dans sa gorge. Elle posa sa tête sur l'épaule de Théodore qu'elle atteignait désormais grâce à la paire de chaussures à talons qu'elle portait. Habituellement, il faisait une tête de plus qu'elle.
Théodore resserra ses bras autour de sa taille et Hermione ferma les yeux, se laissant transporter par la musique, profitant de l'étreinte rassurante et aimante de l'homme à qui elle était désormais liée pour toujours.
Elle ignora combien de temps ils restèrent dans cette position sur la piste improvisée, absorbés dans leur petit monde, ignorant ce qu'il se passait autour d'eux.
Pour Hermione, rien ne semblait compter à part Théodore, son souffle chaud contre son oreille, ses bras fermement enveloppés autour d'elle et les paroles pleines de promesses et de tendresse qu'il lui murmurait.
Finalement, après ce qui lui sembla une éternité, Hermione se détacha à contrecœur de l'étreinte de Théodore. Elle jeta un regard par-dessus son épaule et aperçut Trelawney et Ginny affalées sur un sofa contre un mur de la pièce. Elles tenaient toutes les deux une bouteille d'hydromel à la main, et discutaient joyeusement, l'air hilare. Les joues rosies et les yeux brillants de Ginny lui firent comprendre qu'elle était déjà pompette. Hermione laissa échapper un petit rire face à cette association inattendue.
« Il faut croire que cette allumée de première classe n'avait pas menti. » dit-elle avec un soupir.
« Comment ça ? » demanda Théodore, levant un sourcil curieux.
« Ginny et moi sommes venues ici, il y a quelques mois, pour une consultation. Cette diseuse de bonne aventure m'a annoncé qu'on serait liés par un lien incassable. Elle a dit que même la mort essaierait de nous séparer et qu'elle n'y parviendrait pas. » répéta Hermione.
« C'est un présage encourageant, non ? » demanda Théodore. « Ça signifie que malgré tous les obstacles, nous arriverons toujours à nous en sortir. Ensemble. »
Hermione hocha lentement de la tête. Qui aurait cru qu'une tireuse de cartes extravagante aurait pu faire une prédiction correcte ? songea-t-elle avec sidération.
« J'imagine que même une horloge cassée donne la bonne heure une fois par jour. » commenta Hermione avec dédain.
Elle se garderait toutefois d'en faire la remarque à Ginny. Cette dernière prétendrait à qui voulait l'entendre que sa loi d'attraction ou son appel à l'attention de l'univers - peu importait la désignation - avait fonctionné. Ginny ne se laisserait jamais de lui rappeler, songea Hermione avec amusement.
De nouveau, elle laissa échapper un soupir de contentement et se laissa aller contre le torse de Théodore, se fondant dans une étreinte qu'elle espérait ne jamais devoir quitter tant elle s'y sentait bien.
/
Ginny éclata d'un grand rire sonore lorsque Sybille Trelawney termina le récit insolite de sa virée dans un bar clandestin, en compagnie d'un gobelin malentendant et d'un vampire végétarien. Cette femme était sans l'ombre d'un doute dérangée mais Ginny devait admettre qu'elle était absolument hilarante. A moins que son hilarité continuelle soit davantage un effet de la bouteille d'hydromel dont elle avait déjà consommé les trois quarts. Ginny n'en était pas certaine et elle s'amusait trop pour s'en soucier outre mesure.
Elle se redressa sur le sofa enfoncé et son regard se porta sur Hermione et Théodore, étroitement enlacés au milieu de la pièce, semblant complètement dissociés de leur environnement.
« Ils sont adorables. » s'extasia-t-elle avec émotion. « Merci d'avoir accepté de les unir. »
« Ce fut un plaisir. Il est rare qu'on vienne me trouver pour des unions sacrées. » expliqua Trelawney avec enthousiasme. « Je dois l'admettre, pendant un instant, j'ai cru que je ne me souvenais plus du sort. Heureusement, tout s'est bien passé. »
Lorsque Théodore était venu la trouver à son appartement et qu'il lui avait fait part de sa volonté de demander Hermione en mariage, Ginny l'avait d'abord fixé comme s'il avait complètement perdu la tête. Elle s'était rapidement rendue compte qu'il était sérieux en apercevant la détermination et la nervosité dans ses yeux. Il voulait la protéger, avait-il clamé. Et s'unir de manière sacrée serait un moyen de s'assurer qu'on ne pourrait pas les séparer facilement. Bien que Ginny ait trouvé l'idée complètement folle, son côté romantique avait été ému. Et avec le temps, elle s'était faite à cette idée rocambolesque, devenant la complice principale de Théodore pour mettre son plan à exécution en toute discrétion. Ils avaient été nerveux jusqu'au dernier moment. Ginny savait que Théodore avait été terrifié à l'idée qu'Hermione refuse. Pour être honnête, Ginny elle-même avait pensé qu'il s'agissait d'une potentialité. Après tout, Hermione n'aimait pas les surprises et était le genre de personne qui ressentait le besoin vital de tout planifier et de tout contrôler. Ginny était heureuse de voir que malgré leurs craintes, tout s'était bien terminé.
« J'ai une question. » dit soudainement Ginny, comme éprise d'une révélation soudaine. « A propos de cette prédiction que vous m'avez faite, il y'a quelques mois. Vous n'arriverez pas à garder les deux. Qu'est-ce que ça signifie, exactement ? »
« J'ai bien peur de ne pas être en mesure de vous répondre, ma chère. Je ne me souviens pas de la plupart de mes prédictions. Et pour être honnête, je ne suis pas vraiment présente quand elles me viennent. Je traverse une sorte de transe. Je ne suis qu'un fil conducteur pour le message. Je ne sais pas non plus ce qu'il signifie. » expliqua Trelawney, en se grattant la tête, faisant claquer ses innombrables bracelets au passage.
Ginny se demanda si elle était honnête ou s'il s'agissait d'un mensonge pour les clients les plus crédules, comme elle. Elle avait toujours été réceptive à toutes ces choses que les gens qualifiaient de balivernes. Probablement un héritage de sa belle-sœur Fleur qui l'avait initiée pendant sa jeune adolescence à ces ''délires ridicules'' comme se plaisait à les nommer Bill.
Quelques instants plus tard, Théodore et Hermione vinrent à leur rencontre. Le bras de Théodore était posé sur la taille d'Hermione, la tenant dans une posture amoureuse et presque protectrice que Ginny trouva adorable. Pendant un court instant, elle ne put s'empêcher d'envier cet amour si beau et si fusionnel qu'ils partageaient.
« Nous allons rentrer au Manoir. » indiqua Théodore. « On te raccompagne, Ginny ? »
« Pas encore. La fête n'est pas encore terminée. Nous allons continuer les festivités pendant que vous faites des cochonneries pour votre nuit de noces. » décréta Ginny en brandissant sa bouteille désormais vide.
Elle avait prononcé ces mots de façon maladroite, manifestement éprise par les effets de l'alcool.
Sa réponse provoqua le rire de Théodore et les joues d'Hermione prirent une couleur rosée malgré son sourire amusé. Ginny se releva pour les étreindre, les félicitant de nouveau profusément.
« Merci pour tout, Ginny. » chuchota Hermione à son oreille, pleine de reconnaissance.
« Je t'en prie, ma belle. » répondit Ginny en lui adressant un sourire lumineux.
« Tu es sûre que tu ne veux pas qu'on te raccompagne ? » insista Théodore.
« L'appartement est à deux pâtés de maisons. Ça va aller. » assura Ginny, avant de s'avachir à nouveau sur le sofa, aux côtés de Trelawney. « Ne vous en faites pas. »
Ils acceptèrent finalement de prendre congé en compagnie de Zéphyr, montant à bord de la diligence qui s'envola dans les airs, disparaissant bientôt dans l'obscurité de la nuit.
« Terminée. » annonça Trelawney d'une voix consternée en montrant sa bouteille d'hydromel vide. « Je vais en chercher une autre. J'ai une bouteille de whisky pur feu qui n'attend que d'être entamée. »
Ginny hocha la tête avec enthousiasme. Elle laissa échapper un petit hoquet et s'excusa pour aller aux toilettes.
Après avoir bu autant, elle ressentait une envie pressante de se soulager. Elle se releva un peu trop vite, et fut envahie par un violent tournis qui la laissa hagarde. Il lui fallut quelques secondes pour reprendre sa contenance. Elle était définitivement ivre, songea-t-elle.
D'une démarche claudicante, elle descendit les escaliers étroits de la boutique. Elle se cogna contre divers meubles et manqua à deux reprises de se fouler la cheville. Ginny soupira de soulagement lorsqu'elle atteignit finalement les toilettes. D'un regard absent, elle fixa longuement les affiches sur les murs qui détaillaient toutes sortes de cristaux ainsi que leurs bienfaits. Elle ignora combien de temps elle resta assise sur la cuvette, menaçant de piquer du nez. Elle eut un long moment d'absence, chose qui lui arrivait parfois lorsqu'elle buvait trop. Ce fut des coups répétés contre la porte qui la firent revenir brutalement à la réalité.
« Tout va bien, là-dedans ? » interrogea la voix de Trelawney.
Ginny sortit des toilettes.
« Ah, vous voilà enfin ! J'ai cru que vous vous étiez endormie. » dit Trelawney avec un rire gras. « Un autre verre ? »
Elle lui désigna fièrement une bouteille de liqueur d'une couleur ambrée. Elle était déjà entamée.
« Un petit dernier. » céda Ginny. « Je crois que j'ai assez bu comme ça. »
Une musique entraînante retentissait d'un tourne-disque installé dans un recoin de la boutique. Une once d'énergie retrouvée, Ginny se mit à danser joyeusement en sirotant le verre que lui avait tendu Trelawney.
Cette dernière la rejoignit, et exécuta des mouvements de danse étranges qui consistaient à faire des vagues à l'aide de ses bras. Elle ensorcela le châle pour former une ligne horizontale sous laquelle elles devaient réussir à passer sans la toucher.
Ce fut dans cette position qu'on les trouva lorsque la porte de la boutique s'ouvrit soudainement, laissant apparaître un visage familier. Ginny, dont le buste était tourné vers le plafond, tandis qu'elle tentait de passer sous le châle désormais placé à un mètre du sol, écarquilla les yeux et perdit son équilibre, se rétamant piètrement sur le sol.
« D-Draco ? C'est bien toi ? » demanda-t-elle un peu bêtement.
Elle se redressa d'une manière peu élégante, reprenant une position assise et repoussa le châle qui était tombé sur son visage.
« De toute évidence. » répondit Draco de son éternel ton hautain.
Il observa brièvement les lieux, comme s'il jaugeait la scène devant ses yeux. L'expression de son visage lui prouva qu'il voulait faire un commentaire désobligeant mais il sembla se retenir.
« Tu es venu pour une prédiction ? » interrogea Ginny, estomaquée par sa présence dans un tel lieu à une heure aussi avancée de la nuit.
Draco reporta son attention sur elle, visiblement décontenancé par sa question.
« La boutique est fermée. Mais je veux bien faire une exception pour un bel homme comme vous. » minauda Trelawney, battant exagérément des paupières derrière ses lunettes larges.
Draco arbora une expression d'aversion et de mépris qui aurait probablement ébranlé l'amour propre de la plupart des femmes. Ginny, elle, se tourna vers Trelawney, outrée.
« Pas touche. » s'exclama-t-elle d'un ton un peu agressif à l'attention de la femme, avant de pouvoir s'en empêcher.
Trelawney jeta un regard interloqué vers Ginny puis vers Draco. Ses yeux semblèrent s'illuminer, comme si elle venait de comprendre quelque chose.
« Oh… Je vois. » dit-elle, simplement, avec un rire nerveux. « Pas de prédiction, dans ce cas. »
Pendant leurs discussions alcoolisées, Ginny s'était épanchée sur la relation ''compliquée'' qu'elle entretenait avec un homme et lui avait fait part de ses nombreuses frustrations. Trelawney avait probablement fait le rapprochement.
« J'ignore ce qu'il se passe ici, mais je n'ai pas toute la nuit. » intervint Draco, l'air irrité. « Allons-y. »
Il tendit sa main à Ginny qui la saisit pour se relever. Elle se retrouva à moitié avachie sur lui, tandis qu'elle essayait de retrouver son équilibre. Encore une fois, elle fut enivrée par son odeur qu'elle trouvait encore plus ensorcelante qu'à l'accoutumée à cause de son ivresse.
« Où allons-nous ? » interrogea Ginny en s'accrochant à son bras avec davantage de force que nécessaire.
« Je te raccompagne chez toi. As-tu la moindre idée de l'heure qu'il est ? » demanda-t-il d'un ton excédé.
« Tu es pire que mon frère. » commenta-t-elle en faisant la moue.
Sa critique ne sembla toutefois pas l'affecter. Ginny relâcha son bras et se dirigea vers un sofa pour récupérer ses affaires.
« A bientôt. » dit-elle joyeusement à l'attention de Trelawney, en secouant sa main dans sa direction. « Et merci. »
« Que Voldemort vous accompagne. » répondit-elle d'un ton entendu en secouant sa main à son tour, faisant claquer ses bracelets clinquants.
Lorsqu'ils quittèrent la boutique, Ginny fut surprise par la vague frigorifiante qui la frappa. Elle claqua des dents en revêtant sa cape.
« Je ne peux pas rentrer maintenant. » déclara Ginny d'une voix plaintive.
« Pourquoi pas ? » s'étonna Draco, les sourcils froncés.
« Je suis affamée, et je n'ai rien à la maison. » dit-elle d'un ton dramatique.
Il leva les yeux au ciel.
« Il y a un petit snack pas très loin d'ici. Ils ouvrent la nuit. » informa-t-elle en pointant du doigt la direction opposée en sautant sur place, pour se réchauffer.
« Très bien, allons-y. » concéda Draco, sans entrain.
« Pourquoi es-tu ici ? » demanda-t-elle avec curiosité tandis qu'ils marchaient sur l'avenue principale des Embrumes.
« Parce que tu m'as demandé de venir. » répondit-il sur le ton de l'évidence.
« Quoi ? » s'indigna Ginny en ouvrant de grands yeux. « Je n'ai jamais fait ça. »
Draco lui jeta un regard circonspect comme s'il jaugeait si elle était sérieuse ou pas.
« Tu m'as contacté il y a une demi-heure en racontant des choses incompréhensibles. Et tu m'as dit où tu étais. » rappela—t-il en l'observant comme si elle avait perdu la tête.
Ginny fronça les sourcils, confuse par les paroles qu'elle entendait. Elle se rappela ensuite de ce moment d'absence qu'elle avait eu dans les toilettes de la Thérapie de l'Âme. Elle ignorait combien de temps ce trou noir avait réellement duré. Elle se rappelait toutefois qu'à plusieurs moments de la soirée, ses pensées s'étaient tournées vers Draco, probablement à cause de l'ambiance passionnée et romantique de l'union de Théodore et Hermione. Elle avait sans doute utilisé son miroir à double sens pendant son moment d'absence, poussée par l'audace que lui procurait l'alcool. Elle gémit d'embarras.
Elle espérait n'avoir rien révélé de compromettant sur l'union de Théodore et Hermione pendant cette conversation dont elle ne se souvenait pas.
Ils arrivèrent devant La Frite du Colosse, un petit restaurant snack nocturne. Devant l'entrée, ils croisèrent un groupe de jeunes dans un état d'ivresse particulièrement avancé. Sûrement des riverains heureux de pouvoir sortir après le retrait du couvre-feu placé sur les Sang-Impur.
A leur entrée, ils reçurent quelques regards curieux - surtout Draco - mais Ginny était trop distraite pour s'en formaliser. L'intérieur de la Frite du Colosse ne payait pas de mine. La nourriture n'y était d'ailleurs pas grandiose. Il en fallait pourtant peu pour satisfaire les groupes de fêtards ivres qui s'enchainaient toute la nuit, heureux de pouvoir trouver un endroit pour se sustenter après une soirée alcoolisée. La qualité de la nourriture n'était pas un critère de choix pour ces clients.
D'une démarche toujours chancelante, Ginny se dirigea vers une table vide, Draco sur ses talons. Elle se laissa choir sur la banquette avec un soupir à fendre l'âme.
« Je suis affamée. » annonça-t-elle d'un ton dramatique.
« Qu'est-ce que tu veux ? » interrogea Draco en jetant un regard impérieux vers la carte pleine de graisse.
« Peu importe. Tant que c'est frit et couvert de mayonnaise. » répondit-elle avec avidité.
Draco se releva, disparaissant vers le comptoir principal afin de commander. Pendant ce temps-là, Ginny tenta véhément de se remémorer le contenu de la conversation qu'ils avaient eue. Elle se maudit intérieurement de son attitude. Pourquoi fallait-il qu'elle parle autant lorsqu'elle était ivre ?
Ce n'était pas sa première maladresse. Elle avait déjà fait l'erreur de révéler à Draco la relation de Théodore et Hermione, sans leur consentement.
Elle ne devait absolument pas lui révéler la vérité sur leur union secrète. L'angoisse d'en avoir potentiellement trop dit l'aida à dessouler. Lorsque Draco fut de retour, quelques instants plus tard, Ginny avait retrouvé la majorité de ses facultés mentales. Il posa devant elle une barquette de frites recouvertes de mayonnaise. Il poussa également devant elle un énorme pichet d'eau.
« N'oublie pas de boire. Vu ton état, tu risques de te retrouver dans un sale état, demain. » commenta-t-il d'un ton un peu paternaliste.
Ginny attaqua son plat de frites avec avidité, lui jetant un regard reconnaissant. Elle soupira de plaisir en avalant sa première bouchée. Lorsqu'elle leva les yeux et rencontra le regard de Draco qui l'observait en silence, affichant son éternel air impassible, elle se sentit soudainement très consciente de son image.
« Tu as dit que je racontais des choses incompréhensibles. Quand je t'ai demandé de venir. » ajouta-t-elle avec gêne. « Quelles choses, exactement ? »
« Rien de vraiment très intelligible. Tu n'avais pas l'air dans ton état normal et pour être honnête, j'ai cru que tu étais dans une mauvaise passe. C'est pour cette raison que je suis venu. » admit-il. « Si j'avais su que tu étais en train de te souler avec une diseuse de bonne aventure, je n'aurais pas pris la peine de me déplacer. »
« Ce n'est pas une diseuse de bonne aventure. » réfuta Ginny. « C'est l'arrière-arrière-petite-fille de Cassandra Trelawney. »
Aussitôt ces mots sortis de sa bouche, elle se demanda comment elle connaissait cette information. Elle se rappela ensuite que Trelawney lui avait fait un résumé en long et en large de son arbre générationnel et de leurs dons de divination.
« Et c'est supposé m'évoquer quelque chose ? » interrogea Draco avec sarcasme.
Ginny secoua la tête. Elle esquissa un sourire embarrassé, consciente de sa remarque stupide. Elle continua de manger et un silence s'installa, seulement interrompu par le groupe de fêtards qui hurlait à gorges déployées à l'autre bout de la cafétéria.
« Donc… Tu es venu me chercher parce que tu t'inquiétais pour moi. » résuma Ginny, levant les yeux vers lui.
Draco eut un moment d'hésitation, comme s'il voulait répondre quelque chose mais sembla se rétracter à la dernière minute.
« Tu as terminé ? » demanda-t-il en désignant son assiette quasiment achevée, sans répondre à sa question. « Nous sommes au beau milieu de la nuit dans un endroit peu recommandable, j'aimerais éviter de m'éterniser ici. »
Ginny jeta un regard vers la Mangemort qui escortait discrètement Draco. Elle était restée à l'entrée, mais semblait attentive à tous les faits et gestes des personnes qui les entouraient.
Ginny hocha timidement de la tête.
« Je te raccompagne jusqu'à chez toi. » indiqua Draco en se relevant.
Lorsqu'ils quittèrent le snack, ils retrouvèrent la diligence de Draco postée à quelques mètres plus loin et pénétrèrent à l'intérieur en silence.
Les impulsions mouvementées de la diligence provoquèrent la nausée de Ginny et elle se maudit d'avoir bu ainsi. Elle n'était pas habituée à consommer du whisky pur feu et le mélange avec l'hydromel de Trelawney n'avait pas été une bonne idée.
« Tu ne connais personne qui cherche un appartement, par hasard ? » marmonna-t-elle, la tête posée contre la vitre. « Je vais avoir besoin d'une nouvelle colocataire, bientôt. »
« Je ne connais personne qui accepterait de vivre ici. » répondit-il avec flegme.
Évidemment, pensa Ginny. Quelle question bête de sa part. Aucun des bourgeois qu'il fréquentait n'accepterait de vivre dans un appartement étroit situé dans un quartier mal famé.
La diligence s'arrêta brusquement quelques instants plus tard et Ginny se tourna vers Draco.
« Merci d'être venu et… désolée de t'avoir dérangé pour rien. » s'excusa-t-elle.
« Fais attention à toi, Ginevra. » répondit-il simplement.
Elle hocha frénétiquement la tête et lui adressa un grand sourire qu'il lui rendit, de manière bien moins démonstrative évidemment. Ce fut pourtant suffisant pour contenter la jeune femme qui sentit de nouveau ces doxys se livrer un match de Quidditch effréné dans son estomac. Elle se releva un peu trop rapidement et manqua de tomber sur la banquette. Elle parvint à se retenir in extremis sur une barre dorée accrochée au plafond de la diligence. Elle eut un petit rire auto dénigrant.
« Tu es certaine que ça ira ? » demanda Draco, en l'observant avec attention, comme s'il hésitait à la laisser partir.
« Oui, oui. J'ai l'habitude. » assura-t-elle.
Elle ne comptait plus les nuits festives après lesquelles elle avait dû rentrer chez elle dans un état plus que douteux. Ginny trouva toutefois adorable le fait qu'il s'inquiète pour elle. C'était un détail qu'elle avait remarqué chez lui. Dans certaines situations, il se montrait presque protecteur avec elle.
Elle devait admettre que cela était rassurant. Depuis la disparition de Tracey Davis, dont tous les éléments de preuves menaient à la probabilité d'une agression violente, Ginny ressentait parfois de la nervosité à l'idée qu'un individu dangereux ère dans les environs, à la recherche d'une femme seule à agresser. Elle se demanda si c'était aussi pour cette raison que Draco s'était empressé de venir la trouver, malgré l'heure tardive.
« Bonne nuit ! » dit-elle joyeusement à l'attention de Draco avant de sortir du véhicule.
D'un pas maladroit, Ginny se dirigea vers son immeuble. Lorsqu'elle entra dans le hall sombre, elle agita sa baguette pour faire apparaître de la lumière. Monter les marches de l'escalier étroit menant aux étages supérieurs ne fut pas une mince affaire et il lui fallut deux fois plus longtemps qu'à l'accoutumée pour arriver devant la porte de son appartement. Elle farfouilla énergiquement dans son sac à la recherche de ses clefs. Son sac avait fait l'objet d'un sort d'extension - un sortilège que lui avait enseigné Hermione - pour pouvoir y mettre toutes les choses nécessaires à la cérémonie. Elle finit finalement par mettre la main sur ses clefs au milieu du désordre de son sac et la plaça dans la serrure.
Lorsqu'elle pénétra à l'intérieur, elle fut surprise par le froid qui régnait dans l'appartement. La température dans le living-room était glaciale, comme si les fenêtres avaient été laissées ouvertes pendant des heures, et que le froid glaçant de février avait rempli la pièce.
Elle frissonna et fronça les sourcils, ses sens soudainement en alerte, sans qu'elle ne sache expliquer pourquoi. Elle actionna la lumière du séjour, sortant l'appartement de l'obscurité.
Ses yeux s'agrandirent de panique lorsqu'elle vit une figure encapuchonnée dans le couloir qui menait aux chambres.
« Qui…Qui êtes-vous ? » balbutia-t-elle d'une voix paniquée. « Que faites-vous ? »
Par réflexe, Ginny recula vers la porte fermée, et plongea la main dans la poche de sa cape pour sortir sa baguette magique. Immédiatement, la personne se rua dans sa direction, attrapant ses deux bras avant qu'elle ne puisse saisir sa baguette. Elle laissa échapper un hurlement de frayeur et tenta de se libérer de son emprise, une vague de terreur lui saisissant l'estomac. Elle élança son genou de toutes ses forces en direction de l'entrejambe de son assaillant. Ce dernier poussa un cri de douleur et la relâcha immédiatement, reculant de quelques pas tandis qu'il gémissait. Ginny en profita pour se ruer vers sa baguette magique tombée au sol.
L'homme, voyant ce qu'elle s'apprêtait à faire, se jeta sur elle et s'en suivit une lutte virulente pour prendre le contrôle de la baguette. Ginny ignorait ce qui l'animait – probablement un instinct de survie – mais elle lutta de toutes ses forces. Quelque chose en elle savait que si elle lâchait prise, l'issue pour elle serait sinistre.
Soudainement, elle vit une ombre noire dans le coin des yeux, fuser à toute vitesse sur eux. Elle sentit l'homme la relâcher et elle chuta au sol, confuse et choquée.
Lorsqu'elle se redressa, elle vit l'homme se débattre avec virulence contre une ombre noire suspendue sur son visage. Ginny reconnut la silhouette d'un chat. Il avait bondi sur le visage de l'homme et l'attaquait vicieusement, griffant férocement ses yeux.
Nero, reconnut-elle, interloquée.
L'homme se débattait tant bien que mal, agitant sa baguette dans tous les sens, tentant de dégager Nero. Des jets de lumières bondissaient dans tous les sens, provenant de sa baguette, mettant en pièces les meubles du salon, et faisant éclater la vitre de la fenêtre. Des morceaux de verres brisés furent propulsés un peu partout dans le séjour, y compris sur Ginny qui leva ses bras devant son visage, comme un bouclier. Elle sentit du verre s'enfoncer dans ses avant-bras.
Elle resta figée devant la scène devant elle, impuissante, et trop choquée pour esquisser le moindre mouvement, comme si elle avait perdu l'usage de ses membres.
Elle ouvrit les yeux d'horreur lorsqu'elle vit l'assaillant réussir à retirer Nero de son visage en le saisissant brutalement par la queue. Puis d'un geste brusque, il envoya l'animal valser à l'autre bout de la pièce. Nero fut violemment projeté contre le rebord de la cheminée. On entendit un miaulement plaintif puis le silence.
Ginny, affolée, fourra la main dans sa poche. Elle savait que sa baguette restreinte ne pourrait pas l'aider pour se protéger de cet homme. Elle trouva pourtant ce qu'elle cherchait - un petit objet noir en forme de scarabée - et le jeta brutalement au sol.
Une alarme assourdissante retentit dans la pièce, provoquant un hurlement criard, insupportable à l'oreille. Comme elle, son assaillant se montra surpris par le bruit retentissant. Malgré son visage à moitié dissimulé, Ginny put distinguer ses yeux. Une lueur d'hésitation passa brièvement dans son regard, comme s'il réfléchissait à la marche à suivre. Il se jeta vers la porte d'entrée, l'ouvrant brutalement. Il fit ensuite quelque chose qui la laissa dépourvue. Pendant une fraction de seconde, il s'arrêta, comme s'il était surpris de la voir s'ouvrir. Sous le regard confus de Ginny, il se figea pendant un bref instant, comme s'il attendait une réaction. Puis, sortant de sa brève léthargie, il se jeta dans le couloir et dans les escaliers, disparaissant de son champ de vision.
Ginny se rua immédiatement vers la porte et le referma d'un geste tremblant, actionnant le verrou. Son cœur battait à toute allure dans sa poitrine, et ses mains tremblaient d'effroi sur la poignée de la porte, encore choquée par ce qu'elle venait de vivre.
Tout était allé si vite qu'elle avait à peine eu le temps de réagir. Elle réalisa toutefois qu'elle venait d'être attaquée vicieusement par un inconnu et qu'elle s'en était sortie grâce à une chance miraculeuse. Ses jambes se mirent à flageoler. Si Nero n'était pas apparu à cet instant précis, qui savait ce que cet homme lui aurait fait ?
Nero ! se rappela-t-elle soudainement avec horreur.
Elle se retourna vivement, se ruant en direction de la cheminée pour retrouver l'animal. Arrivée à sa hauteur, Ginny s'immobilisa complètement, frappée de stupeur devant ce qu'elle voyait.
Ce n'était plus Nero qui se trouvait face à elle, mais la silhouette inconsciente d'une personne humaine.
J'espère que ce chapitre vous a plu !
Vous savez désormais ce que Théodore préparait – un truc de fou. On se demande bien quelles conséquences va avoir cet affront.
Quant à la fin… Vous me connaissez, je ne peux pas faire une fin de chapitre sans drama. Je crois que c'est physiquement impossible.
Nero n'était finalement pas un simple chat… Qui se cache derrière lui ? Réponse dans le prochain chapitre.
En attendant, n'hésitez pas à laisser un commentaire !
Vous trouverez les liens du montage et de la playlist sur mon profil, comme d'habitude. Pour cette playlist, nous avons Théo et Hermione à l'honneur avec les plus beaux morceaux de piano que j'imagine pendant leur union sacrée. Un peu de romantisme, ça fait du bien dans cette histoire.
A plus,
Fearless
