Valeur et vertu,
Un énorme merci à Jiwalumy, Sarah MAES, Mathy89, coeerinnee, Fleur d'Ange, Lestrange-maria, Nanew14, Carlita, DI5M & plinchy pour tous vos commentaires sur le chapitre précédents, ils m'ont fait trop trop trop plaisir ! Je finis de vous répondre dans la soirée !
Je viens donc illuminer votre journée avec un nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira :)
Playlist/montage sur mon profil, comme d'hab.
XXXVII. Refuge
Ginny écarquilla les yeux, figée devant la silhouette inerte gisant devant elle. Elle tomba des nues devant la vision qui s'offrait à elle. Ce n'était plus Nero qui se trouvait à ses pieds mais une personne bien familière.
Draco Malfoy.
Draco Malfoy était Nero.
Immédiatement, une vague de questions déferla dans son esprit. Comment était-ce possible ? songea-t-elle, en plein désarroi, tandis que son esprit tentait désespérément de trouver une explication logique à ce retournement de situation inattendu.
Elle sortit de son état d'ébahissement lorsqu'elle réalisa que Draco ne bougeait pas. Sa tête était renversée sur le côté, les yeux semi-ouverts, n'affichant pas le moindre signe de vie. Ginny sentit une panique latente la traverser de la tête aux pieds. Elle se rua vers lui.
« D… Draco ? Draco ! » s'écria-t-elle avec horreur.
Elle abaissa son visage près du sien, se concentrant pour entendre sa respiration. Elle ne distingua rien et sa panique s'intensifia davantage. Un filet de sang épais coulait au niveau de sa tête, salissant le blond immaculé de ses cheveux.
« Draco... » plaida-t-elle en saisissant ses épaules avec prudence, sa voix désormais chevrotante.
Elle craignait de le toucher, effrayée d'aggraver les blessures dont elle ignorait encore l'ampleur. L'image du choc violent qu'il avait reçu lorsque son assaillant l'avait brutalement envoyé contre le rebord de la cheminée lui revint en mémoire et son affolement s'accrut. Pour un animal, un choc de cette teneur était grave et le fait qu'il ait perdu connaissance était des plus alarmants.
Il ne réagissait ni à ses appels, ni à son toucher. Ginny sentit une angoisse qu'elle n'avait pas ressenti depuis très longtemps s'insinuer en elle, tandis que des idées morbides lui emplissaient l'esprit.
Elle secoua la tête, la gorge si nouée par la peur qu'elle peinait à respirer convenablement. Elle devait se reprendre et penser à une solution rapidement. La vie de Draco en dépendrait peut-être.
Elle releva la tête et observa frénétiquement ses alentours, désespérément à la recherche d'une solution. Draco avait besoin d'aide au plus vite.
Sa diligence était-elle encore dans les environs ? Pourrait-elle retrouver la Mangemort qui l'avait escorté afin d'obtenir son aide ? Non, songea-t-elle avec frustration. Elle ignorait si la diligence était encore à proximité et elle ne pouvait pas perdre de temps à la chercher dans les rues du Quartier des Embrumes.
Saisie d'une idée soudaine, elle se jeta vers son sac tombé au sol et chercha frénétiquement à l'intérieur. Elle en extirpa son miroir à double sens et apposa sa baguette magique sur l'extrémité. Ses mains étaient tellement tremblantes qu'elle peina à l'activer.
« Ginny ? » demanda une voix enjouée à travers le reflet. « Il n'est pas un peu tard pour discuter ? »
« Pansy ! » s'écria Ginny d'une voix hystérique. « C'est Draco…Nous avons été attaqués… Chat sorti de nulle part… Il est inconscient… Je ne sais pas quoi faire… J'ai besoin d'aide… »
Elle avait déblatéré ces paroles d'une voix saccadée, la voix tellement chevrotante qu'elle ne fut pas certaine de s'être fait comprendre. Immédiatement, elle vit Pansy perdre sa mine joyeuse au profit d'une expression alarmée.
« Je n'arrive pas à te suivre Ginny. » dit-elle. « Où êtes-vous ? »
Ginny tenta de se répéter, cette fois de manière plus audible. Elle tourna le miroir pour montrer la silhouette inconsciente de Draco.
« Vérifie s'il respire. » quémanda Pansy.
« J'ai déjà essayé, je n'entends rien. » répondit Ginny en se penchant à nouveau vers son visage.
« Non, utilise ta baguette, Ginny ! » lui ordonna Pansy.
Ginny suivit les instructions de Pansy et murmura le sort indiqué afin de vérifier le pouls de Draco.
« Je… J'entends quelque chose. » s'exclama Ginny, une vague de soulagement la traversant. « Il respire ! »
« Bien. J'arrive. » indiqua Pansy, son soulagement également audible à travers le miroir.
« Que dois-je faire ? Prévenir quelqu'un ? Les secours ? » interrogea Ginny.
« Non, surtout pas. » réfuta aussitôt Pansy. « Reste où tu es, j'arrive immédiatement. Continue de vérifier qu'il respire en attendant et fait en sorte de ne pas bouger sa nuque. J'arrive tout de suite, reste avec moi. »
Ginny hocha la tête, observant Draco avec inquiétude, la boule au ventre, terrifiée à l'idée qu'il lui arrive quelque chose de grave. Les secondes comptaient peut-être et elle se sentait plus impuissante que jamais.
A travers le miroir à double sens, elle décelait une agitation certaine du côté de Pansy. Elle l'entendit hurler le nom de Galileo et de son elfe de maison, puis leur donner des instructions que Ginny ne distingua pas vraiment, trop occupée à observer Draco, l'air tourmenté. L'attente fut particulièrement longue et anxiogène pour elle. De temps à autre, Pansy se renseignait sur l'état de Draco.
Après seulement dix minutes - qui semblèrent pourtant une éternité pour Ginny - elle entendit des pas pressés dans les vieux escaliers craquelés de l'immeuble.
« Je suis à l'entrée ! Ouvre-moi la porte ! » ordonna Pansy à travers le miroir.
Sa voix résonna également à travers la porte de l'appartement, faisant écho dans le silence austère. Ginny se jeta vers la porte et s'empressa de l'ouvrir à Pansy qui se rua à l'intérieur, la mine inquiète et échevelée.
« Oh Draco… » murmura-t-elle d'une voix attristée en voyant la silhouette immobile de son meilleur ami.
Pansy s'agenouilla à ses côtés, Ginny sur ses talons. Elle pointa sa baguette sur lui.
« Enervatum. » lança-t-elle.
Ce sort n'avait pas fonctionné lorsque Pansy avait demandé à Ginny de le tester à distance. Probablement une limitation due à sa baguette magique restreinte.
Sous leurs yeux soulagés, Draco sembla se mouvoir légèrement, comme s'il recouvrait conscience.
« Gloire à Voldemort. » souffla Pansy en laissant échapper une exclamation nerveuse.
Ginny, elle aussi, ressentit une vague de soulagement la traverser. Elle avait commencé à penser au pire. Draco cligna des yeux pendant quelques secondes avant de les ouvrir difficilement. Son visage affichait une grimace de douleur.
« Draco, comment te sens-tu ? » demanda Pansy, l'observant avec attention, ses sourcils froncés.
Il émit un grognement.
« Ne… peux… pas… bouger. » articula-t-il avec difficulté.
Pansy et Ginny échangèrent un regard alarmé.
« Assommé… pendant … transformation. » prononça-t-il, son visage tordu par la souffrance.
« Il faut l'emmener à l'hôpital. » plaida Ginny avec désarroi.
« Non ! » répondirent en chœur Pansy et Draco.
Cette réponse ferme prit Ginny au dépourvu. Elle les observa tour à tour avec perplexité, désarçonnée par ce refus inexplicable.
« Nous allons devoir gérer ça entre nous. » décréta Pansy, jetant un regard en biais à Draco.
Draco ne répondit pas mais Ginny le vit légèrement hocher la tête, en signe d'approbation. Lui et Pansy semblèrent avoir une conversation silencieuse qui la déconcerta.
« J'ai demandé à Poppy de venir chez moi. Elle est en route. » expliqua rapidement Pansy.
« Qui est Poppy ? » demanda Ginny avec confusion.
Pansy ne répondit pas, l'écoutant à peine, son attention visiblement éprise par d'autres considérations. Elle observait ses alentours, la mine concentrée. Depuis qu'elles se connaissaient, c'était la première fois que Ginny la voyait aussi sérieuse. Le contraste était des plus saisissant et cela lui confirma la gravité de la situation.
« Nous devons partir d'ici. » décréta finalement Pansy, jetant un regard agité à l'appartement. « Je ne sais pas qui vous a attaqués, mais on ne peut pas prendre le risque d'attendre que cette personne revienne. Galileo est en train de faire le guet en bas mais on ne peut pas s'éterniser. »
Elle se tourna vers Draco.
« Je sais que tu as du mal à parler alors cligne une fois des yeux pour dire 'Oui' et deux fois pour 'Non'. » indiqua-t-elle.
Les paupières de Draco s'abaissèrent une fois, pour signifier qu'il avait compris.
« Ton escorte est dans le coin ? » interrogea Pansy en l'observant attentivement.
Draco répondit par l'affirmative. Il sembla vouloir dire quelque chose mais seul un hoquet de douleur émergea de sa gorge. Il paraissait souffrir affreusement. Le cœur de Ginny se serra en le voyant ainsi.
« Oui, oui, je sais. Je m'en charge. » assura Pansy, comme si elle avait compris ses paroles silencieuses.
Elle se releva et se tourna vers Ginny
« Attends-moi ici, je reviens dans un instant. » affirma Pansy en se ruant vers la sortie. « Fais en sorte qu'il reste éveillé. »
Ginny hocha la tête et reporta de nouveau son attention sur Draco dont les yeux semblaient lutter pour rester ouverts. Nerveuse à l'idée qu'il retombe dans l'inconscience une nouvelle fois, Ginny saisit sa main dans la sienne et la serra avec fermeté. Son geste sembla fonctionner car Draco ouvrit les yeux davantage, croisant le regard de Ginny.
« Reste avec moi. » plaida-t-elle d'une voix qu'elle s'efforça de rendre rassurante même si en son for intérieur, elle était tout sauf tranquille.
Ses yeux étaient humides et son corps n'avait pas cessé de trembler. Draco cligna des yeux une fois. Malgré son état de souffrance manifeste, il semblait plus calme qu'elle, comme à l'accoutumée. Elle était toujours celle qui se laissait dominer par ses émotions.
Il ne prononça aucune parole. Elle sentit néanmoins une pression légère au niveau de sa main qui lui réchauffa le cœur et la rassura. Elle lui adressa un sourire plein de chaleur et posa son autre main sur la sienne, l'étreignant fermement. Ginny perdit la notion du temps, comme plongée dans un moment suspendu.
Quelques instants plus tard, du tapage à l'entrée de l'appartement la fit sortir de sa torpeur. Pansy fit de nouveau irruption dans le living room, passablement essoufflée, comme si elle avait exécuté une longue course.
« Un problème en moins. Je ne sais pas comment vous faites pour avoir ces Mangemorts à la botte à longueur de journée. » se plaignit Pansy en levant les yeux au plafond. « Je lui ai lancé un Imperium. Ça a été plus facile que je le pensais, d'ailleurs. On dirait qu'elle avait déjà reçu un sort de Confusion. »
Elle avait ajouté cette remarque avec un petit rire amusé en observant Draco d'un air entendu.
Parmi tous les Treize sacrés, Pansy était la seule personne qui n'était pas escortée par des Mangemorts ou des Aurors, une disposition généralement obligatoire. Galileo était son garde du corps personnel. Le Coven sacré devait sûrement estimer qu'il était suffisamment qualifié pour ne pas lui imposer une escorte officielle.
Ginny fut choquée d'entendre Pansy mentionner avec détachement qu'elle avait placé une Mangemort sous l'effet d'un sortilège impardonnable. Ces sorts étaient loin d'être anodins et n'étaient habituellement autorisés que par les Aurors et les Mangemorts.
Ginny se demanda si c'était le moyen que Draco utilisait parfois pour échapper à cette surveillance constante. Draco avait-il mis la Mangemort qui l'escortait sous l'effet d'un sort de Confusion pour se rendre à son appartement ? Cela expliquait pourquoi la Mangemort ne s'était pas lancée à sa rescousse immédiatement, alors qu'elle était chargée d'assurer sa sécurité.
« Galileo, attrape Draco et fais attention à ne pas faire de gestes brusques. » ordonna Pansy à l'attention de la porte ouverte de l'appartement, s'adressant à une personne que Ginny ne voyait pas de sa position.
Elle aperçut le torse et les jambes de Galileo à travers l'encadrement de la porte. Son gabarit imposant était bien trop grand pour la porte étroite et il ne parvenait visiblement pas à pénétrer à l'intérieur. Pansy agita sa baguette en direction de la porte, murmurant un sort d'Extension. Rien ne se passa.
« Qu'est-ce qui ne va pas avec cette porte ? » rugit-elle avec frustration, en se tournant vers Ginny.
Cette dernière haussa les épaules, confuse par l'échec du sort.
Pansy tenta plusieurs sortilèges mais aucun d'entre eux ne sembla fonctionner. Elle laissa échapper un cri de frustration, pointa sa baguette sur le mur et d'un ton résolu lâcha :
« Bombarda ! »
Sous l'œil effaré de Ginny, une partie du mur à côté de la porte s'effondra, et des blocs de granit chutèrent au sol, envoyant au passage une poudre remplie de débris. Cette solution extrême fut toutefois fructueuse et Galileo parvint finalement à s'introduire dans l'appartement, non sans difficulté. Il était tellement imposant que son crâne touchait presque le plafond du living room.
« On arrangera ça plus tard. » dit Pansy en désignant le mur défoncé d'un geste vague de la main.
Galileo s'approcha de Draco et avec une douceur que Ginny n'aurait jamais cru voir chez un homme de sa stature, il le souleva précautionneusement du sol. Ginny lâcha sa main à contrecœur. Draco gémit de douleur tandis qu'il gisait désormais dans les bras imposant du surhomme.
« Je sais, je suis désolée, chaton. » s'excusa Pansy d'un air navré en jetant un regard préoccupé à Draco. « Installe-le dans la diligence, Galileo. »
Ce dernier hocha la tête et repassa par le trou béant près de la porte pour quitter l'appartement. Pansy se tourna vers Ginny.
« Je ne pense pas qu'il soit prudent que tu reviennes ici avant qu'on comprenne ce qui s'est passé. Prends quelques affaires. » lui ordonna-t-elle, non sans jeter des regards soucieux autour d'elle.
Ginny hocha la tête et se rua dans sa chambre, s'abaissant sous le lit pour attraper le sac de voyage qu'elle utilisait quand elle se rendait chez Fleur et Bill pour quelques jours. Elle jeta pêle-mêle quelques affaires à l'intérieur. Dans sa chambre, la petite fenêtre qui donnait accès au toit était ouverte et Ginny réalisa qu'elle ne l'avait pas fermée avant de partir. C'était probablement cette entrée que Nero - ou plutôt Draco - avait utilisée pour entrer dans l'appartement.
En quelques minutes seulement, Ginny était de retour dans le living room. Elle emboîta le pas à Pansy en direction de la sortie, la mine déconfite, pressée de quitter l'endroit au plus vite. Elle ferma la porte derrière elle, s'assurant de la verrouiller, même si le geste lui semblait un peu inutile désormais qu'un trou béant abimait le mur.
Elle ne s'interrogea pas plus longtemps sur les dommages matériels, son esprit occupé par d'autres priorités plus pressantes. L'imposante diligence de Pansy les attendait devant l'immeuble. La rue était silencieuse et elles pénétrèrent discrètement à l'intérieur. Galileo était à l'avant, installé derrière la créature squelettique qui tirait la diligence.
Draco était allongé sur la banquette. Malgré son piteux état, Ginny fut soulagée de constater qu'il était toujours conscient. La blessure au-dessus de sa tempe avait cessé de saigner, grâce à un sort de pansement. Les deux jeunes femmes prirent place sur le siège face à lui, l'observant avec appréhension. Ginny sentit la diligence se mettre en route et bientôt, elle sentit les secousses familières de son envol.
« Dis-moi Draco… » commença Pansy d'une voix fluette. « Si tu meurs, je peux avoir ta collection d'hydromels rares ? »
Ginny jeta un regard dérouté à Pansy. Elle se tourna ensuite vers Draco qui cligna des yeux à deux reprises pour signifier son refus.
« Dommage. J'aurais essayé, au moins. » déclara Pansy, la mine faussement déçue.
Pendant le bref trajet - qui dura pourtant une éternité pour Ginny - Pansy ne cessa de poser des questions à Draco, retrouvant son habituelle excentricité, bien loin de l'attitude sérieuse qu'elle avait adoptée depuis son arrivée. Ginny la connaissait désormais assez pour comprendre qu'il ne s'agissait que d'un subterfuge pour garder Draco éveillé.
Ils posèrent finalement pied dans les beaux quartiers de la ville, devant un immeuble à la façade luxuriante. Lorsqu'ils pénétrèrent dans le hall, les gardes présents jetèrent des regards appuyés dans leur direction, en particulier vers Draco, dans les bras de Galileo.
« Soirée trop arrosée. » commenta joyeusement Pansy à leur attention. « Pour une fois que ce n'est pas moi qui termine dans cet état. »
Ils devaient probablement être habitués à la voir dans des états d'ivresse avancée car ils retournèrent à leurs activités, sans leur porter davantage d'attention.
A leur entrée dans l'appartement de Pansy, Ginny vit une femme frêle de petite taille dans le living room. Elle portait une blouse verte, similaire à celle des Guérisseurs de Ste-Mangouste. Elle dépassait à peine Waterford, l'elfe de Pansy. Une imposante valise était posée à ses pieds, faisant la moitié de son gabarit. Son regard noir perçant se posa immédiatement sur Draco, l'examinant à travers des lunettes à demi-lune.
« Merci d'être venue aussi vite, Poppy. » lança Pansy à l'attention de la femme, une once de soulagement dans sa voix.
« Ça faisait un moment que je n'avais pas entendu parler de vos frasques, Miss Parkinson. » commenta la dénommée Poppy d'un ton blasé.
« Maintenant que vous me le faites remarquer, c'est vrai que ça fait longtemps que je n'ai pas été au bord de l'overdose. » reconnut Pansy avec un sourire en coin. « Mais ce n'est pas moi qui ai besoin de votre aide, aujourd'hui. »
« Installez-le sur un lit, je vais l'examiner. » indiqua Poppy en se retroussant les manches.
Galileo se dirigea vers les escaliers et Poppy lui emboîta le pas, entraînant sa valise épaisse. Le contraste de taille entre eux tandis qu'ils marchaient côte à côte était saisissant.
« Reste ici, je reviens dans un instant. » affirma Pansy à l'attention de Ginny.
Cette dernière voulut protester mais se retint. Même si elle ne désirait rien d'autre que d'être aux côtés de Draco à cet instant, elle savait que la priorité était de lui prodiguer des soins urgents. Elle observa Pansy disparaître dans les escaliers, et resta immobile dans le salon, les bras ballants.
La voix de Waterford la sortit de sa léthargie et elle refusa distraitement lorsque l'elfe lui proposa un rafraîchissement. Elle se dirigea vers un fauteuil en silence, l'estomac toujours retourné.
L'angoisse profonde qu'elle avait ressentie en voyant le corps inerte de Draco sur le sol de son appartement la tiraillait toujours.
C'était un sentiment terrifiant et anxiogène qu'elle avait déjà ressenti par le passé. Il avait ravivé des souvenirs accablants qu'elle n'aimait pas se remémorer. Avoir été arrachée à sa famille d'une manière si brutale à cause de cet incendie destructeur avait créé une anxiété profonde chez elle qui l'agitait encore à l'âge adulte.
C'était cet exact sentiment qui l'avait traversée, quelques instants plus tôt, à la vue du corps gisant de Draco, imaginant une issue tragique.
Après ce qui lui sembla une éternité, Ginny entendit de nouveau de l'agitation et elle releva la tête, fixant Pansy avec appréhension tandis qu'elle prenait place à ses côtés, l'air harassé. Ginny sentit sa gorge s'obstruer.
« Il s'est stabilisé. » l'informa Pansy en enfonçant son dos dans le sofa, l'air éprouvé. « Le choc qu'il a reçu a été particulièrement violent. Heureusement qu'il s'est retransformé à ce moment-là. Son corps humain peut supporter davantage de blessures que sa forme animale. Malheureusement, sa transformation a été incomplète et une partie de ses os sont endommagés. »
Elle avait ajouté cela avec une grimace.
« Il a vraiment dû souffrir. » ajouta-t-elle en frissonnant, la mine grave.
Son expression s'adoucit lorsqu'elle remarqua le visage de Ginny qui avait probablement perdu toute couleur.
« Rassure-toi, il va s'en remettre. Poppy sait ce qu'elle fait. » dit-elle d'une voix douce, voyant son trouble. « Elle lui a administré des potions anti douleur en attendant de confirmer le traitement dont il aura besoin. »
Ginny hocha la tête, ses yeux toujours brillants. Elle était soulagée d'entendre que Draco était hors de danger immédiat. Elle s'autorisa enfin à se détendre. Ses membres étaient crispés depuis l'attaque.
« Oh Ginny, tes bras… » fit remarquer Pansy en fronçant les sourcils.
Ginny tendit ses bras et aperçut des dizaines de coupures plus ou moins profondes. Elles avaient sans doute été provoquées par le verre des fenêtres brisées. Elle n'en n'avait pas fait cure, probablement poussée par l'adrénaline.
« Ce n'est rien, je ne les sens quasiment pas. » prétendit Ginny.
Pansy appela Waterford et lui ordonna de chercher du matériel pour panser les plaies de Ginny. Ce dernier nettoya ses plaies superficielles et appliqua un onguent qui estompa les picotements. Ginny lui adressa un regard reconnaissant.
« J'imagine que tu as énormément de questions. » devina Pansy avec un long soupir, comme si elle s'apprêtait à réaliser une tâche des plus difficiles.
De nouveau, elle fit signe à Waterford qui arriva dans leur direction, apportant une bouteille d'hydromel fraîche, enveloppée dans une serviette. Lorsqu'il servit un verre à Pansy, elle le saisit avec enthousiasme. Ginny refusa lorsqu'il lui proposa un verre à son tour. Elle ignorait comment Pansy pouvait boire dans ces circonstances.
« Draco et moi sommes des animagus. » annonça tranquillement Pansy.
« Toi aussi ? » demanda Ginny en écarquillant les yeux, médusée.
Pansy hocha la tête.
« Pour te dire la vérité, ce n'est pas la première fois qu'il nous arrive ce genre… d'accidents. » révéla-t-elle. « Mais jamais rien d'aussi sérieux. »
Ginny l'observa avec effarement, toujours choquée par cette révélation. Elle venait à peine d'accepter que Draco était en réalité Nero. Entendre que Pansy cachait elle aussi un secret similaire était perturbant. Elle n'avait pas décelé le moindre indice depuis qu'elles avaient commencé à se fréquenter.
« Nous avons décidé de devenir animagus pendant notre scolarité à Poudlard. Les adolescents récalcitrants fatigués de la pression familiale et sociétale qui voulaient se rebeller contre le monde entier bla bla bla. Tu connais le cliché. » déclara-t-elle d'une voix blasée.
Elle prit une longue gorgée d'hydromel, le regard lointain.
« C'était un moyen d'échapper à ce contrôle constant. Même à Poudlard, nous étions constamment surveillés à cause de nos statuts d'enfants de gouverneurs. Nous n'avions quasiment aucune liberté. Nous avons vu cela comme un moyen – extrême je te l'accorde - d'en obtenir. Nous transformer nous permettait de faire faire ce qu'on voulait sans être vus ni reconnus. Ça a toujours été… grisant. Surtout pour Draco. » admit-elle avec un sourire nostalgique. « Nous avons fait beaucoup de bêtises à l'époque, tu n'imagines même pas. »
« Draco peut se transformer en chat. Qu'en est-il de toi ? » demanda Ginny avec curiosité.
« En chouette. » répondit Pansy. « A l'époque, j'étais la reine des commérages. Alors, une chouette messagère, ça faisait sens. Une plaisanterie stupide qui est devenue sérieuse. »
« C'est vraiment les formes que vous avez choisies ? » interrogea Ginny en levant un sourcil. « Un chat et une chouette ? »
Au vu de leurs personnalités hautes en couleurs, elle les aurait imaginé choisir des formes animales bien plus extravagantes, surtout Pansy.
« Se transformer en anaconda ou en girafe dans les couloirs de Poudlard n'aurait pas été très discret. » répliqua Pansy avec un sourire en coin. « Et puis devenir animagus est déjà assez difficile, pas besoin de s'ajouter de la difficulté en choisissant des animaux compliqués. Ces formes ont facilité notre apprentissage car nous pouvions nous inspirer de ces animaux et les imiter. Ce ne sont pas les chouettes et les chats qui manquaient à Poudlard, comme tu peux l'imaginer. Et bien évidemment, c'était très discret. »
Ginny hocha la tête. Elle n'avait pas vu les choses sous cet angle mais les raisons de Pansy faisaient totalement sens. En voyant Nero – ou plutôt Draco – s'introduire dans son appartement, elle n'avait pas eu la moindre suspicion.
« Draco était bien meilleur que moi. Je n'ai réussi ma première transformation complète qu'à la fin de notre sixième année. Plus d'un an après Draco. Cette vieille peau fripée de McGonagall tomberait des nues si elle savait ce que j'ai réussi à faire. Dommage que je ne puisse pas la narguer avec ça. » ajouta Pansy avec une moue déçue.
« Qui est McGonagall ? » questionna Ginny.
« La directrice de Poudlard. » répondit Pansy avec dédain. « Elle me sous-estimait sans arrêt. »
Elle se lança dans une longue tirade à propos de cette horrible directrice avec qui ses rapports avaient été très conflictuels. En l'écoutant, Ginny réalisa que cette femme était probablement l'une des seules personnes dans la vie de Pansy qui n'avait pas accédé à ses perpétuels caprices, causant ainsi sa frustration.
« Enfin bref, ce n'est pas le propos. Comme tu te doutes bien, nous ne sommes pas déclarés. » poursuivit Pansy. « Personne ne doit être au courant à part les personnes dans cette maison. »
Cela expliquait probablement pourquoi ils avaient immédiatement refusé la suggestion de Ginny d'appeler les secours. Ils auraient probablement dû dire la vérité. Pansy soupira longuement après avoir terminé son verre.
« Il va falloir que je réfléchisse au meilleur moyen de gérer la situation en attendant que Draco aille mieux. » dit-elle avec un air préoccupé. « Explique-moi exactement ce qu'il s'est passé. »
Ginny lui relata le récit de sa soirée. Elle omit quelques détails, notamment l'union d'Hermione et Théodore. Elle lui conta l'arrivée de Draco à la boutique de Trelawney et leur passage rapide chez la Frite du Colosse avant qu'il ne la raccompagne chez elle. Elle décrivit son arrivée dans l'appartement et l'attaque de cet homme inconnu. Elle remercia intérieurement Hermione pour le scarabée anti-agression qu'elle lui avait donné, quelques semaines plus tôt. Pansy l'écouta attentivement, lui demandant des clarifications de temps à autre.
« Pourquoi quelqu'un voudrait t'agresser ? » demanda Pansy avec un frissonnement.
« Je… Je l'ignore. » répondit Ginny, sentant son mal être ressurgir tandis qu'elle se remémorait la scène.
« Merci Voldemort que Draco soit arrivé à ce moment-là... » souffla Pansy. « D'ailleurs, pourquoi est-il revenu après t'avoir raccompagnée chez toi ? »
Avec tous les événements de la nuit, Ginny ne s'était pas posé la question. En entrant dans son immeuble, elle avait été persuadée que la diligence de Draco prendrait son envol.
Pourtant, à y bien réfléchir, les visites de Nero avaient toujours eu lieu dans des circonstances précises. Des moments où Ginny s'était sentie triste ou anxieuse. Sa première visite avait eu lieu lors de son premier jour au cabinet de la gouverneure Cressida Warrington. Ginny avait reçu des menaces à peines voilées de la part de Mandy Brocklehurst. A sa sortie du Ministère, elle était entrée dans la diligence de Draco et ils avaient échangé une discussion houleuse qui l'avait laissée au bord des larmes. Ce jour-là, Draco l'avait raccompagnée jusqu'à son domicile. Plus tard, Nero avait fait son apparition. Avait-ce été un moyen pour lui de vérifier qu'elle allait bien ? songea-t-elle.
Avait-il fait la même chose, cette nuit ? Après tout, il avait été plus qu'évident qu'elle n'était pas dans son état normal avec l'alcool consommé pendant la soirée. Avait-il simplement voulu s'assurer qu'elle était bien rentrée ? Avait-il ensuite surpris son assaillant et s'était précipité pour lui venir en aide ?
« Je… Je ne suis pas sûre mais je crois qu'il voulait s'assurer que j'allais bien. » dit-elle en rougissant.
« Oh. » dit simplement Pansy en l'observant attentivement. « Je vois. »
Même si elle garda le silence, l'air qu'elle affichait était des plus parlants. L'irruption de Galileo dans le living room coupa court à leur discussion et les deux jeunes femmes se tournèrent dans sa direction, sur le qui-vive. Galileo communiqua quelque chose à Pansy en langage des signes et cette dernière hocha la tête.
« Je reviens. » dit-elle avant de remonter les escaliers à toute allure, disparaissant de la vue de Ginny.
Cette dernière attendit nerveusement son retour. Le jour s'était levé et les rayons du soleil passaient à travers les grandes baies vitrées de l'appartement. Ginny ignora sa fatigue. Elle savait qu'elle serait incapable de fermer l'œil. Pansy fut de retour une demi-heure plus tard, cette fois en compagnie de Poppy qui claudiquait, croulant sous le poids de sa gigantesque mallette.
« Merci infiniment, Poppy. » dit Pansy avec reconnaissance tandis qu'elle l'accompagnait vers la porte d'entrée.
« Avec plaisir. Je vous enverrai la facture dans la semaine. Vous connaissez mes honoraires de nuit. » annonça Poppy avant de prendre congé. « Que Voldemort vous guide. »
Pansy rejoignit Ginny sur le sofa.
« Il va bien. Il dort pour le moment. » annonça Pansy immédiatement à l'attention de Ginny, avant qu'elle n'ait le temps de formuler sa question. « Et il faut que tu te reposes, toi aussi. »
Elle avait dit cela sur un ton qui n'admettait pas de refus. Ginny capitula. Entre l'alcool ingéré, le stress et l'adrénaline, ses nerfs étaient en pagaille. Elle accepta d'aller se reposer. Waterford l'installa dans la même chambre qu'elle avait occupée lors de son précédent séjour, après l'attentat.
Elle fut parcourue d'une sensation de déjà-vu curieuse. Quelques mois plus tôt, elle s'était retrouvée dans ce même lit, après avoir assisté à une scène des plus traumatisantes. Et même si elle avait probablement échappé à la mort ou à des blessures graves ce jour-là, elle n'en avait pas autant pris conscience que ce soir-même. Cette attaque contre elle, dans l'intimité de son appartement, un lieu supposé être un refuge, lui avait semblé bien plus proche, plus personnelle.
Ginny ferma les yeux et finit par s'endormir, exténuée. Elle ne parvint néanmoins pas à trouver un sommeil réparateur. Trois heures plus tard, elle décida de quitter le lit, et se dirigea vers la salle de bain pour prendre une douche revigorante. Elle s'habilla à la va vite, revêtant un sweat-shirt qu'elle avait ajouté pêle-mêle à son sac de fortune et attacha ses cheveux en une queue de cheval haute. Elle jeta un regard bref à son reflet. Ces cernes étaient prononcés et son teint était plus pâle que jamais.
Elle quitta finalement la pièce et traversa le couloir, à la recherche de l'autre chambre d'amis, où Draco avait été installé. Elle frappa à la porte mais seul un long silence accueillit son geste. Elle actionna lentement la poignée, s'efforçant de ne pas faire de bruit. Les rideaux étaient tirés et la chambre était plongée dans l'obscurité totale. Sur le lit, dressé au centre de la pièce, elle aperçut la forme immobile de Draco, toujours endormi.
En arrivant à sa hauteur, Ginny l'observa avec appréhension. Elle se détendit en voyant son torse se lever et s'affaisser, signe qu'il respirait toujours correctement. Son visage, habituellement pâle, arborait une lividité peu naturelle. Elle resta de longues minutes à son chevet, silencieuse. Un feulement dans le couloir la força à sortir de sa léthargie. Elle quitta la pièce, refermant soigneusement la porte derrière elle.
« Vous êtes réveillée, Miss Weasley. » dit la voix fluette de Waterford, l'elfe de maison. « Miss Parkinson vous attend dans la cuisine. »
Ginny hocha la tête et s'engagea dans l'escalier pour rejoindre le niveau inférieur. Elle trouva Pansy dans la cuisine, installée devant l'imposant îlot de cuisine, garnis de nourriture.
« Chaton. » la salua Pansy d'une voix enjouée en tapotant le tabouret à ses côtés pour l'encourager à la rejoindre. « Assieds-toi. »
Ginny s'exécuta, ses gestes machinaux et dépourvus d'énergie.
« Tu devrais avaler quelque chose. » insista Pansy en désignant le buffet. « Si tu veux quelque chose d'autre, Waterford s'en occupera. »
L'elfe de maison hocha la tête poliment, comme pour confirmer les paroles de sa maîtresse.
Ginny acquiesça et attrapa de la nourriture au hasard sur la table. Elle se força à avaler un toast, non sans difficulté. Son estomac était retourné - probablement à cause de sa consommation d'alcool de la veille, mêlée à son angoisse.
« La nuit - ou plutôt l'hydromel - porte conseil. J'ai un plan. » annonça dramatiquement Pansy. « Et j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. »
Ginny leva un sourcil, attendant qu'elle poursuive.
« Tout d'abord, Poppy m'a expliqué que le tissu osseux de Draco et d'autres parties de son ossature sont sérieusement endommagés et qu'ils vont devoir être complètement reconstitués. La bonne nouvelle, c'est qu'il y a une potion pour ça. »
« Et la mauvaise ? demanda Ginny avec appréhension.
« C'est une potion qu'on utilise habituellement sur des enfants. Poppy a parlé d'une histoire d'os mous qui doivent se souder ou quelque chose du genre. Chez les adultes, ça prend plus de temps et c'est encore plus douloureux. » expliqua Pansy avec une grimace. « La convalescence ne va pas être une partie de plaisir. »
« Je pense qu'on devrait vraiment essayer de l'emmener à l'hôpital. » insista Ginny.
« Si on l'emmène à l'hôpital, ils vont insister pour savoir ce qu'il s'est réellement passé afin de déterminer quel traitement choisir. Je te l'ai dit, nous ne sommes pas déclarés en tant qu'animagus. Et de plus, vu les 'circonstances' dans lesquelles cette attaque a eu lieu, je ne pense pas que Draco veuille que ça s'ébruite. » ajouta-t-elle. « Il faut simplement qu'on fasse profil bas pendant deux ou trois jours, en attendant que Draco soit de nouveau sur pieds. »
Ginny savait à quel point Pansy était butée. Si elle avait déjà décidé quelque chose, il serait impossible de lui faire changer d'avis.
« Ça veut également dire que ses parents ne doivent pas savoir. Il ne peut donc pas retourner au Manoir des Malfoy. Tu sais aussi que j'ai beaucoup de choses à gérer ces prochains jours, il y aura beaucoup de passage dans l'appartement. Je ne veux pas prendre le risque que Romilda ou quelqu'un d'autre se rende compte de ce qu'il se passe et commence à poser des questions. »
« Alors, que fait-on ? » demanda Ginny.
« Ma famille a une résidence en Écosse. Celle où j'ai passé les fêtes de fin d'année. On va l'installer là-bas pour sa rémission. Tu sais que j'ai des rendez-vous importants dans les jours à venir, alors je ne peux pas rester pendant trois jours à son chevet. Toi, en revanche, tu pourras le faire si ton employeur t'autorise un congé exceptionnel. » ajouta-t-elle avec un petit sourire.
« Tu es certaine que c'est une bonne idée ? » demanda Ginny, peu convaincue.
Elle n'aimait pas ce plan. Elle préférait que Draco soit pris en charge dans un cadre approprié.
« Poppy m'a assuré qu'il n'y aurait pas de risque, tant qu'on lui administre des potions anti douleurs à intervalles régulières. » assura Pansy.
Elle jeta un regard à sa montre.
« J'ai réussi à obtenir un portoloin qui vous enverra là-bas dans deux heures. » expliqua Pansy. « D'ici-là, Poppy sera revenue pour nous donner les traitements. »
Ginny savait que les portoloins n'étaient pas souvent utilisés par le public car les autorisations étaient difficiles à obtenir. Sans doute un autre avantage d'être apparentée à une famille sacrée. Les règles pour ces familles n'étaient pas les mêmes que le commun des mortels. Ginny n'était toujours pas convaincue. Elle sentit la main de Pansy se poser sur son bras.
« Je sais que tu as eu très peur pour Draco. Mais il va s'en remettre, ne t'inquiètes pas. Ça ne va pas être une partie de plaisir, mais il va se remettre sans séquelles. »
Ginny hocha lentement de la tête, sentant ses yeux briller de nouveau.
« En attendant, le plus important est qu'on gère la situation car il n'est pas en mesure de le faire. » continua Pansy. « Il gère toujours tout pour nous. Cette fois, c'est à nous de le faire pour lui. »
« Très bien. » consentit finalement Ginny. « Qu'est-ce qu'il manque ? »
« Je dois encore trouver un mensonge plausible pour expliquer à tante Cissy l'absence de Draco. » dit Pansy avec une grimace.
Elle malaxa ses tempes, comme si elle réfléchissait à une énigme particulièrement compliquée. Poppy, la Guérisseuse, arriva une heure plus tard. Après avoir examiné Draco une nouvelle fois et lui avoir administré le traitement qu'il l'aiderait à reconstruire son ossature, elle donna des explications très strictes à Ginny sur les doses de potions à administrer. Cette dernière l'écouta avec attention, prenant des notes détaillées, nerveuse à l'idée de faire une seule erreur.
« Les prochaines heures seront les plus difficiles. Ensuite, ça n'ira qu'en s'améliorant. » assura Poppy, comme si elle avait senti le bouleversement de Ginny.
Elle prit congé après avoir laissé une caisse de potions ainsi que ses coordonnées. Ginny retourna dans le séjour dans lequel elle trouva Pansy agenouillée devant l'âtre de la cheminée, sa tête plongée dans les flammes. Quelques secondes plus tard, elle extirpa sa tête du feu, arborant un sourire satisfait.
« Décidément, les mensonges les plus fous sont souvent les plus crédibles. » dit-elle avec un petit rire présomptueux. « Au moins une chose de faite. Tante Narcissa est gérée. Elle s'occupera aussi de l'Augurey Magistral en l'absence de Draco. »
Ginny se demanda vaguement quel mensonge Pansy avait inventé pour justifier l'absence de Draco auprès de sa famille mais ne l'interrogea pas davantage. Elle n'avait pas vraiment la tête à discuter.
« Le dernier sujet est ton appartement. Tu as une colocataire, c'est bien ça ? Il faut qu'on trouve un moyen pour éviter qu'elle y retourne. » dit Pansy.
« Ça ne sera pas un problème. Elle ne sera pas à Londres dans les jours à venir. » informa Ginny.
Heureusement pour elles, Théodore avait prévu d'emmener Hermione dans l'une des résidences secondaires de la famille Nott près de la côte pour quelques jours. La veille de la cérémonie, il avait demandé à Ginny son aide pour préparer des affaires à Hermione de manière discrète. Son amie n'aurait donc pas le besoin de se rendre à l'appartement avant la semaine suivante.
Ginny s'était rapidement demandé s'ils devaient être tenus au courant de l'incident. Elle ne voulait toutefois pas gâcher leur voyage de noces. Connaissant Hermione, elle se mettrait dans tous ses états et déciderait d'écourter le voyage. Ils avaient traversé trop de déboires récemment pour que Ginny gâche l'un des seuls moments heureux de son amie. Elle décida d'attendre leur retour à Londres pour les informer.
« J'adore quand les problèmes se résolvent tout seuls. » affirma Pansy avec soulagement.
Elle jeta un nouveau regard à sa montre.
« Il est temps. » annonça-t-elle. « Je vais vous accompagner pour vous installer. Le portoloin est activé pour les retours pendant une demi-heure. »
Ginny la suivit à l'étage et elles entrèrent dans la chambre où était installé Draco. Il s'était brièvement réveillé pendant la visite de Poppy qui lui avait fait ingérer de la nourriture via un tube étrange qui parut particulièrement désagréable à Ginny. Il avait de nouveau plongé dans le sommeil peu de temps après.
Selon la Guérisseuse, la potion anti douleur avait des effets surpuissants qui le plongeaient dans un état apathique. Galileo s'approcha du lit et attrapa Draco dans ses bras.
Pansy tenait le portoloin - un vieux bocal verdâtre qui, à la vue de son aspect, avait probablement croulé pendant des décennies dans les fins fonds d'un lac.
« Plus que cinq secondes… » dit-elle en attrapant la main de Draco pour la faire toucher l'extrémité du bocal.
Ginny s'empressa de mettre sa main sur le bocal à son tour.
« Quatre…Trois …Deux…Un. » décompta Pansy.
Immédiatement, Ginny se sentit emportée dans un tourbillon désagréable qui lui retourna presque les intestins. Quelques instants plus tard, elle sentit ses pieds se poser sur la terre ferme. Elle grimaça, parcourue de nouveau par cette nausée persistante qui l'assaillait depuis le début de la journée. Par le passé, elle n'avait utilisé un portoloin qu'à une seule reprise. La sensation ressemblait à celle des voyages en cheminée mais avec une intensité décuplée.
Après avoir repris ses esprits, Ginny observa ses alentours. Ils avaient atterris devant un imposant bâtiment avec des toits en pignon, des larges baies vitrées, des façades richement décorées ainsi que des balcons en bois et des ornements sculptés.
« Entrons vite à l'intérieur, avant qu'il n'attrape froid. » les pressa Pansy, s'engageant sur le chemin dégagé qui menait au chalet.
La porte s'ouvrit immédiatement à leur approche, et une elfe de maison âgée les accueillit, s'inclinant profondément devant Pansy. Ils menèrent directement Draco à l'étage pour l'installer dans une chambre. L'elfe était visiblement préparée à leur venue car un feu agréable brûlait dans la cheminée de la pièce.
« Bon rétablissement, chaton. » murmura Pansy à l'attention de Draco avant qu'ils ne quittent la pièce.
Dans le couloir, Pansy se tourna vers Ginny.
« Nous n'avons pas beaucoup de temps avant le retour du portoloin. Elky te fera faire un tour de la propriété. Elle s'occupera de tout le reste. Tu auras juste à gérer le traitement de Draco. Tu peux t'installer dans ma chambre, en attendant. » expliqua Pansy avec empressement. « Contacte-moi s'il y a le moindre problème. Ça ira ? »
Ginny hocha la tête et Pansy l'étreignit.
« Je reviens vous récupérer lundi matin. » lui assura la jeune femme avant de descendre activement les escaliers pour retrouver le hall. « Bon courage. Prends bien soin de lui pour moi. »
Quelques instants plus tard, Pansy et Galileo disparaissaient de nouveau, la laissant seule dans l'immensité du chalet.
Elky, l'elfe de maison, proposa de lui faire visiter l'endroit. Elle expliqua à Ginny que malgré l'inoccupation du chalet pendant la majorité de l'année, elle y restait de façon permanente pour en assurer la maintenance. Elle était probablement seule la plupart du temps et semblait avoir un besoin pressant de contact social. Ginny ressentit une vague culpabilité à ne pas répondre avec enthousiasme aux questions de la petite créature. La vérité était qu'elle avait d'autres choses en tête et n'avait pas l'esprit à bavasser.
Le chalet était des plus impressionnants avec son intérieur chaleureux et sa décoration en bois naturel et ses poutres au plafond. Lorsqu'elle avait entendu Pansy parler de son chalet familial, Ginny s'était imaginée une petite maison champêtre. Une erreur évidente de sa part. Elle aurait dû se douter que Pansy Parkinson ne pouvait pas séjourner dans autre chose que du luxe ostentatoire. La rusticité du chalet était contrecarrée par des tapisseries aux couleurs chaudes, des tapis en fourrure et des plaids douillets qui recouvraient tous les sièges. Sur le sol du living room, devant la cheminée, un imposant tapis blanc immaculé en fourrure épaisse de demiguise était posé au sol, donnant à la pièce un aspect sophistiqué.
« Voici votre chambre. » lui indiqua joyeusement Elky tandis qu'elles arrivaient devant la chambre adjacente à celle où Draco était installé.
Ginny la remercia et posa son sac sur le lit, drapé d'un plaid duveteux et de coussins moelleux. Elle refusa poliment lorsque l'elfe lui proposa des rafraîchissements. Une fois cette dernière disparue de son champ de vision, Ginny s'approcha de la fenêtre, observant le vaste bois qui bordait le chalet.
Elle quitta la pièce une heure plus tard, pour rejoindre la chambre de Draco. Elle fut soulagée de le retrouver éveillé, même s'il semblait lutter pour garder les yeux ouverts. Son visage était toujours aussi blafard.
« Comment tu te sens ? » demanda-t-elle en s'approchant du lit, tirant une chaise pour s'installer à ses côtés.
« J'ai connu mieux. » dit-il d'une voix rocailleuse avec une grimace. « J'ai l'impression d'être passé sous un troupeau d'hippogriffes. »
Elle le vit frissonner et serrer des dents, visiblement parcouru par une nouvelle vague de douleur intense.
« Je crois que les médicaments commencent à s'estomper. » dit Draco d'une voix un peu éteinte.
« Je sais, mais je ne peux pas encore te donner la prochaine dose. Elle m'a demandé de les espacer, sinon ça peut être dangereux. Tu vas devoir attendre encore une heure, je suis désolée. » prévint-elle avec affliction. « Est-ce que je peux faire quelque chose d'autre pour toi ? »
« Juste…m'occuper. J'imagine que ça me fera penser à autre chose que la douleur. » murmura-t-il.
Ginny hocha la tête.
« Ça, je peux le faire. » assura-t-elle.
Elle lui raconta l'histoire stupide mais hilarante que Sybille Trelawney lui avait conté la veille. Parler d'une histoire aussi futile lui fit aussi du bien et permit de faire redescendre la pression accumulée durant ces dernières heures. Elle avait été dans un état de tension continuel, depuis.
Ginny prit soin de ne pas aborder le sujet de l'attaque et se contenta de le rassurer sur le fait que Pansy gérait toute la situation sur place et qu'il devait uniquement se concentrer sur sa rémission.
Tandis qu'elle parlait, elle pouvait voir au fil des minutes que l'état de Draco semblait s'empirer. Elle l'entendit gémir de douleur et se tordre, ses yeux convulsaient dans leurs orbites. Elle l'observa avec impuissance, horrifiée d'être ainsi bloquée pendant qu'il souffrait autant.
Elle jeta successivement des regards désespérés à l'horloge de la chambre et fut soulagée lorsque le délai imparti pour lui administrer une nouvelle dose de potion arriva. Elle s'empressa d'ouvrir le bouchon de la fiole et de l'aider à en avaler le contenu. La potion sembla agir immédiatement. Avec soulagement, Ginny observa Draco se détendre. Il redevint silencieux.
« Merci… » murmura-t-il d'une voix à peine audible.
Il sombra de nouveau dans cet état proche de l'inconscience. Ginny l'observa avec anxiété pendant de longues minutes, espérant qu'il se remettrait bientôt. Poppy lui avait expliqué que les douze premières heures du traitement seraient les plus compliquées car les os les plus importants du corps étaient reconstitués. Ils avaient quasiment dépassé ce délai.
Sa respiration constante lui prouva qu'il était de nouveau endormi. Ginny elle aussi était épuisée après sa courte nuit mais elle n'avait pas le cœur à le laisser seul. Après une brève hésitation, elle retira ses chaussures et le rejoignit sur le lit, laissant de la distance entre eux. Elle posa sa tête sur l'oreiller, observant attentivement son visage endormi, et les mèches blondes qui tombaient légèrement sur le haut de son front. Elle l'avait toujours vu Draco garder sa contenance en toute situation. C'était la première fois qu'elle le voyait dans un tel état de vulnérabilité.
Comme si elle cherchait à le rassurer - ou à se rassurer elle-même - Ginny glissa sa main dans la sienne, comme elle l'avait fait dans son appartement, après l'attaque. Et bientôt, submergée par la fatigue, elle finit par s'endormir.
/
Draco était plongé dans un état de somnolence curieux. Une sorte d'atonie qui l'immobilisait totalement, le poussant à se demander s'il était éveillé. Son esprit alternait entre des phases de semi-conscience où il sentait à peine son propre corps et d'autres phases, plus brutales, pendant lesquelles son corps était traversé d'électrochocs qui l'empêchaient de réfléchir. Dans ces moments, la douleur était si vive que sa vision était complètement brouillée, son souffle coupé et ses membres tellement tendus qu'il avait l'impression qu'ils étaient sur le point de le lâcher.
Les premières heures du traitement furent un enfer. Jamais de sa vie il n'avait éprouvé une telle dolence.
Parfois, pour une raison obscure, la douleur le quittait lentement, et il se sentait envahi d'un sentiment de tranquillité, parfois même accompagné d'un bref moment d'euphorie. C'était comme s'il planait sur un nuage moelleux, sur lequel il ne pouvait pas se relever car tous ses membres étaient engourdis.
Et tandis que Draco naviguait dans cette concomitance d'états complètement antinomiques, une seule chose le raccrochait à la réalité.
Ou plutôt une seule personne.
Malgré ses troubles physique et psychique, ses sens, eux, étaient plus intenses que jamais.
Parfois, c'était sa voix qu'il entendait. Il savait que c'était à lui qu'elle parlait car il l'entendait parfois prononcer son prénom. Draco ne distinguait pas vraiment des paroles claires, juste des murmures éphémères, comme si son cerveau peinait à enregistrer les informations de manière convenable. Dans ces moments, il se concentrait seulement sur le son de sa voix. Et lorsqu'il était conscient, Draco lui répondait parfois.
La tonalité de sa voix lui semblait toutefois différente. Il était habitué à l'entendre euphonique, chantante, heureuse. Pour une raison obscure, sa voix était plus éteinte et mélancolique, presque tiraillée.
Parfois, c'était son odeur qu'il saisissait. Elle dégageait ce parfum caractéristique, un effluve floral enivrant qui laissait une trace agréable sur son passage, même lorsqu'elle quittait la pièce. Il avait toujours voué une fascination discrète à cette senteur alliciante. Par le passé, il lui était parfois arrivé de s'arrêter pendant l'espace d'un instant lorsqu'elle était à proximité. Et tandis qu'elle passait devant lui, inattentive à ses regards appuyés, Draco se surprenait à s'inébrier de cette fragrance entêtante sans qu'elle ne le remarque. Combien de fois avait-il cru devenir fou en distinguant la senteur enivrante de ses cheveux ou de sa peau dans ces rares moments où elle s'était retrouvée dans ses bras ?
D'autres fois, c'était son toucher qu'il percevait. Il sentait des effleurements sur son front, sa joue ou encore sur sa main, serrant la sienne fermement.
Et dans les rares moments où il parvenait à sortir de sa léthargie, à travers sa vision embrouillée, c'était l'esquisse de silhouette à ses côtés qu'il entrevoyait, et son visage entouré d'une chevelure de feu.
Dans l'apathie dans laquelle Draco fut plongé pendant des heures, ce furent ces éléments qui le rattachèrent à la réalité.
Après ce qu'il lui sembla une éternité, Draco commença à mieux supporter la douleur, même lorsque les effets de la potion miracle que lui administrait Ginny régulièrement se dissipaient.
Draco ouvrit les yeux difficilement, ses membres ankylosés, comme s'il avait joué une partie de Quidditch pendant une journée entière sans aucune interruption. Il lui fallut quelques instants pour reprendre ses esprits et se rappeler où il se trouvait. Il fut pourtant soulagé de constater qu'il avait recouvré l'usage de ses membres, malgré les courbatures.
Il se trouvait encore dans ce lit qui n'était pas le sien. Il se redressa légèrement. Une forte odeur d'eucalyptus lui emplit les narines. Au fil des secondes, ses souvenirs les plus récents lui revinrent en mémoire. Cette elfe de maison l'avait aidé à prendre un bain chaud et à s'habiller. Ginny avait ensuite appliqué cette pommade sur son dos et son torse. Draco tourna la tête sur l'oreiller, et réalisa qu'elle était toujours à ses côtés sur le lit, endormie. Comme si elle sentait son regard attentif sur elle, Ginny ouvrit soudainement les yeux. Son regard plongea dans le sien. Pendant un bref instant, ils ne prononcèrent aucune parole, se contentant de se dévisager.
« Où sommes-nous ? » demanda-t-il finalement d'une voix qu'il ne reconnut pas, tant elle était enrouée.
Pour seule réponse, la jeune femme émit un petit rire. Draco lui adressa un regard confus, ne comprenant pas la raison de son hilarité.
« C'est la cinquième fois que tu me poses cette question. » se justifia-t-elle. « Nous sommes au chalet des Parkinson, quelque part en Ecosse, depuis hier. »
Tandis qu'elle prononçait ces mots, les souvenirs de Draco lui revenaient peu à peu et une lueur de compréhension éclaira ses yeux. C'était comme s'il avait simplement eu besoin qu'on actionne un levier, quelque part dans son cerveau, pour qu'ils reviennent.
« Je m'en souviens, maintenant. » dit-il.
Elle lui adressa un sourire et il ne put s'empêcher de constater que son visage était fatigué et harassé.
« Tu vas bien ? » demanda-t-il avec sérieux.
Une lueur hébétée apparut dans le regard de Ginny, visiblement surprise par sa question.
« Je… Je crois que oui. » dit-elle finalement, après un moment de réflexion, comme si elle n'en était pas totalement certaine. « Mais c'est plutôt à moi de te poser cette question. »
« Ça va. Je ne souffre plus autant. J'ai l'impression que c'est plus supportable. » admit-il.
Ginny parut soulagée.
« Tu as déjà passé le pire. La Guérisseuse a dit que tu irais mieux, après ça. » expliqua-t-elle.
Ils retombèrent à nouveau dans un silence tranquille et seuls les claquements du vent agité contre la fenêtre se firent entendre, faisant grincer le verrou.
« Que s'est-il passé ? » interrogea-t-il.
Draco commença à lui poser des questions, tandis que sa conscience revenait totalement, amenant avec elle sa propension à trop réfléchir.
« Plus tard, Draco. » interrompit Ginny d'une voix ferme. « Pansy gère tout. La priorité est que tu ailles mieux. On pourra parler de tout le reste ensuite. »
Son ton était résolu et il savait qu'elle ne flancherait pas même s'il insistait davantage. Il était de toute façon trop exténué pour cela.
« Je vais te laisser te reposer. » dit-elle dans un murmure, avant de se redresser, repoussant l'amas de sa longue chevelure qui semblait l'importuner derrière son épaule.
L'odeur agréable de sa chevelure lui chatouilla les narines, lui rappelant les songes qu'il avait eu pendant sa somnolence. A sa grande surprise, Ginny se pencha dans sa direction et effleura ses lèvres avec douceur et retenue, comme si elle avait peur de lui faire du mal. Elle recula si rapidement qu'il n'eut pas la certitude que ses lèvres avaient touché les siennes.
Curieusement, Draco ressentit de nouveau cette sensation de rêve éveillé et de plénitude. Cette fois, pourtant, il ne pouvait pas affirmer avec certitude qu'elle provenait des potions.
Lorsque la jeune femme quitta la chambre, refermant soigneusement la porte derrière elle, Draco laissa sa tête tomber sur l'oreiller, les yeux rivés sur les moulures en bois du plafond.
Il ignorait pourquoi la sensation de ses lèvres sur les siennes l'agitait autant. Ce geste, des plus anodins, lui procura toutefois une sensation de réconfort. Une consolation certaine après ces heures à souffrir le martyr.
Draco n'aurait jamais imaginé ressentir du réconfort en sa présence, lui qui était généralement tellement méfiant et paranoïaque. Rares étaient les personnes qu'il autorisait à le voir, comme il était vraiment. Et dans un tel moment de vulnérabilité, c'était avec une femme de Sang-Impur, qu'il trouvait du confort.
Que lui était-il arrivé ? songea-t-il, désarçonné.
Ginny Weasley avait fait irruption dans sa vie parfaitement ordonnée sept mois auparavant, sans prévenir. Draco était forcé d'admettre qu'elle avait eu un impact plus grand qu'il n'aurait jamais imaginé. Elle avait chamboulé le quotidien rangé et parfaitement structuré de sa vie.
Jamais Draco n'aurait pu imaginer pouvoir attendre ou apprécier quoi que ce soit d'une femme comme elle. Après tout, que pouvait faire une femme de son rang pour quelqu'un comme lui ?
Cela s'était fait de manière insidieuse et inattendue. De leurs incessants rapports de force et interactions conflictuelles, une habitude avait commencé à s'instaurer dans cette relation curieuse, jusqu'à ce qu'il commence même à tolérer sa présence à ses côtés. Et au fil des mois, défiant toutes ses valeurs, Draco avait même commencé à apprécier sa présence et pire encore - à la rechercher.
C'était pour cette raison qu'il avait demandé à Pansy de l'engager. A l'époque, il s'était justifié cette demande par l'envie de consumer ce désir infernal et incompréhensible qu'il nourrissait à son égard pour pouvoir enfin s'en libérer.
Puis Draco s'était rendu compte qu'il commençait à accepter ses requêtes avec une facilité déconcertante, comme cette admission à l'école privée pour sa nièce ou cette journée stupide parmi le quotidien prosaique des Sang-Impur.
Il donnait l'impression d'opérer un contrôle total dans leur relation. Et Draco le savait, Ginny était également persuadée qu'il en tenait les rênes. Draco, lui, savait qu'il ne s'agissait rien d'autre que d'un excellent mensonge de sa part. Une comédie si bien rodée qu'il y avait lui-même longtemps cru.
En vérité, il était loin de détenir le contrôle auquel il aspirait. Et pour quelqu'un comme lui, cette vérité était des plus angoissantes.
Quand les choses avaient-elles tourné ainsi ? A quel moment la donne avait-elle changé entre eux pour qu'il se sente obligé de jouer les sauveurs ?
Draco se souvenait encore parfaitement de la scène malgré son esprit brumeux. Il se trouvait encore à l'Augurey Magistral, après une réunion qui s'était éternisée, devant une montagne de travail à gérer pour le lendemain. Il avait décidé d'y passer la nuit, chose qu'il faisait lorsqu'il croulait sous les responsabilités.
Il avait senti son miroir à double sens trembler dans sa poche et c'était le visage de Ginny qui était apparu dans le reflet. Elle n'avait pas semblé dans son état normal, peinant à prononcer des paroles sensées. Il ignorait pourquoi il avait immédiatement pensé au pire. Pendant sa longue tirade insensée, Ginny lui avait réclamé de venir la retrouver. Draco n'avait pas hésité longtemps. En quelques minutes, il s'était retrouvé dans sa diligence, en route pour ce quartier mal famé qu'elle fréquentait et dans lequel quelqu'un comme lui ne devrait jamais mettre les pieds, même escorté.
Draco l'avait retrouvée dans cette boutique biscornue qui empestait l'encens. Il avait été surpris de la voir en pleine forme - malgré son ivresse manifeste. Stupéfait, il l'avait observée rire aux éclats avec cette diseuse de bonne aventure excentrique.
« Comment se fait-il que tu sois venu ici ? » avait demandé Ginny tandis qu'ils marchaient dans les rues lugubres du Quartier des Embrumes.
« Parce que tu m'as demandé de venir. » avait-il répondu sur le ton de l'évidence, lui-même surpris par sa propre honnêteté.
Et même s'il ne l'aurait jamais admis à voix haute, il avait été préoccupé dès le moment où elle l'avait contacté. Par Voldemort - comment pouvait-il se préoccuper ainsi du bien-être d'une Sang-Impur qu'il connaissait depuis aussi peu de temps ? Cette pensée lui paraissait totalement irrationnelle.
Cela n'avait aucun sens.
C'était même incompatible avec sa vision des choses, et avec son monde parfaitement ordonné où des personnes comme eux n'étaient jamais destinées à se croiser.
Et pourtant, Draco était forcé d'admettre que Ginny Weasley avait secoué certaines de ses idées reçues. Il l'avait vue naviguer dans un milieu si loin du sien, d'en apprendre les codes intrinsèques et non-formulés avant de les appliquer d'une manière qui forçait le respect. Il l'avait observée entretenir des rapports avec des personnes auxquelles sa caste n'avait normalement jamais accès. Des gens de pouvoir comme la Gouverneure Cressida Warrington, dont elle avait réussi à s'attirer l'appréciation. Il l'avait vue réussir à entrer de force par une porte normalement close et scellée pour des gens comme elle.
Et Draco devait l'admettre, il admirait Ginny Weasley pour cet accomplissement.
Il peinait cependant à comprendre pourquoi il lui laissait autant de place dans son quotidien bien rangé. Il n'était pas du genre à laisser entrer des gens dans son entourage proche. Draco avait toujours été méfiant des autres - un trait que ses parents lui avaient inculqué dès l'enfance. Il lui fallait du temps pour analyser les autres et identifier s'ils pouvaient lui apporter autant qu'il pouvait leur apporter. Pour confirmer s'ils étaient assez méritants pour recevoir sa confiance.
Lors de leurs premières interactions, en dépit de leur marché, Draco avait conclu qu'une femme de son rang ne pourrait rien lui apporter.
Une erreur de sa part.
Depuis qu'il la fréquentait, Draco devait sans cesse remettre en question ses préjugés naturels, sa façon d'entrevoir le monde dans lequel ils vivaient. C'était comme si elle le forçait à sortir de cette bulle hermétiquement close dans laquelle il évoluait, l'encourageant à prendre une place de spectateur, et de l'observer avec distance.
Elle lui montrait une autre facette de l'humain, qu'il n'avait pas l'habitude de voir. Dans l'entourage de Draco, personne n'était totalement désintéressé. Il trouvait fascinante la manière dont elle luttait pour sa famille et cette facilité à se laisser éprouver ses émotions - quelles qu'elles soient, sans faire aucun effort pour les dissimuler.
Il s'était retrouvé complètement hébété quand elle était venue le trouver dans son bureau pendant les fêtes de fin d'année, lui apportant ces petits cupcakes ridiculement décorés mais succulents, lui donnant l'impression qu'elle se souciait de lui sans condition particulière, et qu'elle n'essayait pas de lui soutirer quelque chose à cause de son statut privilégié. Draco était habitué à cela avec les femmes - Daphné Greengrass en était l'exemple le plus prévalant. Cette dernière ne voyait en lui que l'héritier d'une famille sacrée originelle, qui pourrait lui permettre d'obtenir le privilège ultime pour son propre clan.
Draco, qui abhorrait habituellement les changements et l'inattendu, se surprenait à être curieux de ce nouveau type de rapports. Même avec les gens qu'il considérait proches, Draco cherchait constamment à être dans le contrôle. Sans doute car c'était prédictible. Car cela lui permettait de savoir à quoi s'attendre et d'éviter les risques. Car c'était rassurant.
Une chose lui apparut toutefois évidente - Draco n'avait plus le contrôle.
Il se souvenait distinctement du moment où il avait fait cette réalisation. C'était dans son bureau, à l'Augurey Magistral, après le compte-rendu de Ginny au sujet de la conférence de Cressida Warrington. Draco s'était surpris à lui partager des informations sur un sujet personnel à qui il ne parlait jamais à personne - les attentes irréalisables de ses parents et sa frustration continuelle pour tenter de les atteindre. Une frustration qu'il n'avait partagé qu'avec Pansy. Mais c'était différent. Sa meilleure amie, elle, lui avait prouvé sa loyauté à travers les années.
Partager cela avec Ginny sans hésitation lui avait fait comprendre qu'il lui accordait une plus grande confiance qu'il ne l'aurait cru.
Puis, lorsqu'ils s'étaient de nouveau laissés à la tentation de cette attirance évidente entre eux, s'embrassant passionnément sur ce sofa, le désir palpable dans leurs gestes fébriles et empressés, quelque chose avait poussé Draco à l'interroger :
« Tu es certaine que c'est ce que tu veux, Ginevra ? »
Le souffle saccadé et les joues rougies, elle l'avait observé avec surprise, visiblement déstabilisée par sa question.
« Tu es certaine que tu ne le regretteras pas ? Que nous pourrons continuer à travailler ensemble, comme avant ? » avait-il insisté.
Même si elle n'avait pas répondu immédiatement, il avait vu le doute et le questionnement s'installer dans ses yeux.
« Je ne sais pas. » avait-elle finalement confessé dans un murmure, sa voix à peine audible.
Sa réponse ne l'avait pas pris de court.
« Que fais-tu ? » avait demandé Ginny lorsqu'il s'était redressé, retirant ses mains de sa taille qu'il avait serrée fermement quelques secondes plus tôt.
« J'ai ma réponse. » avait calmement répondu Draco.
Oui, il avait eu sa réponse.
Malgré ce que sa question laissait entendre, c'était en réalité à lui-même qu'il avait posé ce questionnement.
La vérité était qu'il craignait l'après. Pourrait-il continuer à strictement s'en tenir aux affaires après avoir donné une nouvelle dimension à leur relation, la laissant prendre davantage de place dans sa vie. Était-il prêt à ce qu'elle bouscule encore plus son quotidien ?
« Tu ne sais pas ce que tu veux, Ginevra. » avait déclaré Draco avec un calme olympien. « Et je ne te toucherai pas avant que ce soit le cas. »
Fauter l'indécision de Ginny avait été la solution d'évitement la plus simple. Une solution lâche, il le savait, mais indubitablement efficace. Ginny n'avait pas relevé, loin de se douter des questionnements de Draco et probablement trop troublée par les siens.
Contrairement à elle, ce n'était pas l'indécision qui le retenait. Si une seule chose était claire parmi ce chaos de sensations contradictoires qui le rendait confus et impuissant, c'était son désir pour elle.
Non, ce qui le retenait était cet attachement inexplicable qu'il commençait à former pour elle. Ce sentiment incompréhensible qui le poussait à s'assurer qu'elle allait bien. Ce même sentiment inconcevable qui l'avait conduit dans cette cafétéria minable en pleine nuit, dans laquelle il l'avait observé silencieusement tandis qu'elle s'empiffrait d'une portion de frites, son visage affichant un plaisir évident. Ce sentiment inavouable qui l'avait poussé à l'accompagner jusqu'au pas de sa porte, cette même nuit. Ce même sentiment inconvenant qui l'avait ensuite poussé, de nouveau, à prendre sa forme animale pour s'assurer que tout allait bien.
Qu'elle allait bien.
Par Voldemort, il se faisait pitié.
Et même s'il ne l'avouerait jamais - cela avait également été un moyen pour lui de gagner quelques minutes supplémentaires en sa présence.
Ce n'était pas la première fois qu'il agissait ainsi. Il avait l'habitude de lui rendre visite sous la forme de Nero – ce surnom incroyablement stupide mais attachant qu'elle lui avait donné - en particulier lorsqu'il sentait qu'elle n'était pas dans son état heureux et optimiste habituel.
Alors, Il se faufilait par l'entrée du toit menant à son appartement étroit. Ginny semblait se détendre lorsqu'elle le caressait, comme si elle se libérait de tout sentiment de mal-être et d'inconfort.
Ou peut-être était-ce lui qui appréciait ces moments de proximité - il n'en était pas certain. Après tout, c'était un prétexte certes lâche, mais discret et efficace lui permettant de combler ses propres envies égoïstes.
Tout ce que Draco savait, c'était que ce sentiment l'avait poussé à s'engouffrer tête baissée par cette fenêtre étroite lorsqu'il avait distingué les cris effrayés de Ginny. Il n'avait pas hésité une seule seconde à sauter sur cet inconnu pour lui venir en aide.
C'était à cause de ce sentiment qu'il se trouvait désormais à demi-conscient, dans ce lit qui n'était pas le sien, les membres ankylosés, en pleine réflexion profonde sur sa relation avec Ginny Weasley.
Draco secoua la tête. Une fois n'était pas coutume, il réfléchissait trop. Une manie dont il ne pourrait probablement jamais se défaire, malgré tous ses efforts.
Pourquoi, d'ailleurs, réfléchissait-il autant, au vu de son état ? Étaient-ce ces potions - qui activaient manifestement des récepteurs particuliers dans son cerveau – qui le rendaient particulièrement contemplatif ? Il décida de ne pas s'interroger davantage, submergé par une nouvelle vague de fatigue.
Draco finit par s'endormir, sans avoir obtenu toutes les réponses à ses questions. Pour une fois, étrangement, cela ne le frustra pas. Cette nuit, il penserait aux yeux brûlants de Ginny Weasley, son parfum de fleurs, son rire agréable, ses cheveux de feu et la sensation de ses lèvres sur les siennes. Le genre de pensées qu'il n'aurait aucun problème à laisser agiter son esprit.
Si ce chapitre n'a pas illuminé votre journée, j'abandonne :p
Ça faisait super longtemps - plus de 4 mois je crois - qu'on avait pas eu le POV de Draco. Et pour cause, je le gardais bien au chaud dans ma manche pour ce chapitre :p
Le chapitre suivant ne sera focalisé QUE sur Draco et Ginny, parce qu'on adore ça, tout simplement !
A vos reviews,
A bientôt - si vous êtes sages.
Fearless
