Valeur et vigueur le beau monde,
Pour commencer un ÉNORME merci à Sarah MAES, Jiwalumy, Mathy89, Carlita, Lestrange-maria, Ginny Danae Malfoy, plinchy, coeerinnee, Fleur d'Ange & Charlene pour toutes vos reviews sur le chapitre précédent. Vous vous surpassez en ce moment, j'adore **cœurs**
Donc en récompense, un nouveau chapitre qui, je l'espère, vous plaira autant qu'à moi.
Je répondrais à tous vos messages ce weekend parce qu'il est 4h du mat et que je dois prioriser entre poster et répondre (et je suis certaine que vous préférez un nouveau chapitre plutôt qu'une réponse de ma part)
XXXVIII. Tout feu tout flamme
Ce furent les clapotements d'un vent violent contre la fenêtre qui extirpèrent brutalement Ginny de son sommeil profond. Il lui fallut quelques secondes pour recouvrer tous ses esprits et se rappeler où elle se trouvait. Elle reconnut la chambre de Pansy, dans son chalet familial, en Ecosse.
Elle n'avait pas dormi de la nuit, s'assurant de rester éveillée pour administrer à Draco ses potions anti douleurs à intervalles réguliers. Heureusement, son état s'était toutefois sensiblement amélioré depuis la veille, à leur arrivée au chalet. Ginny s'était alors autorisée à prendre du repos, quelques minutes avant l'aube. Après une douche revigorante, elle quitta la pièce, et tomba nez à nez avec Elky, l'elfe de de maison.
« Miss Weasley souhaite-t-elle déjeuner ? » interrogea l'elfe, les yeux pleins d'espoir.
Un gargouillement dans l'estomac de Ginny lui confirma qu'elle était affamée. Se nourrir n'avait pas été une priorité durant ces dernières heures. Son angoisse l'avait empêchée d'avaler quoi que ce soit.
« Comment va Draco ? » demanda-t-elle, sans vraiment répondre à la question.
Elle avait demandé à l'elfe de rester vigilante pendant son sommeil.
« Monsieur Malfoy va beaucoup mieux depuis ce matin, Miss. Il est conscient. Il a même mangé. » assura joyeusement Elky.
Ses paroles soulagèrent Ginny qui sentit ses membres crispés se détendre d'un coup. Elle remercia l'elfe avant de rejoindre la chambre adjacente, où était installé Draco. Elle frappa doucement contre la porte.
« Entrez. » lança une voix traînante.
Ginny pénétra à l'intérieur de la pièce et son regard se posa immédiatement sur Draco, installé sur le siège faisant face à la fenêtre. Lorsqu'il se tourna dans sa direction, elle fut soulagée de constater que son visage avait repris des couleurs. Même si ses traits étaient toujours éreintés, il semblait en bien meilleure forme.
« Comment tu te sens ? » demanda Ginny, attentive.
« Étrangement… bien. » révéla Draco après un bref instant de réflexion, comme s'il était lui aussi déconcerté par son état. « Même si mes articulations sont douloureuses. »
« La Guérisseuse a dit que c'était à prévoir. Tes os sont comme neufs, après tout. » expliqua Ginny, prenant place sur le bord du lit. « Elle a dit que tu serais un peu rouillée les premières heures. Mais après ça, tu te sentiras mieux que jamais. »
« J'imagine que c'est un mal pour un bien. Ces dernières heures de torture auront au moins eu un côté positif. » ironisa-t-il. « Des os et des articulations comme neufs. »
Sa remarque extirpa un petit sourire contrit à la jeune femme. Jamais elle n'aurait imaginé être aussi heureuse de revoir le Draco Malfoy auquel elle était habituée, blasé et plein de sarcasme. Elle voyait cela comme une preuve de sa rémission.
« Qu'a-t-elle dit d'autre ? » interrogea-t-il avec intérêt.
« Il faudra que tu fasses un peu d'exercice pour tout remettre en place. De la marche devrait suffire. Elle a aussi dit que tousser ou rire serait douloureux les premières heures. »
Il hocha la tête.
« Et pas de transformation pendant trente jours. » ajouta-t-elle.
Draco grimaça.
« J'imagine qu'il est inutile de cacher mon secret plus longtemps. » lança-t-il d'un ton plat.
Elle distingua sur son visage une émotion inédite - de l'embarras.
« Ce n'était pas les circonstances que j'avais imaginées pour te l'annoncer. » admit-il d'un ton harassé.
Ginny lui adressa un regard perplexe.
« J'ai du mal à croire que tu m'aurais dit la vérité de manière volontaire. » argua-t-elle en croisant les bras, une esquisse de contrariété se dessinant sur ses traits.
« Et j'ai du mal à imaginer un scénario où tu l'aurais bien pris. » fit-il remarquer.
« Clairement. Comment pourrais-je bien prendre le fait que tu te sois transformé en animal pour t'introduire chez moi, à mon insu. » rétorqua-t-elle avec amertume.
Maintenant qu'il était hors de danger immédiat et que son état s'était amélioré, elle ne comptait pas perdre de temps pour lui faire part de son mécontentement au sujet de cette situation.
« Tu réalises à quel point c'est problématique ? Je me suis changée devant toi. » ajouta-t-elle avec dégoût.
« A ma décharge, je n'ai jamais regardé. » fit-il remarquer.
Elle lui jeta un regard noir même si elle savait qu'il disait vrai. Elle avait toujours trouvé curieuse cette manière qu'avait Nero de se tourner ou de prendre congés lorsqu'elle se changeait.
« Je vais faire l'impasse sur ce que tu as fait, cette fois. J'ignore ce qui aurait pu arriver si tu n'étais pas arrivé à ce moment… » murmura-t-elle, frissonnant de nouveau. « Alors… Merci. »
Elle leva les yeux dans sa direction, croisant son regard serein. Elle fut soulagée de ne plus y trouver cette distance et cette impassibilité qui la rendaient toujours hésitante à l'idée de lui faire part de ses états d'âme.
« C'était la moindre chose après que tu m'aies sauvé après l'attentat. » lui rappela-t-il.
« Dans ce cas, nous sommes quittes. Mais pour l'amour de Voldemort, peut-on arrêter de nous retrouver dans ces situations où nous avons besoin d'être sauvés ? » ajouta-t-elle avec un soupir.
Draco hocha la tête, pour signifier son approbation. Il lâcha même un petit rire qui se transforma en grimace.
« Rire n'est vraiment pas une bonne idée. » commenta-t-il.
Il étira longuement sa nuque, faisant craquer ses articulations, une expression d'inconfort manifeste sur ses traits.
« Tu as encore mal ? » demanda immédiatement Ginny, retrouvant une mine préoccupée. « Il reste de la potion anti douleurs, si tu veux. »
Draco secoua vivement de la tête.
« Non. Je déteste les effets de ces potions. J'ai l'impression d'être un légume, avec. La douleur est supportable, maintenant. » assura-t-il.
Les effets de ces potions étaient extrêmement puissants et le plongeaient dans un état léthargique profond.
« Je peux essayer autre chose pour te soulager, si tu veux. » suggéra-t-elle avant de se relever.
« Quoi donc ? » interrogea-t-il avec méfiance.
« Allonge-toi sur le lit. » lança-t-elle. « Et enlève ta chemise. »
Draco lui jeta un regard stupéfait et Ginny mit quelques secondes pour réaliser ce que sa demande sous-entendait. Elle se sentit violemment rougir.
« C'est juste un massage thérapeutique. » s'empressa-t-elle d'ajouter, gênée.
Draco arbora un rictus, mais ne fit pas de commentaire désobligeant. Il se releva à son tour et retira le haut qu'il portait - une chemise bleue en piqué de coton un peu trop grande pour lui, appartenant sans doute au père de Pansy. A la demande de cette dernière, Elky lui avait dégoté quelques vêtements dans la garde de robe de M. Parkinson.
Alors qu'il plaçait le vêtement sur le bras de la chaise et prenait place sur le bord du lit, Ginny eut tout le loisir d'admirer son torse parfaitement dessiné. Elle sentit de nouveau son visage s'empourprer. Cette fois, elle le savait, ce n'était pas dû à son embarras. Elle s'efforça de ne pas le fixer avec trop d'insistance pendant qu'elle grimpait sur le lit, et s'installait derrière lui.
Dans ses rêves inavoués, Ginny s'était longtemps imaginée à quoi il ressemblerait sans ses vêtements et elle devait admettre que la réalité dépassait même ses fantasmes. Elle secoua la tête, s'efforçant de penser à autre chose. Ce n'était vraiment pas le moment d'avoir ce genre de pensées.
« Ferme la bouche, Ginevra. Tu risques d'avaler un botruc. » lâcha-t-il d'un ton pompeux.
Trop obnubilée par ses pensées inappropriées, elle n'avait pas remarqué le miroir placé devant eux, sur une commode. Elle croisa le regard de Draco dans son reflet. Il arborait un sourire qui en disait long. Elle détourna les yeux, gênée d'avoir été prise en flagrant-délit. Elle se pencha sur la table de chevet accolée au lit et saisit l'onguent à l'eucalyptus. La guérisseuse l'avait préconisé pour ses vertus tranquillisantes.
« Allonge-toi. » quémanda-t-elle.
Ginny saisit une quantité généreuse de pommade puis se frotta énergiquement les mains pour chauffer le produit. L'onguent commença à fondre et une fois la texture devenue huileuse, elle posa ses deux mains à plat sur le dos de Draco. Elle le sentit tressaillir légèrement à son toucher.
« Mes mains sont trop froides ? » interrogea-t-elle.
« Non. »
Enhardie par sa confirmation, Ginny entreprit de remonter vers sa nuque et s'appliqua à la masser avec des mouvements prononcés. Sans surprise, elle put sentir à quel point les muscles de ses épaules étaient tendus et emplis de nœuds. C'était commun chez les personnes peu détendues. Avec sa propension à être dans le contrôle et à rarement se laisser aller, elle n'était pas étonnée que cela se ressente aussi dans son corps.
Ginny s'appliqua à détendre plusieurs zones stratégiques, alternant la pression et l'intensité du massage, utilisant à la fois ses doigts, ses paumes ou bien ses coudes pour les zones les plus difficiles.
Pendant qu'elle travaillait, elle ne put s'empêcher d'observer la forme carrée et parfaite de ses épaules, et les muscles de son dos qui frémissaient à son toucher. Elle jeta un regard à son visage. Sa tête était tournée dans l'autre direction. Ses yeux étaient clos et à l'expression de son visage, il semblait apprécier le massage.
Elle remarqua une longue cicatrice fine au niveau de son omoplate. Elle en reconnut immédiatement l'origine. C'était Lucius Malfoy, pendant un terrible excès de colère, qui avait assené sa baguette sur lui, pendant son enfance. Elle avait vu le souvenir dans la pensine.
Au fil des minutes, Ginny put voir les muscles de Draco s'affaisser et perdre du volume, ce qui indiquait qu'ils étaient plus décontractés. De son côté, pourtant, elle n'en menait pas large. Tandis que ses doigts et ses paumes passaient le long de sa peau, elle ne put s'empêcher d'imaginer faire la même chose dans d'autres circonstances.
Lorsqu'elle eut terminé, Ginny fut surprise d'entendre Draco émettre un grognement de bien-être et elle sourit de satisfaction. Elle quitta le lit et s'engouffra dans la salle de bain pour lui laisser quelques instants de détente après le massage. Elle se nettoya énergiquement les mains pour retirer l'odeur entêtante de l'onguent. A son retour dans la chambre, elle trouva Draco en position assise sur le lit.
« Où as-tu appris à faire ça ? » interrogea Draco, visiblement épaté, tandis qu'il revêtait sa chemise.
Ginny en fut soulagée. Elle n'était pas sûre de pouvoir entretenir une conversation normale s'il restait torse nu.
« Je travaillais dans un salon de massage avant d'être embauchée chez Burke. » révéla-t-elle d'un ton plat.
« Vraiment ? » s'étonna-t-il, déconcerté. « Je l'ignorais. »
« Je suis déçue, Draco. Toi qui sais pourtant tout de mes antécédents. » taquina Ginny avec raillerie.
Elle savait qu'il avait fait des recherches approfondies sur elle et sa famille dans le cadre de sa demande de Grâce ministérielle, pour son frère aîné.
« A vrai dire, ce n'était pas déclaré. » confessa-t-elle. « J'imagine que c'est pour cette raison que tu n'as pas trouvé cela dans mon dossier officiel. »
Elle soupira longuement.
« J'ai décidé d'arrêter quand les clients ont commencé à réclamer que je masse d'autres parties de leurs corps, qui n'étaient pas mentionnées sur la carte de nos services. » expliqua-t-elle avec dégoût. « Et je ne suis pas en train de parler de leurs orteils. »
Ce commentaire fit rire Draco. Son expression hilare se transforma presque immédiatement en grimace de douleur.
« Je croyais que tu ne devais pas me faire rire, Ginevra. » lui reprocha-t-il d'une voix plaintive.
« Je ne pensais pas pouvoir le faire. » répliqua-t-elle innocemment.
Draco lui lança un regard blasé, auquel elle répondit par un sourire éclatant.
« Un jour, j'en ai eu assez alors j'ai interrogé un client. Il m'a révélé que l'une de mes collègues proposait des ''massages avec finition''. A cause d'elle, certains clients étaient persuadés qu'il s'agissait d'un service normal de l'établissement. » indiqua-t-elle en secouant la tête, se remémorant des souvenirs glauques et désagréables. « Autant te dire que j'ai démissionné dès le lendemain. Pas de happy endings pour moi. »
Encore une fois, Draco laissa échapper un rire et elle esquissa un sourire. Elle réalisa à quel point elle appréciait l'entendre rire de manière aussi franche. En vérité, elle appréciait tous les moments pendant lesquels il affichait de l'insouciance, loin de son image froide et contrôlée.
Sans doute était-ce le fait d'être coincés dans cette retraite reculée, éloignés de leur quotidien familier, mais elle avait le sentiment que Draco se laissait aller. Le voir ainsi réussit à calmer l'angoisse qu'elle traînait depuis l'attaque.
« Je suis contente que tu ailles bien. » confessa Ginny sans même réfléchir, se laissant porter par les émotions qui l'assaillaient. « Pendant un instant, j'ai vraiment cru… »
Sa phrase resta en suspens tandis qu'elle se remémorait le souvenir de l'agression et du corps immobile de Draco gisant sur le sol de son living room. Pendant l'espace d'un instant, elle avait craint le pire et ce sentiment avait provoqué une anxiété profonde qu'elle ne parvenait pas à traduire convenablement par des mots.
« Je vais bien, Ginevra. » lui assura-t-il d'une voix ferme, comme s'il avait senti à quel point elle était bouleversée.
Elle hocha la tête, sans rien répondre, se sentant de nouveau submergée d'une émotion forte et elle dut lutter pour ne pas pleurer. Elle ignorait pourquoi elle ressentait le besoin soudain de fondre en larmes. Sans doute avait-elle besoin d'extérioriser par un moyen quelconque l'anxiété, le stress et la fatigue qui l'avaient assaillie durant ces dernières heures.
Draco se releva alors et s'approcha d'elle, en silence. Ginny l'observa avec perplexité, les yeux brillants, se demandant ce qu'il comptait faire. Et lorsqu'elle le sentit l'attirer à lui dans une étreinte ferme, elle écarquilla les yeux de surprise. Elle resta figée pendant quelques secondes, surprise par un tel geste venant de lui.
Une fois sa stupéfaction passée, Ginny se laissa aller contre lui, posant sa tête sur son épaule tandis qu'il l'enveloppait dans ses bras, l'enfermant dans une étreinte vigoureuse. Ginny ferma les yeux, traversée par un élan de plénitude. C'était comme si son angoisse la quittait lentement, remplacée par une quiétude agréable.
C'était exactement de ça dont elle avait besoin – se sentir rassurée, soutenue, protégée.
Ils avaient échangé des baisers passionnés et intenses par le passé ou des moments remplis de tension sexuelle comme ce massage quelques instants plus tôt. Pourtant, jamais quelque chose entre eux ne lui avait paru aussi intime que cette étreinte.
Draco n'était pas du genre à communiquer par des mots – elle l'avait rapidement appris au cours de leur relation. Il communiquait par le biais d'actions et ce geste était manifestement une manière de lui faire passer un message.
La manière avec laquelle il étreignait sa taille et caressait ses cheveux était des plus parlantes. Ginny réalisait désormais à quel point elle avait secrètement désiré ce genre de moments entre eux. C'était de cette proximité et de cette intimité qu'elle se languissait. C'était même dans les détails les plus simples et insignifiants qu'elle trouvait le plus de contentement. Comme lorsqu'il lui admettait des détails sur sa vie personnelle, ou bien lorsqu'il lui avait révélé sa couleur favorite. C'était ce genre de choses qui faisait palpiter son cœur et qui provoquait un nœud dans son estomac. Pendant longtemps, elle avait été persuadée que c'était uniquement ce désir indéniable et irrésistible entre eux qui la faisait vibrer. En réalité, c'était dans les moments où il abandonnait son masque de froideur et s'autorisait à se montrer vulnérable avec elle que Ginny trouvait le plus de satisfaction.
Lorsque Draco la relâcha, elle eut un moment d'absence, comme si elle avait quitté la réalité pendant l'espace d'un instant. Leurs regards se croisèrent et le cœur de Ginny rata un battement devant l'intensité des yeux de Draco dans les siens.
Un tapotement discret contre la porte, suivi par une voix fluette, la tira trop brutalement de ce moment suspendu. Elle retira à contrecœur son regard de celui de Draco. L'elfe de maison entra dans la pièce pour leur proposer de déjeuner. Tandis qu'ils quittaient la pièce, Ginny ne put s'empêcher de remarquer que Draco paraissait agacé par l'interruption soudaine.
« J'ai besoin de sortir. Me défouler un peu. » lança Draco, après le déjeuner.
Ginny hocha la tête, approuvant ses paroles. Elle aussi avait besoin d'air frais. Rester enfermée toute la journée dans l'angoisse n'avait pas été une expérience particulièrement agréable. Draco lui proposa une promenade dans les bois qui bordaient le chalet.
« Je crois me souvenir qu'il y a un chemin, quelque part dans le coin. » indiqua-t-il à leur sortie du chalet.
Les premiers pas de Draco furent quelque peu hésitants, comme si ses jambes s'habituaient de nouveau au mouvement. Il sembla toutefois reprendre la main très rapidement.
« Tu es déjà venu ici ? » demanda Ginny avec curiosité.
« Oui, plusieurs fois, quand j'étais plus jeune. Je passais quelques jours ici pendant les vacances d'hiver avec Pansy et sa famille. L'été, elle venait chez moi. » expliqua Draco.
Ils s'aventurèrent sur un chemin sinueux qui traversait des bois aux arbres fins. L'endroit inoculait une impression de tranquillité et de fraîcheur agréable, bien loin du stress et de l'activité perpétuelle de Londres. Même l'air lui paraissait différent, plus pur. Malgré la température basse, la brise lui fit un bien fou.
Sans surprise, Draco l'interrogea sur les événements après l'attaque. A cause des potions anti douleurs, ses souvenirs étaient toujours un peu confus. Il avait passé son temps à tomber et à émerger de l'inconscience. Ginny lui relata les événements en détail. Elle pouvait voir à quel point il était frustré par le fait de ne pas disposer de tous ses souvenirs. La perte de contrôle était une situation qu'il gérait difficilement.
« Merci d'avoir géré la situation. » dit Draco avec reconnaissance.
« Sincèrement, c'est Pansy que tu dois remercier. C'est elle qui s'est chargée de tout. Pour être honnête, je ne sais pas ce que j'aurais fait sans elle. » admit Ginny.
« Peut-être mais tu as eu la présence d'esprit de la contacter, elle. » rappela Draco.
« Pourquoi tu ne voulais pas aller à Ste Mangouste ? » demanda-t-elle avec curiosité.
Devant la gravité des circonstances, les refus catégoriques de Draco et Pansy face à sa suggestion de prévenir les autorités, l'avaient déconcertée.
« Parce que je ne suis pas déclaré comme Animagus. » admit-il.
« Mais vous n'êtes plus des adolescents, ce n'est donc plus illégal. » fit remarquer Ginny, qui ne comprenait pas l'argument.
« Ce n'est pas une question de légalité. C'est une pratique très mal vue dans notre milieu. C'est considéré comme barbare et c'est presque un blasphème. » ajouta-t-il. « Personne ne doit le savoir. »
Maintenant qu'il l'expliquait de la sorte, cela prenait tout son sens. Les familles de Sang-Pur, en grande majorité traditionalistes, voyaient d'un mauvais œil tout ce qui ne les élevaient pas à la place de race supérieure qu'ils clamaient représenter. Pourquoi quelqu'un prônant la toute-puissance de sa race irait-il s'abaisser à se transformer en animal ? Pour eux, il s'agissait indirectement d'une manière d'avouer qu'il y avait un avantage à être une autre espèce - un affront pour les sorciers qui prônaient les valeurs fondamentalistes de Voldemort.
« Et de plus, il aurait été compliqué d'expliquer les circonstances de cette attaque aux autorités. » ajouta-t-il, ses sourcils désormais froncés. « Je ne peux pas me permettre de mettre mes histoires sur la place publique. »
« Et tu aurais aussi dû expliquer où tu étais et avec qui. » devina-t-elle, sans qu'il n'ait besoin de le formuler expressément.
Il hocha la tête, comme pour confirmer. C'était dans ces moments qu'elle réalisait l'ampleur de leurs différences. Récemment, tandis que leur relation avait considérablement évolué, il avait été parfois facile d'oublier quelle place Draco avait dans le régime et les conséquences potentielles pour lui de fréquenter quelqu'un comme elle. Leur marché était un jeu dangereux, elle ne devait pas l'oublier. Conspirer contre une Gouverneure serait considéré comme un acte de trahison. Les enjeux étaient réels et importants.
« Tu as reconnu cette personne ? » demanda Draco.
Ginny secoua la tête. Le visage de l'assaillant avait été à moitié dissimulé et même sa stature ne lui rappelait personne.
« Non, personne. » admit-elle avec frustration.
De nouveau, elle tenta de se rappeler de la scène. Tout était allé tellement vite.
« Est-ce que tu as la moindre idée de qui pourrait te vouloir du mal ? » poursuivit-il, l'observant attentivement.
De nouveau, elle répondit par la négative.
« Ton ex ? » suggéra Draco.
Cette suggestion la prit de court. Elle secoua fermement la tête.
« Non, si c'était Olivier, je l'aurais reconnu directement. » affirma-t-elle.
Draco hocha la tête.
« Est-ce que tu as vérifié s'il manquait quoi que ce soit dans l'appartement ? » interrogea-t-il.
« Je n'ai pas vraiment fait attention. Il y avait d'autres choses plus… pressantes à gérer. » rappella-t-elle. « Tu penses qu'il se serait introduit chez moi pour dérober quelque chose ? »
« Je l'ignore. Ce sont juste des suppositions à ce stade. Je ne veux rien laisser au hasard. »
« Ce n'était pas un Sang-Impur, c'est certain. Sa baguette n'était pas restreinte. » ajouta Ginny lorsqu'elle vit que Draco s'apprêtait à la questionner.
Elle écarquilla soudainement les yeux, tandis qu'un détail lui revenait en mémoire. Le mode opératoire avait des points communs avec une autre situation.
« Et si c'est la même personne qui a agressé la petite amie de Luna ? » demanda-t-elle, la panique dans la voix.
Trois témoins avaient mentionné un homme mystérieux encapuchonné errant dans le Quartier des Embrumes. C'était la dernière personne qu'on avait vu en compagnie de Tracey Davis avant sa disparition. Le sang retrouvé dans une allée sous-entendait une issue tragique, même si son corps n'avait jamais été recouvré.
« Ce serait un peu tiré par les cheveux. Nous n'avons aucune confirmation de ce qui est vraiment arrivé à cette fille. » répondit Draco, plus prudent. « Mais je ne peux pas non plus confirmer le contraire. »
Un homme mystérieux était-il après des femmes de rang inférieur ? songea Ginny avec horreur. Comment avait-il même réussi à s'introduire dans leur appartement ? Qu'aurait-il tenté de faire si Draco n'était pas intervenu ?
Ginny sentit une boule lui obstruer la gorge et sa nervosité la submergea de nouveau tandis que des idées sinistres s'insinuaient dans son esprit.
« Plus j'y réfléchis, plus je commence à penser que tu n'étais pas la cible. » déclara soudainement Draco.
Ginny lui jeta un regard effaré.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Ta colocataire. » répondit Draco sur le ton de l'évidence.
« Hermione ? » répéta Ginny avec stupéfaction. « Qu'est-ce qui te fait dire ça ? »
« Tu m'as dit qu'elle fréquentait Nott. » rappela Draco. « Et il est venu me trouver pour me demander de l'aide, il y a quelque temps. Il prétendait que quelqu'un en avait après elle. Je lui ai donné les coordonnées d'un détective privé. »
Il fronça les sourcils.
« Je ne sais pas pourquoi mais j'ai le sentiment que ça pourrait être lié. » indiqua-t-il gravement.
Ginny resta silencieuse, tandis que son cerveau analysait ce nouveau flux d'informations. La piste de Draco lui semblait des plus plausibles. Elle savait que la relation de Théodore et Hermione était problématique. Elle ignorait toutefois qu'ils avaient eu des problèmes nécessitant l'appel d'un détective privé.
Après tout, le projet de mariage de Théodore n'était pas un simple acte d'amour - il avait également voulu la protéger en lui donnant son nom. Avait-il aussi voulu écarter ce danger dont Draco faisait mention ? Théodore avait gardé ce détail sous silence lorsqu'il lui avait demandé de l'aide pour l'organisation de l'union sacrée. L'inquiétude de Ginny s'accrut à la pensée de son amie.
Si quelqu'un en avait réellement après Hermione et si cela avait un lien avec leur relation interdite, quelles seraient les retombées lorsqu'on apprendrait qu'elle était désormais mariée à Théodore ?
« Que va-t-on faire ? » interrogea Ginny avec appréhension.
« Je vais mettre Sleezer sur l'affaire dès notre retour. Ce type a probablement laissé des indices derrière lui. » devina Draco.
La tournure des évènements la laissait désemparée. Sa vie prenait des allures de ces livres mouvementés qu'adorait lire Fleur, sa belle-sœur. Sauf que Ginny ne désirait pas en être la protagoniste.
« En attendant, il faut s'assurer que personne ne rentre dans ton appartement. » continua Draco, après réflexion.
« C'est déjà géré. Hermione ne sera pas de retour avant quelques jours. » l'informa-t-elle.
« Et tu te doutes bien que tu ne peux pas y retourner non plus jusqu'à nouvel ordre. » ajouta Draco.
Ginny hocha la tête. Elle était déjà arrivée à cette conclusion.
« Je sais. J'irai chez mon frère, en attendant. »
Elle tenterait de trouver une excuse pour justifier le fait qu'elle ne puisse pas loger dans son appartement. Elle laissa échapper un long soupir, se massant la tempe, éprise d'un léger mal de tête.
« Rentrons. » suggéra Draco, remarquant le trouble de la jeune femme.
Tandis qu'ils marchaient silencieusement sur le chemin dégagé menant au chalet, leurs mains se frôlèrent à plusieurs reprises. Sans doute par besoin d'être rassurée, Ginny glissa maladroitement sa main dans la sienne. Pendant un instant, elle craignit qu'il repousse son geste mais il n'en fit rien. Draco attrapa même sa main plus fermement. Ils ne prononcèrent pas une parole tandis qu'ils regagnaient le chalet, tous deux plongés dans leurs pensées respectives.
A leur retour, Elky bondit sur eux, les accueillant avec son enthousiasme habituel. Ginny accepta avec reconnaissance la tasse de thé que la petite créature proposa. Ils passèrent le reste de l'après-midi dans le living room chaleureux du chalet, tandis qu'un feu agréable crépitait dans l'âtre.
Ginny écoutait distraitement le compte rendu du dernier match des Harpies de Holyhead à travers un poste de radio. Draco, lui, paraissait agité et peinait à rester en place. Être enfermé dans cet endroit, si loin de Londres et de tout ce qui s'y passait, était difficile pour lui, elle le savait. Draco était un homme occupé, peu habitué à se tourner les pouces.
« Bataille explosive ? » proposa Ginny en montrant un jeu de cartes qu'elle avait dégoté dans un tiroir.
Comme lui, elle avait besoin de se distraire et de penser à autre chose. D'autre part, il leur restait encore une journée entière avant de pouvoir rentrer à Londres, en attendant l'activation du portoloin de Pansy. Cette dernière avait prédit que la rémission de Draco prendrait davantage de temps mais il semblait déjà remis.
Ginny devina qu'il aurait probablement été plus prudent pour Draco de se reposer. Le connaissant, elle savait toutefois que c'était peine perdue. D'autre part, après leur récente discussion sur l'attaque, elle était consciente qu'ils ne pourraient pas ignorer leurs troubles très longtemps.
Draco accepta sa proposition et Ginny commença à disposer les cartes sur la table basse en bois massif, s'agenouillant devant elle. Draco la rejoignit, prenant la place opposée.
Ce qui commença comme un simple moyen de se distraire, se transforma rapidement en une compétition acharnée. L'un comme l'autre avait un esprit de compétition extrêmement décuplé et cela se ressentit dans la partie.
« J'aurais dû deviner que tu étais si mauvais joueur, Draco. » ricana Ginny lorsqu'elle emporta la dernière manche, supposée les départager.
« Je veux une revanche. » sollicita Draco, visiblement contrarié.
« Pas de problème. Si tu veux une deuxième leçon, je suis disposée à te la donner. » provoqua-t-elle d'un ton railleur.
Elle perdit toutefois son sourire persifleur lorsque Draco remporta le set suivant, avec une avance non négligeable. Elle jura, murmurant des paroles frustrées dans sa barbe pendant qu'il affichait ce rictus supérieur qui l'agaçait tant.
« Tu triches. » accusa-t-elle soudainement. « Tu reconnais le derrière des cartes. »
Ginny avait enchaîné les défaites pendant les dernières manches. Elle avait remarqué son manège. Draco observait longuement le dos des cartes car certaines d'entre elles avaient des motifs particuliers. En se rappelant des motifs d'une partie à l'autre, il était en mesure d'accroître ses chances de trouver une paire.
« Ce n'est pas de la triche. C'est une stratégie comme une autre. » se moqua-t-il. « Personne ne t'empêche de faire la même chose. »
Ginny maugréa de nouvelles paroles incompréhensibles mais dont la teneur n'était pas des plus polies. Elle fit valser les cartes qu'elle tenait en main avec rage à la fin du set suivant, que Draco remporta de nouveau.
« On dirait bien que tu es une mauvaise joueuse, Ginevra. » indiqua-t-il d'une voix railleuse. « Et on dirait que c'est finalement moi qui t'aie donné une leçon. »
« Oh la ferme. » maugréa-t-elle avec une moue fâchée.
Elle détestait perdre et le prenait généralement mal. Ses amis la connaissaient d'ailleurs pour cela. Si bien qu'ils avaient rapidement arrêté de vouloir concourir contre elle, et ce depuis l'époque de leur scolarité.
Draco laissa échapper un rire franc, balançant sa tête en arrière et elle ne put s'empêcher de l'observer, l'air hagard, appréciant de le voir ainsi. Il paraissait avoir retrouvé son énergie.
Malgré les circonstances, Ginny réalisa qu'elle appréciait grandement cette retraite imprévue. Ainsi éloignés de leurs mondes respectifs et de leurs quotidiens trépidants, elle avait l'impression de se retrouver dans une petite bulle, loin de ses préoccupations habituelles. Draco, lui aussi semblait plus détendu.
Ils passèrent le reste de la journée dans le living room, installés dans les canapés aux plaids et aux couvertures moelleuses. Draco lui raconta quelques souvenirs qu'il avait du chalet et elle l'écouta en silence, se contentant d'intervenir seulement de temps à autre pour émettre un commentaire ou une question, appréciant de le voir plus volubile qu'à l'accoutumée.
« C'est la pleine lune ! » interrompit soudainement Ginny, le regard rivé sur l'une des grandes baies vitrées.
Elle se releva, s'approchant de la fenêtre pour observer la lune, plus imposante et scintillante que jamais. Elle était pleine, et son reflet vespéral brillait sur l'étendue d'eau bordant l'arrière du chalet, une rivière qui descendait jusqu'à la colline. L'eau était encore gelée à certains endroits. Elle se tourna vers Draco qui l'observait avec un sourcil levé, ne comprenant pas sa remarque.
« La pleine lune a une incidence sur nous, même si on ne s'en rend pas compte. » dit-elle. « Cosmiquement parlant, il y a une énergie particulière pendant cette période, qu'on peut même récolter. Pendant la pleine lune, cette énergie atteint son summum. C'est le moment idéal pour se libérer de la négativité, des doutes et des frustrations. » expliqua-t-elle.
« Oh, vraiment ? » demanda-t-il.
Ginny secoua la tête avec enthousiasme. Puis, lorsqu'elle vit que les recoins des lèvres de Draco tiquaient légèrement, comme s'il se retenait de rire, elle comprit qu'il se fichait simplement d'elle. Il ne parvint pas à se retenir plus longtemps, et il éclata d'un rire ouvertement moqueur. Ginny croisa les bras, blasée, tandis qu'elle l'observait se payer sa tête ouvertement.
« Tu as terminé ? » demanda-t-elle avec ennui.
L'hilarité de Draco sembla se calmer.
« Contente de voir que rire ne te fait plus autant souffrir. » commenta-t-elle avec hauteur.
C'était un point positif, même si son hilarité actuelle était à ses dépens.
« Je comprends maintenant pourquoi je t'ai trouvé dans cet endroit avec cette tireuse de cartes. Tu es aussi démente qu'elle. » commenta Draco en secouant la tête.
« Absolument pas. Toutes ces choses existent vraiment. Des sorciers et les centaures ont observé les phénomènes du ciel pendant des siècles. La lune et les étoiles nous communiquent des choses. » assura-t-elle. « Si on fait un peu d'efforts pour y croire, évidemment. Mais tu es trop fermé d'esprit. »
« Je ne suis pas fermé d'esprit. Je crois à ce que je vois. Aux choses factuelles, tangibles. »
« Tu es pire qu'Hermione. » grommela-t-elle. « Et ce n'est pas peu dire. »
D'un geste résolu, Ginny se releva et se dirigea vers le couloir, s'engouffrant dans un bureau attenant dans lequel elle avait vu du nécessaire à écriture, plus tôt dans la journée. Elle trouva du parchemin vierge, des plumes ainsi que des porte bougies garnis. De retour dans le living room, elle se dirigea vers la cheminée et attisa davantage le feu paresseux afin qu'il brûle de plus belle. Elle éteignit toutes les lumières du séjour, de sorte à ce que la seule source de lumière soit le feu qui brûlait dans l'âtre ainsi que le reflet luisant de la lune à travers les fenêtres.
Draco observa ses faits et gestes en silence avec confusion, se demandant sans doute ce qu'elle tramait. Ginny s'approcha de la cheminée, et s'installa en tailleur sur l'épais tapis en fourrure dressé fièrement au centre du living room. Son extravagance faisait de lui la pièce incontournable de la pièce. Sa fourrure était douce, épaisse, moelleuse, et elle eut presque l'impression d'être assise sur une couverture duveteuse confortable. Elle se demanda si la fourrure provenait d'une créature magique majestueuse mais préféra ne pas s'interroger davantage sur la question.
Elle tourna la tête vers Draco.
« Puisque tu n'y crois pas, tu ne vois aucun inconvénient à essayer, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle d'un ton impertinent, l'observant avec une lueur de défi.
L'air sceptique, Draco se leva, et la rejoignit devant la cheminée, s'installant à son tour sur l'épais tapis. Ginny lui fit face et saisit le rouleau de parchemin vierge qu'elle brandit devant son visage.
D'un geste presque cérémonieux, elle déchira le rouleau et tendit un morceau à Draco, accompagné d'une plume. Il s'en empara, semblant curieux de son manège.
« Que suis-je supposé faire avec ça ? » questionna-t-il, observant le morceau de parchemin avec perplexité.
« Écrire quelque chose qui te frustre ou qui te contrarie. Ou bien quelque chose qui t'empêche d'avancer ou sur quoi tu aimerais voir plus clair. » suggéra Ginny.
Elle annota soigneusement quelques mots sur son propre morceau de parchemin, avant de le rouler consciencieusement et d'en poser l'extrémité sur la bougie. Le parchemin prit lentement feu et Ginny l'observa se consumer. Elle que le feu n'atteigne ses doigts, elle jeta le reste du parchemin dans l'âtre de la cheminée. Elle ferma les yeux quelques secondes, comme si elle faisait une prière silencieuse. Lorsqu'elle ouvrit de nouveau les yeux, le regard attentif de Draco était posé sur elle.
« A ton tour. » dit-elle avec enthousiasme.
« C'est ridicule. » décréta-t-il avec un soupir blasé.
Il s'empara néanmoins du morceau de parchemin et inscrivit quelques mots à la va-vite avant de le rouler et de l'allumer sur la bougie.
« Qu'as-tu écrit ? » demanda-t-il avec curiosité.
« Nous ne sommes pas supposés le dire. C'est personnel. » affirma Ginny, une tâche rosée apparaissant sur ses joues.
Heureusement, l'obscurité de la pièce l'aida à la dissimuler. Draco eut alors ce rictus qu'il aimait tant arborer et qui avait parfois le don de la mettre hors d'elle.
« Pourquoi tout ce mystère ? » interrogea Draco.
« Pourquoi dois-tu toujours tout savoir ? » répliqua-t-elle.
Son rictus s'élargit davantage – si c'était possible.
« Étant donné la manière dont tu évites de me répondre, ça ne peut vouloir dire qu'une seule chose. » prétendit-il.
« Et quoi donc ? »
« Ce que tu as écrit me concerne. » affirma-t-il avec une assurance qui frisait l'arrogance.
Ginny ouvrit de grands yeux et cette fois, elle sentit ses oreilles prendre une couleur écarlate. Il n'avait pas totalement tort.
« Tu te donnes trop de crédit, Malfoy. Tu n'es pas le centre de mon monde. » rétorqua-t-elle.
Avant qu'il ne puisse répliquer, il lâcha une exclamation surprise et secoua vivement sa main. Le parchemin qu'il tenait entre ses doigts avait terminé de brûler, atteignant sa peau. Les cendres s'éparpillèrent sur le tapis blanc.
« Pas de révélation de la part de la lune pour moi, ce soir. C'est tellement dommage. Moi qui n'attendais que ça. » se moqua-t-il, en agitant sa baguette pour faire disparaitre les cendres qui souillaient le blanc immaculé du tapis épais.
« Tu t'es brûlé ? » demanda-t-elle en attrapant sa main.
Elle sentit une once d'inquiétude la traverser. Son instinct protecteur s'était décuplé depuis l'attaque et même s'il était désormais remis de ses blessures, l'anxiété de Ginny, elle, n'avait pas totalement disparu.
« Non. Je n'ai rien senti, d'ailleurs. Un reste de la potion anti douleur, sans doute. » répondit-il d'un ton apaisant, comme s'il avait remarqué son trouble.
Ginny hocha la tête et alors qu'elle s'apprêtait à retirer sa main, Draco la retint fermement. Elle lui jeta un regard interrogateur, décontenancée par son geste.
« Tu n'as pas répondu à ma question. » rappella-t-il.
« Quelle question ? » fit Ginny, faisant mine de ne pas comprendre.
Elle ignorait pourquoi il était si insistant sur le sujet. Le fait qu'il réclame de savoir si elle espérait améliorer quelque chose au sujet de leur relation la surprenait.
« Si ça me concernait. » répéta-t-il.
« Ne me dis pas que tu es encore sur ça. » dit-elle en faisant mine de rire avec détachement. « C'est ridicule. »
« Pas aussi ridicule que ton histoire de lune et d'étoiles qui communiquent. Et sincèrement, je commence à me poser des questions après t'avoir vu avec cette diseuse de bonne aventure, la nuit dernière. »
Ginny émit une exclamation dédaigneuse.
« Tu crois que ma visite chez elle était aussi à ton sujet ? » demanda-t-elle avec moquerie. « Qu'est-ce que je pourrais bien obtenir de sa part à ton sujet ? »
« Je ne sais pas. M'ensorceler. » dit-il d'un ton sombre.
Ginny écarquilla les yeux, prise de court pas cette réponse.
« T'ensorceler ? » répéta Ginny, pas certaine d'avoir bien entendu.
Elle éclata d'un rire sonore tant cette affirmation était impudente.
« Si je t'ai ensorcelé, alors ce n'est pas très efficace. » dit-elle avec autodénigrement.
« Je ne partage pas cet avis. » rétorqua Draco.
Ginny se figea devant sa réponse inattendue, tandis que les implications de ses mots percutaient son esprit. Était-il vraiment en train d'affirmer qu'elle l'avait ensorcelé ? Elle n'osait pas interpréter ses paroles et s'imaginer des choses. Et elle ne voulait pas se rendre ridicule devant lui.
Elle fut toutefois déstabilisée devant le sérieux de son visage. Cette conversation avait alterné entre plusieurs tons - la plaisanterie, la raillerie et le sarcasme. A l'air qu'il affichait désormais, Draco paraissait sérieux.
« N'est-ce pas un peu facile ? De prétendre que tu t'es fait ensorceler au lieu d'admettre que tu es sous le charme ? » demanda-t-elle, mi-moqueuse, mi-sérieuse, préférant mimer le détachement. « J'appelle plutôt ça une façon de se voiler la face. »
Il était un peu hypocrite de sa part de prétendre cela, elle le savait. Après tout, se voiler la face avait été une stratégie d'évitement qu'elle n'avait cessé d'utiliser avec lui. Draco ne répondit pas et Ginny l'observa en silence, sentant une nouvelle tension s'installer dans l'air autour d'eux. Elle se rendit compte qu'il n'avait pas lâché sa main, depuis.
« Pourquoi sommes-nous ici, selon toi ? » demanda-t-il finalement d'une voix calme.
« Je ne comprends pas ta question. » admit-elle, confuse.
« Pourquoi j'ai frôlé la mort, à ton avis ? » insista-t-il. « Si ce n'est pas parce que tu as fait quelque chose sur moi. »
« Je… Je l'ignore. »
« Au contraire, Ginevra. Je crois que tu sais très bien de quoi je parle mais tu veux encore prétendre ne pas comprendre. Ne crois-tu pas que je vois clair dans ton petit jeu du chaud et du froid ? » interrogea-t-il, une expression irritée sur ses traits.
« Mon petit jeu ? » répliqua-t-elle, excédée. « Tu es impossible à cerner. La plupart du temps, je n'arrive pas à deviner ce que tu veux ou ce que tu penses… J'ai l'impression d'être constamment en train de déchiffrer une énigme sans instructions. Tu sais à quel point c'est frustrant pour moi ? »
« Frustrant… » répéta-t-il d'une voix lente, à peine audible.
Draco lâcha soudainement sa main qui retomba lentement sur le tapis, le long de son corps. Ginny l'observa avec appréhension, surprise par l'expression de son visage. Ses yeux s'étaient assombris et elle se demanda si elle l'avait mis en colère. Pendant un instant, elle craignit qu'il se relève et s'en aille, coupant court à la conversation.
A sa grande surprise, Draco se redressa d'un geste brusque et se pencha dans sa direction, la forçant à basculer en arrière. Ginny perdit son équilibre et son dos se retrouva cerné contre le tapis épais. Il était d'une douceur incroyable et elle eut l'impression de s'enfoncer dans une mousse nébuleuse. Draco était désormais penché au-dessus d'elle, son corps à dix centimètres du sien, son regard métallique rivé dans le sien.
Ginny écarquilla des yeux et immédiatement, sentit sa respiration s'accélérer, du fait de leur proximité soudaine et de l'intensité de son regard sur elle.
« Ne me parle pas de frustration comme si je ne savais pas ce que c'était, Ginevra. » déclara-t-il d'une voix dure.
Elle ne répondit pas, incapable de prononcer le moindre mot ni de décoller son regard du sien. Elle s'était figée.
« Tu ne sais pas pourquoi nous nous retrouvons dans cette situation ? Laisse-moi te dire pourquoi. Parce que pour une raison que je suis incapable d'expliquer, je ne suis pas en mesure de te laisser hors de mon espace. Parce que la petite impudente que tu es s'est insinuée dans ma vie sans autorisation. Parce que j'ignore ce que tu m'as fait mais je n'arrive pas à te laisser partir. » assena-t-il d'une voix emplie de reproches.
Ginny écouta ses paroles en silence, prise au dépourvu par cet éclat soudain.
« Tu sais ce qui est frustrant, Ginevra ? Ne voir que toi. Passer mon temps à m'interroger si tu vas bien ou si tu ne t'es pas encore fourrée dans une situation stupide et compromettante parce que tu n'en fais toujours qu'à ta fichue tête. » assena-t-il en secouant la tête, avec agacement.
En temps normal, elle aurait probablement répliqué avec autant de virulence. L'entendre se confesser d'une manière si directe la dérouta tellement qu'elle ne sut que répondre.
« Depuis que je t'ai rencontré, je me demande sans cesse comment quelqu'un peut être aussi exaspérante et pourtant ne pas me laisser une seule seconde de répit parce que tu occupes constamment mes pensées. » rugit-il.
Il s'était approché de son visage tandis qu'il prononçait ses mots. Suffisamment pour qu'elle sente cette odeur masculine et boisée qu'elle trouvait obsédante.
Il était tellement proche de son visage que son souffle sur sa peau la fit frissonner. Ginny sentit la température de son corps grimper d'un cran. L'entendre prononcer ces paroles ardemment attendues eut l'effet de mettre son corps en feu.
« Est-ce que tu as conscience que même lorsque je te méprisais - toi petite insolente à l'audace impertinente - une partie de moi te désirait tout de même ? » demanda-t-il d'une voix basse, chargée de reproches.
L'intensité de sa voix et de ses mots la firent frémir. L'admission de ce désir impérieux qu'elle nourrissait également à son égard ne fit que le décupler.
Le regard de Draco erra sur elle, l'observant avec une convoitise sans équivoque. Il la dévisageait comme s'il s'apprêtait à la dévorer et cela ne fit qu'accroître l'excitation de la jeune femme. Elle sentait son souffle chaud sur sa peau et son parfum troublant lui enivrait les narines. Les réactions qu'il causait chez elle étaient effrayantes. Elle eut l'impression d'imploser, agitée par ce feu ardent qui la consumait.
« As-tu la moindre idée des heures que j'ai passé à t'imaginer, exactement ainsi ? » demanda-t-il en la désignant. « Du sang-froid qu'il me faut pour me contrôler quand je suis en ta présence ? Sais-tu ce que c'est, d'être avec une autre femme et ne pas pouvoir m'empêcher d'imaginer comment les choses seraient si c'était toi ? Me demander comme tu réagirais si je te touchais ainsi…Ou imaginer les sons qui sortiraient de ta bouche ? »
Il caressa sa taille, traçant la courbe de sa hanche. Même à travers ses vêtements, elle pouvait sentir sa peau frémir.
Sans même le réaliser, elle avait entrouvert ses lèvres, comme éprise d'une soif agonisante qui, elle le savait, lui seul serait capable de satisfaire.
« Non. Car tu n'as aucune idée de la torture que tu m'infliges. Tu te moques complètement de m'offrir un semblant d'espoir avant de le retirer immédiatement, sans aucun scrupule. Alors crois-moi, je sais très bien ce qu'est la frustration. » reprit Draco d'une voix suave, son souffle tellement proche de son visage qu'il se mêlait au sien.
Les yeux semi-ouverts, Ginny crut défaillir.
« Mais ça n'a plus aucune importance. Veux-tu savoir pourquoi, Ginevra ? » demanda Draco, sans la lâcher du regard.
Elle hocha la tête, son cœur tellement épris de palpitations qu'elle n'était pas certaine de pouvoir articuler des paroles compréhensibles.
« Parce qu'aujourd'hui, tu vas enfin comprendre ce que je ressens. Je vais prendre tout mon temps avec toi. Jusqu'à ce que tu ne puisses plus supporter cette torture que je t'inflige. Jusqu'à ce que tu me supplies de te prendre. Et à ce moment-là, et uniquement à ce moment-là, je le ferai. »
Ses paroles lui firent l'effet d'une flamme sulfureuse le long de sa colonne vertébrale. Elle était heureuse d'être au sol, sinon elle aurait probablement chaviré sous l'impact de ses mots.
Tout lui coupa le souffle. L'intensité de son regard gris plongé dans le sien. La détermination et la convoitise qu'elle pouvait y lire. Une chose était certaine : jamais elle n'avait autant désiré quelqu'un qu'à cet instant précis.
Elle voulait - non - elle requérait satisfaire ce désir qui la consumait depuis bien trop longtemps. Celui qu'ils s'étaient efforcés, à tour de rôle, de retarder par tous les moyens imaginables.
Cette fois, c'était différent. Comme s'ils savaient qu'une fois qu'ils se laisseraient aller à leurs envies inavouées, ils ne pourraient plus s'en libérer.
Cette fois, elle n'en n'avait cure. Toutes ses défenses s'étaient envolées. Il ne subsistait plus de doute dans son esprit, plus de tergiversation, plus de faux-semblant. Tout en elle se languissait pour lui. Son esprit, son corps, et même son cœur. Il battait si fort dans sa poitrine qu'elle savait qu'il pouvait le sentir, ainsi penché sur elle, dans cette proximité dangereuse.
Cette fois, elle allait capituler.
Elle retint son souffle lorsqu'il s'approcha de son visage, et lui murmura à l'oreille.
« Et seulement à ce moment-là, tu comprendras ce qu'est la frustration, Ginevra. »
Et vous saurez aussi ce qu'est la frustration, mes amis ! :p
J'espère qu'il vous a plu ! Hâte de savoir ce que vous en avez pensé ! Sur mon profil, retrouvez le montage et la playlist, qui mettent à l'honneur Draco/Ginny.
En tout cas, la fin de ce chapitre... Non, vous ne rêvez pas, c'est bien LE moment qu'on attendait avec impatience depuis des lustres (juste un an et demi...) Enfin une autre victoire pour le #drinnygang
Mais rassurez-vous, vous ne serez pas tous frustrés. Seuls mes lecteurs privilégiés auront le droit aux feux d'artifices. Ce lemon bonus fait presque 4000 mots donc autant vous dire qu'il est intense.
Donc SI vous êtes intéressés par ce bonus:
- Envoyez-moi un message privé direct sur le site (c'est le plus simple) OU un email à itsfearlessuntamed AROBASE gmail . com en précisant votre pseudo.
Condition : Vous êtes un reviewer régulier sur cette histoire et/ou vous avez laissé au moins une review du 13 octobre 2021 au 14 avril 2022 inclus.
Je vous donnerai l'accès à mon site privé.
Quant aux autres, faites-moi une dissertation de quatre pages sur le thème : Fearless est-elle une connasse ? Alors *peut-être* que je réfléchirais.
Bon weekend de Pâques et on se revoit bientôt si vous êtes sages,
Fearless
