Valeur et vigueur,
Déjà, un énorme merci à pour vos reviews !
Un petit récap utile des chapitres précédents :
Nous avons appris que l'enlèvement d'Hermione a été orchestré par les Lestrange (c.45) Elle a été emmenée dans un établissement possédé par Vivienne van Detta (c.46) l'une de leurs associés dans des activités répréhensibles (c.33)
Théodore a reçu une lettre de la main d'Hermione (écrite contre son gré, sous l'influence d'une potion mystérieuse) clamant que son départ était volontaire. Selon Theodius et Ginny, la disparition d'Hermione serait également volontaire (c.46)
D'autre part, Narcissa a été mise au courant par Daphné Greengrass des ''écarts'' de Draco avec une Sang-Impure. Dans le même temps, le couple Malfoy fait face à des problèmes au sein de leur entreprise et une enquête a été ouverte pour des opérations prétendument frauduleuses de Lucius (c.45)
Et enfin, nous avons appris le décès soudain d'Abraxas. (c.46)
WARNING : Passage très difficile dans ce chapitre, qui pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs. Pensez donc à cela avant d'en commencer la lecture.
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XLVII. Descente aux Enfers
« Toutes mes condoléances, monsieur Malfoy. Votre grand-père était un homme remarquable. Il sera sincèrement regretté. » affirma un vieil homme que Draco n'avait jamais vu de sa vie. « Puisse Voldemort le guider vers le repos éternel. »
Draco se contenta de le remercier poliment, comme il avait remercié les dizaines de personnes qui avaient défilé devant lui et ses parents pour offrir leurs sincères condoléances. Il répondait désormais de manière machinale, écoutant à peine les mots qui lui étaient adressés.
Il baignait dans une apathie étrange depuis le matin même. La perspective de mettre en terre Abraxas lui avait paru si irréelle. Le voir dans son cercueil ouvert avait été particulièrement désarçonnant. Son grand-père n'était plus l'homme vigoureux et impavide qui donnait cette impression d'immortalité. Draco avait réalisé qu'il n'était qu'un homme qui, comme les autres, avait fini par rencontrer son trépas.
C'était un arrêt cardiaque qui l'avait emporté - une cause particulièrement commune à son âge. Il emportait avec lui une part importante du clan Malfoy pour lequel il avait été un ciment incontestable. Le nombre de personnes présentes à l'enterrement était la preuve de l'impact qu'Abraxas avait eu de son vivant. Il avait été un leader de la communauté, un mentor, un père de famille et un chef de clan admirable. Nombreux se levèrent pour témoigner de l'impact qu'il avait eu dans leurs vies, d'une manière ou d'une autre. Sa disparition était une perte colossale.
Pour Draco, il avait représenté tellement de choses. Il avait été sa figure paternelle principale, lui faisant presque oublier le désamour de son propre père. Draco avait toujours aspiré à lui ressembler, à provoquer autant d'impact et de respect autour de lui. Il serait fier d'accomplir la moitié de ce que son grand-père avait achevé dans sa vie.
Réaliser qu'il ne reverrait plus jamais la mine moqueuse mais affectueuse de son grand-père, qu'il n'entendrait plus ses conseils avisés et ses confidences, ou qu'il n'apprendrait plus rien de son expérience était bouleversant.
Pour la première fois de sa vie, Draco se sentait totalement perdu. Incertain de la manière d'appréhender la suite. Comment gérer la perte de quelqu'un d'aussi important pour lui ? De celui qui l'avait façonné à être l'homme qu'il était aujourd'hui ?
Il jeta un regard bref vers ses parents. Les yeux de sa mère étaient dissimulés derrière une voilette opaque qui couvrait une partie de son visage. De temps à autre, elle épongeait ses joues avec un mouchoir épais. Depuis l'annonce du décès d'Abraxas, Draco la sentait particulièrement émotive. Malgré cela, elle avait endossé son rôle de maîtresse de maison à la perfection pour organiser les obsèques et honorer toutes les traditions d'usage. Malgré le caractère dramatique de cette tragédie, cela restait encore une occasion d'impressionner les autres.
Mariages, anniversaires, galas de charité - tous les évènements étaient soumis aux critiques et aux jasements - et les enterrements n'étaient pas exclus de la liste. Toutes les occasions mondaines étaient une opportunité de montrer la grandeur d'un clan sacré - surtout lorsqu'il s'agissait d'une famille originelle. Narcissa s'était assurée que l'enterrement d'Abraxas Malfoy serait celui de la décennie.
Draco jeta un regard vers Lucius dont le visage affichait peu d'émotions, mise à part une contrariété à peine détectable. Il avait fait preuve d'un détachement insultant depuis la mort d'Abraxas, ce qui n'avait fait que renforcer la frustration et le dégoût de Draco à son égard.
Lucius était dépourvu de tout attachement familial. Rien ne l'intéressait hormis sa petite personne. Il était sans doute soulagé qu'Abraxas soit décédé. Enfin, il n'aurait plus besoin d'être dans son ombre constante.
Draco fut soulagé lorsqu'on invita les convives à prendre une collation dans la salle attenante. Il en profita pour accéder à l'un des balcons, en retrait de la foule oppressante. L'air lui semblait étouffant et être le centre de l'attention était épuisant. Il était entouré et pourtant, il ne s'était jamais senti aussi seul.
Quelques instants plus tard, il entendit les doubles portes du balcon coulisser. Un regard bref par-dessus son épaule lui fit apercevoir un visage familier. Pansy s'installa à ses côtés, s'appuyant également sur la rampe. Ils restèrent silencieux pendant de longues minutes, observant l'immensité des jardins du Manoir.
Pansy était l'une des seules personnes à se permettre d'ignorer son besoin d'être seul. Elle s'invitait sans aucune gêne - que Draco le veuille ou non. Une partie de lui appréciait cela, même s'il aimait prétendre le contraire. Elle le connaissait assez pour savoir quand il avait besoin de compagnie.
« Tu te souviens de l'été de nos quatorze ans ? » lança soudainement Pansy avec un sourire. « Ton grand-père nous a surpris en train de boire de l'hydromel. » se rappela-t-elle. « Tu te souviens de ce qu'il a dit ? »
« Si vous voulez boire, buvez quelque chose de qualité, pas cette vinasse de bas étage. » se remémora Draco, esquissant un sourire malgré lui.
Pendant son adolescence, Draco avait fréquemment passé ses étés chez Abraxas. Ce dernier avait à l'époque déjà pris sa retraite et ils passaient parfois des journées entières à chasser les jobarbilles dans son immense domaine. Passer les vacances chez son grand-père avait toujours été bien plus divertissant que le Manoir glacial et sobre où Draco avait grandi. Pansy l'y avait parfois rejoint et avait, elle aussi, développé une affection particulière pour Abraxas, le surnommant même son ''grand-père d'emprunt.''
« Il a sorti l'un de ses meilleurs millésimes pour nous, ce jour-là. C'est grâce à lui que je suis devenue une spécialiste d'hydromel. » dit-elle avec un rire nostalgique.
Entendre ce genre de souvenir au sujet de son grand-père lui réchauffait le cœur. Abraxas avait toujours eu une façon singulière d'aborder les questionnements de Draco. Si bien que ce dernier n'avait jamais ressenti le moindre embarras à lui parler de sujets sensibles.
Pansy extirpa une petite flasque de sa pochette. Elle retira le bouchon et versa une partie du contenu de la flasque par-dessus le balcon, dans le vide.
« A la tienne, grand-père Abraxas. » trinqua-t-elle avant de prendre une gorgée. « Que la terre te soit légère. »
Elle tendit la flasque à Draco qui fit de même.
« Merci. » souffla-t-il, reconnaissant.
Pansy lui fit un clin d'œil. Elle jeta un regard rapide derrière elle.
« Je peux te couvrir si tu veux t'absenter un peu. » lui suggéra-t-elle d'un ton entendu.
Draco hocha la tête, lui jetant un nouveau regard reconnaissant. C'était sans doute la raison pour laquelle leur amitié était si forte. Ils comprenaient comment aider l'autre, sans avoir besoin de le verbaliser.
Ils rentrèrent à l'intérieur, et Pansy se dirigea immédiatement vers Narcissa pour entamer la conversation. Draco poursuivit sa route en s'efforçant de raser les murs, passant devant les Mangemorts postés un peu partout dans le Manoir.
Il entra dans une pièce vide où se dressait une cheminée imposante sur laquelle reposait un buste à l'effigie d'Armand Malfoy, l'un de ses ancêtres. Draco saisit de la poudre de cheminette et la jeta dans l'âtre, déclenchant un amas de flammes vertes.
Ils se retrouva dans la cheminée d'une salle privée de Machinations Malforescentes qui avait été connectée à celle du Manoir. Cela permettait de faciliter les déplacements de ses parents sur leur lieu de travail. Les voyages entre cheminées privées étaient limités pour des raisons de sécurité, ce qui le forçait généralement à se déplacer en diligence. Il voulait toutefois éviter d'être suivi par son escorte.
Les locaux de Machinations Malforescentes étaient quasiment vides, un fait rare. La journée avait été accordée à la plupart des employés, en l'honneur d'Abraxas. Une majorité d'entre eux le connaissaient bien car il avait été à la tête de l'entreprise pendant plusieurs décennies avant de prendre sa retraite et laisser la place à Lucius.
Certains gardes parurent surpris de voir Draco émerger des locaux, mais ne firent aucune remarque. Draco se retrouva dans les rues de Magipolis, le quartier des affaires, et il entama une longue marche à travers les larges avenues pavées, la mine absente. Quelques instants plus tard, il se retrouva devant une porte familière, et appuya sur la sonnette. La porte s'ouvrit, laissant apparaître Ginny. Il ressentit une chaleur agréable en la voyant - comme un plaid moelleux qu'on couvrait sur lui, le réchauffant de la tête aux pieds. La jeune femme affichait une expression désarçonnée. Elle portait une robe noire sobre et ses cheveux avaient été ramenés dans une queue de cheval basse. Ses yeux étaient fatigués. Il savait qu'elle dormait peu, s'inquiétant pour lui depuis la mort de son grand-père. Elle avait été particulièrement présente pour lui, depuis, lui apportant un réconfort qu'il n'aurait pu trouver ailleurs.
« Draco ? » murmura-t-elle, surprise. « Je pensais que tu étais encore à l'enterrement. »
Elle s'effaça pour le laisser entrer, l'observant avec appréhension, comme si elle craignait que sa présence inattendue soit porteuse d'une autre mauvaise nouvelle.
« J'avais juste besoin de prendre l'air. » avoua-t-il.
L'expression du visage de Ginny s'adoucit, et elle hocha la tête. Il n'avait pas eu simplement besoin de s'éloigner de l'atmosphère pesante des obsèques. Il avait également ressenti le besoin de la retrouver. Il était difficile de décrire le sentiment que sa présence lui procurait - un mélange de réconfort et de chaleur - bien éloigné de la froideur austère à laquelle il était habitué au Manoir. Ginny glissa sa main dans la sienne et le conduisit sur le sofa. Draco s'y laissa choir, l'air harassé, soulagé de laisser retomber la pression.
Malgré cette tragédie familiale et le fait qu'il soit dévasté, Draco ne pouvait pas exprimer sa peine devant tous ces gens. Les traditions et les codes attendaient de la retenue de sa part, malgré les circonstances.
« Comment tu vas ? » demanda Ginny d'une voix douce, posant une main sur le côté de son visage, pour en dégager quelques mèches blondes qui lui couvraient les yeux.
« Je… Je ne sais pas. » répondit-il d'une voix plate.
Il disait vrai. Différentes émotions le tiraillaient depuis ces derniers jours et il avait dû mal à leur donner un sens. Elles avaient toutefois atteint leur paroxysme lorsqu'on avait finalement scellé le cercueil, et qu'il avait vu le visage de son grand-père pour la dernière fois.
Draco lui décrivit l'enterrement et les innombrables discours et témoignages en l'honneur d'Abraxas. En parler lui procurait des sentiments partagés. D'un côté, cela lui faisait du bien. D'un autre côté, cela le mettait devant le fait accompli. Son grand-père était parti et il devrait accepter cette nouvelle réalité, aussi accablante fusse-t-elle.
Comme si elle avait senti qu'il était submergé par les émotions, Ginny enroula ses bras autour de sa nuque et l'attira à elle. D'abord un peu surpris par le geste, Draco resta immobile avant de se détendre. Il se laissa aller à son étreinte et posa sa tête contre la poitrine de la jeune femme, tandis qu'elle caressait lentement ses cheveux.
Il n'essaya pas de contenir ni de dissimuler les larmes qu'il sentait couler sur son visage. Afficher un tel état de vulnérabilité n'était pas habituel pour lui et pourtant, cela lui procura un sentiment plus libérateur qu'il ne l'aurait cru. Il ne se rappelait pas de la dernière fois qu'il s'était laissé ainsi aller.
Draco admirait et craignait à la fois la capacité de Ginny à pouvoir faire ressortir des choses insoupçonnées chez lui. Des sentiments qu'il n'avait jamais pensés pouvoir éprouver. C'était comme si elle débloquait des parties inconscientes dissimulées en lui. Lorsqu'ils étaient ensemble, il avait le droit d'être lui-même, pouvait extérioriser les émotions brutes qu'on lui avait toujours appris à maîtriser.
Et pour une fois dans sa vie, il s'autorisa à retirer le masque qu'il revêtait à toute occasion, comme une armure contre le monde vorace et sans pitié qui l'entourait.
Ils restèrent dans cette position, dans un silence complet.
« Je devrais sans doute y retourner. » dit-il finalement, sans entrain. « Merci. »
Il n'avait pas envie de la quitter mais il s'était absenté bien trop longtemps. Son absence serait mal vue. Il savait que Pansy était une professionnelle de la distraction mais il ne voulait pas abuser de l'aide de sa meilleure amie.
« Je reviendrai quand tout sera terminé. » dit-il.
Il savait que les obsèques publiques prendraient bientôt fin mais qu'ils continueraient à se recueillir en comité plus restreint.
« Je t'attendrai. » promit Ginny.
Elle se hissa sur la pointe des pieds et ses lèvres contre les siennes. Draco entoura sa taille de ses bras et approfondit le baiser. Et lorsqu'ils s'écartèrent, il ne la relâcha pas immédiatement, comme s'il voulait prolonger ce moment avant de devoir prendre congés.
« Je t'aime. » murmura Ginny contre ses lèvres, d'une voix si basse qu'il ne fut pas certain de l'avoir entendu correctement.
La teinte rougeâtre qui colora le visage de Ginny lui fit réaliser qu'il avait très bien entendu. Draco resta interdit pendant de longues secondes, déstabilisé par cette déclaration. Une partie de lui était surprise de l'entendre lui avouer ces mots. L'autre partie, elle, en éprouva un plaisir et une satisfaction indescriptibles. C'était comme si cette vague de chaleur l'enveloppait davantage et il trouvait la sensation des plus grisantes.
Il resta toutefois silencieux, et pour la première fois depuis très longtemps, les mots lui manquèrent. Ginny ne semblait pourtant pas attendre une quelconque réponse de sa part et elle posa un dernier baiser sur ses lèvres avant de s'extirper de son étreinte.
« A plus tard. » dit-elle avec un sourire.
Draco quitta l'appartement, l'esprit désemparé et troublé. Non pas à cause des mots qu'elle avait prononcés, mais par le désir pressant qu'il avait ressenti de lui répondre la même chose.
/
Narcissa posa son regard sondeur sur Draco à son entrée dans la pièce. Quelque chose avait changé chez son fils. Le changement était toutefois subtil et c'était sans doute parce qu'elle le connaissait si bien qu'elle l'avait remarqué.
Elle savait à quel point il était dévasté par la perte de son grand-père. Narcissa, elle-même, avait été prise de court par la nouvelle. Le temps avait semblé ralentir, depuis. Tout le reste était passé en arrière-plan tandis qu'ils digéraient cette nouvelle tragique.
Abraxas avait été un homme important dans sa vie, même si le commun des mortels ne saurait jamais dans quelle mesure. Il lui avait donné la personne la plus importante dans sa vie – son fils unique - et elle lui en serait éternellement reconnaissante et redevable.
Il avait été un pilier de la communauté et un leader exemplaire pour le clan Malfoy. Pour Narcissa, il avait été un mentor qu'elle avait été fière de suivre et d'émuler. Sa disparition était dévastatrice et elle savait que son absence aurait un impact lourd sur leur famille.
Elle reporta son attention sur Lucius dont le regard était fixé devant lui. Dans sa main, il tenait une tasse de thé qui tremblait sous sa poigne fébrile. Lucius n'avait pas montré une quelconque émotion depuis la mort d'Abraxas - même si Narcissa le soupçonnait de vouloir sauver la face. Elle se demandait si une partie de lui était heureuse de ne plus devoir être dans l'ombre constante de son père. A ses côtés, Lucius faisait bien pâle figure. A travers les années, Narcissa n'avait pas manqué la frustration sur le visage de son mari tandis qu'on encensait Abraxas et qu'on les comparait.
Et malgré les rapports parfois tendus qu'elle entretenait avec son mari, Narcissa pouvait comprendre la rancœur que Lucius nourrissait envers son père. Après tout, même sa famille n'était techniquement pas la sienne.
Narcissa se tourna à nouveau vers Draco, qui avait pris place à la table en silence, à l'opposé de Lucius.
« A quelle heure est-ce supposé débuter ? » demanda Draco d'une voix impatiente.
« Dans quelques minutes. Monsieur Sleezer ne devrait pas tarder. » lui assura Narcissa.
Oscar Sleezer était l'exécuteur testamentaire d'Abraxas. Il avait été mandaté pour organiser sa succession et s'assurer que toutes les dispositions du testament étaient correctement respectées.
Le contenu du testament avait causé la stupeur générale. La majorité du patrimoine personnel d'Abraxas, y compris les biens immobiliers, revenaient à Lucius en tant qu'héritier direct. Ils avaient toutefois été ébahis par une clause obligatoire qui stipulait que la majorité des parts détenues par Abraxas chez Machinations Malforescentes seraient directement léguées à Draco. Abraxas autorisait seulement Lucius à garder son rôle de PDG exécutant en attendant que Draco soit prêt à prendre les rênes du groupe. Évaluée à plusieurs milliards de gallions, l'entreprise était le pilier de la fortune familiale. Sleezer leur avait indiqué que ce changement avait été effectué seulement quelques semaines avant la mort d'Abraxas.
Sans surprise, la nouvelle avait rendu Lucius furibond. Encore une fois, il subissait une énième trahison de la part de son père. Draco, lui non plus, n'avait pas paru comprendre ce choix. La réunion du jour serait l'occasion de faire la lumière sur la décision d'Abraxas.
« Vous a-t-il expliqué pourquoi il a fait ce choix ? » demanda Narcissa à Sleezer, une fois la réunion commencée.
« Pour des raisons de protection légale et d'optimisation financière. Le conseil d'administration de Machinations Malforescentes regarde attentivement certaines opérations de Lucius et à l'issue de leur enquête, il est fortement possible qu'elles puissent être considérées comme illégales. Cela pourrait avoir des répercussions graves pour Lucius et l'entreprise. En passant directement la succession à Draco, Abraxas s'est assuré de protéger tous les actifs, dans tous les cas. C'est une façon de contrecarrer les potentielles conséquences négatives. C'est la meilleure solution pour toutes les parties impliquées. » révéla Sleezer. « Abraxas m'a formellement interdit d'en parler. Naturellement, il ne s'attendait pas à une mort aussi subite mais il voulait être préparé, au cas où. »
Lorsque Lucius entendit qu'Abraxas était déjà au courant de ses indiscrétions dans l'entreprise, il parut à la fois honteux et tourmenté. Il avait été naïf de penser que cela ne sortirait pas du cadre du conseil d'administration. Après tout, la plupart des membres étaient proches d'Abraxas et voulaient protéger les intérêts de l'entreprise car cela signifiait la protection de leur propre portefeuille. Encore une fois, même dans la mort, Abraxas montrait sa supériorité sur son fils.
Lucius et Narcissa échangèrent des regards graves. Si Abraxas avait pris une mesure aussi extrême en amont de l'enquête, cela signifiait que la situation était plus problématique qu'ils ne le pensaient et qu'il était fort probable que Lucius écope d'une sanction significative.
Heureusement pour eux, au vu du décès, le conseil d'administration avait stoppé ses réclamations pour les laisser faire leur deuil. Ils savaient toutefois que cette trêve n'était que temporaire.
Narcissa réprima un long soupir. Ce n'était pas la seule chose qui avait été laissée en suspens à cause du décès d'Abraxas. Après sa conversation avec Daphné Greengrass, Narcissa avait décidé de mener son enquête sur les affirmations de la jeune femme au sujet de Draco. La première chose qui lui avait mis la puce à l'oreille était les transactions financières de son fils.
Elle n'y portait habituellement pas une grande attention mais certaines sommes – sans justification particulière – lui avaient paru curieuses. Elle avait contacté leur conseiller financier qui, après quelques investigations, lui avait indiqué que les montants inconnus étaient rattachés à une propriété dans le centre de Londres, ainsi que de larges achats dans plusieurs boutiques de mobilier.
Narcissa avait également réclamé à Allegra de mener l'enquête sans lui donner trop de détails. Cette dernière était en bons termes avec plusieurs employés de l'Augurey Magistral qui la tenaient dans la confidence. Un avantage que Narcissa utilisait parfois pour obtenir indirectement des informations de la part des subalternes. Allegra lui permettait de faire le lien.
La réceptionniste de Draco avait révélé à Allegra qu'il recevait régulièrement une jeune femme et bien qu'elle n'ait jamais rien vu d'inapproprié entre eux, elle était persuadée qu'ils se fréquentaient. Ce fut ainsi que Narcissa fut en mesure de confirmer les dires de Daphné Greengrass.
Même si elle était peu intéressée par les intrigues amoureuses de son fils - après tout elle connaissait très bien les besoins d'un homme de son âge - entendre que ses fréquentations incluaient une sorcière de rang douteux était problématique et inacceptable.
Elle connaissait très bien son fils ainsi que l'importance qu'il plaçait dans les principes qu'on lui avait inculqués. La pureté du sang était une valeur cruciale pour eux. Entendre que Draco la bafouait ainsi était difficile à croire pour elle.
La réunion des Malfoy en compagnie d'Oscar Sleezer fut plus longue que prévue. Ils devaient régler quelques détails finaux au sujet du testament d'Abraxas et la conversation fut des plus houleuses.
Lucius affichait une hostilité grandissante envers Draco depuis la nouvelle de la succession. Toute la jalousie qu'il nourrissait envers son propre fils était palpable. Narcissa était habituée au tempérament envieux de son époux. Il avait toujours jalousé le sens des affaires de Narcissa et sa capacité à faire signer des accords importants. Il lui avait fait payer cela par des méthodes passives agressives tout au long de leur union.
Lucius était d'une jalousie maladive envers tous ceux qui l'entouraient et le surpassaient dans un quelconque domaine. Il voyait les membres de sa propre famille comme des concurrents - ce qui rendait difficile l'instauration d'une relation aimante et saine.
Si Narcissa s'y était depuis habituée et qu'elle ne se laissait plus touchée par les comportements odieux de Lucius, elle savait que Draco en souffrait toujours. Et la décision d'Abraxas ne ferait qu'empirer les relations déjà tendues entre père et fils.
Elle remarqua la mine frustrée et contrariée de Draco tandis que Lucius quittait la pièce pour raccompagner Sleezer. Les poings de Draco étaient serrés et sa mâchoire était plus contractée que jamais, un signe physique de sa colère.
« C'est lui qui aurait dû mourir à la place de grand-père. » martela Draco d'une voix impétueuse.
Aussi graves et extrêmes que ses paroles puissent être, Narcissa ne pouvait guère les contester. Combien de fois avait-elle prié Voldemort pour que son mari disparaisse de sa vie ? Beaucoup trop de fois, songea-t-elle. Il était la source de tous les problèmes de leur clan.
« Draco… » temporisa Narcissa d'une voix ferme. « Je ne veux pas t'entendre prononcer de telles paroles. »
« Pourquoi ? Je sais que tu penses la même chose. » répliqua Draco en se tournant vers elle, le regard impérieux. « Comment peux-tu tolérer la manière dont il te traite ? »
« Il y a des choses que tu ne peux pas encore comprendre, Draco. Le mariage est une chose complexe. Tu le réaliseras toi aussi, quand le temps viendra. » assura Narcissa, une lueur d'affliction passant dans ses yeux bleus.
« Si c'est ce qui m'attend, ça ne m'intéresse pas. » répliqua-t-il entre ses dents.
« Tu sais pertinemment ce n'est pas qu'une question d'envie ou de caprice. Nous avons tous des devoirs. Et le tien est de faire prospérer notre lignée. » rappela-t-elle.
Draco ne répondit pas mais la mine contrariée de son visage était des plus parlantes.
« Et j'aimerais m'assurer que tu gardes tes responsabilités à l'esprit. » ajouta Narcissa.
Draco lui jeta un regard confus, visiblement désarçonné par sa remarque.
« Tu sais à quel point notre réputation est importante. Tu sais que tous nos gestes et nos choix sont examinés scrupuleusement. Nous ne pouvons pas nous permettre le moindre faux-pas. » rappela Narcissa.
« J'en suis parfaitement conscient. » répliqua Draco en levant les yeux au ciel.
« Je n'en suis pas si certaine. »
« Pourquoi me dis-tu cela, Mère ? » interrogea Draco, ses sourcils froncés, visiblement mal à l'aise devant son ton entendu.
« Ginevra Weasley. » répondit Narcissa d'une voix neutre.
Elle observa attentivement la réaction de son fils. Son visage s'était complètement figé à l'entente de ce nom. Il la fixait avec des yeux écarquillés, soudainement interloqué.
« C'est curieux, Draco. Tu n'as plus rien à dire, soudainement ? » demanda-t-elle avec dédain.
Alors qu'il s'apprêtait à répondre, elle poursuivit :
« Épargne-nous du temps à tous les deux et n'essaie pas de démentir. Je suis au courant. »
« Comment ? » murmura-t-il après quelques secondes de silence.
« Tu n'es pas aussi discret que tu le crois, Draco. Daphné Greengrass vous a vus pendant le GAGE. Elle n'était pas certaine mais ses soupçons étaient assez importants pour qu'elle se permette de venir m'en parler. J'ai mené mon enquête personnelle pour vérifier ses dires. » continua Narcissa d'une voix sévère.
Elle pointa sa baguette vers la porte qui se referma dans un claquement. Elle ne voulait pas qu'on puisse entendre leur conversation, même par mégarde.
« Mère… » commença Draco.
« Qu'est-ce que je t'ai toujours appris, Draco ? » s'offusqua Narcissa avec sévérité. « À toujours couvrir tes traces. Ne jamais laisser à personne l'occasion de te faire chanter avec quoi que ce soit. »
Elle faisait désormais les cents pas, l'air contrarié.
« Une Sang-Impure, Draco ? De toutes les femmes qui existent dans ce pays et qui seraient prêtes à tout pour ton attention, il a fallu que tu touches à une Sang-Impure ? »
« Ce n'est pas ce que tu crois, Mère. Ginevra Weasley et moi avons un marché. » commença-t-il à se justifier, son visage reprenant une expression neutre. « Je lui ai demandé de trouver des informations sur Cressida Warrington. »
Narcissa ouvrit la bouche, désarçonnée par cette nouvelle révélation.
« J'ai pensé qu'elle serait un excellent moyen de trouver des choses compromettantes à son sujet. Des choses qu'on pourrait utiliser pour les élections. » expliqua Draco avec sérieux.
Les traits de Narcissa s'adoucirent. Une partie d'elle était furieuse que son fils soit enlisé dans des travers aussi douteux. Une autre partie d'elle était fière et admiratrice de le voir conspirer ainsi pour les intérêts de leur clan.
« Vas-tu vraiment prétendre qu'il ne s'agit que d'un marché ? » dit-elle avec sarcasme. « Ne prends pas ta mère pour une idiote, Draco. »
Il ne chercha pas à démentir davantage. Il savait très bien qu'elle n'était pas de ceux qu'il pouvait facilement tromper. Elle lui avait tout appris.
« Tu réalises à quel point ta négligence pourrait être dévastatrice ? » demanda-t-elle. « Ne vois-tu pas ce qu'il se passe avec les Nott ? A quel point des siècles de pureté exemplaire ont été ruinés ainsi, sur un coup de tête ridicule ? »
Le scandale des Nott avait profondément secoué les Treize sacrés. C'était le sujet de toutes les conversations dans la communauté. Même Bellatrix Lestrange était personnellement venue se plaindre de cet 'affront inadmissible' à Narcissa alors qu'elles se fréquentaient rarement. Il était évident que les conséquences seraient terribles. L'air déterminé et malveillant dans les yeux sa sœur aînée avait été des plus parlants.
« Je veux que tu règles cette situation avant qu'elle ne devienne un problème. » réclama Narcissa d'un ton résolu. « Puis-je compter sur toi pour cela, Draco ? »
Même si son fils hocha la tête pour lui signifier qu'il avait compris, Narcissa eut le sentiment que le 'problème' serait plus difficile à régler qu'elle le pensait.
/
Hermione ouvrit les yeux, l'esprit complètement désorienté, et le corps endolori. Elle avait l'impression d'avoir fait une chute de plusieurs étages et de s'être écrasée violemment sur le sol avant d'être piétinée par une foule de passants.
Elle se redressa difficilement et grimaça d'inconfort. Elle réalisa que tout son corps tremblait de façon incontrôlable et qu'elle était en sueur. Elle ne se souvenait pas de la dernière fois où elle s'était sentie aussi mal. Cela lui rappelait la mauvaise grippe qu'elle avait attrapée à ses quatorze ans. Elle l'avait clouée au lit pendant une semaine. Les symptômes étaient similaires mais plus intenses encore.
Hermione observa ses alentours, confuse. Où suis-je ? se demanda-t-elle. Elle se trouvait sur un lit qui n'était pas le sien, dans une chambre qu'elle ne reconnaissait pas. Un second lit individuel se trouvait à l'autre bout de la pièce, collé contre le mur. Elle aperçut une penderie, ainsi qu'une imposante coiffeuse, sur laquelle s'entassait des cosmétiques et des accessoires. L'endroit semblait être occupé par quelqu'un.
Des souvenirs lui revinrent en tête, la heurtant de plein fouet. Son enlèvement. Ses ravisseurs - Lucky et Smooth - dans les bois. Sa tentative d'évasion échouée. Son arrivée dans ce manoir étrange.
Et surtout cette femme intimidante qui répondait au nom de Vivienne van Detta.
Cette dernière l'avait forcée à ingérer une potion inconnue. C'était à cet instant précis que l'esprit d'Hermione était devenu embrouillé. Elle avait été traversée par cette sensation étrange – celle de ne pas pouvoir contrôler son corps comme elle l'entendait. Comme si elle était une spectatrice dans sa propre enveloppe charnelle. La sensation avait été effrayante.
La suite des événements était toujours floue pour Hermione. Elle se souvenait simplement d'être régulièrement plongée dans cet état comateux. De temps à autre, elle sortait de son apathie. Dans ces moments, elle voyait parfois le visage de Van Detta ou même de cette femme blonde rencontrée le premier jour de sa capture – une certaine Krista. Elles lui donnaient des instructions, auxquelles elle répondait machinalement, son esprit absent.
La potion avait un effet euphorisant si puissant qu'elle avait l'impression de quitter la réalité. Un bonheur exaltant la remplissait alors, lui faisant oublier toutes ses angoisses. Elle devenait si détachée de la réalité que plus rien ne l'inquiétait. Elle ne ressentait qu'une sensation de bien-être intense. Elle avait l'impression d'être allongée sur un nuage confortable, enveloppée par une couverture moelleuse qui lui assurait de ne pas s'inquiéter. Et quand la sensation s'arrêtait, elle n'avait qu'un désir - se retrouver à nouveau entourée par ce cocon protecteur, loin de tout sentiment négatif. Plus de tristesse. Plus d'angoisse. Plus d'affliction. Elle ne s'interrogeait même plus sur la raison de sa présence dans cet endroit, contre son gré, éloignée de tous ses proches.
De Théodore.
A cette pensée, Hermione fut traversée par une vague de lucidité soudaine. Théodore était probablement paniqué par sa disparition inexpliquée. Aussitôt, le souvenir de la lettre qu'on l'avait forcée à rédiger à l'adresse de Théodore lui revint en tête et son estomac se tordit d'angoisse. Elle déclarait vouloir mettre un terme à leur relation et lui demandait de ne pas partir à sa recherche. Après leur dernière conversation, elle était terrifiée à l'idée qu'il pense qu'elle était vraiment partie, l'abandonnant sans aucune explication.
Elle n'avait jamais entendu parler d'une potion capable de produire de tels effets. Elle n'avait pas songé une seule seconde à protester. Cela n'avait même pas été une option dans son esprit. Elle s'était tout simplement attelée à exécuter ce qu'on lui demandait.
Hermione se força à reprendre une position assise. Sa bouche était affreusement pâteuse et tous ses gestes, même les plus simples, lui demandaient beaucoup d'efforts. Elle ignora les sensations désagréables de son corps. Elle devait trouver un moyen de quitter cet endroit pendant qu'elle était encore lucide.
« Tu dois être la nouvelle arrivante. » lança une voix féminine, la sortant de sa léthargie.
Hermione sursauta et leva les yeux, sur le qui-vive. Instinctivement, ses doigts avaient attrapé le bord du lit, surprise par cette arrivée soudaine. Son regard tomba sur une jeune femme brune extrêmement mince, aux longs cheveux ondulés. Elle portait une robe moulante qui laissait peu de place à l'imagination.
« Je suis ta nouvelle colocataire. » annonça la jeune femme d'un air un peu absent, avant de se diriger vers la penderie, farfouillant quelque chose à l'intérieur.
Puis, sans aucune gêne, elle retira ses vêtements, se retrouvant complètement nue devant Hermione. Embarrassée, cette dernière détourna les yeux, lui laissant son intimité.
« Ne sois pas si timide, princesse. Ça ne sera pas la première fois ni la dernière fois que tu verras mes nichons. » déclara la jeune femme avec sarcasme.
Elle enroula une serviette autour de sa poitrine.
« Je vais prendre une douche. » annonça-t-elle avant de quitter la pièce. « Fais comme chez toi. »
Elle avait ajouté cela avec un ton empli de sarcasme. Hermione l'observa disparaître par une porte qu'elle n'avait pas remarquée. D'un geste hésitant, Hermione se releva et observa autour d'elle, à la recherche de sa baguette magique. Sans surprise, elle ne trouva rien. Elle se rappela que Vivienne van Detta l'avait jetée au feu.
Sa nausée était toujours présente mais elle l'ignora. Son esprit était encore embrouillé et elle peinait à réfléchir correctement. Se connaissant, elle se serait attendue à être dans un état de panique total. Pourtant, c'était comme si son habituelle nervosité n'était pas aussi appuyée. Elle devina qu'il s'agissait des restes de la potion.
Pieds nus, Hermione s'avança lentement vers la porte et l'ouvrit avec hésitation. Elle se retrouva dans un long corridor au plancher en bois et au papier-peint à motifs imprimés, d'une teinte rouge profonde. Plusieurs portes identiques s'étalaient tout au long du couloir. Elle vit la jeune femme brune disparaitre à travers l'une d'elles. Hermione tourna la tête dans l'autre direction et aperçut des escaliers. Après une brève hésitation, elle se précipita pour les rejoindre.
Elle descendit les marches en bois d'un pas prudent, se tenant fermement à la rampe, son équilibre encore trop instable. A l'étage inférieur, ce fut un couloir semblable qu'elle trouva. Sur les murs, des tableaux avaient été accrochés, représentant toutes sortes de figures féminines. Des sirènes, des vélanes ou encore des banshees. L'air séducteur ou vaniteux, elles jetaient des regards appuyés sur Hermione à son passage. La jeune femme les ignora, à la recherche d'une sortie. Au détour d'un couloir, elle distingua des flèches directionnelles en suspension dans l'air, pointant vers des lieux spécifiques.
Salon du Plaisir, lut-elle sur la flèche qui pointait vers le couloir dans lequel elle se trouvait. Elle ressentit un vague malaise en lisant le contenu des autres flèches. Salon du Privilège. Salon du Vice. Salon de la Douleur.
Un bruit arracha Hermione de son exploration. Elle se figea lorsqu'une porte du couloir s'ouvrit brusquement. Un homme émergea de la pièce et se retrouva face à elle. Il frôlait la cinquantaine d'années, et son front dégarni portait les vestiges d'une chevelure blonde. Le sigle du Ministère de la Magie était attaché sur sa robe de sorcier et il tenait un attaché-case. Elle aperçut des traces rouges sur ses poignets et sa nuque. Il lui adressa un sourire un peu gauche avant de s'éloigner dans la direction opposée.
L'attention d'Hermione se tourna vers la pièce qu'il avait quittée, et dont la porte était restée ouverte. L'intérieur était sombre, seulement éclairé par une lumière tamisée. Elle aperçut un objet étrange, semblable à une balançoire, attachée au plafond par des chaînes métalliques.
Une femme vêtue d'une tenue révélatrice en cuir et d'un masque se trouvait à l'intérieur.
Gênée à l'idée qu'on puisse penser qu'elle était en train d'espionner, Hermione fit volte-face pour faire marche arrière.
Toutefois, lorsqu'elle se retourna, Hermione se retrouva nez à nez avec quelqu'un. Son cœur se mit à violemment battre dans sa poitrine lorsqu'elle vit Vivienne van Detta l'observer avec hauteur. Elle était tellement imposante qu'Hermione devait lever la tête pour la regarder dans les yeux. Van Detta jeta un regard à l'intérieur de la pièce qu'Hermione avait observée et un sourire narquois apparut sur son visage. Elle se pencha en direction d'Hermione et les notes prononcés d'un parfum emplirent les narines de cette dernière.
« On dirait que quelqu'un est bien curieuse. Tu apprécies ce que tu vois ? » demanda Van Detta d'une voix suave, à son oreille. « Ne sois pas si pressée. Ton tour va bientôt arriver. »
Hermione frissonna d'effroi et esquissa un geste de recul. Elle pouvait sentir les poils sur ses bras se dresser furieusement. Des flashs discontinus de ses inconsciences partielles lui assaillirent l'esprit et elle posa la main sur sa tempe, une douleur soudaine lui assaillant le crâne.
Les lèvres d'un rouge flamboyant de Van Detta s'étirèrent en un rictus qu'Hermione trouva malsain.
« Ou crois-tu aller comme ça, Lila ? » morigéna Vivienne en levant un sourcil désapprobateur.
Hermione ne répondit pas, sa bouche désormais sèche devant la femme qui l'observait comme une enfant qu'on sermonnait après une bêtise. Elle tressaillit d'inconfort à l'entente de l'appellation.
Van Detta posa alors un long bras sur les épaules d'Hermione. En plus de sa taille statuesque, elle était bien portante et la dominait physiquement, renforçant davantage cette impression de soumission que la jeune femme ressentait à ses côtés. D'un geste ferme, elle la fit traverser le couloir, reprenant la direction qu'elle avait empruntée.
« On dirait un labyrinthe, au début. Mais tu apprendras bientôt à te repérer, ici. » lui assura Van Detta avec un rictus mystérieux.
Elles traversent plusieurs corridors. Avec ses couloirs interminables aux teintes sombres et profondes et ses portes identiques, l'endroit lui rappela effectivement un labyrinthe. Ce qui la frappa le plus fut sans doute l'absence de lumière du jour. Hermione avait perdu toute notion de temps. Elle ignorait si elle était en plein jour ou en pleine nuit. Elles arrivèrent finalement devant une porte qu'Hermione reconnut immédiatement. Ses ravisseurs l'avaient conduite dans cette pièce à son arrivée - le bureau de Van Detta.
« S'il-vous-plaît. » commença à plaider Hermione, sa voix chevrotante. « Je veux juste rentrer chez moi. »
Une lueur machiavélique anima le visage de la femme.
« Mais tu es chez toi, Lila. » répliqua la femme, montrant des dents d'un blanc si immaculé qu'il en paraissait factice.
L'utilisation de ce prénom ne fit que grandir le malaise d'Hermione.
« Tu as accepté de te joindre à nous, tu ne te souviens pas ? » demanda la femme, en levant un sourcil.
Hermione l'observa avec désarroi, prise au dépourvu par ses paroles. D'un geste gracieux, Van Detta agita sa baguette en direction d'un mur lisse de son bureau. Immédiatement, les dalles du mur commencèrent à s'écarter, découvrant une large ouverture. Une imposante étagère apparut dans le mur, remplie à ras bord de parchemins soigneusement enroulés. Van Detta s'approcha de l'alcôve secrète, pointant ses longs doigts manucurés sur les bords, à la recherche de quelque chose.
« Ah ! Le voilà. » dit-elle avant de saisir un parchemin d'un geste dramatique.
Elle se dirigea vers Hermione et déroula lentement le parchemin, avant de le brandir sous ses yeux.
« C'est le contrat que tu as signé, le jour de ton arrivée. Tu ne te souviens pas ? » demanda Van Detta avec un sourire.
« Un contrat… » répéta Hermione, confuse.
« Hm hm. Il stipule que tu acceptes ma protection et que tu t'engages à rembourser ta dette en effectuant des services pour moi. » susurra la femme. « Regarde, ton nom et ta signature. Ici. »
Hermione observa d'un air hagard sa propre signature, choquée.
« Je… Je n'ai jamais signé ça. » protesta-t-elle.
« Oh, tu te méprends. Ce contrat de sang dit le contraire. » rétorqua la femme avec un plaisir non distingué.
« Vous… Vous ne pouvez pas faire ça. » s'écria Hermione. « Je suis… Je suis une Nott. Je fais partie d'une famille sacrée. Vous devez me laisser partir immédiatement, sinon… »
C'était la première fois qu'elle invoquait l'argument de son appartenance à une famille sacrée. Son désespoir était toutefois immense. La femme l'observa avec un mépris profond qui la mortifia. Elle éclata d'un rire ouvertement moqueur.
« Sinon quoi, pauvre sotte ? » coupa Van Detta avec un éclat de rire. « Tu as offusqué beaucoup de personnes. Des personnes importantes. »
Hermione se figea à ces mots. Depuis son enlèvement, c'était la première fois qu'elle entendait un semblant d'élément de réponse pouvant justifier sa présence dans cet endroit. Son enlèvement n'avait pas été organisé par des Rafleurs pour une simple rançon. Il avait été commandité par quelqu'un qui n'avait aucune intention de la libérer. Ils tentaient de faire passer sa disparition pour un départ volontaire. Qui étaient ces personnes si offusquées, prêtes à prendre le risque de contrarier une famille sacrée ?
Si l'identité des coupables était encore un mystère, le motif, lui, était évident. Son union interdite avec Théodore Nott et son entrée chez les Treize sacrés, considérée comme illégitime. Le mépris qu'elle avait reçu pendant le GAGE lui avait prouvé que leurs détracteurs étaient légion.
« Tout ça n'est plus important. Je te l'ai dit, ta vie d'avant n'a plus aucune signification. Ici, tu es chez moi, et tu seras ce que je te dirais d'être, Lila. Plus vite tu l'accepteras, plus vite ça ira pour toi. » dit la femme d'un ton autoritaire.
Elle rangea soigneusement le contrat sur l'étagère avant de restaurer l'aspect initial du mur, faisant disparaître l'alcôve secrète.
« Les premiers jours sont toujours difficiles, mais une fois que tu seras jetée dans le grand bain, tout ne semblera pas aussi effrayant. » lui assura la femme.
Le ton mystérieux dans sa voix n'annonçait rien de bon.
« Vous… Vous avez parlé de service ? Qu'est-ce que ça signifie ? » demanda Hermione à demi-voix.
Elle savait qu'elle devait jouer le jeu pour gagner du temps, afin de trouver un moyen de se sortir de cette situation. Il était évident que Van Detta en savait bien plus qu'elle le laissait paraître. A cause du stratagème mis en place par ses ravisseurs, Hermione ignorait si quelqu'un était à sa recherche. Les chances étaient faibles, réalisa-t-elle avec angoisse. Pour le moment, elle ne pourrait compter que sur elle-même.
« Chaque chose en son temps. » répondit Van Detta, ignorant sa question.
Elle jeta un regard appuyé vers Hermione, l'observant de haut en bas.
« Comment te sens-tu ? » demanda-t-elle d'une voix avide. « Les tremblements ont commencé ? »
Hermione la dévisagea avec stupeur. Son corps était effectivement traversé de tremblements incontrôlables. Les sensations désagréables qu'elle ressentait depuis son réveil étaient toujours présentes et semblaient même s'intensifier.
Van Detta ouvrit l'un des tiroirs de son bureau et en sortit une fiole remplie d'un liquide scintillant et épais. Elle la reconnut immédiatement. C'était la potion qu'on lui avait administrée. Aussitôt, les battements du cœur d'Hermione s'accélérèrent dans sa poitrine.
La vision de la fiole provoqua une sensation étrange en elle - un mélange d'excitation et d'envie. Elle sentit sa gorge s'assécher et ses yeux ne quittèrent pas une seule seconde la fiole.
« Je t'en donnerais davantage. A condition que tu te tiennes tranquille. Je ne veux pas te retrouver errer de nouveau dans ma maison tant que tu n'y seras pas conviée, tu entends ? » demanda Van Detta.
Hermione hocha la tête, sans vraiment écouter ses paroles. Une voix lui hurlait de garder la tête froide et de ne pas se faiblir devant la convoitise ardente qui l'assiégeait. Pourtant, cette mise en garde prit rapidement place à l'arrière-plan de son esprit. Tout ce qui l'intéressait était d'obtenir cette substance miraculeuse qui l'appelait presque.
Elle sentit sa langue tressaillir au souvenir de la sensation grisante que lui avaient procurée les premières gouttes. Elle savait que ce liquide lui ferait oublier tous ses soucis. Il lui ferait retrouver cet état exaltant qu'elle voulait expérimenter de nouveau à tout prix.
« Tu penses pouvoir faire ça pour moi, Lila ? » demanda Van Detta, son regard perçant rivé sur Hermione.
Cette dernière hocha la tête. Sa propre réponse la dégouta.
« Voilà ce que j'aime entendre. » déclara Van Detta avec un rire.
Elle reposa la potion dans le tiroir et le ferma d'un claquement. La déception envahit Hermione.
« Viens me voir demain matin pour ta prochaine dose. Pour l'instant, je veux que tu te familiarises avec les lieux. Et je veux que tu commences à porter l'uniforme de la maison dès demain. » indiqua la femme avant de la laisser prendre congé.
Hermione quitta la pièce, partagée entre le soulagement et la déception. Elle était soulagée de ne plus se retrouver en présence de cette femme terrifiante. Elle était toutefois déçue de ne pas avoir obtenu une nouvelle dose.
Elle reprit le chemin inverse, parvenant à s'orienter un peu plus facilement dans les couloirs. Elle fut de retour dans la chambre, les mains tremblantes et le souffle court. Pourquoi son corps agissait-il ainsi ?
Dans la pièce, elle retrouva la jeune femme qu'elle avait vue à son réveil. Ses cheveux étaient encore humides et elle tenait une assiette dans la main. Elle désigna une seconde assiette, posée sur la table de chevet placée à côté du lit d'Hermione.
« Je t'ai apporté de la nourriture. Je sais que tu n'as probablement pas faim, mais tu devrais vraiment te forcer. » avisa-t-elle. « Conseil d'amie. Sinon tu vas te sentir encore plus mal. »
« M… Merci. » se contenta de répondre Hermione en retrouvant sa place sur son lit, vidée.
Elle observa l'assiette pendant de longues secondes. Elle ne se souvenait pas de son dernier repas. Elle n'était toutefois pas certaine de pouvoir avaler quoi que ce soit sans rendre le contenu de son estomac.
Elle prit toute de même l'assiette et plongea la fourchette dans le plat, avant de se forcer à avaler une bouchée. Même si la nourriture n'était pas mauvaise, elle lui donna l'impression d'une poudre sableuse dans sa gorge asséchée. Elle reposa l'assiette après trois bouchées, ne parvenant pas à trouver l'appétit. Elle esquissa un geste pour gratter ses bras qui la démangeaient subitement.
« Tu es déjà en manque, pas vrai ? » commenta la jeune femme avec un soupir, les yeux rivés sur Hermione.
« Qu…Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Tu as reçu le cocktail du bonheur de la Reine Mère. » expliqua-t-elle. « C'est pour ça que tu te sens aussi mal. Si tu n'en consommes pas régulièrement, ton corps commencera à t'en réclamer. Tu apprendras à le gérer avec le temps. Mais tu risques de passer une sale nuit. Tu n'auras pas de prochaine dose avant demain matin, et je n'ai rien pour te dépanner. J'ai fini mon stock secret. »
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Personne ne sait exactement ce qu'il y a dedans. C'est une concoction secrète de la Reine-Mère. Tout ce que je sais, c'est que c'est du bonheur en fiole et que toutes les personnes ici en sont dépendantes. » répondit la femme avec un soupir. « On carbure toutes avec ça. Ça rend le travail plus moins pénible. »
« On m'a forcé à en prendre. » admit Hermione avec gravité. « Est-ce qu'il y a un moyen d'arrêter le manque ? »
« Oui, c'est ce qu'elles font aux nouvelles arrivantes. Mais c'est tellement puissant qu'il ne suffit pas de grand-chose pour te rendre dépendante. Bientôt, c'est toi qui le leur réclameras. Bientôt, tu ne vivras que pour les moments où tu seras sous son influence. Plus rien n'aura de sens quand tu n'en consommeras pas. Tout n'est que plaisir et facilité. C'est le paradis… et l'enfer à la fois. » murmura la jeune femme, plongée dans ses pensées. « C'est comme ça qu'elles nous contrôlent. S'arrêter est trop difficile – mentalement et physiquement - surtout après autant de temps. J'ai essayé plusieurs fois. »
Elle avait dit cela avec un tressaillement et d'un geste distrait, commença à se gratter l'épaule.
« C'est quoi ton nom ? » demanda-t-elle.
« Her… Lila. » rectifia Hermione, avec hésitation.
« Moi c'est Sissy, anciennement Cecilia. » répondit la jeune femme.
« Où sommes-nous ? » demanda Hermione.
« L'Ambrosia. » répondit simplement Sissy.
Avant qu'Hermione ne puisse poser une nouvelle question, on entendit des coups à la porte et immédiatement, Sissy se redressa pour s'asseoir plus convenablement.
La porte s'ouvrit à la volée, faisant entrer la femme blonde qu'Hermione avait vu le jour de son arrivée. Elle avait offert des rafraîchissements à ses ravisseurs. Elle semblait être une assistante de Van Detta. Elle se tourna vers Hermione puis vers Sissy, les observant avec attention, comme si elle les soupçonnait de préparer un mauvais coup.
« Je vois que tu as déjà fait la connaissance de notre nouvelle arrivante, Sissy. » dit Krista avec un sourire faussement complaisant.
Sissy hocha la tête, jetant un regard bref vers Hermione.
« Lila n'a pas encore eu sa formation. Elle la recevra demain. » continua la blonde d'un ton insistant.
Elle semblait passer un message à Sissy qu'Hermione ne comprit pas. Celle-ci hocha de nouveau la tête, signifiant qu'elle comprenait. Un sourire anima le visage de Krista et elle se tourna vers Hermione.
« J'espère que ta nouvelle chambre te plaît. Toutes tes affaires sont dans la penderie. Tout est neuf. » indiqua-t-elle avec satisfaction. « Repose-toi bien cette nuit. Je viendrais te chercher à ton réveil. »
Hermione se contenta d'hocher la tête.
« Parfait. » dit Krista avec satisfaction.
Elle se tourna ensuite vers Sissy, l'air impérieux.
« Tu sais très bien que la nourriture n'est pas autorisée dans les chambres, Sissy. » lui rappela Krista d'une voix venimeuse.
« La nouvelle avait faim. » mentit Sissy.
Krista pinça les lèvres mais ne fit aucun commentaire. Elle se contenta de lancer un sort d'attraction vers les assiettes - celle de Sissy, désormais vide, et celle d'Hermione, à peine entamée.
« Bonne nuit. » dit la blonde d'un ton autoritaire avant de quitter la chambre.
Elle quitta la pièce et Sissy sembla se détendre.
« Ne te mets jamais cette fille à dos. Jamais. » assura-t-elle avec une grimace.
« Qui est-ce ? »
« Krista. Bras droit de la Reine-Mère. » l'informa Sissy.
« Qui est la Reine-Mère ? » demanda Hermione avec confusion.
« La propriétaire de l'Ambrosia. »
« Vivienne van Detta ? » demanda Hermione.
« C'est ça. Mais on l'appelle la Reine-Mère, entre nous. Ne dis jamais ça devant elle ou devant Krista, d'ailleurs. » ajouta Sissy avec un ricanement.
« Qu'est-ce qui se passe dans cet endroit, au juste ? » demanda Hermione, mal à l'aise.
Les bribes qu'elle avait vues depuis son arrivée lui donnaient un mauvais pressentiment.
« La Reine-Mère m'a parlé de services. » ajouta-t-elle.
« On est toutes coincées ici tant qu'on ne travaille pas suffisamment pour rembourser notre dette personnelle. » indiqua Sissy en baissant la voix, comme si elle craignait que Krista soit encore derrière la porte à épier leur conversation. « Je… Je ne peux pas vraiment en dire plus avant que tu reçoives ta formation. Je… Je suis désolée. »
Elle lui sembla attristée, comme si elle s'excusait pour une raison inconnue. Elle souffla sur les bougies qui éclairaient la chambre, plongeant la pièce dans le noir complet. Elle rabattit ses draps et se glissa en dessous, en silence. Hermione l'imita. Dans l'obscurité de la chambre, elle observa le plafond sans vraiment le voir. Elle priait pour que Théodore soit parti à sa recherche. Elle ignorait ce qui se tramait dans cet endroit mais avait le sentiment qu'il s'agissait de quelque chose de grave. Et elle était terrifiée à l'idée de le découvrir.
La nuit fut abominable pour Hermione. Les douleurs et la fièvre s'empirèrent au fil des heures et elle ne parvint pas à fermer l'œil. Sa température passait subitement du chaud au froid, et elle était régulièrement parcourue de tremblements et de spasmes. Tous ses membres la tiraillaient. Sissy lui avait indiqué qu'il s'agissait de symptômes de manque. Était-il possible que ce 'cocktail du bonheur' concocté par Vivienne van Detta soit en réalité une drogue ? Hermione n'avait jamais consommé de substances interdites de sa vie. Elle savait que certaines substances poussaient à la dépendance dès les premiers usages. Elle voyait parfois des addicts dans les ruelles sombres du Quartier des Embrumes, recroquevillés au sol, dans des états seconds. Ils étaient toujours ignorés par les passants. C'était ce qu'elle avait toujours fait, également. Les ignorer lui avait toujours semblé la meilleure solution. Parfois, elle les jugeait même en silence pour leur manque de volonté et leur faiblesse d'esprit. Elle comprenait désormais pourquoi ces gens étaient à la recherche constante du sentiment que procuraient ces substances. Une fois qu'on y avait goûté, il était difficile de pouvoir le surpasser avec autre chose.
Les effets de cette potion l'effrayaient. Elle l'avait rendu totalement docile. Et elle montrait déjà des signes de dépendance. Elle se rappelait des réactions qu'elle avait eues dans le bureau de Van Detta. La seule chose qui lui avait traversé l'esprit avait été d'obtenir une nouvelle dose. Pourquoi insistaient-elles pour lui administrer cette substance ainsi qu'aux autres occupantes de cet endroit, comme l'avait indiqué Sissy ?
Elle eut la désagréable sensation qu'elle trouverait bientôt la réponse à sa question.
Hermione fut réveillée par des nouveaux tapotements contre la porte de la chambre. La porte s'ouvrit à la volée et Krista fit de nouveau irruption dans la pièce. Hermione se redressa, un peu désorientée. Elle avait passé une nuit affreuse.
Sous les ordres impatients de la femme, elle se dirigea vers une salle de bain. Elle s'enferma dans l'une des cabines de douche, et l'eau brûlante l'aida à dénouer ses membres courbaturés. Krista lui tendit l'uniforme de la maison qui consistait en une robe près du corps qui lui arrivait au milieu des cuisses.
Krista la fit prendre place sur la coiffeuse et appliqua un sort à ses cheveux, domptant les boucles volumineuses de sa chevelure. Hermione se laissa faire, l'esprit toujours vaporeux. Une fois que Krista eut terminé, Hermione observa son reflet dans le miroir et se reconnut à peine. Elle se sentait si mal à l'aise dans cet accoutrement.
Krista ignora toutes ses questions et se contenta de lui dire qu'elle devait ''toujours être présentable'' et que toutes les employées devaient se tenir à cette règle importante pour honorer la réputation de la maison.
Elle conduisit Hermione dans un couloir adjacent. A travers les portes ouvertes, Hermione vit plusieurs femmes qui s'affairaient et discutaient entre elles. Elle avait croisé peu de personnes depuis son arrivée, ce qui avait renforcé l'atmosphère mystérieuse de l'endroit. Voir toutes ces femmes intensifia sa nervosité.
Même si la plupart d'entre elles l'ignorèrent, Hermione reçut quelques regards curieux à son passage. Elle décela un autre sentiment dans certains d'entre eux - de la pitié. Krista la conduisit dans un petit salon et le ventre d'Hermione se tordit lorsqu'elle vit Vivienne van Detta à l'intérieur. Ses yeux charbonneux examinaient Hermione avec satisfaction.
« Valeur et vigueur, Lila. » salua-t-elle, plaçant un fume-cigarette entre ses lèvres rouges.
Hermione répondit à demi-mots à sa salutation.
« J'ai quelque chose pour toi. » annonça Van Detta avec enthousiasme.
Elle tendit à Hermione une fiole scintillante. Cette dernière s'en empara d'un geste un peu fébrile, sous le regard amusé de Van Detta.
« Fais-toi donc plaisir. » encouragea la femme d'un ton déridé en tirant une bouffée de sa cigarette.
Hermione déglutit et observa la fiole, la main tremblante. Elle devait résister. Toutefois, l'envie était si forte et pressante que cette pensée disparut rapidement dans un recoin de son cerveau. Elle déboucha fébrilement la fiole et la porta à ses lèvres.
Il ne fallut que quelques instants pour qu'elle ressente cette intense montée d'euphorie. Elle remplit son corps comme une traînée ardente qui lui fit presque oublier où elle se trouvait. Hermione ne distinguait plus rien autour d'elle. Seul un bien-être jubilatoire subsistait, la rendant béate. Un lâcher-prise qu'elle n'avait jamais connu ailleurs.
« Un vrai remède miracle, n'est-ce pas ? » interrogea Vivienne en éclatant d'un rire grave. « Mes filles appellent ça le bonheur en fiole. Tu pourras en avoir autant que tu le souhaites, tant que tu travailles convenablement. »
Hermione l'écoutait à peine, l'esprit dans les vapes, se laissant transporter par ces sensations de bonheur indescriptibles et électrisantes.
« En parlant de travail, j'aimerais que tu commences dès aujourd'hui. » lui indiqua Vivienne, reprenant une voix sérieuse, presque transactionnelle. « Je dis toujours que la meilleure formation est tout simplement d'être jetée dans le bain. »
Elle se releva et s'approcha d'Hermione qui était désormais avachie sur sa chaise, traversée par l'envie soudaine de s'assoupir.
« Qu'attendez-vous de moi ? » demanda Hermione d'une voix légère, qu'elle ne reconnut pas.
Vivienne esquissa un geste pour repousser l'une des boucles d'Hermione de son visage.
« A partir d'aujourd'hui, je vais te faire rencontrer des hommes. » lui expliqua Vivienne à l'oreille. « Et tu vas faire absolument tout ce qu'ils te demandent, tu entends ? L'argent que tu gagneras servira à rembourser ta dette. Et une fois qu'elle sera couverte, alors tu pourras partir. »
Même si Hermione savait que ces mots auraient dû provoquer un affolement complet chez elle, il n'en fut rien. A quoi bon protester ? pensa-t-elle. Elle voulait tout simplement se laisser porter par ses sensations extatiques, sans penser au reste. Elle avait enfin trouvé un moyen de se défaire de ces pensées négatives et parasites qui l'assaillaient constamment. La vie était tellement plus simple et agréable, ainsi.
Vivienne fit un signe en direction de Krista qui se tenait toujours devant la porte. Cette dernière saisit le bras d'Hermione pour la forcer à se relever et la mena hors de la pièce. Tandis qu'elles marchaient, Hermione observa les murs avec fascination. Les motifs sur le papier peint semblaient onduler à la manière d'un serpent, se séparant et s'unissant pour former de nouvelles formes. Elle ignorait s'ils bougeaient vraiment ou s'il s'agissait d'une illusion de son cerveau intoxiqué.
Elles pénétrèrent dans une large salle qu'Hermione n'avait jamais vu. La première chose qu'elle distingua fut la musique – un morceau lascif provenant d'un piano. Des fauteuils et des tables remplissaient la pièce. Des épais rideaux séparaient des zones isolées, donnant une impression d'intimité. Une douzaine de femmes étaient présentes, installées devant un bar imposant en bois d'ébène où à certaines tables, vêtues de tenues révélatrices, semblable à celle que portait Hermione. Krista la fit prendre place à une table haute. La main d'Hermione s'accrocha au bord de la table. Son équilibre était fragilisé.
Quelques minutes plus tard, Hermione vit une porte s'ouvrit et deux hommes entrèrent à l'intérieur de l'établissement. Ils firent un tour dans le bar, observant les femmes avec insistance à leur passage. Certaines leurs jetaient des regards séducteurs et des sourires charmeurs. Hermione se figea lorsqu'ils passèrent devant elle.
« Non. » plaida une voix dans les tréfonds de son esprit engourdi. « Pas moi. »
Heureusement, ils ne lui accordèrent aucune attention et se postèrent devant deux jeunes femmes. Ces dernières les saluèrent avec un enthousiasme si exagéré qu'il en paraissait faux. Du coin de l'œil, Hermione les observa tandis qu'ils commandaient des boissons et discutaient. Après quelques minutes, les deux jeunes femmes se relevèrent et disparurent vers une porte qui menait aux étages supérieurs, les deux visiteurs sur leurs talons.
Pendant les heures suivantes, la même scène se répéta inlassablement. Des nouveaux hommes entraient régulièrement, faisant un tour parmi le large choix de femmes qui se trouvaient dans les lieux. Une fois leur choix réalisé, ils disparaissaient en leur compagnie. A chaque fois qu'un homme passait devant Hermione, elle détournait le regard, s'efforçant de ne pas attirer l'attention. Et même si elle ne prononçait aucun mot, son instinct martelait inlassablement : ''Non, par pitié, pas moi.''
Elle n'était pas dans son état normal. Elle n'avait plus possession de ses facultés mentales, complètement envolées à cause de la substance euphorisante qu'elle avait ingérée. Et malgré tout, elle gardait une once de conscience qui lui rappelait son état de vulnérabilité extrême.
Pendant les heures suivantes, elle observa un roulement d'employées. Des nouvelles arrivaient, et d'autres quittaient les lieux, même sans être choisies par les visiteurs. Hermione priait pour qu'on la laisse également partir. Elle fut pourtant la seule femme qui fut forcée à rester malgré les changements.
Son cœur rata un battement lorsqu'elle vit un homme s'arrêter devant elle. Et lorsqu'elle croisa son regard, elle comprit qu'il voulait la choisir.
« Quel est ton petit nom ? Je ne t'ai jamais vue dans le coin. » dit-il avec intérêt.
Il empestait un aftershave qu'elle trouvait écœurant et son regard insistant lui fit froid dans le dos.
« Lila. » entendit-elle une voix déclarer à ses côtés.
Krista s'était approchée d'eux, tout sourire. Elle était restée en retrait depuis leur entrée, mais Hermione avait senti son regard insistant sur elle depuis les dernières heures.
« Lila est nouvelle, parmi nous. Elle est un peu timide car c'est son premier jour. » dit-elle avec un rire.
« Ça tombe bien, j'adore les femmes timides. » indiqua l'homme en observant Hermione de haut en bas, l'air appréciateur.
Krista éclata d'un rire exagéré, comme si l'homme venait de faire une plaisanterie hilarante.
« Dans ce cas, suivez-nous. » indiqua-t-elle.
Elle attrapa le bras d'Hermione avec une fermeté surprenante et la força à la suivre. Hermione s'exécuta. Pourquoi n'arrivait-elle pas à dire non ? A protester ? A s'enfuir ? pensa-t-elle. Elle avait l'impression d'être une poupée qu'on pouvait manipuler à sa guise.
Après une brève marche dans les couloirs tamisés de l'endroit, ils entrèrent dans une chambre. L'homme et Krista échangèrent quelques mots et Hermione remarqua qu'il lui tendait une bourse. Sa gorge se noua tandis qu'elle comprenait ce que signifiait cette transaction. Depuis son arrivée, elle avait espéré de toutes ses forces que cet établissement n'était pas de ce type. Une partie naïve d'elle avait espéré que ces femmes étaient serveuses, ou hôtesses et qu'elles n'offraient rien d'autre que leur compagnie. Mais plus le temps passait et plus elle découvrait des aperçus de l'Ambrosia, plus la réalité était devenue apparente. Et désormais, elle n'avait plus aucun doute.
Elle avait envie de réagir, de crier, de plaider. Et pourtant, elle n'en fit rien. Son esprit toujours vaporeux lui faisait perdre tout instinct de protection. C'était pour cette raison qu'on lui avait fait ingérer cette position. Pour s'assurer qu'elle resterait docile.
Krista quitta les lieux, fermant la porte derrière elle, laissant Hermione avec cet inconnu dans ce qui allait être son enfer.
Et pendant les instants qui suivirent, Hermione eut l'impression de quitter son corps. C'était comme si elle était une personne extérieure qui observait la scène en tant que spectatrice. Comme si son esprit tentait de l'épargner des abus qu'on lui infligeait.
Elle resta immobile, l'esprit vide et absent pendant que cet homme qu'elle ne connaissait pas la violentait d'une manière qui la traumatiserait à jamais. Pendant qu'il prenait possession de son intimité sans aucun consentement de sa part.
Le regard d'Hermione resta en l'air, fixant une petite fenêtre enclavée dans le mur par laquelle apercevait la lune coruscante. Tout au long de son supplice, elle ne la quitta pas une seule fois des yeux.
Son corps et son cerveau étaient complètement dissociés. Son esprit s'évadait, s'efforçant de se convaincre qu'elle n'était pas dans la réalité. Elle était perdue dans un horrible cauchemar qui imitait dangereusement cette dernière. Elle allait bientôt se réveiller.
Et pourtant, malgré les mensonges dont elle tentait de se convaincre, et en dépit de l'engourdissement de ses membres, les sensations et la douleur, elles, ne mentaient pas.
Jamais de sa vie elle ne s'était senti aussi vulnérable. Elle était prise dans une tourmente à laquelle elle ne pouvait pas échapper.
Hermione ignorait combien de temps son calvaire dura. Elle sentit finalement le poids de l'inconnu s'ôter du sien. Il prit une position assise sur le bord du lit et revêtit ses vêtements. Il prononça des paroles qu'elle n'entendit pas. Elle ne voulait pas entendre sa voix. Elle ne voulait pas voir son visage. Mémoriser ces détails signifiait ancrer fermement les souvenirs dans son esprit. Et elle ne désirait rien d'autre que d'oublier.
Lorsque l'homme quitta la pièce, la laissant seule et désorientée sur ce lit défait et impersonnel, Hermione se replia sur elle-même. Elle ferma les yeux, serrant ses paupières de toutes ses forces. Elle s'efforça de bloquer tous les stimuli de ses sens - les odeurs, les sons, les images. Et pendant l'espace d'un instant, elle réussit à ne garder qu'une seule sensation – celle de ce nuage de protection et d'euphorie qui lui faisait oublier toutes ses peurs. Qui lui promettait que tout allait bien.
Elle finit toutefois par redescendre du nuage. Et la chute fut brutale. Elle se releva, le corps tremblant et affaibli. Ses jambes peinaient à la tenir et ses premiers pas furent laborieux.
Elle se dirigea vers la salle attenante - une salle de bain. Elle tomba au sol près des toilettes, en état de choc, tandis que son esprit réalisait ce qu'elle venait de subir.
Elle déversa le contenu de son estomac dans la cuvette.
Elle se traîna dans la douche et laissa l'eau brûlante couler sur elle et se mêler à ses larmes. Ses sanglots s'intensifièrent et ses hoquets se firent tellement intenses qu'elle peinait à respirer.
Elle ignora la température de l'eau qui lui brûlait désormais la peau. Et avec une violence inouïe, elle se mit à frotter sa peau avec tant de force que son épiderme commença à prendre une couleur rougeâtre.
Jamais de sa vie elle ne s'était sentie aussi sale.
Malpropre.
Dépouillée.
On venait cruellement d'arracher quelque chose en elle. Une partie de son âme, qu'elle n'était pas certaine de pouvoir un jour retrouver.
Nous arrivons sur des passages très durs pour plusieurs personnages de cette histoire. Comme cette fin de chapitre, ils vont être difficiles à lire. Il n'est pas facile d'écrire des scènes aussi sombres et de trouver l'équilibre entre trop en dire ou pas assez.
Devoir ensuite lire et relire les chapitres pour les éditer/corriger me force à puiser beaucoup d'énergie mentale donc je vous demande un peu d'indulgence sur mes temps de publication un peu plus longs que d'habitude.
Je comprends parfaitement que ce genre de chapitres puisse affecter et déranger certaines personnes. Je fais souvent des blagues dans mes notes d'auteure - l'humour étant un mécanisme de défense pour moi - mais en vérité, ça m'affecte également. Donc, s'il vous plaît, prenez toujours mes warnings au sérieux et lisez seulement si vous êtes dans un état mental qui le permet.
Prenez soin de vous et à bientôt,
Fearless
