La journée de repos lui avait fait beaucoup de bien, évidemment, elle avait reçu la visite de tout le monde : Kai, Jesse, Jane, Ernie, elle avait aussi reçu de nombreux messages de bon rétablissement. Bref, après avoir pu dormir un peu, Lucy avait passé le reste de la journée à rassurer son entourage et à répondre à la bienveillance de ses proches. Mais finalement, celle dont elle avait eu le moins de nouvelle n'était autre que Kate. Et elle comprenait, maintenant que l'enquête était terminée, son ex avait sûrement beaucoup de chose à faire, à commencer par témoigner contre son propre père.
« Luce ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? »
Jesse haussa les sourcils et referma le dossier qu'il tenait à la main. La surprise s'entendait toujours dans le ton de sa voix lorsqu'il reprit :
« Le médecin a dit repos complet pendant une semaine. Et ne me dis pas que tu es venu ici en voiture.»
Lucy sourit franchement et secoua la tête, elle réajusta l'écharpe qui lui immobilisait le bras.
« Relax, j'ai pris un taxi pour venir ! Le bureau me manquait et je voulais avoir les dernières nouvelles sur l'enquête. »
Jesse n'avait pas l'air dupe du tout.
« C'est vraiment pour ça ? Ou c'est parce que Jane t'as dit que Whistler était convoquée aujourd'hui par sa hiérarchie ?
-Peut-être pour les deux, est ce que ce serait si grave ? » dit-elle avec un sourire terriblement innocent.
L'agent Boone rit franchement, il accompagna sa coéquipière dans les couloirs du bâtiment jusqu'aux bureaux du NCIS où le reste de l'équipe était en plein travail. Kai lui fit un beau sourire en la voyant arriver.
« Hé, tu es venue voir si Whistler était dans le coin, c'est ça ?
-Mais qu'est-ce que vous avez tous avec ça ? Je n'ai pas le droit de venir vous voir vous ? »
Jane sortit de son bureau vitré et croisa les bras tout en s'appuyant contre le chambranle de la porte.
« Oh si, bien sûr que si et on peut faire semblant d'y croire. »
Elle fit un clin d'œil à sa collaboratrice. Ernie pivota sur sa chaise, il jouait avec un personnage en plastique dont la tête montée sur ressort rebondissait dans tous les sens.
« Sauf que tu viens de la louper.
-Ah oui ?
-Elle est partie il y a quelques minutes, elle nous a tous offert un petit cadeau. »
Lucy fronça légèrement les sourcils, elle n'aimait pas ce qu'elle venait d'entendre, sans raison particulière d'ailleurs, juste que ça sonnait comme un départ.
« Comment ça ? »
Kai souleva un mug dans sa direction pour lui montrer son cadeau.
« Ne t'inquiète pas, elle ne t'a pas oublié, elle a déposé quelque chose sur ton bureau. »
Sur son bureau, c'était encore plus inquiétant. Elle pouvait passer pour lui déposer directement chez elle. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Le cerveau de Lucy bouillonnait des récentes informations, mais l'inquiétude dominait toutes ses autres pensées. Sur son bureau d'angle, bien posé non loin de son clavier et de sa souris, se trouvait le fameux paquet cadeau vert bouteille qu'elle avait trouvé dans le salon de Kate. La phrase lui revint en mémoire : « J'avais prévu de te l'offrir pour fêter nos 3 mois. Ca n'a plus vraiment d'importance. ». Lucy vérifia mais il n'y avait aucun mot pour l'accompagner, il était juste posé là, sur son bureau, au milieu des dossiers. La jeune femme tira sa chaise et prit place devant son écran pour l'ouvrir. Elle décacheta le papier avec soin pour révéler un cadre en bois, tout simple, avec à l'intérieur une photo d'elle deux. Lucy était blottie dans les bras de Kate, tout contre son épaule, elles fixaient toutes deux l'objectif, de larges sourires, le regard pétillant. La photo dégageait une atmosphère pleine de tendresse. Elle se souvenait parfaitement du moment où elles avaient pris ce cliché. Accoudées à la rambarde de la terrasse, Lucy avait insisté pour prendre le selfie, Kate s'était gentiment moquée de sa taille tandis qu'elle essayait de trouver le bon angle. Et la brune avait fini par rendre les armes pour tendre son téléphone à sa compagne, plus grande. Les larmes piquèrent légèrement le coin de ses yeux, quel gâchis. Mais il y avait autre chose, une petite carte était coincée dans le cadre, en bas à gauche. Il était écrit : « Ne panique pas. » et juste en dessous, en plus petit « Parce que moi je panique un peu. ». Lucy s'en saisit délicatement et la retourna. Pendant un instant, un cours instant, son cœur cessa de battre et le monde autour d'elle s'effaça.
« Je t'aime. »
Une larme perla, puis une seconde, bientôt suivi par une troisième. L'air pénétra de nouveau dans ses poumons alors que son corps se remettait à fonctionner normalement. Lucy se leva d'un bond, elle glissa le cadre dans un tiroir de son bureau et fonça jusqu'au parking. Kai haussa les sourcils depuis son bureau.
« Mais qu'est ce qui lui prend ? »
Jane esquissa un sourire. « Je crois qu'elle vient de se faire pincer par une évidence. » puis elle regagna son bureau sur cette phrase énigmatique.
Toujours aussi perdu, le jeune homme tourna son regard vers Jesse qui haussa les épaules pour toute réponse.
La petite brune quitta le taxi juste devant l'immeuble de son ex, The Score chantait fort « Oh my love » à la radio. L'urgence chevillée au corps, elle rentra en trombe à l'intérieur et s'agaça sur le bouton de l'ascenseur, parce que c'était bien connu, si on appuyait plusieurs fois, il venait plus vite. Le trajet jusqu'à l'étage lui semblait interminable. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle allait dire ou faire, elle n'était même pas certaine de la raison qui l'avait poussée à se ruer jusqu'ici, il n'y avait qu'une seule chose qu'elle voulait et qu'elle voulait maintenant : voir Kate. A peine les portes ouvertes elle bondit sur le palier et tambourina à la porte de sa main valide.
« Est-ce que tu es là ? S'il te plait, dis-moi que tu es là. »
L'idée l'effleura que peut être, la porte resterait fermée, que son ancienne compagne ne lui ouvrirait pas. Ou peut-être tout simplement qu'elle n'était pas là.
« Kate ?
-Lucy ? Mais qu'est ce qui se passe ? »
Et elle était là, ses cheveux blonds retombant librement sur ses épaules, reflétant la lumière du soleil dans son dos. Elle portait un polo blanc rayé de fines lignes rouges sur un pantalon blanc, un regard empreint d'étonnement qui n'était que pour elle et pendant un instant, la jeune brune resta sans voix. Elle avait couru jusqu'ici dans le seul but de la voir et maintenant qu'elle était là, son cerveau était comme paralysé.
« Lucy ? »
Le timbre inquiet la fit sortir de sa torpeur, à peine. Elle prit sa respiration pour prendre la parole mais c'est plus un son qui franchit ses lèvres.
« Ah…
-Est-ce qu'il y a un problème ? »
La gorge sèche, Lucy secoua la tête.
« Non, il n'y a aucun problème. Je voulais juste te voir, est ce qu'on peut parler ? »
Kate haussa les sourcils de surprise, elle s'écarta pour laisser entrer la jeune femme.
« Oui bien sûr. Tout va bien ? »
Elle s'inquiétait, à l'évidence, Lucy débarquait chez elle essoufflée pour se figer devant sa porte. Elle observa la brune tandis qu'elle faisait les cents pas dans son salon. Sa silhouette se découpait sur la baie vitrée inondée de soleil, elle portait une chemise rose pâle aux motifs discrets sur un jeans slim noir avec de larges poches.
« Qu'est ce qui se passe ? »
Par où commencer ? Elle posa sur Kate un regard scintillant de larmes qui ne demandaient qu'à couler.
« Est-ce que tu comptes partir ? »
C'était, sans l'ombre d'un doute, la pire manière de démarrer la conversation. La blonde inspira plusieurs fois, lentement. Lucy n'avait pas besoin de l'entendre, la réponse se lisait sur son visage mais pourtant :
« J'ai demandé mon transfert, il devrait être accepté. »
Kate ferma les yeux un bref instant, elle n'avait pas du tout prévu de l'annoncer de cette manière. La brune secoua légèrement la tête.
« Mais pourquoi ? »
Kate s'humecta les lèvres, elle cherchait ses mots et gagna un peu de temps en servant deux verres de jus d'orange.
« Il n'y a plus grand-chose pour moi ici. » Elle leva la main pour empêcher Lucy de lui couper la parole. « Je m'entends bien avec l'équipe du NCIS et ils vont tous me manquer mais… » l'émotion lui fit une grosse boule dans la gorge. « Mais je n'ai pas envie qu'on parle de moi comme de l'agent du FBI qui s'est faite arrêtée par ses collègues sur la base de Pearl Harbor. Et cette histoire va me suivre pendant des années, peu importe ce que je fais, tu le sais. »
Lucy sentit une bouffée de colère l'envahir.
« Et c'est pour ça que tu pars ? Juste pour ça ?
-Juste ? » Kate haussa un sourcil. « Juste pour ça ? Ca arrive souvent que quelqu'un se fasse arrêter en plein jour sur la base par toute une équipe ? Dis-moi, combien d'agent du FBI ont un père qui est un militaire corrompu et criminel dont l'arrestation s'est aussi déroulée sur la base de Pearl Harbor ? Qui trempe dans le trafic d'être humain avec la mafia » C'était son tour d'être en colère, parce que c'était juste trop qu'une fois de plus on minimise ses sentiments, que l'impact sur sa vie soit réduit à un « juste pour ça ». Son énervement était toujours palpable quand elle reprit : « A ton avis, quand les militaires de Pearl Harbor vont entendre le nom de Whistler, ils vont d'abord penser à un agent du FBI qui essaie de bien faire son boulot ? Ou ils vont penser au sale con corrompu, misogyne et homophobe qui a terni l'image de l'armée et qui pourrit maintenant en taule ? » Elle secoua la tête avec agacement. « Qu'est-ce que tu crois qu'il va se passer dans la tête de tout le monde chaque fois que je vais me présenter ? »
Lucy n'avait pas eu souvent l'occasion d'être confrontée à la colère de Kate, c'était peut-être même la première fois. Et c'était loin, tellement loin de la conversation qu'elle souhaitait avoir.
« Je suis désolée, je n'y avais pas réfléchi. » Son regard était rivé à celui de son interlocutrice. Et elle se rendait compte maintenant à quel point elle s'était concentrée sur sa propre douleur sans chercher à avoir des explications. C'était la deuxième fois qu'elle faisait ça. Elle essuya ses larmes d'un revers de la main et se rapprocha de son interlocutrice qui se tenait toujours derrière l'ilot de la cuisine.
« Pour moi quand on me parle de Whistler, il n'y a qu'à toi que je pense, à ton sourire, à ton charisme, à la place que tu prends quand tu rentres dans une pièce, au professionnalisme dont tu fais preuve en toute circonstance. » Lucy eut un sourire réconfortant. « Je suis désolée, je ne connais pas le sale con qu'on a arrêté et franchement, j'ai pas envie de faire sa connaissance. Mais j'ai envie de continuer à travailler avec la femme incroyable que tu es et qui fait toujours tout ce qui est en son pouvoir pour que les choses avancent dans le bon sens. »
Kate resta silencieuse un moment, les mots l'avaient touché, évidemment mais ça ne faisait que souligner un autre problème.
« Pas moi… »
Elle avait parlé d'une toute petite voix étouffée par l'émotion. Lucy haussa les sourcils.
« Pardon ?
-Pas moi, je ne veux pas continuer de travailler avec toi. »
La blonde prit une inspiration tremblante parce que c'était terrible à dire et les larmes menaçaient à chaque instant. En face d'elle, Lucy accusait le choc, elles n'arrivaient même pas à se regarder.
« Oh… Je vois.
-J'en doute. »
La brune serra la mâchoire.
« Explique-moi alors ! »
Kate ignora le ton agacé, ça avait été une longue et terrible semaine, elle n'avait pas la force de démarrer une dispute. Mais puisqu'elle avait enfin la chance de s'expliquer sur au moins un sujet :
« Je ne peux pas continuer à te voir tous les jours et prétendre que tout va bien. J'ai essayé de m'excuser, j'ai essayé de m'expliquer, j'ai essayé de te laisser de l'espace et j'ai bien compris que toi et moi c'était terminé. » Sa voix s'étrangla sur les derniers mots, Kate souffla de nouveau pour se contrôler. « Qu'éventuellement, tu voulais bien qu'on soit amies, plus tard, avec beaucoup de temps sans doute. » Elle esquissa un sourire désolé, le genre de sourire qui luttait de toutes ses forces contre les larmes. « Mais moi je ne peux pas. J'essaye de tourner la page, de passer à autre chose, de ne pas me dire que tout ça n'est qu'un terrible gâchis. Mais quand tu es là, je passe mon temps à chercher un mot de toi, une attention, ne serait-ce qu'un regard. Je ne peux pas continuer comme ça. Je ne peux pas être juste amie avec toi. Ca ne marche pas, ça fait trop… Trop mal. »
Kate reprit une longue inspiration, elle essuya ses larmes d'un geste de la main.
« Quand j'ai appris que tu étais blessée, j'étais folle d'inquiétude. Je t'ai vue diminuée, angoissée et j'aurais voulu être là pour toi » Elle releva un regard rougit sur son interlocutrice très silencieuse. « Pas juste comme une amie. J'avais envie d'être à tes côtés si jamais tu te réveillais d'un cauchemar en pleine nuit. J'aurai voulu que tu puisses te confier à moi. » Kate haussa légèrement les épaules, résignée. « Mais je sais que ce n'est pas possible, parce que j'ai tout gâché. »
Les sanglots finirent par l'emporter. Lucy fut à ses côtés en un clin d'œil pour la serrer contre elle de son unique bras valide.
« Hé… Hé… Du calme… je ne voulais pas déclencher tout ça. »
Kate se réfugia dans l'étreinte, elle fit bien attention à ne pas blesser son amie.
« Si seulement je t'avais parlé du SMS de Cara tout de suite… Si je n'avais pas été aussi stupide et si je n'avais pas eu si peur… Je suis désolée, je suis vraiment, vraiment désolée Lucy, je n'ai jamais voulu te blesser.
-Hé... »
La blonde s'écarta pour prendre une gorgée de jus d'orange et essayer de reprendre le contrôle de ses émotions. Elle reposa le verre d'une main tremblante. Le contact de la main de Lucy sur sa joue lui fit fermer les yeux. Elle essuya une autre larme de son pouce et laissa une trace humide sur sa peau.
« Je suis désolée, ça a été une très, très longue semaine…
-Ne t'excuse pas pour ça, tu as le droit de craquer. »
Elle souffla et s'éclaircit la voix.
« J'aurais dû te le dire, j'ai été stupide et c'est entièrement de ma faute. Pour moi il n'y avait rien de particulier, Cara et moi nous n'étions plus ensemble même si on ne se l'était pas vraiment dit. Ca faisait des mois qu'on ne se donnait aucune nouvelle, ça n'avait aucun sens. Elle disait juste qu'elle voulait qu'on se voie et qu'elle avait besoin de me dire certaines choses. Je n'ai pas imaginé une seule seconde qu'il pouvait y avoir quoique ce soit derrière. Pour moi il s'agissait juste de clarifier la situation, de lui souhaiter d'être heureuse et point. »
Kate soupira, elle se sentait vide de toute énergie.
« Son sms m'a prise par surprise, tu étais juste là, on était à peine au début de notre relation, je ne savais pas comment te dire « Oh ! Au fait ! Je viens de recevoir un SMS de mon ex avec laquelle je n'ai jamais vraiment rompu. Je la quitte proprement et on se fait un resto ce soir ? » Mais en fait n'importe quoi aurait été mieux que ce que j'ai fait. Quand on y pense, mon père n'avait pas besoin de se donner autant de mal, je peux très bien ruiner les choses toute seule. »
La grande blonde eut un rire sans joie. Lucy lui caressa le dos pour essayer de la réconforter.
« Kate, ne dis pas ça. Moi aussi je te dois des excuses. »
L'intéressée prit une autre gorgée de jus d'orange et secoua la tête.
« Ne dis pas n'importe quoi, tu n'as rien fait de mal.
-C'est vrai que ces dernières semaines j'ai été particulièrement adorable avec toi. »
C'était une manière d'essayer d'alléger un peu l'atmosphère et le léger sourire qu'elle reçut en réponse était suffisant.
« Quand j'ai découvert Cara chez toi, évidemment que ça m'a blessée. Je me suis sentie trahie et humiliée. »
Et la tension remonta d'un cran, Lucy se mit une claque mentale, c'était bien la peine d'être aussi critique à l'égard de son ex, au final elle ne faisait pas beaucoup mieux.
« Ce que je veux dire c'est je ne t'ai pas écoutée. Je ne t'ai pas écoutée quand tu m'as expliqué que Cara et toi vous n'étiez plus en contact depuis longtemps, depuis que tu as déménagé ici. Je n'ai même pas cherché à voir plus loin, alors que je savais que tu ne parlais pas facilement de toi, encore moins de tes sentiments. Je me suis concentrée sur ma blessure, je me suis repliée sur moi-même et je n'ai pas voulu voir le reste. Et c'était nul de ma part. »
Elle repoussa doucement une mèche de cheveux blond derrière l'oreille de son interlocutrice.
« Et j'ai été nulle pendant tous les jours qui ont suivi où tu as essayé de me parler. J'aurais dû te faire confiance. Assez en tout cas pour t'accorder le bénéfice du doute et écouter tes explications.
-Pas facile de faire confiance à quelqu'un dont le métier était littéralement de garder des secrets. »
C'était terrible de constater à quel point ce genre de petite phrase assassine avait creusé un peu plus les insécurités de Kate. Elle était pourtant si sûre d'elle lorsqu'il s'agissait de son travail. Lucy secoua la tête.
« Ca aussi c'était très nul de ma part, j'ai dit des choses horribles parce que j'étais blessée mais je ne les pensais pas. »
Elle prit la main de la blonde dans la sienne, caressant doucement sa peau d'un mouvement de son pouce.
« Et je suis désolée d'avoir eu besoin d'une enquête sur ton père, d'une écoute téléphonique avec un très mauvais timing pour comprendre que rien, absolument rien n'était aussi simple que ça. »
Quand elle s'était retrouvée face à toutes ces évidences, elle s'en était beaucoup voulue. Il était temps d'admettre ses erreurs aussi. Mais ce n'était pas si facile avec une compagne résolue à porter le poids de la responsabilité et la culpabilité de leur rupture.
« J'aurais dû te le dire.
-Oui, c'est vrai, et j'aurais dû t'écouter lorsque tu as essayé de t'expliquer. Nous avons eu tort toutes les deux. »
La blonde hocha timidement la tête, même si la discussion avait été chaotique, elle avait permis d'apaiser certaines blessures. Lucy souffla doucement, elle pinça légèrement les lèvres.
« Kate ?
-Hmm ?
-Tu me manques.
-Quoi ?...
-Tu me manques. »
La petite brune déglutit. Jamais une conversation ne lui avait fait un tel effet d'ascenseur émotionnel.
« Je ne veux pas que tu partes. Je ne veux pas te perdre et j'aimerai… J'aimerai retrouver ce qu'on a perdu. Si tu veux bien.
-Si je veux bien… »
Kate eut un sourire incrédule, elle avait un peu de mal à réaliser ce qui était en train de se passer.
« Je ne rêve que de ça toutes les nuits. »
Lucy s'approcha, elle se hissa sur la pointe des pieds pour combler la différence de taille et embrassa la blonde un peu surprise qui lui faisait face. Et en une seconde, le vide qui la rongeait intérieurement fut comblé. Le cœur de Kate s'emballa. Sa main gauche glissa sur la hanche de Lucy pour la ramener contre elle. La tristesse de ces dernières semaines fut balayée d'un coup. Kate glissa sa main droite sur la nuque de la brune pour approfondir leur baiser. De timide, il devint affamé, des semaines de manque à rattraper. Leurs langues se frôlèrent avant d'entamer un ballet passionné. Sa main gauche quitta la hanche pour s'agripper au haut de Lucy, il ne fallait pas qu'elle la perde de nouveau, plus jamais. Elles finirent par se séparer, front contre front. Elles partagèrent une étreinte en faisant bien attention au bras blessé de la petite brune. C'était si bon, si réconfortant. Elles restèrent ainsi quelques instants, bien à l'abris dans leur bulle d'émotions. Le soulagement était total, il était même perceptible dans le nouveau baiser qu'elles partagèrent, comme pour se convaincre que tout ceci n'était pas qu'un rêve, mais qu'elles pouvaient de nouveau construire un « nous ». Lucy promena sa main sur le bras de sa compagne, amusée de voir la chair de poule qu'elle laissait dans son sillage. Elle repoussa une mèche de cheveux blonds. Comme d'habitude, elle était plus douée pour verbaliser les choses :
« Pour que ce soit claire, je ne veux toujours pas que tu partes et j'aimerai qu'on se donne une autre chance. Si tu es d'accord.
-Je suis plus que d'accord. »
Sans lâcher sa compagne, Kate attrapa son téléphone qu'elle avait laissé sur le comptoir de la cuisine. La brune haussa un sourcil.
« Qu'est-ce que tu fais ?
-J'envoie tout de suite un message à mon chef pour lui dire d'annuler ma demande de transfert. »
Elle tapa rapidement et reposa l'appareil sous le sourire rayonnant de Lucy.
« Rapide et efficace.
-Je peux te montrer un autre domaine dans lequel je suis efficace, mais… pas rapide…
-Ah oui ? Prétentieuse.
-Non, juste talentueuse. »
Elles rirent ensemble et c'était fou de constater à quel point tout était redevenu si simple.
