Cette fic est écrite dans le cadre de la 149ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Pression". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !
- Laisse ta grande sœur porter le poids de ton cœur…
Yuma tourna la tête vers Kari qui s'était mise à chantonner en même temps que le dessin-animé qu'ils regardaient. Si Yuma avait vaguement suivi l'histoire et ne s'était déconcentré que lors des chansons qu'il trouvait longues et ennuyeuses, Kari avait gardé les yeux rivés sur l'article de journal qu'elle finissait de mettre au point tout en gardant à peine une oreille discrète sur la télé. Pourtant, quand la chanson de cette grande sœur qui gérait la pression de toute la famille avait commencé à résonner, elle avait levé la tête avec un air intéressé et, au bout du deuxième refrain, elle s'était mise à le chanter en rythme presque inconsciemment.
- Pression qui fait tic tic tic, quand les gouttes tombent… reprit-elle. Pression qui fait bip bip bip avant une explosion… Ohoh oh oh ! Laisse ta grande sœur gérer sans te demander si cette même pression aurait pu t'écraser…
Yuma avait gardé son regard stupéfait tourné vers elle. Pourquoi Kari se sentait-elle si captivée, si concernée par cette histoire et cette chanson ? C'était lui le duelliste de la maison, lui qui avait hérité de la destinée d'aventuriers de leurs parents, lui qui suivait les traces de son père à travers le monde. C'était lui qui se battait en duel contre des êtres venus d'autres mondes qui menaçaient de lui faire perdre la vie à chaque combat, c'était lui qui avait vu trop souvent ses amis s'effondrer sous les coups ou les ruses de leurs ennemis et lui qui se battait envers et contre tout pour leur venir en aide. Si quelqu'un devait se sentir légitime à s'effondrer sous la pression de la famille, c'était bien lui. Alors pourquoi cette chanson avait-elle captivé Kari ?
La chanson s'était terminée et le regard de sa sœur était revenu vers son ordinateur portable et l'article de journal que son rédacteur en chef attendait pour le lendemain matin. A nouveau, son comportement l'étonna. Elle avait semblé apprécier cette chanson, pourquoi n'avait-elle pas envie de suivre plus assidûment le reste de l'histoire ? En observant ses yeux qui volaient entre l'écran de la télé et celui de l'ordinateur, il comprit qu'elle continuait toujours à suivre vaguement – mais sans pouvoir se permettre de se désintéresser complètement de son article. Il s'apprêta à lui suggérer de poser son ordinateur, à lui faire remarquer qu'il ne restait plus qu'une petite heure de dessin animé et qu'elle aurait tout le temps de finir son article après. Mais, avant d'avoir ouvert la bouche, il se souvint que leur grand-mère, en partant se coucher, avait demandé à Kari d'étendre le linge pour qu'il sèche pendant la nuit. Encore après, alors ? Non, Kari lui préparait toujours son repas du lendemain la veille au soir et elle ne l'avait pas encore commencé. Encore après ? Elle serait alors trop proche de l'heure de son réveil pour que cela vaille la peine pour elle de s'endormir. Et son article ne serait toujours pas terminé.
A cet instant, Yuma mit le doigt sur un point qu'il n'avait jamais envisagé tel quel : Sa sœur était à la fois partout et nulle part. Quand leurs parents n'étaient jamais revenus de leur dernier voyage, la vie de Yuma n'avait pas changé tant que ça : Il continuait à se battre en duel, ses repas continuaient à être prêts et emballés le matin à son réveil, son linge continuait à être propre plus ou moins régulièrement. Bien sûr, sa sœur lui passait des soufflantes lorsqu'il ne faisait pas sa part du travail, mais cette part lui parut soudainement très minime à côté de ce que Kari faisait dans l'ombre pour que leur grand-mère et lui puissent continuer à vivre sans se poser de soucis.
Et, lorsque c'était les soucis qui venaient à Yuma, Kari était là, encore. Peu importe l'urgence de ses articles ou son retard dans ses tâches à faire, Kari était là, simplement. Sans qu'il ne se demande pourquoi ou comment ou par quel miracle, elle était là pour le sauver quand il affrontait un homme en duel sur le toit d'un train fou qui ne pouvait plus freiner. Elle était là pour lui apporter à manger quand il enchainait deux ou trois duels d'affilés et avait trop faim pour tenir debout. Elle était là pour surgir de nulle part et lui ramener son invitation oubliée au plus grand tournoi de duel de sa vie. La vie de Kari était chronométrée, calée sur celle de Yuma pour subvenir à ses besoins surtout avant même que Yuma ne réalise qu'il avait besoin de Kari. Il râlait souvent sur sa présence à ses côtés, sur sa capacité à le retrouver et le sermonner quoi qu'il fasse, mais quand tous les événements récents repassèrent dans son esprit, il réalisa qu'il ne serait probablement plus là pour y repenser si Kari, elle, n'avait pas été là à chacun de ces instants. Et, malgré tout cela, elle restait l'une des reporters les plus assidues et acharnées de leur ville, celle dont les articles et les scoops faisaient exploser les ventes de son journal à chaque nouvelle publication. D'un seul coup, Yuma repensa à sa propre vie, son propre quotidien, sa propre pression, et il réalisa que tout cela lui paraissait bien fade et dérisoire à côté du rythme de vie de sa sœur.
Il tendit le bras vers la télécommande et enfonça le bouton de retour rapide, stoppant l'histoire pour la faire dérouler en arrière.
- Eh ! protesta Kari. Qu'est-ce que tu fais ?
- Elle était cool, cette chanson. Je voudrais la réécouter.
En espérant que ça vous ait plu !
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