Bonjour !

Afin de ne pas éveiller l'ire d'autres ninjas qui se tapissent derrière leurs écrans, je précise que cette fic est non canon :D On suit une intrigue différente de l'anime dans le sens où : nous sommes après le lycée, Haruka ne va pas à la fac, et n'a jamais rendu visite à Rin en Australie. Tout simplement parce que ça correspond mieux à l'histoire que je veux raconter, vous comprendrez mieux pourquoi au fil des chapitres !

Enjoy !


Chapitre 3

Rin habite une petite maison coincée entre deux rues, avec un jardin embroussaillé où un vieil eucalyptus dispense une ombre bienvenue sur un coin de pelouse doté de deux chaises longues. L'endroit parait un peu décrépi, et pourtant accueillant. La maison elle-même possède une petite baie vitrée qui s'ouvre sur une terrasse fatiguée. Sur la façade qui semble avoir subi des années de vent poussiéreux s'ouvrent des fenêtres décorées de petits cactus. À l'intérieur, Haru découvre un salon plus frais qu'il ne l'avait imaginé, dont le carrelage est en grande partie caché par des tapis d'un rouge sombre tirant sur le bordeaux. Les meubles semblent de récup et forment un ensemble hétéroclite mais confortable. Une petite cuisine s'ouvre au fond du salon, sur la droite, laissant apercevoir de la vaisselle qui traîne. Du même côté, un couloir mène à trois portes fermées. Il se sent un peu désorienté dans ce nouvel environnement, d'autant que l'impression d'irréalité qui l'a saisi en débarquant à l'aéroport persiste, donnant au décor un aspect légèrement flouté comme dans un rêve. Mais la main de Rin, quand elle se pose autour de son poignet, est on ne peut plus réelle. Il regarde son ami surpris tandis que celui-ci l'entraîne dans le couloir et ouvre la première porte, dévoilant une petite chambre propre et confortable.

« C'est ta chambre ! » annonce Rin fièrement, comme s'il l'avait construite lui-même.

Haru dépose son sac de voyage sur le lit et se tourne vers lui :

« Merci, Rin.

— T'as l'air vraiment crevé, sourit son ami. Tu veux boire un verre ? »

Haru hoche la tête, et ils se dirigent vers la cuisine. Rin se penche dans le frigo et en ressort deux bières. Il en tend une à Haru, et ils prennent place dans le canapé, tandis que la brise de la soirée se fraie un chemin à travers la fenêtre en faisant frissonner les rideaux blancs. Au plafond, un ventilateur ronronne en sourdine, contribuant à alléger la chaleur torride de la fin d'après-midi. Enfin posé, Haruka savoure le calme retrouvé. Ses oreilles lui semblent encore bourdonner du bruit des réacteurs, et son corps est encore perturbé, peinant à retrouver ses repères dans l'immobilité après des heures de trajet.

Il sirote sa bière, fraîche et réconfortante, avec ce léger pétillement sur sa langue avant que l'amertume ne se déploie en bouche. Elle a un léger goût floral et il sent que l'alcool risque de lui monter rapidement à la tête. Et ce n'est peut-être pas plus mal, car lui qui n'est déjà pas un grand bavard d'habitude se retrouve à présent dépourvu de la moindre conversation. En fait, il ne sait pas par où commencer. Depuis que Rin est parti en Australie, ils sont restés en contact, par messagerie instantanée pour l'essentiel, parfois, exceptionnellement, au téléphone. Communiquer de cette manière n'a jamais été un problème, en fait, Haru s'en satisfaisait assez bien. Bien sûr Rin lui manquait et il avait envie de le revoir, mais il aimait cette façon qu'il avait de continuer à exister dans sa vie, comme en sourdine, une présence impalpable mais toujours là quelque part, au milieu de la nuit, ou le surprenant avec un message quand il rentrait du travail. Chacun de ces échanges était une petite bouffée de bonheur rythmant son quotidien et l'empêchant de se sentir seul, sans pour autant empiéter sur sa tranquillité, car il est le genre de personne pour qui la solitude est une compagne agréable tant qu'elle ne s'impose pas. Mais maintenant, la présence de Rin n'est plus fantomatique, en arrière-plan, juste quelques mots sur un écran. Il est bien là, et Haru a une conscience aiguë de sa respiration tranquille, de son regard pétillant qui se pose régulièrement sur lui, de son odeur, du moindre de ses gestes. Il n'est pas vraiment intimidé, il a même envie de le regarder, mais quelque chose plus de l'ordre de la pudeur que de la crainte le retient. Ou peut-être que si, finalement. Il est intimidé : Rin lui semble épanoui, accompli, rayonnant d'assurance et de santé. Il l'a toujours frappé comme quelqu'un de déterminé, qui ne se laisse pas facilement impressionner, mais cette qualité paraît s'être affirmée avec le temps, donnant à Rin un charisme devant lequel il se sent un peu disparaître. Et la fragilité de Rin, est-ce qu'elle existe encore ? Le doute et la tristesse, la colère qui assombrissaient parfois ses yeux, les larmes et les rires qui lui échappaient si facilement, tout cela a-t-il été éclipsé par la seule lumière de sa volonté ? Ça fait un peu peur à Haru, parce que lui ne se sent ni aussi affirmé, ni aussi sûr de lui à propos de quoi que ce soit dans sa vie. Et s'il était à la traîne ? Trop loin derrière Rin pour qu'ils puissent encore avoir quoi que ce soit en commun ?

Il chasse ces sombres pensées qui parasitent son esprit. C'est ridicule. Il vient d'arriver en Australie, il a la joie de revoir son ami d'enfance. Rien d'autre ne devrait compter. Il esquisse un sourire et demande finalement :

« Comment ça se passe, l'entraînement ?

— Bien. Je prends des vacances avant que ça devienne la folie avec la préparation du prochain championnat. Et je me suis dit que ça serait plus marrant à deux ! »

Haruka retient une grimace. C'est pour ça que Rin voulait le voir ? Juste pour s'amuser ? Non, ça fait deux ans qu'ils ne se sont pas vus, ça ne peut pas être aussi trivial. Ça doit être ce fichu jet-lag qui lui joue encore des tours, la fatigue et le stress du voyage faisant ressortir toutes ces insécurités. Il hoche la tête, un léger sourire se redessinant sur ses lèvres. Oui, c'est stupide. Pourquoi se mentir ? Il est heureux d'être avec Rin.

« Et puis, tu vas voir, enchaîne son ami. L'océan ici est différent. Plus impétueux. J'ai hâte qu'on y aille ensemble. »

Son regard brille quand il dit ça et Haru ne peut que le croire.

« Moi aussi… murmure-t-il en regardant sa bière, toujours souriant.

— Je nous ai prévu deux-trois activités aussi, que tu vas sûrement adorer ! »

Haru relève la tête, intrigué :

« Des activités ? Comme quoi ?

— Ah, je dis rien ! s'exclame Rin en levant les mains. C'est une surprise. »

Haru se renfrogne :

« Tu sais que j'aime pas les surprises.

— Je sais, mais moi oui, alors tu vas me faire plaisir et faire semblant d'aimer ça. »

Haru gratifie son ami d'un regard colérique, ce qui le fait éclater de rire.

« T'inquiète. Ça a rapport avec la mer. Tu vas adorer. »

C'est possible. Après tout, Rin le connaît bien. N'empêche, il n'aime pas les surprises… Mais enfin, il ne va pas faire sa mauvaise tête ! Il aura bien l'occasion d'engueuler Rin en bonne et due forme si son plan s'avère foireux.

Un silence s'installe, et Haru finit par tourner la tête pour regarder Rin, qui semble absorbé dans ses pensées, fixant sa bière sans la boire.

« Rin… Ça va ? »

Son ami sort aussitôt de sa transe et lui sourit.

« Ouais… Je me disais juste… Ça fait vraiment longtemps qu'on s'est pas vus. J'aimerais rattraper le temps perdu… Alors je suis content que tu sois venu. »

Le cœur d'Haru palpite à ces mots. Le regard de Rin est si franc, si brillant. Ça lui chatouille le ventre. Ça fait longtemps qu'il n'a pas éprouvé cette sensation avec autant d'acuité. Il n'y a que la présence de Rin, son regard, sa voix, qui lui font ressentir ce genre de choses. Et ça a toujours été comme ça, depuis l'enfance. Rin a toujours été spécial pour lui. Il acquiesce, se sentant soudain à la fois ému et gêné.

« Je suis content aussi… »

Une part de lui voudrait lui demander tout de suite pourquoi. Pourquoi il ne l'a jamais invité à venir avant. Mais les mots restent bloqués dans sa gorge. Il soupire imperceptiblement. Il a encore le temps pour ça… Après tout, il vient à peine d'arriver, et ils ont deux semaines entières à passer ensemble. En y pensant, ça lui semble un peu vertigineux… Mais pas dans le mauvais sens du terme.

« Sachant que tu venais, dit Rin en se levant soudain, j'ai prévu le stock de maquereaux. Grillés au barbecue, ça te dit ? »

Le regard de Haru s'illumine.

« Je savais que ça te plairait ! » rigole Rin en se dirigeant vers la cuisine.

Quelques minutes plus tard, avec de nouvelles bières fraîches dans la main, Haruka et Rin se tiennent devant le barbecue dans le petit jardin, alors qu'une bonne odeur de feu de bois commence déjà à leur chatouiller les narines. C'est seulement à cet instant que Haru s'aperçoit qu'il meurt de faim. Il a du mal à tenir en place tandis qu'il regarde les poissons appétissants dorer au-dessus des braises, répandant un fumet envoûtant. Rin remarque son manège et s'en amuse.

« Encore un peu de patience, c'est presque prêt ! J'ai entendu l'autocuiseur bipper, va nous chercher le riz au lieu de trépigner comme une otarie ! »

Haru ne s'offusque pas. Entre maquereaux et moqueries, les uns sont clairement plus importants que les autres. Alors il file en cuisine, sort le riz, met la table, et revient voir dans le jardin si le poisson arrive. Pour sa plus grande joie, Rin est en train de disposer les maquereaux sur un plat. Ils passent donc à table et il se met à dévorer sans un mot, ne pensant qu'à combler son estomac qui crie famine. L'arôme délicieusement fumé des maquereaux est un pur bonheur. La bière va divinement bien avec, et le riz lui semble le plus savoureux qu'il ait jamais mangé. Rin a beau ne pas être un grand cuisinier, il maîtrise clairement le barbecue et l'autocuiseur. C'est déjà rassurant pour la suite de son séjour.

Après le dîner, la fatigue lui tombe dessus brusquement. Mais c'est une fatigue sans sommeil, son esprit est trop sollicité pour se laisser aller dans les bras de Morphée. Alors quand Rin lui propose de regarder un film, il accepte sans hésitation. Et tandis que les images jouent sur l'écran sans qu'il suive vraiment l'histoire, il commence à réaliser qu'il est bien arrivé, qu'il est ici pour quinze jours à profiter avec son ami d'enfance, et que même si ça ressemble à un rêve, c'est bien la réalité. Et il espère de tout son cœur que, comme l'a dit Rin, ils sauront rattraper le temps perdu.