Chapitre 2 : Distributions des rôles

Ne t'en fais donc pas, personne ne nous connait ici. Va te coucher, demain est un grand jour pour nous deux, nous allons rencontrer du beau monde.

Puisque tu le dis, soupira-t-il dépité de ne pas être pris au sérieux.


Le lendemain l'heure du rendez-vous au Cat's arriva bien vite. Lorsque Ryô et Kaori arrivèrent il y avait déjà foule.

— Oh la belle brochette de Miss Mokkori, fit Ryô en sautant vers Saeko, Reïka, Miki, Kasumi et Kazue qui étaient alors côtes à côtes.

S'en suivit, bien évidemment un assaut assez massif de Kaori qui l'étala sous la massue 'Calme tes ardeurs.'

— Bonjour, dit-elle d'une voix tranquille tandis que la jeune Nogami avait baissé la tête, abattue. Dis-moi, Yuka, l'interpella-t-elle ensuite, serait-ce le reste de la troupe ?

— Oui, affirma-t-elle en souriant.

'La troupe ? Quelle troupe ?' S'interrogeant Ryô se retirant de sous la massue.

— Comment se fait-il que vous soyez tous ici ? Umibozû, Miki et Kasumi, c'est normal, ils travaillent ici mais vous autres… Je trouve cela très louche, dit-il.

— N'avons-nous pas le droit de venir prendre un verre ? Questionna Mick.

— Mouais… Et toi, Saeko chan ? Interrogea-t-il suspicieux.

— J'ai croisé Reïka et Yuka. Nous avons décidé de manger ensemble pour une fois, tenta-t-elle.

— C'est fou ce que vous ne savez pas du tout mentir, souligna-t-il en croisant les bras, sur la défensive.

— Qu'importe ce qu'ils font ici, intervint Kaori en l'attrapant par le bras. Viens, allons nous asseoir, rajouta-t-elle en le traînant à sa suite, le laissant décontenancé.

Yuka les suivit et alla s'installer face à eux.

— Alors, que nous veux-tu cette fois ? Interrogea Ryô d'un air boudeur.

— Kaori ne t'en a pas parlé ? Fit-elle surprise.

— Comme je te l'ai dit hier, je préférai attendre que tu sois là, sourit cette dernière

— Donc tu sais ce qu'il en est, affirma Ryô sur un ton accusateur en la regardant.

Kaori se tourna vers lui d'un air menaçant, le faisant brièvement reculer dans son siège.

— Je t'écoute noble partenaire, dit-il penaud ?

— Tu as intérêt, affirma-t-elle durement avant de poursuivre sur un ton plus doux. Yuka souhaite monter une pièce de théâtre en guise de spectacle de charité pour l'orphelinat géré par Mayuko et elle nous a demandé de faire partie de la troupe.

— Que ? Quoi ! S'exclama-t-il. Il est hors de question que je me donne en public, rajouta-t-il en croisant les bras.

— C'est pour les orphelins, fit Yuka.

Kaori se tourna vers lui et posa sa main sur sa cuisse sans y prendre garde.

— Ryô, voyons… Ce n'est que pour une représentation, suppléa-t-elle presque tandis qu'elle se penchait vers lui innocemment.

'Kaori, retire ta main sinon je sens que je ne vais pas pouvoir me contrôler bien longtemps', songea-t-il.

— Non, parvint-il à balbutier en la faisant réagir.

'Pourquoi est-il si mal à l'aise ?' Se questionna-t-elle.

Elle réalisa ensuite que sa main n'était pas posée sur le fauteuil comme elle le pensait et parvint à garder son sérieux.

— Tu n'as pas de cœur, dit-elle en reprenant place correctement et délaissant ainsi sa cuisse.

Il en eut un léger soupir de soulagement.

— Ne me dites pas que vous vous êtes laissés embarquer dans cette galère, dit-il subitement à l'attention de ses amis présents.

— Je n'allais certainement pas laissé passer cette occasion pour montrer au monde mes talents innés d'acteurs, s'amusa Mick.

— Tu sais comment peux être Yuka, plaisanta Reïka.

— Umibozû, ne me dis pas que…

— C'est pour Miki, dit-il en tournant la tête et rougissant.

Ryô éclata de rire.

— Franchement, vous voyez cette face de poulpe sur scène ? Il va effrayer les spectateurs.

— De quoi ? S'emporta Falcon en serrant ses poings de colère.

Miki posa une main sur son torse pour le calmer et envoya le plateau qu'elle tenait droit sur la tête du pitre de service. Sur l'objet en question Kaori put y lire 'Du respect, merci !'

— Non mais oh, fit Ryô en lançant un regard noir à Falcon et s'apprêtant à renvoyer le plateau d'où il venait.

— Ryô… C'est Miki qui a envoyé le plateau, et si tu continues c'est un coup de massue supplémentaire que tu vas recevoir.

Il en reposa l'objet du délit et se mit à rire nerveusement.

— Ryô, fit soudain la voix suave de Saeko qui s'était rapprochée.

Ce dernier se tourna vers elle avec un visage qui se voulait sérieux, mais devant son décolleté ce dernier se mit à sourire béatement.

— Penses à tous ces enfants, fit-elle en se penchant vers lui pour lui offrir une meilleure vue.

— Tout ce que tu voudras, répondit-il en hochant la tête affirmativement sans s'en rendre compte.

— Ryô ! Gronda soudainement Kaori.

Ce dernier, se tétanisant, se tourna très lentement vers sa partenaire.

— Voyons, Kaori… Tenta-t-il vainement.

La massue tomba de nouveau.

— Bon, vue que Ryô vient de confirmer sa participation, commença Yuka.

— Que… Quoi ? S'exclama ce dernier en se dégageant de la massue.

— Ryô, nous sommes tous témoins de ce que tu viens de dire à Saeko, souligna Yuka.

'Et mince ! Que m'a-t-elle encore fait faire ?' S'interrogea-t-il mal à l'aise.

— Donc puisque la troupe est maintenant au complet, voici la pièce de théâtre que je vous propose, dit-elle en distribuant à chacun un petit script de « La belle au bois dormant, version Walt Disney »

— C'est un bon choix, approuva Saeko en souriant.

— Sur la première page interne vous trouverez la distribution des rôles…

— Tu dois faire erreur, l'histoire débute directement, l'interrompit Reïka.

— Pareil pour moi, confirma Miki.

— Ha ! Ce n'est pas grave. Je vais vous les énumérer, sourit Yuka. Commençons, enchaîna-t-elle. Dans le rôle de Dame Flora j'ai nommé Kasumi. Dans celui de Dame Pâquerette Miki et pour finir notre trio de bonnes fées, Reïka interprétera Dame Pimprenelle.

— Ça me va, affirma Miki.

— Nous allons devoir nous chipoter, fit Reïka en se tournant vers Kasumi.

— Cela ne devrait pas être difficile, affirma cette dernière.

— Poursuivons, dit Yuka. Pour le rôle des parents de la princesse Aurore…

— Je crains le pire, murmura Ryô tandis que la jeune Nogami continuait tranquillement.

— Kazue sera la mère de la princesse et Mick son père.

— Nous sommes un couple royal, souligna Mick en prenant la main de sa moitié.

— Le père du prince Philippe sera interprété par Umibozû.

— Tant qu'il n'y a pas grand-chose à dire ça me va, souligna Falcon de sa grosse voix.

— Dans le rôle de Maléfique, la méchante sorcière, j'ai nommé Saeko, dit-elle si rapidement que chacun eut cru mal entendre.

— Je te fais si peur que cela que tu me considères comme la sorcière Maléfique, ironisa l'inspectrice.

— En tout cas cela te correspond tout à fait, plaisanta Reïka.

— Comment ça ? S'offusqua-t-elle en faisant rire chacun. Tu t'es réservée le meilleur rôle, avoue, sermonna-t-elle ensuite.

— Non, pas du tout. Celui-ci je l'ai gardé pour Kaori.

Celle-ci sourit au commentaire.

— Merci, dit-elle confuse.

— Quel rôle a-t-elle donc ? Questionna Ryô perplexe.

— Elle va interpréter celui de la princesse Aurore, héroïne de l'histoire.

— Kaori ? Une princesse ? Reprit Ryô avant de pouffer de rire.

— Dis donc toi, commença sa partenaire avant de s'interrompre brusquement. Elle venait de réaliser qu'un des rôles n'avait pas été attribué. Yuka, gronda-t-elle en la faisant frémir et reculer bien malgré elle. Ne me dis pas que ce pitre va interpréter…

— Si, l'interrompit-elle avec un grand sourire mais sentant son cœur bondir dans la poitrine tant Kaori l'impressionné. Ryô interprétera le rôle du prince Philippe.

Kaori se mit à rougir violemment tandis que Yuka précisait qu'elle ferait la narration.

'Quelle mouche l'a piqué ?' S'interrogea Ryô perplexe devant la réaction de sa partenaire.

Ne connaissant pas vraiment l'histoire, il entreprit de lire le script en diagonal.

— Remets-toi, Kaori, s'amusa Saeko.

— Oh la veinarde, souligna Reïka.

— J'en suis jalouse, fit Kasumi.

— Que… Kaori, la princesse et Ryô, le prince... Mais, mais… Non, balbutia l'américain.

— Mick, chéri. Tu sais ce qui t'attends si tu fais un esclandre, sourit Kazue calmement.

Falcon demeurait silencieux, amusé par les diverses réactions.

— Que… Quoi ! S'exclama soudain Ryô. Mais… Mais il en est hors de question. Je ne suis pas du tout d'accord, grommela-t-il ensuite.

— Voyons, Ryô, ce n'est qu'un simple… commença Yuka.

— Non ! Je refuse. Je ne vais certainement pas embrasser Kaori, tu me prends pour qui ?

— Cela t'embête tant que ça de m'embrasser pour une pièce de théâtre ? Fulmina Kaori, blessée par les propos de son partenaire.

— D'abord qui voudrait embrasser une furie pareille ? Demanda-t-il en croisant les bras derrière la tête et fermant les yeux, indolent.

Kaori se leva d'un bon et courut hors du Cat's, en larmes.

— Kaori, murmura Miki peinée pour son amie.

Elle voulut courir derrière elle mais Falcon l'en empêcha.

— Ryô, tu aurais pu faire une entorse pour une fois, sermonna Saeko.

— Si tu ne veux pas embrasser Kaori, je peux très bien te doubler pour cette scène, proposa l'américain avec un large sourire.

— Tu es pire que lui, fit Kazue avant de l'assommer.

— Franchement, Ryô… Tes commentaires sont de trop, fit remarquer Yuka.

— Qui me dit que tu ne l'as pas fait exprès ? Interrogea-t-il en lui lançant un regard noir avant de se lever tranquillement.

— Où vas-tu ? Interrogea Kasumi.

—Je rentre, répondit-il simplement avant de quitter le Cat's Eyes en laissant ses amis.

— Pauvre Kaori, souligna Miki. Elle a vraiment beaucoup de patience.

— Il est vraiment irrécupérable, soupira Yuka.

— Ne t'inquiètes pas, il remplira son rôle… Peut-être pas comme tu l'espères mais… Laissa entendre Saeko.

Insouciant et l'air de ne pas avoir entendu leurs remarques, Ryô sortit donc du café. Il regarda autour de lui et aperçut sa partenaire au loin. Il la remarqua ralentir son allure et se mettre à boiter avant de la suivre.

'Non mais quel crétin,' songea-t-elle en larmes.

Son mollet droit la tiraillait tant qu'elle s'obligea à ralentir son allure et se sentit boiter. Elle repensa à la veille. Ses mots étaient contradictoires avec ses gestes tendres.

'J'ai encore réagit impulsivement, mais lui… À quoi joue-t-il aussi ? Je ne suis qu'une idiote,' pensa-t-elle en s'essuyant ses larmes.

Elle sentit soudain un bras s'enrouler autour de sa taille.

— Excuse-moi, Kaori, murmura Ryô maintenant à ses côtés. Comment va ton mollet ?

— Je… Ça va, merci. Cependant ne crois pas que je vais en rester là, dit-elle tentant de garder contenance.

Sans un mot de plus, il la soutint davantage la faisant sourire brièvement.

— Merci, Ryô, murmura-t-elle.

Ils rentrèrent ainsi à l'appartement.

En chemin Ryô ressenti soudain une certaine tension qui plus est sa partenaire semblait tout aussi nerveuse.

— Tu, commença-t-il.

— Pas maintenant, Ryô, l'interrompit-elle en prenant appui contre lui.

— N'en profites pas trop, partenaire, sourit-il en se focalisant sur les auras agressifs qu'il sentait croître depuis cinq bonnes minutes maintenant.

— Il est de nouveau avec elle, fit remarquer l'homme.

—Et au vue de son comportement cela ne fait que confirmer mon choix de cible… Après tout, nous savons déjà où ils habitent. Fais donc moi voir tes prouesses de sniper. Ce n'est pas encore maintenant que tu pourras l'avoir tranquillement, rajouta la femme à ses côtés.

— En effet. Il ne nous a pas vu, mais il sait que nous sommes derrière eux. Il nous a à l'œil.

— Crois-tu que ce sont les mêmes qu'hier ? Questionna Kaori en se redressant, délaissant alors l'épaule de son partenaire.

— J'en ai l'impression mais ils n'ont pas l'air de vouloir insister aujourd'hui.

—Tu es avec moi, cela change tout. Cela freine les plus prudents.

— Ce n'en sont pas pour autant les moins dangereux, soupira-t-il ensuite en sentant les auras disparaître.

Une fois à l'appartement ils s'installèrent au salon.

— Ryô, dis-moi… Pourquoi ne veux-tu pas m'embrasser pour la pièce ?

— Si je n'avais pas réagit de la sorte ils auraient compris de suite que notre relation a évolué.

Kaori se leva soupirante.

— Ce n'est qu'un simple baiser qui fait partie intégrante de l'histoire. La princesse est réveillée par le baiser d'un prince charmant. Ils n'y verront rien d'anormal, fit-elle avec véhémence.

— C'est mon manque de réaction à la lecture du scénario qui aurait été anormal, soupira Ryô.

—Étais-tu obligé de me dire tout cela ? Questionna-t-elle de nouveau au bord des larmes.

Soudain Ryô éprouva un sentiment de danger imminent. La plus exposée étant alors Kaori… sa partenaire… sa fiancée, ainsi qu'il l'avait nommé une dizaine de jours auparavant.