Chapitre 3 : Menace et conséquence

Soudain Ryô éprouva un sentiment de danger imminent. La plus exposée étant alors Kaori… sa partenaire… sa fiancée, ainsi qu'il l'avait nommé une dizaine de jours auparavant.

Kaori ressentit elle aussi le danger et se tourna vers la fenêtre, un regard froid et triste vers la personne qu'elle devinait au loin. Dans le même temps Ryô courut vers elle et, l'attrapant par la taille, il l'entraîna à sa suite à l'abri derrière le canapé tandis qu'un premier tir fit écho bientôt suivi par une pluie d'impacts.

'C'était quoi ce regard ? Une coïncidence ?' Songea le tireur après avoir raté sa cible et vidé son arme.

— Tu me déçois grand frère. Je m'attendais à mieux, fit la jeune femme en posant la paire de jumelle qu'elle venait d'utiliser.

Il attendit un instant avant de se relever.

— Que fais-tu ? S'étonna la jeune femme.

— Il est inutile de gâcher plus de munitions. Je vais devoir passer au plan B.

—Tu abandonnes ?

—Non… Je vais déléguer… À ma façon, sourit-il narquois avant de quitter le toit de l'immeuble où ils s'étaient installés.

Une fois le danger écarté, Ryô sentit Kaori trembler. Baissant son regard vers elle, il la découvrit en pleurs.

— Kaori ! S'exclama-t-il inquiet.

— Je vais bien, le rassura-t-elle. C'est nerveux… Tu me fais tourner en bourrique. Je ne sais plus où j'en suis avec toi, lâcha-t-elle. I peine une semaine j'avais l'impression qu'enfin notre relation s'était bien éclairci, mais là…Ce que tu as dit, ce que tu continues de faire…

— Kaori, murmura-t-il en lui essuyant ses larmes.

Il l'enlaça tendrement pour la calmer et lui embrassa le front à plusieurs reprises. Celle-ci releva soudainement la tête et plongea son regard dans le sien. Leurs visages se rapprochèrent et ils s'échangèrent alors un tendre baisé… interrompu par la sonnerie de la porte.

— Jamais tranquille, pesta Ryô en se relevant et aidant sa partenaire à faire de même avant de lui voler un autre baisé tandis que la sonnerie se répéta.

— Voilà, j'arrive, dit-il ensuite.

— Yuka ? Fit-il avec surprise lorsqu'il ouvrit la porte.

Cette dernière se fit brièvement boudeuse et alla trouver Kaori.

— Comment vas-tu, lui demanda-t-elle remarquant alors la casse dans l'appartement et ses yeux bouffis par ses pleurs. Vous vous êtes encore disputés ?

— Non, ce… Commença Kaori.

— Tout à fait, renchérit Ryô interrompant sa partenaire et lui faisait un signe discret.

— Ne t'en fais pas pour cela, sourit Kaori tentant de faire bonne figure.

— Si tu le dis, soupira-t-elle. Bref, je venais vous informer que les répétitions commenceront dès demain16h au théâtre de Shinjuku. J'ai réussi à avoir quelques créneaux de deux heures. Pour information les répétitions resteront ouvertes au public. Les premières ne seront pas costumés, mais les dernières oui.

— Quoi ? En plus nous allons devoir nous déguiser ! S'exclama Ryô outré.

— Ryô, gronda la voix de Kaori.

— Ok, ok… Faites comme si je n'avais rien dit, sourit-il mal à l'aise tandis qu'un corbeau crossa sur le balcon.

— Bon, j'y retourne. À demain, salua Yuka avant de filer à toute allure.

— Et si nous remettions un peu d'ordre dans l'appartement, suggéra Ryô.

— Pourquoi ne pas lui avoir dit la vérité ? Demanda Kaori.

— Veux-tu vraiment la voir rappliquer ici pour enquêter ? Demanda-t-il espiègle.

— Non, pas vraiment.

— C'est bien ce que je pensais, dit-il en baissant les stores.

— Que fais-tu ? Il est encore tôt, remarqua Kaori.

— Je sécurise le salon… Rien ne dit qu'il ne fera pas une autre tentative ultérieurement. Avec les stores baissés, il ne pourra plus rien voir à l'intérieur.

— Effectivement, dit-elle en commençant à ramasser les divers débris des objets de décorations cassés lors des tirs.

Ryô alla fermer tous les stores avant d'aller aider sa partenaire à finir le salon.

— Dis-moi… Je me fais des idées ou bien je suis la cible du tireur ? Questionna finalement Kaori.

— J'aurais aimé pouvoir te dire que tu te faisais des idées mais ce n'est hélas pas le cas ma belle.

Elle rougit au commentaire tandis qu'il s'approcha d'elle avant de l'attraper par la taille. Elle le regarda radieuse et se perdit dans son regard tandis qu'il se pencha vers elle et l'embrassa tendrement mais non moins passionnément.

— Pour le moment je ne veux partager ces instants qu'avec toi. Laissons nous le temps, dit-il entre deux baisés.

— Je comprends, sourit-elle. Mais pour la pièce de théâtre tu peux faire simple, tu sais. Les spectateurs n'attendront pas un baisé comme celui que nous venons d'échanger, rougit-elle. Rappelle-toi qu'il y aura des enfants dans la salle. Un simple bécot suffira.

— Un simple bécot ? C'est-à-dire ? Demanda-t-il joueur.

— Te rappelles-tu le baisé que tu m'as volé il y aura deux semaines lorsque nous étions à Nozawa Onsen ? Questionna-t-elle.

— Oui. Tu étais aussi radieuse que tu ne l'es maintenant.

— Il suffira aux spectateurs et… à Yuka. Je suis presque certaine qu'elle a fait exprès de nous donner les rôles principaux.

— Je suis de ton avis, la petite malicieuse ne perds rien pour attendre, râla Ryô avec ironie avant de lui donner un autre baisé et de la relâcher. Quelqu'un vient, précisa-t-il.

— Je suis navrée d'y revenir, mais crois-tu que le tireur ait un lien avec le couple qui me suivait ?

— Je ne sais pas trop, mais c'est une possibilité qui m'a traversé l'esprit, affirma-t-il en ouvrant la porte à Mick et Kazue au moment où l'américain allait frapper.

— Ryô ? Fit Kazue surprise.

— Kaori chan ! Fit Mick en s'élançant vers Kaori.

Il fut vivement stoppé par Kazue qui l'assomma d'un bon coup de sac sur la tête.

— J'allais sortir. Mick ça te dis de faire un petit tour avec moi ? Demanda Ryô béatement en faisant un pas vers l'extérieur.

L'américain se releva prestement, le ton de Ryô signifiait qu'il voulait parler affaire avec lui.

— J'arrive. Au revoir mes belles, dit-il en tentant de réitérer son embrassade.

Cette fois ce fut la massue de Kaori qui le renvoya vers la porte d'entrée. Une fois les deux énergumènes partis, Kaori retourna au salon, boitant légèrement.

— Comment va ton mollet ? Questionna Kazue en prenant place à côté d'elle et lui attrapant la jambe pour la palper.

— Elle est encore un peu douloureuse si je marche trop vite, outre mesure cela ne me gêne pas, sourit Kaori. Merci pour tes soins.

— Je t'en prie. Quand je t'ai vu partir tout à l'heure j'ai remarqué que tu hésitais à prendre appui dessus, malgré ta précipitation. C'est pour cela que j'ai insisté auprès de Mick pour passer. Mais dis-moi, pourquoi avoir fermé les stores ? Vous vouliez un peu d'intimités ? Questionna-t-elle malicieuse en lui massant le mollet.

— Si seulement, soupira Kaori rouge de confusion. Un tireur s'est cru à la foire, expliqua-t-elle ensuite.

— Vous allez bien ?

— Oui. Un peu de casse à gauche à droite mais rien en ce qui nous concerne, sourit-elle. Je suppose que Ryô est parti à la pêche aux informations.

— C'est imprudent de sa part de te laisser seule.

— J'ai des ressources cachées, fit Kaori amusée faisant rire son amie.

Kabuchiko, bar privé…

— Bonjour, nous avons rendez-vous avec Monsieur Misushi Honda.

— Et vous êtes ? Demanda le réceptionniste.

— Nos noms n'intéressent que Monsieur Misushi, répondit fermement la jeune femme.

L'homme d'accueil lui lança un regard méprisant.

— Comment voulez-vous que je vous annonce de cette manière ? Ironisa l'homme.

— Dites lui simplement que son rendez-vous est arrivé, dit l'homme qui accompagnait la jeune si froidement qu'il fit frissonner le réceptionniste.

Cet homme était dangereux, ce ne faisait aucun doute.

— Bi… Bien, balbutia-t-il.

— Vous voyez, vous savez être raisonnable, se moqua la jeune femme tandis que le réceptionniste prévenait son supérieur

'Sale garce. Vous allez me payer cet affront.' Songea-t-il en lui lançant un regard noir.

— Oui, Monsieur. Navré de vous déranger mais votre rendez-vous est arrivé.

— …

— Bien, Monsieur.

— …

— Ce sera fait, Monsieur, raccrocha le réceptionniste avec un sourire narquois. Monsieur Misushi vous attend dans l'arrière salle, dit-il ensuite mielleusement.

— Ce n'était pas si difficile, fit la jeune femme hautaine.

À peine fit elle un pas qu'elle fut saisi par le bras.

— Attends, fit son frère brusquement en sortant son arme si discrètement que le réceptionniste ne le vit pas faire. Ce n'est pas le moment de se faire remarquer. Laisse-moi passer devant et oublie la galanterie.

— Tu es bien trop méfiant, dit-elle mais lui permettant de passer devant elle.

Ils se dirigèrent ensuite vers l'arrière salle.

— Heiji, soit prudent, murmura soudainement sa sœur réalisant que l'ambiance était devenue malsaine.

Il en eut un sourire de satisfaction. Sa sœur faisait des progrès.

À peine Heiji eût-il fait un pas dans l'arrière salle qu'il s'arrêta net, le canon d'une arme contre sa tempe.

— Vous êtes mort, fit une voix grave et glaciale.

— Vous aussi, rétorqua-t-il en faisant cogner la pointe de son arme contre l'entrejambe du pseudo-agresseur.

Ce dernier baissa son regard et remarqua alors l'âme à feu.

— Vous venez de passer votre première épreuve, intervint un homme assez corpulent, chauve, et portant un vêtement traditionnel.

— Bonjour, Monsieur Misushi, salua la jeune femme en entrant tandis que son frère rangeait son arme. Nous sommes honorés qu'un homme tel que vous ait accepté de nous rencontrer.

Le vieil homme en eut un sourire sardonique.

Quelques ruelles plus loin.

— Salut, Ken.

— Salut, Ryô.

— Du nouveau ?

— J'ai croisé le vieux Tommy ce matin. Il m'a raconté qu'il s'était fait offert un verre par un jeunot. Je l'ai traité de veinard, mais sans plus tu vois.

— À tout hasard, saurais-tu où je peux le trouver ? Demanda Ryô.

— Au même endroit que d'habitude… Ça va chez toi ? Tu m'as l'air un peu plus tendu qu'à l'usuel.

— Un sniper s'est amusé à prendre Kaori pour cible.

— Kaori ? Mais pourquoi elle ? Elle n'est pas blessée j'espère.

— Non elle va bien, merci de t'en inquiéter. Quant au pourquoi, c'est aussi la raison de ma présence. Si tu entends une quelconque rumeur, le moindre sujet qui paraisse suspect…

— Je te le ferais savoir, l'interrompit Ken. Personne n'a le droit de porter le moindre petit doigt sur notre ange, précisa-t-il ensuite en faisant sourire Ryô.

— Soit prudent, Ken. Qui que ce soit il n'est pas un amateur.

— T'inquiètes, vieux frère, j'ai l'habitude.

— À plus, salua Ryô sans relever l'appellation.