Chapitre 5 : De dangereuses répétitions (1ère partie)

'La corde a été sabotée', songea Saeko en notant une coupure nette. 'C'est du travail de professionnel', se dit-elle ensuite en se relevant, cachant sa perplexité à sa jeune sœur.

Je crois que les répétitions sont finis pour aujourd'hui, souligna Yuka.

Dans ce cas… Mesdames me voici, fit Mick gaiement en se tournant vers les spectatrices.

Seulement celles-ci n'étaient plus là un corbeau croassa dans la salle vide.

— Saeko, tu m'as l'air distraite, lui fit remarquer Reïka alors qu'ils arrivèrent sur le pas de la porte principale du théâtre.

— Tu le serais aussi si tu avais été témoin de l'incident.

— L'incident ? Reprit Reïka avec étonnement.

— N'étais-tu pas sur scène ? Interrogea Saeko.

— J'ai dû m'absenter un instant. Pourrais-tu m'expliquer ce qu'il s'est passé ? Il est vrai qu'il y avait une certaine tension lorsque je suis revenue.

— Il s'est passé qu'un sac de leste est tombée. Ta jeune sœur se trouvait au-dessous.

'Kaori aussi du reste' se dit-elle intérieurement avant de poursuivre. C'est grâce à Kaori qu'elle s'en est sortie indemne.

— La corde se serait rompue ? Fit Reïka intriguée.

— Non, répondit Saeko en un murmure. La corde a été sabotée. C'est une coupure nette et du travail de professionnel. Nous étions tous là et nous n'avons rien remarqué d'anormal.

— Peut-être que cela a été fait durant la nuit, suggéra Reïka.

— Peut-être… Restons vigilants, cela peut aussi bien être une coïncidence.

— Pourquoi toutes ces messes basses ? Interrogea Yuka se glissant entre ses deux sœurs.

— Rien, ne t'inquiètes pas, nous discutions d'une vieille affaire, expliqua Saeko sans se démonter.

— Tout à fait, renchérit Reïka en lui souriant.

— Mouais, fit Yuka pas dupe pour un sou. À demain tout le monde, dit-elle néanmoins en se tournant vers le reste de la troupe.

Saeko et Ryô s'échangèrent un bref regard et il comprit qu'elle avait remarqué une anormalité.

Dans la soirée le téléphone sonna dans l'appartement de Ryô et Kaori.

— J'y vais, lança le nettoyeur tandis que sa partenaire finissait de ranger la vaisselle.

— Ryô Saeba, se présenta-t-il en décrochant.

— Bonsoir, Ryô, c'est Saeko.

— Mon petit lot d'amour, que puis-je pour toi ? Demanda-t-il la bouche en cœur avant de se recevoir une mini-massue sur la tête.

Le petit bruit du choc n'échappa pas à Saeko qui sourit en imaginant la scène.

— Je tenais juste à t'informer de ce que j'ai pu observer au théâtre.

— Et ? Fit-il si gravement qu'il intrigua Kaori qui venait aux nouvelles.

— La corde qui tenait le sac de leste a été délibérément coupée.

— Je vois. Merci pour l'information, dit-il avant de raccrocher.

— Tout va bien ? Demanda Kaori.

— Oui… Rien d'inquiétant, sourit-il avant de lui passer une main autour de la taille et de l'attirer vers lui.

— Ryô ? S'étonna-t-elle.

— Tu as bien réagit tout à l'heure, sourit-il.

— Crois-tu que ce soit une coïncidence ? Interrogea-t-elle directement.

— Je ne saurai te répondre pour le moment, répondit-il avant déposer un chaste baisé sur son front et de la relâcher. Cette séance de répétitions m'a épuisé, bâilla-t-il ensuite.

— Épuisé ? Tu n'as rien fait d'autres que de sauter sur toutes les jeunes femmes entrants dans la salle. Quant à la scène en elle-même, tu n'as pas cessé de faire le pitre alors que je sais pertinemment que tu es un bien meilleur danseur.

— Kaori-kun, tu as trop confiance en moi, gémit-il avec amusement.

Elle soupira de dépit et alla fermer les volets.

— Que fais-tu donc ? Demanda-t-il tandis qu'il la vit changer le mobilier de place créant ainsi un grand espace vide.

— Nous allons travailler ta coordination, sourit-elle malicieuse.

— Que… Quoi ? Mais je, non, Kaori, balbutia-t-il alors tandis qu'elle l'attrapa par le bras et l'entraîna sur la piste de danse improvisée.

Amusée par les mimiques de son partenaire, elle donna le tempo et le fit valser. D'abord maladroit car prit de court, les pas de Ryô épousèrent bien vite ceux de sa partenaire et ils perdirent toutes notions de temps en se noyant dans leurs regards. Ils valsèrent, valsèrent, valsèrent, tant et si bien que lorsque le téléphone sonna de nouveau Kaori en sursauta.

— J'y vais, bégaya-t-elle le feu aux joues.

— Bonsoir, Kaori Makimura, que puis-je pour vous ?

— Ainsi vous êtes toujours en vie, fit son interlocuteur si durement qu'elle en pâlit et frissonna.

— Qui que vous soyez, prenez garde à vous, annonça Ryô gravement en prenant le combiné des mains de sa fiancée.

— Votre partenaire a eut beaucoup de chances parait-il, ricana une voix d'homme sans se démonter. Mais combien de temps sa chance durera-t-elle ?

— Vous jouez à un jeu dangereux, soutint Ryô.

— Croyez-vous ? Nous verrons dans les prochains jours qui joue le jeu le plus dangereux, continua l'homme sans se laisser influencer par la menace qu'il ressentait malgré la distance qui les séparait.

— Vous venez de signer votre arrêt de mort… Heiji, rajouta Ryô durement, lui signifiant ainsi qu'il savait qui il était.

L'homme en frémit et raccrocha comme s'il venait de parler au diable en personne.

— Tout va bien, grand frère ? Demanda la jeune femme en découvrant son extrême pâleur.

— Il connait mon prénom, ricana-t-il nerveusement.

— Il est doué.

— C'est vraiment un adversaire redoutable, j'en ai la confirmation. Je n'ai qu'un conseil à te donner petite sœur, et je veux que tu le suives à la lettre. Restes éloignée de moi tant que je n'ai pas fini ce contrat. Je ne veux pas qu'il découvre que tu en es l'origine.

— Il en sait peut-être plus que tu ne le penses.

— C'est une raison supplémentaire pour que tu t'écartes de ce projet.

— Comme tu voudras, grand frère, soupira la jeune femme.

— Heiji ? Reprit Kaori intriguée.

— Oui. C'est le prénom de l'homme qui a offert un verre au vieux Tommy et au vue de la réaction de notre interlocuteur mystère nul doute qu'il s'agisse de lui.

— Il sait alors que tu es sur sa trace.

— Il est prévenu. S'il est sage, il renoncera à son contrat… S'il ne l'est pas… Je te ferai payer ma protection rapprochée de la même manière que je le souhaiterai avec nos clientes, dit-il si sérieusement qu'elle ne savait pas s'il plaisantait ou non et se mit à rougir violemment.

— Allons-nous coucher, dit-il ensuite en l'attrapant par la taille l'air de rien.

— Que… Quoi ? Bégaya Kaori.

Prise de court à son tour, elle abattit soudainement la massue sans y réfléchir.

— Qu'est-ce que j'ai fait ? Protesta Ryô sous la masse.

— Désolée, dit-elle penaude avant de courir dans sa chambre.

Se dégageant aisément, il la regarda partir en esquissant un sourire.

Pour pouvoir enquêter plus facilement, Ryô avait décidé de faire l'impasse dès le lendemain de l'appel de ce fameux Heiji.

— Tout de même ! Il aurait pu te dire où il allait, râla Yuka.

— Je suis navrée, fit Kaori mal à l'aise.

— Et moi qui me faisais une joie de pourvoir le taquiner, soutint Saeko.

— Bon, puisque Monsieur n'est pas là, nous allons travailler sur la scène de retour au château, souligna Yuka.

— Tu n'as vraiment pas d'idée ? Demanda Saeko à Kaori en un murmure.

— Je… Peut-être est-ce dû à l'appel d'hier soir, répondit-elle de la même manière.

— Que veux-tu dire ? Questionna l'inspectrice.

— Je…

— En scène ! Fit Yuka si soudainement qu'elles s'arrêtèrent de discuter.

Saeko demeura côté jardin tandis que Kaori gagna le côté cour.

— Rose, emplie de chagrin d'avoir dû abandonner son rendez-vous galant, est arrivée au château en compagnie de ses trois marraines. Celles-ci, ne parvenant pas à chasser sa tristesse, décident de la laisser seule. Soudain, une lueur mystérieuse attire l'attention de la princesse, narra Yuka.

Sur scène Kaori passa à l'action et prit un regard hypnotisé, regardant droit devant elle comme si la boule lumineuse lui faisait face. Puis elle avança lentement, tendant une main vers l'avant.

— Très bien, continue ainsi, souligna Yuka.

Tout comme la veille, des spectateurs se trouvaient dans la salle. La critique théâtrale était de nouveau présente mais avait pris soin de rester le plus à l'ombre possible.

'Le jeu de cette personne est intéressant', songea-t-elle.

— Maintenant, s'exclama Yuka donnant ainsi le tempo à la personne située en coulisse.

Un épais nuage de fumée apparut juste devant Kaori qui venait d'arriver vers le milieu de scène. La fumée se fit soudain dense et plus épaisse qu'elle n'aurait dû l'être. Kaori se mit à tousser, à suffoquer. Malgré le danger qu'elle ressentie, Saeko se glissa sur scène pour aller aider son amie.

— Kaori ? Appela-t-elle un mouchoir devant elle.

Inutile... Elle se mit à son tour à suffoquer et entendit un son mat.

Elle fit marche arrière pour sortir de la fumée, mais la toxine était si forte qu'elle succomba à son tour.

'Que se passe-t-il ?' Se demanda la critique.

Sur scène, Kaori s'était écroulée, la respiration sifflante, une vive douleur dans la cage thoracique. Elle avait l'impression qu'un feu lui brûlait les poumons.

Elle ressentit une présence à ses côtés et peina à ouvrir les yeux. Puis il y eut comme un grand bol d'air frais. Elle eut le temps d'identifier le regard de Mick derrière un masque à gaz, puis elle devina la silhouette d'Umibozû portant Saeko sur une épaule et elle perdit connaissance.

Dans le même temps.

— Reïka ? Appela Yuka alarmée.

Sans réponse de sa part, elle courut en coulisse en contournant l'épaisse fumée dont les vapeurs lui brûlèrent légèrement les poumons. Miki courut à sa suite, un masque à gaz sur le nez. Kazue, demeurait en retrait, appuya sur le premier bouton qu'elle aperçut qui s'avéra être une alarme d'évacuation. Entre la fumée menaçante et l'alarme les spectateurs, prudents et affolés sortirent rapidement du théâtre.

— Reïka ? S'exclama Yuka en l'apercevant allongée au sol à proximité de la source de la fumée.

Miki remarqua des produits chimiques qui n'avaient pas à se trouver ici. Sans trop s'attarder, elle parvint à soulever Reïka qui reprenait ses esprits.

— Yuka, enfile ce masque, ordonna Miki. Sortons de là, dit-elle ensuite avec autorité.

— Ma tête, gémit Reïka.

Soutenue par sa sœur et son amie, elle parvint à avancer et se retrouvèrent bien vite à l'air libre. L'alarme déclenchait par Kazue avait provoqué l'aspiration de la fumée sur scène et l'arrivée assez rapide de l'équipe de sécurité. Un des hommes s'était arrêté auprès de Mick pour faire le point, un second avait arrêté l'alarme mais sans arrêter l'aspiration. Deux autres avaient pris en charge Saeko et Kaori, toutes deux inconscientes et l'unité médicale d'urgence avait été elle aussi prévenue.

— Saeko… Kaori, fit Yuka en retirant le masque et se mettant soudainement à tousser du sang.

— Yuka… s'inquiéta Reïka.

— Mademoiselle, avez-vous été exposé à la toxine ? Questionna un des hommes.

— … Brièvement, admit-elle.

— Y avait-il d'autres personnes dans la salle ? Continua-t-il

— Il y avait bien des spectateurs, mais ils sont demeuraient dans le fond de la salle, expliqua Mick.

— Nous allons devoir faire appel à une équipe de décontaminations. Savez-vous où était la source de la fumée ? S'enquit le responsable.

— Oui, nous en venons, répondit Miki aidant Reïka à s'asseoir sur le sol.

— Pourriez-vous nous y conduire ? La vie de vos amies en dépend.

— Bien sur, suivez-moi, dit-elle du tac au tac.

Il y avait eut une intoxication quelconque et il fallait identifier la toxine au plus vite.