Chapitre 6 : De dangereuses répétitions (2ème partie)
—Nous allons devoir faire appel à une équipe de décontaminations. Savez-vous où était la source de la fumée ? S'enquit le responsable.
— Oui, nous en venons, répondit Miki aidant Reïka à s'asseoir sur le sol.
— Pourriez-vous nous y conduire ? La vie de vos amies en dépend.
— Bien sur, suivez-moi, dit-elle du tac au tac.
Il y avait eut une intoxication quelconque et il fallait identifier la toxine au plus vite.
Kaori, Saeko, Reïka et Yuka furent évacuées assez vite du théâtre ; et bien que Ryô qui venait tout juste d'arriver joua de son charme pour tenter de repartir au plus vite, rien n'y fit. Il passa lui aussi à la séance de décontamination qui termina en fou rire sous le regard assez curieux de l'équipe de décontamination…
A l'hôpital, les urgentistes s'affairèrent à mettre les « victimes » sous oxygène en attendant de savoir à quelle toxine elles avaient été soumises. Grâce aux produits chimiques trouvés sur place, il avait été aisé d'identifier le gaz inhalé et l'information avait été vite transmise aux urgentistes qui avaient alors pu agir en conséquence.
Yuka avait à peine été touché par la toxine et récupéra rapidement. Mais devant l'autorité de son père, le préfet Nogami, les médecins la gardèrent une nuit de plus sous surveillance, tout en demeurant dans la même chambre que ses sœurs.
Bien que se trouvant à côté de la source de la fumée, Reïka n'avait pas inhalé de gaz, mais elle avait souffert d'une commotion cérébrale inexplicable.
Le théâtre, fermé lors de l'enquête, avait du subir lui aussi une forte décontamination… Résultat, les répétitions prirent une semaine de retard.
Un peu plus atteinte, Kaori était restée deux jours de plus sous surveillance hospitalière. Par contre il n'y avait aucun indices permettant d'identifier le responsable, ou d'expliquer ce qu'il s'était passé.
Ryô se sentait un peu coupable de ne pas être resté au théâtre, mais cela lui avait permis d'en apprendre plus sur ce Heiji. C'était un jeune homme d'une trentaine d'années. Son unique ambition : prouver qu'il était le meilleur dans le milieu. Il avait pris sous sa coupe sa jeune sœur Anko qui, elle, demeurait un mystère pour le moment.
Trouvant sa partenaire encore affaiblie après son séjour à l'hôpital, Ryô demanda un jour de repos supplémentaire. Yuka accepta tout en commençant à se demander si quelqu'un ne voulait pas que le spectacle ne se fasse au vue du résultat de l'enquête diligentée par son père.
Lorsque les répétitions reprirent, les incidents suivirent.
Une première fois le décor se décrocha, manquant d'assommer Kaori. Un autre jour ce fut une suite de chutes de projecteurs qui la mirent à mal. Là, l'intuition de Yuka lui souffla une autre possibilité. Il lui parut soudain très probable que ce n'était pas son spectacle que l'on tentait de démolir, mais qu'une vile personne avait pris Kaori pour cible. Même un des journaux locaux en faisait mention dans sa page de faits divers. « Une pièce de théâtre maudite… Depuis qu'elles ont commencées, les répétitions de la pièce de théâtre, dirigée par la jeune Yuka Nogami, semblent être la proie d'une malédiction… »
Et elle en eut la certitude le jour d'après, lors de la répétition de la séquence avec le rouet.
Tout se passait bien jusqu'à ce que Kaori rapprocha sa main du rouet, prête à se piquer à la pointe.
— Stop ! Fusèrent les voix de Ryô, Mick et Umibozû.
Ce fut si soudain qu'elle sursauta et fit un pas en arrière. Elle se sentit aussitôt blêmir et un froid intense lui tenailla l'estomac.
— Pourquoi m'arrêtez-vous ainsi ? Questionna-t-elle surprise sentant son cœur bondir dans sa poitrine et se tournant vers eux.
Sans un mot, Ryô se rapprocha d'elle tout en cueillant une fleur fraîche dans le décor. Là, il piqua la fleur à la pointe du rouet et la fleur se fana à vue d'œil.
— C'est… commença-t-elle en balbutiant.
— Du poison, termina-t-il gravement.
— Du poison ? Reprit Yuka… Quelqu'un pourrait-il me dire ce que tout cela signifie ? Finit-elle par demander.
Ryô se gratta la tête un instant et échangea un regard avec sa partenaire qui parvint à lui sourire malgré tout.
— Nous allons remettre un peu d'ordre pendant que tu lui expliques les grandes lignes, déclara Saeko lui laissant sous-entendre que Kaori était parvenue à lui faire un petit topo de la situation.
— Bien, acquiesça-t-il souriant à sa moitié.
…
Quelques minutes plus tard
…
— Mais c'est terrible, souligna Yuka.
— Et le problème est bien plus préoccupant que tu ne peux le penser. La personne qui agit est très discrète nous n'arrivons même pas à percevoir son agressivité, son animosité.
— Elle a peut-être tout prévu à l'avance.
— J'en doute, soupira-t-il. Je suis certain qu'ils sont au moins deux sur l'affaire, précisa-t-il ensuite. Combien de séances reste-t-il ?
— Trois-quatre en principe, peut-être moins si tu ne fais plus le pitre. L'avant-avant-dernière répétition sera costumée et nous réviserons la pièce intégralement. Nous verrons à ce moment-là si nous sommes au point et si nous devons retoucher les costumes. La prochaine est prévue demain quant aux trois autres, elles auront lieu durant la dizaine de jours précédent Noël, la dernière étant prévue la veille. Nous pouvons fermer ces dernières répétitions au public. Après tout la personne qui en veut à Kaori était peut-être parmi nous.
— C'est bon, tout est en ordre en bas, dit Saeko en revenant.
— Où sont Kaori et Reïka ? Questionna Ryô.
— Elles se trouvaient juste derrière nous, soutint Miki soudain inquiète pour ses amies.
'Bon sang,' songea Ryô en se mettant à courir vers les coulisses, Yuka sur ses talons et un doute subit à l'esprit.
Le message qu'il avait lu sur le tableau à message le matin même lui sembla soudain plus clair.
…
Flashback.
N'oubliant pas l'approche de Noël, Ryô et Kaori étaient allés voir le tableau à message espérant y trouver une demande de travail plus « sérieuse ». Mais ce qu'ils trouvèrent les laissèrent encore plus perplexes.
« XYZ : Épouse-moi, ou ELLE mourra. Elle a beau avoir évité mes cadeaux, cette fois mes tentacules se resserreront autour de sa fine gorge blanche »
Le message était on ne peut plus clair cependant le signataire n'avait laissé aucun nom, ni numéro de téléphone, ni date de rendez-vous … Rien. Absolument rien si ce n'était que cette personne semblait connaître leur emploi du temps. Une chose était certaine le ELLE faisait allusion à Kaori, donc elle la connaissait aussi, au moins en visuel.
Sentant sa partenaire frémir, il l'avait attrapé par la taille pour lui remonter le moral, lui caressant discrètement mais non moins sensuellement sa hanche puis ils étaient retournés silencieusement à l'appartement.
— Ryô ? Crois-tu que le couple que nous avons vu a pu impliquer une tierce personne.
— C'est une possibilité. Cela expliquerait pourquoi nous n'avons pas ressenti d'animosité avant les diverses tentatives qui t'ont touché.
— Et là… Cela impliquerait aussi qu'ils s'en sont pris à notre entourage.
— J'espère que ce n'est pas le cas. Je ne voudrais pas avoir à affronter la gente féminine qui m'entoure, ricana-t-il d'un air libidineux avant de se prendre un bon coup de massue…
Fin du flashback
…
Quelques instants plus tôt dans la salle des accessoires.
…
— Et voilà, fit Kaori en se frottant les mains et regardant autour d'elle.
— Kaori ? Tu viens ? Entendit-elle Saeko l'appeler.
— Kaoriii, dans mes bras, fusa Mick la bouche en cœur.
La massue de Kazue eut raison de lui.
— Désolée, dit-elle ensuite, penaude et s'adressant à son amie.
— Ne t'en fais donc pas. J'ai l'habitude avec Ryô, rétorqua-t-elle une massue de son cru prête à l'emploi. Vas-y, j'arrive. Celle-ci va demeurer ici avec les autres accessoires. Je n'aurai pas loin à chercher si le besoin se présente, ricana-t-elle.
Kazue, aidée par Falcon, traîna Mick à sa suite tandis que Kaori chercha le meilleur endroit pour déposer sa massue. Une fois chose faite elle se tourna vers la porte et fit signe à Miki d'y aller. Elle retraversa la salle des accessoires et s'arrêta soudainement sur le pas de la porte au moment où elle allait la fermer.
Attirée par une sensation étrange, elle retourna à l'intérieur de la salle et se dirigea directement vers l'étagère la plus au fond… la plus cachée. Elle découvrit alors ce qui lui sembla être une bombe très artisanale.
'Je suis certaine qu'elle n'y était pas lorsque nous sommes rentrés. Ils l'auraient tous découverte. Je dois vite prévenir les autres', songea-t-elle en faisant demi-tour et courant vers la sortie. 'Elle a quand même un drôle d'aspect.'
Elle fut coupée net dans son élan en heurtant ce qu'elle pensa être une barre de fer mais qui s'avéra être un bras.
— Qui êtes-vous ? Que faites-vous là ? Demanda-t-elle en se relevant à la personne cagoulée qui lui faisait alors face.
Pour toute réponse la personne se jeta sur elle et tenta de la frapper au visage. Kaori parvint à esquiver les assauts mais fut contrainte de battre en retraite vers l'étagère où se trouvait la bombe. Elle frappa à son tour. Surprise par la réaction de sa proie, l'agresseur n'eut pas le temps de se pousser et reçu son poing en plein visage.
Le visage qu'elle devinait sous la cagoule lui lança alors un regard méprisant, rageant. Kaori ressentit toute la hargne qu'éprouvait cette personne à son encontre et se sentit presque paralysée tandis que son agresseur chargeait de nouveau.
Acculée, elle chercha une ouverture pour pouvoir s'esquiver mais la chance tourna brusquement. Elle reçut de plein fouet le poing de la personne dans l'estomac.
Le souffle coupé, elle se plia en deux au profit de son agresseur qui en profita pour la saisir à la gorge en la relevant si brutalement qu'elle se retrouva sur la pointe des pieds. Surprise par cette prise soudaine et la puissance de ses mains autour de son cou malgré son corps svelte, Kaori se débattit, tentant de se libérer de cette étreinte mortelle.
Elle frappa les bras de son adversaire mais sentit sa force l'abandonner tandis que sa respiration s'amenuisait et que son regard se voilait. Elle cru percevoir l'écho lointain de pas de courses avant de perdre connaissance et de relâcher les bras de son adversaire…
…
— Ryô, attends-moi, fit Yuka en courant après lui.
Il était bien trop rapide pour elle et elle remarqua vite avoir été suivi par le reste de la troupe.
— Que se passe-t-il ? Questionna Kazue un peu perdu
— Kaori et Reïka doivent être en danger, rétorqua Mick.
— Est-ce bien nécessaire que nous soyons tous présents pour les aider ? Demanda-t-elle ensuite.
— L'union fait la force, Honey, sourit Mick.
Lorsque Ryô parvint à la salle des accessoires, il entendit plus qu'il ne la vit les gémissements très étouffés de sa partenaire. Il se hâta dans ce petit dédale et la trouva. Face à elle un homme, une femme, cagoulé, était en train d'étrangler sa partenaire dont il aperçut les bras relâcher ceux de l'agresseur.
'Kaori !' Songea-t-il en parcourant les derniers mètres si rapidement que la personne ne remarqua sa présence que lorsqu'elle ressentit une forte étreinte et torsion au niveau de son poignet droit.
Laissant échapper un cri de douleur, qui sonna féminin aux oreilles du nettoyeur, l'agresseur laissa tomber sa proie. Cette dernière chuta lourdement sur le sol, inerte.
