Chapitre 7 : Et l'agresseur est…
Laissant échapper un cri de douleur, qui sonna féminin aux oreilles du nettoyeur, l'agresseur laissa tomber sa proie. Cette dernière chuta lourdement sur le sol, inerte.
Cette voix… Il connaissait cette voix…
Inquiet du manque de réactivité de sa partenaire, Ryô relâcha l'agresseur qui prit aussitôt la poudre d'escampette.
— Kaori ! S'exclama-t-il aussitôt en se penchant au dessus d'elle.
Il lui tapota les joues, espérant la faire réagir… vainement. Il déposa alors lentement sa tête sur sa poitrine qui lui paraissait bien trop immobile. Il s'alarma d'autant plus lorsqu'il conclut qu'elle ne respirait plus et que son cœur s'était arrêté de battre.
— Kaori ! S'exclama-t-il derechef.
Malgré la sensation de danger qu'il ressentait, il commença à lui faire un massage cardiaque.
'Kaori, respire,' songea-t-il en insistant.
Il lui avait déjà insufflé de l'air une première fois et s'apprêtait à réitérer son geste lorsqu'il nota qu'elle était en train d'ouvrir ses yeux. Il ne s'arrêta pas pour autant et se pencha de nouveau vers elle, non pas pour lui insuffler de l'air, mais pour l'embrasser avec avidité.
— Ryô… Bombe… Dit-elle d'une voix brisée en l'interrompant.
— Bombe ?
— Sur… l'éta…gère… Der… rière, rajouta-t-elle en portant une main à sa gorge très douloureuse et éprouvant une gêne pour respirer.
Ryô se releva rapidement et trouva la bombe assez vite tandis que Yuka arrivait en se frottant la tête.
Bien que sa « troupe » soit derrière elle, elle avait été la première à croiser la route de l'agresseur qui l'avait alors violemment poussée pour pouvoir passer. Déséquilibrée, Yuka en avait heurté une étagère à ses côtés tandis que l'agresseur s'était retrouvé face à tous sans échappatoire possible.
— Tout va bien ? Demanda-t-elle vite rejoint par le restant de la troupe et l'agresseur qu'Umibozû retenait fermement.
Mick vit rouge lorsqu'il remarqua Kaori au sol, mal en point.
— Mick ! Retiens tes poings… ELLE n'est pas responsable de ses actes. L'éléphant, doucement, inutile de l'assommer pour la faire taire. Tu n'as qu'à la bâillonner, souligna Ryô sans se retourner.
— Elle ? répéta Mick perplexe en dévisageant l'agresseur cagoulé et rabaissant son bras.
— Oui, Elle, reprit Ryô en désarmant la bombe. Ce canon à confettis était inoffensif. Ne lui retirez pas la cagoule, l'endroit ne s'y prête pas, rajouta-t-il ensuite en se retournant.
Il trouva Kazue en train d'ausculter Kaori qui peinait toujours à respirer et qui s'était attrapé le ventre douloureux.
— Ryô, tu devrais l'emmener à l'hôpital, suggéra-t-elle.
— Nous irons plutôt chez le professeur, souligna-t-il. Saeko, tu peux raccompagner Yuka. Mick, Kazue, merci pour votre aide. Kasumi, à moins que Miki et l'éléphant n'aient besoin de toi au Cat's Eyes pour la soirée, tu peux aussi retourner chez toi.
— Quant à nous nous t'accompagnons chez le professeur, intervint Umibozû de sa voix bourrue.
— Exact, acquiesça Ryô.
— Où est Reïka ? S'exclama soudain Yuka en regardant autour d'elle.
Saeko et Ryô s'échangèrent un regard entendu, il était inutile de la troubler davantage.
— Il me semble l'avoir vu partir avant que nous descendions mettre de l'ordre, intervint Miki qui semblait avoir compris la problématique.
Suspicieuse quant à la véracité de cette information, Yuka n'en dit rien. Peut-être parviendrait-elle, pour une fois, à tirer les vers du nez de son aînée même si elle savait que c'était peine perdue d'avance.
Chacun approuva Ryô tandis que ce dernier aidait sa partenaire à se lever. Notant très rapidement qu'elle avait du mal à avancer et que sa respiration était un vrai calvaire, il décida de la prendre dans ses bras.
— Ryô, parvint-elle à dire d'une voix rauque et étouffée.
— Ne parle pas pour le moment, conseilla Kazue encore à ses côtés.
Ce fut dans un silence quasi religieux qu'ils gagnèrent leur véhicule respectif.
— Kaori, si tu as davantage de mal à respirer, ou le moindre problème supplémentaire, fais-moi signe même si je conduis, dit Ryô en l'installant dans la mini.
…
En chemin.
…
Toujours perplexe, Yuka brisa soudain le silence anormal qui régnait dans le véhicule de sa sœur aînée.
_ Saeko ?
_ Qu'y a-t-il, Yuka ?
_ Pourquoi Reïka serait-elle partie si vite ?
_ Elle a peut être reçu un message important sur son bipeur, suggéra l'inspectrice.
'Bipeur ?' Nota-t-elle pour elle-même.
_ Elle nous aurait avertis, tu ne penses pas ?
_ Elle n'en a certainement pas eut le temps. Tu sais en situation d'urgence tu ne penses pas forcément à tout, sourit-elle en observant sa jeune sœur dans le rétroviseur.
…
_ Comment avait l'air d'aller Kaori ? Questionna Mick.
_ Elle a été très secouée. Elle a un hématome sur le ventre mais je m'inquiète plus pour sa trachée. Son agresseur voulait vraiment la faire taire… Sans mauvais jeu de mots… Par ailleurs, ce qui m'étonne le plus c'est que tu n'ais pas cherché à sauter sur l'agresseur quand tu as su s'il s'agissait d'une femme.
_ Ryô semblait connaître son identité sans avoir vu son visage.
_ Je ne suis pas plus avancé que toi, et je reste assez intriguée. Peut-être nous le dira-t-il à tête reposée.
…
_ Je me demande pourquoi elle a fait cela, fit remarquer Miki.
_ Elle semble beaucoup plus calme que tout à l'heure mais plus perdue aussi. Peut-être est elle redevenue elle-même.
_ Kazue semblait très inquiète pour Kaori.
_ Ça se comprend… Tiens… Pourquoi accélère-t-il ainsi ?
_ Kaori a sans doute des ennuis.
…
En effet dans la voiture devant eux…
Se remémorant les paroles de son partenaire et se sentant suffoquer, Kaori avait brutalement saisi la veste de Ryô et tirait dessus pour se manifester.
Se tournant vers elle, son état l'alarma. Elle était en nage et peinait à respirer. Puis elle relâcha sa veste, comme si ses forces l'abandonnaient.
_ Tiens bon, Kaori. Nous y sommes presque, dit-il en appuyant sur l'accélérateur.
_ Mer… ci, l'entendit-elle murmurer faiblement et difficilement.
Cela le rassura un peu. Au moins elle n'était pas inconsciente. Arrivé devant chez le professeur, il se gara à la va vite et descendit rapidement du véhicule dont il fut le tour pour prendre Kaori dans ses bras.
Lorsqu'il s'annonça dans le sas d'entrée il entendit la voiture d'Umibozû arriver et sentit Kaori s'alourdir dans ses bras elle venait de nouveau de perdre connaissance.
_ Bonsoir, Ryô, que… Suis-moi, vite ! S'interrompit-il en découvrant Kaori inerte dans ses bras.
Ils gagnèrent rapidement le complexe médical situé au sous-sol et Ryô déposa sa partenaire sur la table chirurgicale, priant qu'elle n'ait pas besoin d'intervention.
_ Que lui est-il arrivé ?
_ Une femme a tenté de l'étrangler … Elle a fait un arrêt cardiaque, j'ai dû lui faire du bouche à bouche.
_ À ce point ?
_ Oui. Kazue la ausculté et m'a conseillé de l'emmener à l'hôpital… Elle paraissait assez inquiète.
_ Et à raison. Sa trachée a été sévèrement comprimée ce qui a provoqué un hématome, fit le professeur en notant la forte marque laissée à son cou ainsi que son gonflement anormal. J'aurais aimé que Kazue soit ici. Son aide m'aurait été bien précieuse souligna-t-il ensuite.
_ Je suis là. En quoi puis je vous aider ? Demanda-t-elle essoufflée en entrant dans la salle.
_ Kazue ! S'exclamèrent Ryô et le professeur.
_ J'ai lourdement insisté auprès de Mick même s'il ne veut pas admettre que c'est aussi son inquiétude qui l'a poussé à changer de direction.
_ Peux-tu la préparer ? Nous allons la sédater pour lui faire des examens complémentaires. En premier lieu mets-la sous oxygène.
_ Bien.
_ Professeur, je vous confie Kaori. Je vais retrouver nos amis à l'étage. Je ne pourrais pas vous aider en restant ici, souligna Ryô.
_ Ne t'en fais donc pas. Elle est entre de bonnes mains, sourit le professeur si chaleureusement qu'il lui remonta le moral.
Lorsqu'il parvint à l'étage, ce ne fut pas seulement Umibozû, Miki et Mick qu'il trouva, mais toute la troupe.
_ Merci, dit-il simplement avant de se tourner vers la personne toujours cagoulée dont le regard était désorienté et qui cherchait à se défaire des liens et du bâillon.
_ Tu peux la détacher, Umibozû. Elle est redevenue inoffensive.
La personne se tourna vers Ryô encore plus perdue. Pourquoi avait-il dit cela ? Que s'était-il passé ? Qu'avait elle fait ? Pourquoi ses amis la dévisageaient elle ainsi ? Et pourquoi avait-elle la sensation d'avoir le visage obstrué ?
Lorsqu'Umibozû lui retira ses liens, elle s'empressa de porter ses mains à son visage et devina une cagoule sous ses doigts. Sa main droite lui étant très douloureuse, elle décida de reposer celle-ci. Le geste n'échappa pas à Ryô qui grimaça.
'Qu'est-ce-que c'est que ce délire ?' S'étonna-t-elle intérieurement tandis que l'on lui retirait son bâillon.
Elle remarqua Saeko attraper Yuka par la taille et lui murmurer quelques mots. Le regard de la jeune fille la déstabilisa. Elle retira finalement la cagoule et entendant l'étonnement, l'horreur, de sa jeune sœur en eut un fort pincement au cœur. Elle se sentait nauséeuse, fautive… et très mal à l'aise.
_ Reïka ? S'exclamèrent Mick et Kasumi non moins surpris.
Elle eut alors la certitude d'avoir fait une énorme bêtise.
Nda : Pour la suite il faudra patienter un peu plus. ;o)
