Chapitre 9 : Hypnothérapie (1ère partie)
— Tout comme cela peut être la source de ton hypnose, affirma Saeko si durement que Reïka le laissa tomber entre les deux sièges avant du véhicule.
— Je l'ai, dit Yuka en le récupérant fièrement alors qu'elle n'avait pas fait attention à la discussion.
— Éteins-le, commanda Reïka.
— Mais ?
— C'est un ordre, renchérit Saeko.
— Ok ok, soupira la jeune fille en respectant l'ordre et le reposant ensuite dans le vide poche à sa droite.
Quelle mouche avait piqué ses sœurs ? Ce n'était pas la peine d'être si dure avec elle.
…
Quelques minutes plus tard après avoir déposé Yuka, Saeko et Reïka arrivèrent chez cette dernière. Curieusement la lumière était visible dans l'appartement de Ryô.
— Aurait-il changé d'avis ? S'étonna Reïka.
— J'en doute… Il ne va pas rater l'occasion de nous sauter dessus sans avoir Kaori dans ses pattes.
— Tu as raison… Mais c'est beaucoup moins amusant pour le coup, soupira Reïka.
Lorsqu'elles ouvrirent la porte de l'appartement de Reïka, celui-ci était plongé dans l'obscurité.
'Curieux', songea Saeko au moment où Reïka allumait la lumière.
— Dans les bras mes jolies ! S'écria Ryô en leur sautant littéralement dessus sans leur laisser le temps de réagir.
Prises au dépourvu elles sentirent les bras de Ryô se poser autour de leur taille en riant nerveusement. Saeko reprit rapidement son sérieux et se dégagea de son étreinte.
— Ryô, râla-t-elle. Tu devrais avoir honte… pense un peu à Kaori, le réprimanda-t-elle tandis qu'il tentait d'embrasser Reïka qui reculait sans cesse.
— Ryô, tu n'as toujours pas signé ceci, dit Reïka en lui tendant un contrat de mariage.
À la vue du document le nettoyeur la relâcha soudainement, le visage grave. Surprise, Reïka en perdit l'équilibre et tomba à terre. Le message du tableau était de nouveau dans les pensées du nettoyeur. La personne qui avait hypnotisé Reïka avait dû utiliser ce point de jalousie.
— Ryô, tu aurais pu faire attention, grommela Reïka en se frottant le derrière.
Le regard qu'il lui lança, bien qu'involontaire, la glaça de terreur.
— Ryô ? Interrogea-t-elle.
Saeko ressentit la peur dans la voix de sa sœur et intervint aussitôt en l'aidant à se relever avant de se rapprocher du nettoyeur et de poser une main sur son torse chaleureux et musclé.
— As-tu trouvé quelque-chose ? Demanda-t-elle d'une voix suave.
— La caméra camouflée dans la statue de chat de son bureau.
— La caméra ? Reprit Reïka… Ha oui ! La caméra, répéta-t-elle en riant nerveusement. Je l'ai faite installée le mois dernier. Un client refusait de me payer, prétextant n'être jamais venu. Je lui ai envoyé Falcon suite à une discussion avec Miki… Je ne sais pas pourquoi, mais pour le coup il a vite réglé son dû. Les vidéos sont transmises et enregistrées directement sur mon ordinateur, expliqua t elle en se dirigeant vers son bureau.
— Recherche directement dans les vidéos datant d'une semaine et moins, ordonna Ryô.
Sans demander pourquoi Reïka obéit.
— J'y suis, dit-elle. Il y avait eu pas mal de visiteurs, mais un couple se dénota rapidement.
— Pause, ordonna Ryô.
— Tu les connais ? Demanda Saeko.
— C'est le couple dont je t'ai parlé il y a quelques jours maintenant.
— Celui qui a suivi Kaori lorsque Yuka lui a présenté sa demande ? Continua l'inspectrice.
— Celui-là même. L'homme se prénomme Heiji. La femme à sa gauche, c'est sa sœur Anko qu'il a pris sous son aile… C'est curieux son visage me semble familier, où ai-je bien pu la voir ? Se demanda-t-il de vive voix.
— Je ne me rappelle pas les avoir vu au bureau, balbutia Reïka.
— Nous irons trouver Miki dès demain. Si tu le veux bien, elle t'hypnotisera pour t'aider à te souvenir et surtout pour briser le charme, déclara Ryô.
— Reïka, fais-moi une copie de cette image, cela facilitera mes recherches.
— Bien.
— Regardons quand même la suite, suggéra Ryô.
Les jours suivants seul l'homme était revenu, le dernier enregistrement datant du matin même.
— Je crois qu'il serait plus prudent pour toi, et Kaori, que tu viennes passer quelques jours chez nous, suggéra Ryô.
— Prudent ? Avec un mokkori man tel que toi ? Ironisa Reïka.
Le nettoyeur en tomba à terre tandis que Saeko pouffa de rire.
— Je… Je suis sérieux, ronchonna-t-il en se relevant. Bon je rentre. Reïka, je compte sur toi pour me rejoindre à l'appartement. Saeko, ramène la de force s'il le faut, grommela-t-il ensuite avant de partir… Jubilant intérieurement.
— Il était vraiment sérieux ? Questionna Reïka.
— Il peut être très sérieux, souligna Saeko… Je peux me tromper, mais je ne pense pas qu'il tente quoi que ce soit sans Kaori à domicile. Cependant, méfies-toi quand même.
— Tu sais… Je me laisserai bien tenter pour une fois, sourit Reïka espiègle.
— J'ai entendu, leur parvint la voix lointaine et intéressée de Ryô.
Déstabilisée, Reïka en tomba à terre tout en rigolant nerveusement tandis qu'un corbeau coassa derrière Saeko.
— Il a l'ouïe fine le bougre, soupira-t-elle.
…
Le lendemain, au milieu de la matinée et après une nuit tranquillement agitée, Ryô et Reïka passèrent chez le professeur pour y récupérer Kaori.
— Bonjour, Ryô, Reïka… Oh ! Tu as une petite mine dis-moi, fit-il remarquer.
— Ryô m'a empêché de dormir correctement, dit-elle sans penser à mal et intriguant le professeur.
— Tu ne perds pas le nord toi, dit-il ironiquement en le regardant avec un large sourire.
— Hé ! Ce n'est pas ce que vous cro… Une mini-massue le frappa en plein visage l'empêchant de finir sa phrase.
— Ce n'est pas sympa ça ! D'habitude il y a un cri qui prévient, dit-il avant de tomber en arrière tandis que le professeur perdit son sourire en observant la propriétaire de la massue essoufflée par son geste.
— Je te rappelle qu'elle n'a pas le droit de parler pendant quelques jours, souligna le professeur.
Reïka en eut les larmes aux yeux, et s'approchant d'elle la serra dans ses bras.
— Doucement, murmura Kaori.
— Venez, allons nous asseoir, proposa le professeur.
Quelques instants après, au salon.
— Peut-on m'expliquer ? Demanda Kaori en un murmure, intriguée par le coquard de Reïka.
Ryô nota alors sa main droite posée sur son ventre de manière protectrice.
— Nous avons appréhendés la personne cagoulée qui a cherché à t'éliminer… Seulement, cette personne n'agissait pas de son plein gré, expliqua Ryô qui pu lire l'étonnement et la réalisation sur le visage de sa partenaire.
— Toi ? Questionna-t-elle d'une voix faible et étonnée en se tournant vers Reïka.
'Elle est perspicace,' Songea le professeur.
— Je suis réellement désolée, dit-elle en baissant la tête.
Kaori déplaça sa main droite et la posa sur son bras pour la réconforter.
— Reïka a agit sous hypnose. La personne qui en est responsable a été la voir régulièrement et Saeko va pouvoir l'identifier grâce aux films de vidéosurveillance du bureau de sa sœur. J'ai invité, en tout bien tout honneur, Reïka à venir habiter chez nous.
Kaori regarda son partenaire d'un œil suspicieux.
— Ryô, il faut que tu saches deux trois choses au sujet de Kaori, dit le professeur si gravement que le nettoyeur reprit son sérieux.
— Je vous écoute.
— Outre le fait qu'elle ne doit pas parler, je lui ai prescrit un médicament pour l'aider à faire diminuer l'hématome. Ensuite, elle a reçu un coup somme toute assez violent dans l'estomac. Aussi ne doit-elle en aucun cas forcer au moins pour les deux prochains jours. Le mieux serait qu'elle demeure allongée sur son lit, même si je sais qu'elle ne le fera pas forcément. Soit gentil avec elle, ce sera plus simple pour chacun, sourit-il.
— Autre chose ?
— Oui. Je lui ai suggéré de garder le bandage autour du cou tant que les marques n'auront pas disparues. Cela attirera certes l'attention, mais les conclusions seront différentes.
— Bien. Merci encore professeur, sourit Ryô en se levant imité par Reïka et Kaori qui, de nouveau, porta sa main à son ventre une fois debout.
Ils saluèrent le professeur et partirent ensuite direction le Cat's Eyes.
…
En parallèle, appartement de Reïka.
La sonnerie demeurant sans réponse, le visiteur sortit un trousseau de clé de sa poche et força la serrure devant lui. Il fit quelques pas à l'intérieur et nota assez vite que l'appartement semblait désert. Se faisait-il des idées ? Il en fit rapidement le tour et soupira. La détective n'était pas là. Avait-il été découvert ? Avait-elle réussi ? S'était-elle fait prendre ? Il y réfléchit un long moment et soupira avant de se rappeler qu'il y avait un second endroit où il pouvait vérifier tout cela. Après tout, elle s'était sans doute absentée pour une fois.
Il prit soin d'effacer les traces de son passage et retourna à son véhicule pour se diriger vers le second point stratégique.
Garé à bonne distance pour ne pas se faire découvrir, il pu observer l'arrivée de sa proie et de sa victime. Ainsi elle avait de nouveau échouée. La cible de sa sœur était toujours en vie. Il décida de s'amuser encore un peu avec son pion et composa un numéro de téléphone.
…
À des kilomètres de là, Saeko, revenant d'une scène de crime, entendit un bipeur sonner dans son véhicule. Surprise, elle se rappela la petite scène de la veille. Ce devait être l'appareil de Reïka qu'elle avait oublié de récupérer.
Une fois sur sa place de parking au pied de l'immeuble où était situé son bureau, Saeko fit le tour de sa voiture pour aller récupérer l'appareil.
— C'est bien le bipeur de Reïka, marmonna-t-elle. Alors quel message a-t-elle… Mon Dieu ! S'exclama-t-elle à la lecture de ce dernier.
Le texte à l'écran était succin mais très explicite. « Tue ! Tue ! Tue ! Tue ! Tue ! »
— Dommage pour toi mon gaillard, mais cette fois cela ne fonctionnera pas, sourit-elle en posant l'appareil dans sa poche avant de refermer son véhicule.
…
'Pas d'agitations dans le café ? Elle n'a sans doute pas le bipeur avec elle, et aller sur place c'est signer définitivement mon arrêt de mort. Restons prudent et rentrons.' Songea l'homme depuis son véhicule.
…
Dans le café.
— Bonjour à vous, salua Miki. Heureuse de te voir, Kaori.
Kaori lui fit un signe de la main et un grand sourire.
— Miki, mon cœur, s'écria Ryô en se rapprochant rapidement d'elle.
Il fut pris en sandwich entre le crâne de Falcon et une mini-massue lancée par Kaori.
— Qu'est-ce qui vous amène ? Demanda Miki en souriant tandis que Ryô assis en tailleur, se frotta la tête douloureuse.
— Brutes, maugréa-t-il.
— J'aurais été hypnotisée, expliqua Reïka.
— Je vois. Viens avec moi, dit Miki en retirant son tablier.
Sans un mot Umibozû prépara ensuite un café à Kaori.
— Tu sembles soucieuse, lui dit-il de sa grosse voix.
— Elle n'a pas le droit de parler, rappela Ryô en se relevant. Et il m'est avis qu'être prise pour cible sans savoir pourquoi, cela joue aussi.
— Vous n'en savez pas plus ?
— Si, quand même. Un couple est derrière tout ça. Un frère et une sœur. Grâce à la vidéosurveillance de Reïka Saeko va pouvoir les identifier. En attendant Reïka est notre invitée, sourit-il béatement.
Kaori se rappela à lui en lui tapant la tête du plat de sa main gauche.
— La personne, qui l'utilise comme un vulgaire pion, est passée chez elle tous les jours. C'est pour éviter un nouveau drame que je lui ai proposée de rester quelques jours chez nous, précisa-il en se tournant vers sa partenaire qui se mit à rougir et lui tira la langue moqueuse.
…
— C'est bien long, remarqua Kaori.
— Je vous laisse le café, je vais voir ce qu'elles font, souligna Umibozû.
— Ce ne sera pas nécessaire, leur parvint la voix essoufflée de Miki.
— Tout s'est bien passé ? Demanda son époux.
— Oui. L'hypnose était profondément dissimulée dans son subconscient. Il m'a fallut un certain temps pour en trouver ce qui me semblait en être la clef. Cette personne est un expert dans ce domaine, expliqua-t-elle en remettant son tablier. J'espère avoir réussi à la retirer complètement.
— Tu devrais te reposer, suggéra Kaori en un murmure et la trouvant pâlotte.
— Ca va aller, sourit Miki. Merci de t'inquiéter.
— Nous allons vous laisser, il y a quelques aménagements à faire à l'appartement, sourit Ryô en attrapant Reïka par la taille.
'Ryô !' Fulmina Kaori silencieusement bien que sa tension fût très palpable.
— Ryô, tu devrais éviter… Je crains fort que le port de charge lourde ne lui soit né… commença Reïka qui s'interrompit aussitôt lorsque la massue tomba à terre en un vacarme assourdissant. Faste, compléta-t-elle alors tandis que Miki se dépêcha de sauter par-dessus le comptoir.
— Kaori ! S'exclama-t-elle en rattrapant son amie de justesse.
