Chapitre 11 : Effet bipeur.
— Si vous avez besoin de plus de temps les amoureux, faites moi signe. Cinq minutes c'est bien trop court, taquina-t-elle en sortant de la chambre.
— Ah, mais non ! Arrête de te faire des films, fulmina Ryô tandis que la détective fermait la porte derrière elle en souriant narquoisement.
Seuls, Ryô se tourna vers sa partenaire encore plus écarlate et il reprit son sérieux.
— Saeko doit passer tout à l'heure. Elle ramène le bipeur de Reïka et pense que c'est la clef de sa transe. Si le bipeur sonne et si Miki n'a pas intégralement retiré l'ordre d'hypnose, il est fort probable qu'elle s'en prenne de nouveau à toi. Dans le cas contraire ou si Saeko se trompe, rien ne se passera. Je préfère te prévenir dès maintenant. Quant à Reïka, Saeko doit lui en parler avant toute chose, dit-il en s'approchant d'elle. Comment te sens-tu ?
— Mieux, murmura-t-elle en souriant. Cette Anko devait être vraiment attachée à ce meurtrier.
— Si elle est bien la personne à laquelle je pense, elle a aussi tenté de faire tomber mes amies par deux fois. La toute première fois je l'ai abordée comme une des jolies jeunes femmes que je peux croiser dans la rue, ricana-t-il au souvenir.
La main de Kaori qui se posa sur son épaule lui fit l'effet d'une douche froide.
— C'était pour mieux lui subtiliser une vidéo compromettante pour elles, se justifia-t-il en tombant à quatre pattes et reculant par réflexe.
La tension de sa partenaire redescendit aussitôt et il la vit soupirer, cachant mal sa morosité.
— Je suis un boulet, murmura-t-elle.
— Ne dis et ne pense plus jamais cela, la sermonna-t-il en lui attrapant la main après s'être de nouveau approché d'elle.
Il porta sa main devant lui et lui embrassa les bouts des doigts avant de se pencher vers elle.
— Reïka, rappela-t-elle à contrecœur alors que son partenaire était à deux doigts de l'embrasser.
Ryô s'arrêta net et soupira.
— C'est vrai… Reposes-toi, je m'occupe du reste, dit-il ensuite en se relevant en lui faisant un clin d'œil.
Elle le regarda sortir et se rallongea. Le professeur avait été clair. Pas d'efforts intempestifs pendant les prochaines 72 heures afin que son corps se remette du coup de poing qu'elle avait reçu. La massue de ce matin avait été un avertissement et un sacré rappel.
…
Bien plus tard elle entendit la sonnette de la porte d'entrée retentir.
'Ce doit être Saeko,' songea-t-elle en se tournant vers la porte de sa chambre avant de regarder l'heure. 'Je me demande ce qu'il a préparé pour le dîner, cela sent vraiment bon.' Se dit-elle ensuite.
Au salon.
—Bonsoir, Saeko, dit gaiement le nettoyeur en lui attrapant les mains.
— Bonsoir, Ryô, Reïka, salua-t-elle en avançant et libérant ses mains.
— Du nouveau ? Demanda Reïka.
— Rien de plus pour le moment. Je passais juste prendre des nouvelles de Kaori et en profiter pour te ramener ton bipeur qui était resté dans ma voiture.
— Oh ! C'est toi qui l'avais. J'ai bien cru l'avoir perdu. Tu me retires une sacrée épine du pied, sourit Reïka en le récupérant des mains de sa sœur, sans se douter une seconde de l'effet néfaste que l'objet lui procurait.
— Que puis-je dire à Yuka ? Questionna ensuite Saeko en souriant.
— Kaori va bien. Comme le professeur l'a signalé hier, elle ne doit pas parler pendant quelques jours et a besoin de se reposer.
— Ça sent drôlement bon… Si Kaori doit se reposer qui donc est le cuisinier ? Demanda l'inspectrice curieuse.
— Reïka s'est proposé de nous faire à manger, expliqua Ryô.
— C'est gentil de sa part, sourit Saeko.
— C'est la moindre des choses que je puisse faire, dit-elle en lui retournant son sourire tandis que le bipeur se mit à sonner.
— Reïka ! Avant de regarder ton appareil je dois te dire quelque chose de très important, intervint Saeko si gravement et rapidement que sa sœur releva la tête vers elle, très intriguée.
— Qu'y a-t-il donc de si urgent ?
— Je pense et suis persuadée que ce Heiji Seguchi te contrôlait à distance par le biais de ton bipeur.
— Qu'est-ce qui te fait dire cela ? Demanda Reïka tandis que l'appareil sonnait toujours.
— Ce matin il s'est mis à sonner dans mon véhicule c'est ainsi que je me suis aperçu qu'il était resté là. Le message que j'ai pu lire sur l'écran en le récupérant était assez clair. « Tue ! Tue ! Tue ! Tue ! Tue ! »
Le regard de Reïka se fit sombre et inquiet puis elle baissa finalement ses yeux vers le bipeur et l'observa longuement, hésitante. Soudain l'écran de l'appareil lui parut devenir imposant, elle se sentit nauséeuse et comme prisonnière d'un tourbillon de mots. La phrase que venait de prononcer sa sœur s'afficha soudainement à l'écran et elle entendit la voix d'un homme résonner dans ses pensées.
« Tue la ! Tue Kaori Makimura ! »
— Non ! S'écria-t-elle subitement en jetant le bipeur avant de s'attraper la tête.
— NON ! Hurla-t-elle de douleur tout en s'attrapant la tête en tombant aussitôt à genoux et en larmes bien malgré elle.
— Reïka ! S'exclama Saeko inquiète pour sa sœur et s'agenouillant à ses côtés pour la réconforter.
Mais à sa grande stupeur celle-ci la repoussa, restant accroupie au sol. Saeko demeura néanmoins à ses côtés.
Ryô entendit la porte de la chambre de sa partenaire s'ouvrir suivit par des pas plus ou moins rapides dans le couloir. Il alla à sa rencontre pour l'aider à avancer.
— Que se passe-t-il ? Demanda-t-elle une fois qu'il fut à ses côtés.
— Reïka doit sans doute rejeter l'ordre qui lui est insufflé via son bipeur, expliqua-t-il tandis qu'ils arrivèrent au salon.
Les deux sœurs étaient toujours agenouillées côté à côte, Reïka pleurant à chaudes larmes et Saeko dépassée par les événements.
— Lâche-moi s'il te plaît, dit Kaori en se tournant vers lui.
— Tu es sûre ?
— Oui.
Ryô la relâcha alors et Kaori s'accroupit lentement vers la détective.
— Reïka ? Appela-t-elle.
Cette dernière se tourna brusquement vers elle, l'air mauvais malgré ses larmes, mais le regard absent.
— Fais attention, l'avertit Ryô.
La tension meurtrière qui se dégageait d'elle était importante.
— Fais-moi confiance, dit-elle en lui souriant avant de se tourner de nouveau vers la détective. Reïka… Reïka, dit-elle ensuite comme pour éveiller un enfant en plein sommeil agité. Réveilles-toi, Reïka ! Le cauchemar est terminé, continua-t-elle d'une voix douce et en la prenant dans ses bras. Chut… Tout va bien. Là… Voilà, c'est fini, dit-elle en la berçant.
— Elle m'a prit une de mes lames, fit Saeko affolée réalisant qu'il lui manquait un kunaï.
— Ne bougez pas et laissez-moi continuer, murmura Kaori en sentant son amie commencer à se détendre et ayant aussi senti le contact léger de la lame contre le bandage autour de son cou.
La main de Reïka s'était mise à trembler, à hésiter… Et finalement… Elle laissa tomber l'arme blanche et ses pleurs recommencèrent de plus belle.
— Reïka, tout va bien. Je vais bien. Plus personne ne fera de mal à Ryô, il est sain et sauf, dit-elle machinalement.
— Pourquoi moi ? S'étonna ce dernier.
— C'est vrai ça. Pourquoi lui ? Reprit Saeko non moins étonnée.
— L'intuition, répondit Kaori en rougissant tandis qu'ils ressentirent la tension de Reïka disparaître et que ses larmes se tarirent.
Elle revint finalement à elle, et fut surprise de se retrouver dans les bras réconfortants et chaleureux de Kaori.
—Que s'est-il passé ? Demanda-t-elle les yeux rougis par ses pleurs et se dégageant de l'étreinte de son amie.
— Une nouvelle tentative dont Kaori a eut raison, expliqua Saeko rassurée de « retrouver » sa sœur.
— Le bipeur… Le bipeur a sonné et j'ai lu et entendu son ordre, se souvint-elle avec horreur.
Cette fois, elle se rappelait de tout. Le bip, le message, l'arrivée de Kaori et son envie folle de l'éliminer. Elle ne faisait que nuire à Ryô, il fallait l'éliminer. Elle avait saisit sa chance… Sa proie s'était agenouillée à ses côtés, inconsciente du danger qui la menaçait. Mais sa voix, ses paroles avaient su la toucher, l'atteindre au plus profond de son être. Ryô était sauf et personne n'allait lui faire de mal. Rassurée, elle su que la personne qui venait de lui parler ne pouvait être celle qu'on lui avait décrite et elle s'était alors réveillée du cauchemar dans lequel elle pensait être.
— Un deuxième passage devant Miki s'impose, mais cette fois-ci nous en savons davantage, affirma Ryô en souriant à sa moitié et aidant les jeunes femmes à se relever, imité par Saeko.
— Navrée pour tout cela, dit Reïka mal à l'aise.
— Ne t'en fais pas pour si peu, fit Ryô.
— Si peu ? J'ai quand même faillit et voulut tuer Kaori, dit-elle choquée par sa légèreté.
— Ce n'est pas comme si je n'avais jamais été prise pour cible ni enlevée, rappela Kaori en un faible sourire.
'Ce n'est pas faux.' Songèrent Reïka et Saeko.
— Bon, conclusion, commença Ryô.
— J'éteins complètement mon bipeur tant que je n'ai pas revu Miki.
— Si il a survécu à ton geste, ironisa Saeko.
— Que veux-tu dire ? S'enquit-elle.
— Tu l'as jeté assez brusquement dans la salle, rappela son aînée. Tu devais alors sans doute lutter contre l'ordre qui t'étais donné.
—Où est-il maintenant ? Questionna Reïka en le cherchant du regard.
Comme si l'objet l'avait entendu, ce dernier émit un son assez discordant.
— Il n'a pas apprécié le geste, ironisa Ryô en allant le ramasser avant de le lui tendre.
— Éteins-le ! Fit Reïka en donnant un coup dans la main de Ryô qui tenait alors l'objet et se bouchant aussitôt les oreilles.
— Comme tu voudras, dit-il en empêchant l'objet de faire un second vol plané et le faisant taire.
Kaori, sentant le trouble de son amie, décida de changer totalement de conversation.
— Ça sent drôlement bon. Que nous as-tu préparé pour le dîner, Ryô ? Demanda-t-elle se doutant bien que ce n'était pas lui le cordon bleu du jour.
— Moi ? Rien du tout, balbutia-t-il prit de court. C'est Reïka qui a cuisiné.
— Comment ! S'exclama-t-elle d'une petite voix. Tu as laissée notre invitée cuisiner. Tu devrais avoir honte, le sermonna-t-elle de façon ironique.
— Ne t'en fais pas, Kaori. Cela me fait très plaisir, dit Reïka retrouvant un semblant de sourire.
— Saeko ? Tu restes avec nous ? Demanda Ryô en tentant de lui attraper les mains.
— Yuka m'attends, dit-elle nerveusement en reculant et redoutant la réaction de Kaori.
— Ryô ! Gronda cette dernière en un murmure et posant une main sur son bras droit.
— Ok ! Ok ! Dit-il en battant en retraite étonnant Saeko.
…
Le lendemain, Ryô, prenant ses précautions, appela Mick et Kazue pour jouer les « gardes-malades. »
Une fois qu'ils furent à l'appartement, ils allèrent saluer Kaori alitée dans sa chambre.
— Surtout ne lui fait pas utiliser de massues. Le professeur lui a formellement déconseillé le port de charges lourdes pour que sa guérison se fasse le plus rapidement possible, dit le nettoyeur avec gravité en s'adressant à l'américain.
— Ne t'en fais donc pas. Je serai sage comme une image, rétorqua Mick sous les regards quelques peu suspicieux de Kazue et Kaori.
