Chapitre 12 : Garde malade et garde du corps
Le lendemain, Ryô, prenant ses précautions, appela Mick et Kazue pour jouer les « gardes-malades. »
Une fois qu'ils furent à l'appartement, ils allèrent saluer Kaori alitée dans sa chambre.
— Surtout ne lui fait pas utiliser de massues. Le professeur lui a formellement déconseillé le port de charges lourdes pour que sa guérison se fasse le plus rapidement possible, dit le nettoyeur avec gravité en s'adressant à l'américain.
— Ne t'en fais donc pas. Je serai sage comme une image, rétorqua Mick sous les regards quelques peu suspicieux de Kazue et Kaori.
C'est qu'elles le connaissaient bien le bougre. Il était tout autant obsédé par les jolies femmes que Ryô. D'autant plus que ses sentiments pour Kaori, bien qu'ayant évolués, n'avaient pas disparus. Après tout, elle avait été son véritable premier amour même si rien ne s'était passé entre eux.
L'américain s'installa au salon, l'air de rien, et se mit à feuilleter un magazine quelconque. Kazue, alors seule avec Kaori, en profita pour ausculter cette dernière. La marque autour du cou était encore bien visible et la peau était bien moins boursouflée. L'hématome était en train de perdre en intensité et Kaori le ressentait. Sa respiration et sa déglutition étaient plus aisées.
— Pourrais-tu retirer ton haut de pyjama ? Demanda la médecin.
— Bien sûr, répondit Kaori en joignant le geste à la parole.
Le regard de Kazue se posa directement sur son ventre puis avec une infime précaution elle le lui tâta. Malgré cela Kaori en eut un bref mouvement de recul.
— C'est douloureux ? Questionna son amie.
— Beaucoup moins qu'hier soir.
— La peau n'est pas rouge ni tendue. C'est déjà une bonne chose.
— En cas contraire qu'est ce que cela signifierai ?
— Cela signifierait que tu fais une hémorragie interne et qu'il faudrait t'opérer de toute urgence, expliqua Kazue en relevant son visage vers elle.
Elle la trouva pâle, inquiète.
— Ah ! Mais quelle belle vue ! Quels beaux seins ! Kaori, dans mes bras, fusa soudain la voix de Mick.
— Non mais oh ! Fit Kazue en le frappant avec une massue tandis que Kaori, rouge de confusion et de colère, appuya simplement sur un interrupteur.
Mick se retrouva la tête prise en sandwich entre la massue de Kazue et le kompeto sorti de nulle part.
— C'est pas équitable, gémit-il en s'étalant à terre et se traînant vers la sortie.
— Je vois que tu avais tout prévue, dit Kazue amusée.
— J'avais songée à ce genre de pièges pour protéger une éventuelle cliente de Ryô si j'avais eu à m'absenter. Je ne pensais pas avoir à les utiliser moi-même, expliqua Kaori en continuant de murmurer et remettant son haut de pyjama. C'est pour éviter que cela se transforme en hémorragie que je ne dois pas utiliser de poids ?
— En partie, oui. Tes organes internes ont été lésés et il leurs faut du temps pour se refaire une santé. Excuse-moi de te poser cette question, mais côté transit tu n'as pas de soucis ?
— Non, pas du tout, balbutia Kaori en rougissant.
…
De leur côté, Ryô et Reïka arrivèrent en vue du Cat's Eyes.
— As-tu pensé à prendre ton bipeur ? Demanda Ryô en garant sa voiture.
— Ce qu'il en reste, oui, affirma Reïka en sortant du véhicule alors que Ryô, déjà à l'extérieur s'était mis à fixer un des véhicules arrêtés.
Le moteur de l'automobile se mit à gronder lentement.
— Ryô ? L'interpella Reïka.
La voiture sortit soudain de son emplacement sur les chapes de roues et vrombit vers eux. En un éclair Ryô bondit aux côtés de son amie tout en sortant son arme et la poussa à terre tandis que des coups de feu retentirent.
Le véhicule continua sa course, sa vitre côté passager était maintenant ornée d'un magnifique impact.
'J'ai bien fait de faire doubler le blindage des vitres.' Songea le chauffeur. 'Mais s'il est ici, cela nous laisse le champ libre. Je vais avertir qui de droit, elle avisera. Quant à moi, je n'en ais pas fini avec eux.' Ricana-t-il ensuite avant de s'arrêter assez loin.
…
Devant le Cat's.
— Tout va bien ? Demanda Umibozû.
— Oui, affirma Ryô aidant Reïka à se relever.
— Un peu d'action… Ce genre là ne me manquait pas, dit Reïka ironique.
Lorsqu'ils furent devant la porte du café, le bipeur se fit entendre en un son assez discordant.
— Qu'est-ce que c'est que ce bruit cacophonique ? Demanda Umibozû tandis qu'ils entraient dans le café.
— C'est le chant du cygne du bipeur appartenant à Reïka, souligna Ryô.
— C'est l'intermédiaire entre l'hypnotiseur et moi, rajouta la détective.
— Je vois, fit Miki derrière le comptoir et arme au poing. A-t-il fait une autre tentative ?
— Mis à part celle qu'il vient de louper, oui… Hier, avant que Reïka ne fasse faire un vol plané à son appareil.
— C'était lui ? Fit la détective surprise.
— Oui, affirma Ryô. Soit tu es devenue un pion inutile, soit il veut nous le faire croire.
— Comment va Kaori ? S'inquiéta la mercenaire.
— C'est elle qui a réussi à ce que Reïka retrouve ses esprits, souligna Ryô. Mick et Kazue sont à ses côtés.
— Que s'est-il passé ? Demanda Umibozû en allant installer la pancarte fermée sur la porte du café.
— Cette fois je suis passée à deux doigts de l'égorger, fit Reïka mal à l'aise.
— Pourriez-vous me détailler la transe ? Cela pourrait m'aider pour la prochaine séance, dit Miki.
Ryô entreprit alors de leur raconter ce qui était arrivé tel qu'il l'avait perçut.
'Kaori aurait deviné comment l'hypnotiseur a persuadé Reïka d'agir ? Et sa façon de faire pour la calmer… Elle est vraiment très intuitive.' Songea Miki l'ayant écouté attentivement.
— Tous ces renseignements me sont bien précieux, viens avec moi, Reïka, sourit la mercenaire.
— J'arrive.
Contrairement à la veille la séance fut beaucoup plus rapide et le visage de Miki était beaucoup plus serein lorsqu'elles revinrent.
— Alors ? Interrogea Ryô.
— Il faudrait tester, mais je pense que cette fois cela ne fonctionnera pas du tout, affirma Miki confidente.
— Mon bipeur est dans un tel état que je doute qu'il fonctionne encore correctement, souligna la détective.
— Il y aurait bien un autre moyen de vérifier mais il est à double tranchant, affirma Ryô.
—À quoi penses-tu ? Demanda Reïka.
— Tu retournes chez toi, tu reprends tes habitudes jusqu'à ce qu'Heiji Seguchi se pointe pour te donner un nouvel ordre. Le risque étant qu'il s'aperçoive que tu n'es plus sous son contrôle et qu'il t'hypnotise à nouveau ou bien qu'il fasse une nouvelle tentative pour t'éliminer toi aussi.
— Sauf si tu te trouves dans la pièce voisine pour intervenir le cas échéant.
— Si c'est un bon un professionnel il saura déceler ma présence.
— Étant experte en hypnose je peux être présente, suggéra Miki.
— Il est hors de question de te laisser seul, rougit Umibozû. Je viendrais avec toi.
— Je peux alors tenter l'expérience, nous serons vite fixés, déclara Reïka rassurée.
— Ou sinon tu restes chez nous jusqu'à la représentation finale. Sans pion pour agir à sa place il sera bien obligé d'intervenir s'il veut venir à terme de son contrat, souligna Ryô.
— Si c'est un lâche il tentera d'utiliser d'autres pions avant cela, intervint Umibozû.
— Dans ce cas je retourne chez moi, il est inutile d'impliquer des innocents et risquer leurs vies, affirma Reïka.
— Une seule fois, un seul essai. Il est inutile que tu risques aussi la tienne, affirma Ryô.
— C'est pourtant toi qui suggères cette solution.
— Je la suggère en effet. Tu n'es pas obligée de la suivre, dit-il en lui faisant un clin d'œil.
— Que ferait Kaori dans cette situation ? Demanda Reïka.
— À ton avis ? Sourit Miki.
— Forte tête comme elle est, elle n'hésiterait pas à tenter de le piéger, fit remarquer Umibozû en rougissant mal à l'aise devant une telle affirmation et faisant sourire son épouse.
— Ce sera répété et déformé, ironisa Ryô.
— Je ne m'en fais pas pour cela. Elle saura déceler le vrai du faux, fit Umibozû narquois.
Ryô et Reïka les saluèrent ensuite et repartirent de leur côté.
…
Dans le parking de l'immeuble.
— Qu'as-tu décidé ? Je t'ai trouvé très pensive durant le trajet.
— C'est pour cela que tu as voulu me tâter la cuisse à plusieurs reprises ? Interrogea Reïka avant de soupirer.
— Bref, sourit-il tandis qu'un corbeau croassa dans le lointain.
— Je rentrerai chez moi ce soir, nous verrons comment demain se déroulera et selon, sans doute reviendrai-je finir mon séjour chez vous, sourit-elle en lui faisant un clin d'œil.
— Bien…En attendant ce soir, montons voir si Mick a été bien sage, fit Ryô gravement.
Quelques instants plus tard…
En arrivant à proximité de l'appartement, Ryô sortit son arme en remarquant la porte brisée et hâta le pas, imité par Reïka.
A l'intérieur, ils trouvèrent Mick solidement attaché et bâillonné sur le sofa. Ne ressentant aucun danger, il en conclut que ce dernier avait dû faire des siennes. Le regard penaud qu'il lui lança prouva sa pensée, cependant il nota bien vite que le salon était de nouveau sens dessus dessous.
— Mick ? S'exclama Reïka interloquée.
— Laisse le donc ainsi un instant. Ces liens sont signés Kaori, il a dû faire plein de bêtises pour finir ainsi, expliqua Ryô en rangeant son arme.
Le visage de Mick se fit soudain plus pervers et suffit à Ryô pour comprendre le pourquoi du comment.
— Je te conseille de ne plus avoir ce sourire lorsque je reviens sinon tu vas finir pendu par la fenêtre, déclara Ryô avant de se diriger vers la chambre de sa partenaire.
Il trouva la porte verrouillée.
— Kaori ? Appela-t-il. Ouvre-moi !
A l'intérieur il entendit un léger bruit de pas feutrés venir vers lui. Il y eut ensuite divers cliquetis de déverrouillage. Que s'était-il passé pour que les filles s'enferment de la sorte ? Était-ce à cause de Mick, ou était-ce pour une autre raison.
Une fois la porte grande ouverte, il fut rassuré de les trouver saines et sauves.
— Tout s'est bien passé ? Questionna-t-il innocemment.
— C'est vite dit, souligna Kazue.
— Mick ne t'a rien dit ? Interrogea Kaori en murmurant.
— Nous l'avons trouvé attaché et bâillonné à ta façon. Était-ce avant ou après qu'il y ait eu du grabuge dans l'appartement.
— Après, répondit Kaori avec confusion.
— Allons au salon, nous serons plus à l'aise pour en discuter, dit Ryô tout en s'approchant de sa partenaire pour l'aider à se lever.
— Kaori, tu sais quoi ? Tu devrais être malade plus souvent. Ryô est vraiment aux petits soins avec toi, taquina Kazue.
— Ho ! Ça va, ronchonna-t-il.
— Ne te fais pas d'illusions, Kazue, ça ne va pas durer, ironisa Kaori tandis qu'ils arrivèrent au salon où Mick, toujours ligoté, s'était rapproché de Reïka en se tortillant comme un ver de terre.
Ce dernier se figea en apercevant Kazue et prit un air tout à fait innocent. Kaori alla chercher de quoi désaltérer tout le monde tandis que Ryô entreprit finalement de détacher son ami.
— Que s'est-il passé au juste ? Questionna-t-il ensuite en prenant place aux côtés de sa partenaire et s'adressant à Mick.
— Si tu veux parler de l'état du salon j'en suis en partie responsable, murmura Kaori.
— Sans doute tes massues, mais pas les nouveaux impacts de balles, sourit Ryô.
— Kazue était en train de finir d'ausculter Kaori quand l'on a tapé à la porte, commença Mick.
— Une minute… Comment peux-tu savoir cela ? Questionna Ryô en lui lançant un regard noir.
— Veux-tu vraiment le savoir ? Le provoqua l'américain avec un large sourire béat.
— Donc l'on a tapé à la porte… Reprit Reïka tentant de revenir à la narration.
— Oui, affirma Kaori en un murmure.
— L'instant d'après la porte a sauté et cinq hommes armés ont investi les lieux. J'ai ordonné à Kazue et Kaori de s'enfermer et c'est bien ce qu'elles ont fait. J'ai soudain vu tomber des massues en divers endroits de la pièce tandis que celui qui devait être le chef de la bande me menaçait de me torturer si je ne le lui livrai pas mademoiselle Makimura. Trois de ses comparses s'étaient déjà retrouvés hors d'état de nuire grâce à elle. Quand il a réalisé que sa chance avait tourné il est passé au plan B et a tiré vers moi. J'ai, bien évidemment, esquivé ce tir sans difficulté et j'ai dégainé à mon tour. Nous avons alors échangé quelques coups de feu… Enfin… C'est surtout lui qui a tiré. J'ai attendu patiemment qu'il vide son chargeur pour sortir de ma cachette et m'approcher de lui en catimini. Le contact de mon arme contre sa tempe a eut raison de sa témérité. Entre temps son dernier homme de main a déclenché un piège de Kaori et s'est retrouvé pris en sandwich entre deux kompetos. J'ai alors conseillé à cet homme de déguerpir avec sa petite bande s'ils tenaient à leurs vies. Ils ne se le sont pas fait répéter une deuxième fois.
— As-tu pensé à lui demander pour qui il travaillait ? Questionna Ryô.
— Bien sur, que crois-tu ? Tenta l'américain.
— Et ? Fit Reïka inquisitrice.
— Je… Je ne sais plus, déclara-t-il penaud en croisant les bras et la tête basse.
— Avoue que tu n'as pas songé à l'interroger à ce sujet ! Gronda Kazue.
Mick soupira, sa compagne avait vu juste.
— Désolé, dit-il d'une petite voix.
— Et pourquoi t'es-tu retrouvé pieds et poings liés et bâillonné ? Questionna Ryô.
Pour toute réponse, Mick le regarda béatement. Devinant plus ou moins ce qu'il s'était passé, Ryô sentit la colère bouillonner en lui. Kaori, le ressentant, posa une main sur son bras proche. Ce seul contact suffit à l'apaiser et sa tension retomba aussi sec. Mick, décelant un changement étrange chez ses amis voulut rajouter un peu de piquant à son jeu mais son regard croisa celui de Kaori et il ravala aussitôt ses mauvaises pensées.
— Et de votre côté ? Demanda Kazue.
— Cette fois cela devrait être bon, sourit Reïka. Je vais pouvoir retourner chez moi tranquillement.
— Et si le responsable s'aperçoit que tu n'es plus sous son emprise ? Questionna Mick ayant reprit son sérieux.
— J'aviserai, répondit-elle en se levant.
— Où vas-tu ? Interrogea Kaori en un murmure.
— Préparer le déjeuner, sourit-elle.
Le reste de la journée se passa sans encombre, même lorsque le bipeur de Reïka se fit entendre. Cette fois Miki l'avait bel et bien « guérit ».
…
Le lendemain, appartement de Reïka.
