Chapitre 13 : Une journée tumultueuse (1ére partie)

Le reste de la journée se passa sans encombre, même lorsque le bipeur de Reïka se fit entendre. Cette fois Miki l'avait bel et bien « guérit ».

Le lendemain, appartement de Reïka.

Cette dernière avait repris le cours habituel de ses journées. Après avoir pris son petit déjeuner, elle commença par faire du tri dans son courrier. Lorsque la fin de matinée approcha, elle alluma le téléviseur pour avoir un fond sonore le temps de se préparer à manger… Mais les nouvelles attirèrent son attention. Une prise d'otages était en cours dans une bijouterie huppée de la ville. Elle tourna la tête vers le téléviseur et la stupeur se fit sur son visage.

— Kaori ! S'exclama-t-elle en découvrant les images retransmises par la caméra de surveillance du magasin.

Absorbée par ce qu'il se passait, elle n'entendit pas la porte de son appartement s'ouvrir.

La rue était bondée de curieux autour de la bijouterie où avait lieu la prise d'otages. Les journalistes étaient déjà sur place pour couvrir « l'événement », et la police avait imposé un périmètre de sécurité. Saeko arriva et alla aux nouvelles vers le véhicule où était retransmise la vidéosurveillance de l'établissement. Mis à part le gérant de la boutique, il y avait uniquement trois clients : une femme et deux hommes.

'Kaori ?' Songea-t-elle en reconnaissant son amie.

—Quand la prise d'otages a-t-elle débutée ? Demanda-t-elle avec gravité.

— Il y aura bientôt une demi-heure. Nous avons réussi à faire sortir d'autres otages… Enfin… Le preneur d'otages en a libéré un certain nombre après avoir discuté avec la jeune femme que nous pouvons toujours voir à l'écran. Il s'est à chaque fois rapproché de la porte en la gardant devant lui pour nous empêcher tout tir. Je ne sais pas qui elle est, mais elle est d'un calme exemplaire.

— C'est une bonne amie, sourit Saeko.

— Vous la connaissez ?

— Elle est la sœur de feu Makimura, souligna Saeko.

— Feu Makimura ? Je comprends mieux son flegme, elle tient cela de son frère, pour sûr, déclara le policier.

— Tiens ! Ne serait-ce pas Monsieur Misushi et son fils ? S'étonna Saeko en apercevant les visages des deux autres hommes retenus par l'otage.

— Qu'est-ce qu'un yakuza tel que lui fait dans cette boutique ? Laissa entendre le policier.

— La question essentielle serait : mais où sont donc ses gardes du corps ? Cela ne me dit rien de bon, dit-elle en levant la tête et regardant autour d'elle parmi la foule.

Elle en localisa beaucoup, rapidement. Ils étaient assez nombreux pour se débarrasser seuls du preneur d'otages mais ils semblaient attendre un ordre. Puis elle remarqua un couple arrivant sur les lieux et identifia Ryô rapidement. Elle connaissait la jeune femme à ses côtés. Bien vite son visage lui revint à l'esprit. Il s'agissait de la fiancée du pseudo « catcheur » à qui elle avait confiée une mission. Ce qui laissait supposer que cette bijouterie… Elle observa plus minutieusement le preneur d'otages et le reconnut.

— Surtout n'ouvrez pas le feu sur le cambrioleur, il travaille pour nous, souligna Saeko.

— Vous voulez dire que c'est un agent infiltré ?

— En quelque sorte… Cependant ne quittez pas vous positions, cela risquerait d'éveiller les soupçons du gérant. Il est note réel cible.

— À vos ordres.

— Ils ne vont plus m'obéir maintenant qu'il ne reste que vous et ces 'escrocs', s'emporta le « cambrioleur » à l'intérieur de la bijouterie.

— Vous avez fait le bon choix, murmura Kaori.

— Je leur ai surtout permis de faire des économies, dit l'homme avec amusement.

— Que voulez-vous dire ? Questionna la jeune femme en jetant un coup d'œil vers le gérant qui s'était rapproché des deux autres clients.

— Que vous est-il arrivé ? Demanda l'homme voulant changer de sujet.

— L'on a cherché à m'étrangler, expliqua Kaori en portant la main au bandage.

— Pourriez vous arrêter ces murmures incessants, dit-il exaspéré de l'entendre parler ainsi et faisant tressaillir le gérant de l'établissement.

À ses côtés, le client le plus âgé semblait amusé par la scène. La jeune femme avait du cran. Il devina son agacement et la vit porter sa deuxième main au bandage pour le défaire. Une marque rouge apparut sur son frêle cou, l'on avait cherché à l'étrangler et le responsable y avait mis toute sa force.

— Jun ?

— Oui, père. Que puis-je pour vous ?

— Quand tu en auras la possibilité, prend discrètement la jeune femme en photo. Je voudrais savoir qui elle est. L'adversité n'a pas l'air de l'atteindre.

— Comme vous voudrez, père.

— Quelle vilaine marque pour un si beau visage, veuillez pardonner mon agacement, dit l'homme en se grattant la tête avec son revolver avant de le rediriger vers elle.

— Pourquoi avoir agi de la sorte ? Vous ne me semblez pas être homme à fomenter de telles choses, dit-elle en souriant.

— Les snipers sont en position de tir mais n'ont aucun angle de visée, dit un des agents par radio.

— Les snipers ? Vous avez sorti le grand jeu, remarqua Saeko.

—Disons que nous avons reçu l'avis de prise d'otages de très haut et ce très haut a impliqué de lui-même la troupe d'élites.

'C'est bizarre,' songea-t-elle en apercevant Ryô lui faire de grands signes.

— Je n'ai pas les moyens d'offrir une bague de fiançailles digne de ce nom à ma fiancée. En plus, j'ai appris de source fiable que 65% des bijoux présents ici étaient des faux 30% des bijoux volés et les 5% restant, les plus onéreux, bien évidemment, étaient vrais.

Surprise de cette découverte, Kaori garda son sourire et posa ses mains sur celles du cambrioleur.

— Si votre fiancée vous aime réellement peu lui importera la taille de la bague. Le simple fait de faire le geste suffira vous verrez… Mais il est certain qu'offrir une contrefaçon ou un bijou volé ce n'est pas terrible.

Le cambrioleur soupira devant la candeur, de la jeune femme.

— Cela semble si simple à vous entendre, mais vous avez peut-être raison

— Que fais-tu ici, Ryô ? Tu es là pour Kaori ?

— Kaori ? Elle est restée m'attendre à l'appartement pendant que j'allais au tableau à messages.

— Laissez passer cet homme et la jeune femme qui l'accompagne, dit-elle à l'agent en charge de la sécurité des civils.

À ces mots le visage de Ryô se fit plus grave. La jeune femme à ses côtés nota son changement de comportement et s'étonna de la facilité qu'il avait eut pour pouvoir passer. Elle pensait qu'il plaisantait lorsqu'il lui avait dit que ce serait un jeu d'enfants de s'approcher de la bijouterie car il connaissait l'inspectrice. Force fut de constater qu'il avait raison… Mais qui était Kaori ? Sa compagne peut-être…

— Que font ces civils ici ? Demanda le policier devant les écrans de surveillance.

— Cet homme est un privé. Sa partenaire, de travail, précisa Saeko, est dans la boutique.

— Oh ! Vous voulez parler de la sœur de Makimura ?

Ryô se raidit d'autant plus et passa de Saeko aux écrans.

— Vous avez bien retenu son nom, sourit Saeko brièvement.

— Et la demoiselle ici présente ?

— Si je ne me trompe pas il s'agit de la fiancée de notre « braqueur ».

La jeune femme écarquilla les yeux, comment savait-elle cela.

— Kaori ! S'exclama Ryô en l'apercevant tandis qu'elle venait de poser ses mains sur celles du cambrioleur, et donc sur son arme par la même occasion. Elle est en train de lui faire une leçon de moral, il semblerait.

— Elle n'est pas prudente, si je puis me permettre, dit le policier.

— Humpf… Détrompez-vous ! Elle a évalué la situation et l'homme en question. S'il était réellement dangereux elle n'agirait pas de la sorte.

— Vous croyez ? Fit l'homme sceptique.

— Je suis bien placé pour connaître le caractère de ma partenaire, souligna Ryô.

— Veuillez me pardonner.

—Pas d'inquiétudes… Où en est la situation ? Questionna Ryô.

— Il ne reste que quatre otages avec votre épouse, souligna le policier faisant pouffer Saeko tandis que le visage de Ryô se décomposa.

—Ma quoi ? S'emporta-t-il. Mais pas du tout. C'est ma partenaire de travail, rien de plus, grommela-t-il d'autant plus.

Ses mimiques firent rire sa cliente. Qui aurait cru qu'un homme comme lui était le City Hunter à qui elle venait de faire appel pour empêcher son fiancé de commettre une folie.

—Y a-t-il eut des blessés ? Questionna-t-il ensuite.

— Pas le moins du monde. Les autres otages ont été évacués au fur et à mesure depuis l'intérieur… Nous n'avons pas encore eut à intervenir.

'Ca c'est signée Kaori… Mais que diable fait-elle dans cette boutique ?' Se demanda-t-il

— Akane, restez ici, dit-il ensuite en s'adressant à sa cliente.

— Ryô ? S'étonna Saeko, mais ce dernier avait déjà filé.

'Il est rapide… Il ne veut pas se l'avouer, mais il se fait un sang d'encre pour Kaori,' songea Saeko

— Monsieur, éloignez vous d'ici, c'est une zone dangereuse réservé à nos agents, dit un des policiers en l'apercevant.

— Monsieur, reculez vous mettre à l'abri, renchérit un second agent.

—Laissez-le faire, intervint Saeko.

Dans la boutique les cris extérieurs n'avaient pas échappés à l'ouïe fine de Kaori qui ressentit soudainement l'aura proche de son partenaire. Il mettait en gardes des hommes placés à l'extérieur, une menace autre que celle des policiers. Le cambrioleur finit par lâcher l'arme qu'il tenait dans ses mains.

— Vous avez bien agit, sourit Kaori en prenant l'arme et la posant au sol. C'était la meilleure chose à faire, continua-t-elle en l'entraînant vers la porte.

— Ils… Ils vont sortir, cria l'agent devant l'écran. L'homme n'est plus armé, rajouta-t-il en se levant et se tournant vers sa supérieure… qui n'était plus là. Il alla alors à sa recherche pour l'informer de l'évolution importante de la situation.

— Comment vous appelez-vous ? Demanda le cambrioleur tandis qu'il ouvrit la porte de la bijouterie.

— Kaori, murmura-t-elle simplement.

Derrière eux, le gérant de la boutique alla ramasser l'arme du cambrioleur et la pointa vers ce dernier qui lui tournait maintenant le dos. Ressentant le danger, Kaori changea de place pour lui obstruer la visée avant de se tourner vers lui et de lui lancer un regard sombre. Le gérant se sentit comme paralysé.

À l'extérieur, la scène n'avait pas échappé au regard aiguisé de Ryô qui trouva une ouverture de tir, offerte par sa partenaire qui venait aussi de stopper l'avancée du cambrioleur. Le gérant se retrouva soudain désarmé tandis qu'un tir fit écho à celui de Ryô qui vit sa partenaire tressaillir légèrement.

'Kaori ?' S'inquiéta-t-il.

Le responsable de la boutique s'attrapa sa main douloureuse pendant que le client le plus âgé osa un coup d'œil vers l'extérieur.

'Tiens ! Serait-ce l'homme que l'on surnomme City Hunter ?' S'interrogea-t-il en apercevant un brun ténébreux qui finit de ranger son arme avant de se tourner vers lui avec mépris.

L'homme curieux en eut un frisson d'excitation. L'aura que cet étranger émettait ne laissait planer aucun doute il était dangereux et surtout en colère. Ne voulant pas attirer ses foudres, le vieil homme regarda de nouveau dans la bijouterie.

Son fils profita de la chance qui lui était offerte pour prendre la jeune femme en photo. Elle lui offrait un très joli profil. Lors de la seconde prise, il nota un très mince filet de sang qui coulait lentement le long de son visage et la vit tourner brièvement son visage vers lui, intriguée.

Au dehors, une petite équipe menait par Saeko se rapprocha de la bijouterie. Il n'y avait plus aucun danger désormais. Elle avait eut le temps d'apprendre que son agent était désarmé.

— Que se passe-t-il donc pour que tu sois si absorbée par ton téléviseur ? Questionna Miki faisant sursauter Reïka qui en cria de surprise avant de se retourner et de braquer son arme vers elle.