Chapitre 14 : Une journée tumultueuse (2nde partie)

Au dehors, une petite équipe menait par Saeko se rapprocha de la bijouterie. Il n'y avait plus aucun danger désormais. Elle avait eut le temps d'apprendre que son agent était désarmé.

Que se passe-t-il donc pour que tu sois si absorbée par ton téléviseur ? Questionna Miki faisant sursauter Reïka qui en cria de surprise avant de se retourner et de braquer son arme vers elle.

Umibozû lui fit soudain obstruction.

— Falcon ? Interrogea son épouse.

— Il est déjà passé, dit-il en insistant sur le il. Laisse-moi la désarmer avant toute chose.

— Umibozû, laisse-moi la tuer. Elle t'a trompé, elle m'a trompé, pleurait Reïka.

— Nous savons tous deux que c'est faux, dit-il gravement en s'approchant d'elle.

— Tu es dans l'erreur, insista-t-elle les mains tremblantes.

— Non ! Affirma-t-il en s'arrêtant à ses côtés et posant ses mains sur l'arme à feu qu'il baissa sans difficultés et presque sans rencontrer de résistance.

— Ma main, gémit Reïka lâchant son arme et s'attrapant son poignet déjà bandé.

— Désolé, rougit-il.

— Umibozû ? Miki ? Que faites-vous ici ? Questionna la détective incrédule en les voyants devant elle.

— Bonjour, Reïka. Je crois que je vais de nouveau œuvrer… Il faudra que je pense à facturer mes horaires, ironisa Miki.

— L'hypnotiseur est repassé ? Demanda-t-elle ne se souvenant de rien.

— Tu en auras la confirmation en regardant la bande vidéo.

— Je crains que Kaori et Ryô aient une colocataire jusqu'à ce que nous lui mettions la main dessus, soupira-t-elle.

— Allez, viens t'asseoir, dit Miki en se tournant vers le téléviseur. Kaori ? S'étonna-t-elle en l'apercevant à l'écran.

— Miki, l'interpella son époux en éteignant le poste.

Elle le regarda et remarqua qu'il tenait de nouveau le bras de Reïka qui, cette fois, avait attrapé un coupe-papier.

— Oh ! Il a élevé le niveau, je dois lui faire peur. Bon, ce ne va pas être une partie de plaisir, soupira-t-elle.

Le « cambrioleur » releva la tête en entendant le coup de feu. Qu'avait-il loupé ? Son otage était-elle blessée ? Inquiet, il se tourna vers elle et remarqua le mince filet rouge de sang qui coulait lentement sur son visage. Ce qui le frappa fut qu'elle ne paraissait pas affectée par la blessure.

'Restons dans la peau de mon personnage jusqu'au bout.' Songea-t-il gravement se faisant force pour ne pas montrer son tourment.

— Vous là ! Hurla-t-il à l'attention du gérant et s'en approchant très rapidement.

— Ressaisissez-vous, tenta Kaori tandis qu'il venait d'empoigner l'homme qu'il souleva facilement.

Le cambrioleur fit mine de ne pas l'entendre et bien qu'en « colère », il remarqua sa collègue entrer dans la boutique… La partie était terminée.

— Lâchez cet homme et mettez vos mains en évidence, ordonna-t-elle.

Au lieu d'obéir sagement, il leva davantage l'homme qui se sentait de plus en faible.

— Faites ce qu'elle vous dit, murmura Kaori en posant une main sur son épaule.

'Cette femme a un don pour calmer les gens', songea-t-il en ressentant sa compassion.

— Peuh ! Dit-il en lâchant finalement le gérant qui tomba lourdement sur le sol. Cet homme ne mérite pas votre sympathie après ce qu'il vient de vous faire.

— Il n'a pas ma sympathie… Vous, oui, sourit-elle en l'étonnant davantage.

Saeko analysa sa future scène. Le « casse » était bien visible et certains bijoux jonchaient le sol. Son agent, son collègue, avait fait du bon boulot.

— Mettez vos mains dans le dos, ordonna un autre policier au cambrioleur qui, cette fois, obtempéra.

— Vous aussi, renchérit un second agent en s'adressant à Kaori.

— De quoi ? S'étonna-t-elle en un murmure.

—Laissez cette jeune femme, intervint Saeko à qui la surprise de Kaori n'avait pas échappé. Elle faisait, elle aussi, partie des otages vous débarquez ou quoi ? S'emporta-t-elle ensuite.

— Je… Veuillez excuser ma méprise, mais elle avait une telle connivence avec cet homme que j'ai cru que…

— Vous avez mal cru, souligna Saeko. Kaori, viens avec moi.

— En plus vous la connaissez ? S'étonna l'agent.

Ne prêtant plus attention à ce bleu, Saeko guida Kaori et le « cambrioleur » à l'extérieur.

— Vous avez bien œuvré, agent Kitano, glissa-t-elle en un murmure après s'être assuré qu'il n'y avait pas d'oreilles indiscrètes dans les parages.

Kaori se tourna vers elle surprise avant de regarder le « cambrioleur. » Saeko lui fit un clin d'œil et elle comprit que la discrétion était de rigueur.

— Kaori ! Appela Ryô lui faisant de nouveau tourner la tête.

— Ryô, merci pour tout à l'heure. Mais dis moi, que fais-tu par ici ? Questionna-t-elle en s'arrêtant à ses côtés.

Le cambrioleur, aka agent Kitano, se tourna lui aussi vers l'homme qui venait d'appeler. Il connaissait cette voix.

'Saeba…' S'étonna-t-il.

— Akane ? murmura-t-il avant de se tourner vers la jeune femme de la bijouterie. Vous avez dit vous appeler Kaori, c'est bien cela ?

— Oui.

— Kaori… Makimura Kaori ? Demanda-t-il en souriant.

— Comment savez-vous cela ? Interrogea-t-elle avec surprise.

— Merci, dit-il simplement la laissant dans l'interrogation. 'Je ne l'avais pas reconnu, quelle honte.' Songea-t-il tandis que Saeko le fit monter à l'arrière de son véhicule avant de retourner auprès de ses amis.

— Ryô ? Tu peux m'expliquer ? Demanda-t-elle.

— Ce n'est ni le moment ni l'endroit et par ailleurs Kaori a besoin de soins.

— Ce n'est qu'une légère éraflure, rougit-elle avec confusion. L'arme s'est déclenchée au moment où elle a touché le sol après que le gérant l'ait lâché. Il n'aurait pas eut de geste inconsidéré…

— Celui-là mérite que je revienne à l'occasion pour lui faire une petite visite, grommela le nettoyeur.

— Les secours sont déjà là, précisa l'inspectrice. Par ailleurs, je viendrais vous voir après. Mademoiselle Muraki, restez avec eux jusqu'à ce que je vienne vous chercher.

— Bi… Bien, bégaya-t-elle surprise. D'où la connaissait-elle ?

Lorsqu'ils arrivèrent à l'ambulance, Akane se fit connaître auprès d'un des urgentistes tandis que Saeko fit le topo à la seconde personne présente.

— Je vous en prie, Docteur Muraki. C'est un honneur que de vous rencontrer, souligna l'urgentiste. Si vous avez besoin de quoi que ce soit faites nous signe, nous demeurons à votre entière disposition.

— Merci, s'inclina-t-elle brièvement avant d'enfiler une paire de gants pour s'occuper de sa patiente.

— Qu'est ce que vous faites ? S'étonna Kaori en un murmure et intriguée par le comportement de la jeune femme.

— Je m'appelle Akane Muraki, je suis médecin urgentiste, expliqua-t-elle.

— Akane… Vous êtes la petite amie du cambrioleur, c'est bien cela ?

— Oui, répondit-elle tristement. Vous a-t-il dit pourquoi il a agit de la sorte ? Questionna-t-elle ensuite pendant qu'elle nettoyait la plaie.

— Non, murmura Kaori. Surtout ne le laissez pas tomber, sourit-elle brièvement.

— Jamais ! Il est tout pour moi, rétorqua Akane en remarquant la marque rouge autour de son cou.

Ce type de marque… Elle n'en avait que trop vu récemment aux urgences de l'hôpital où elle travaillait.

— Veuillez m'excuser, je n'aurai jamais dû chercher à vous faire parler.

— Ne vous inquiétez pas, cela va bien mieux.

— Vous aviez raison, ce n'est qu'une légère éraflure. Vous avez de la chance vous n'avez pas besoin de points de sutures. Néanmoins je vais placer quelques petits pansements et un bandage autour de votre tête.

— Le bandage est-il réellement nécessaire ?

— Juste pour la fin de journée, la rassura-t-elle. Monsieur Saeba, votre épouse est épatante, dit ensuite Akane en faisant rougir Kaori instantanément.

— Ma quoi ? Non mais arrêtez-tous de vous faire des idées, gémit-il. Kaori n'est que ma partenaire de travail, ronchonna-t-il. Il n'y a rien de plus entre nous.

— C'est bizarre, j'aurai pourtant pu jurer le contraire, renchérit Akane sans se soucier du malaise qu'elle créait.

— Et puis d'abord que voulez-vous que je trouve à ce garçon manqué aux formes difformes ?

'Oups, je crains qu'il ne soit allé trop loin,' songea Saeko à qui la discussion n'avait pas échappé.

Même si elle savait qu'il n'en pensait pas un traître mot, Kaori vit rouge. Elle abattit violemment une énorme massue sur sa tête sans crier gare.

— Cela t'apprendra à dire des vilenies, râla-t-elle tout bas avant de poser brièvement la main sur son ventre.

'Je vois qu'elle va beaucoup mieux,' songea Ryô sous la masse.

— Monsieur Saeba ? S'affola Akane.

— Ne craignez rien, il a l'habitude, souligna Saeko en revenant vers eux.

Le haut du chemisier de la doctoresse en tomba tandis qu'une libellule passa derrière elle.

— Mademoiselle Muraki ?

— Que puis-je pour vous ?

— Comme je viens de vous le dire, restez avec Monsieur Saeba et Mademoiselle Makimura. Vous serez en sécurité jusqu'à ce que je vienne vous chercher.

— En sécurité ?

— Ne vous affolez pas. C'est une locution que j'emploie couramment, sourit Saeko. Navrée de vous avoir effrayée. Ryô, Kaori, à tout à l'heure, salua-t-elle.

— Tiens, l'inspectrice Nogami semble connaître cet homme et ces femmes. Dommage que nous soyons si loin, je n'ai pas entendu ce qu'elle leurs a dit.

— Ne vous en faites pas pour cela, père, je suis en train de filmer et vous savez que Peter sait lire sur les lèvres.

— C'est très bien, Jun, c'est très bien, le félicita le vieil homme. Et bien ? Pourquoi es-tu soudain si pâle ? Demanda-t-il ensuite.

— Ce n'est rien, père… Je vous expliquerai.

'Ce regard… Cet homme est très dangereux. Il sait qu'il est filmé, cela ne fait aucun doute. Il vaut mieux que je cesse mon observation si je tiens à la vie'

Dans la mini, sur le chemin du retour.

— À propos, Ryô, j'en déduis que Mademoiselle Muraki est notre cliente.

— Appelez-moi Akane, sourit-elle brièvement.

— En effet. Il y a quelques jours, elle a ressenti un changement de comportement chez son partenaire. Il était plus secret, plus renfermé et plus distant alors qu'usuellement il n'hésitait pas à lui parler de ses missions. Elle avait néanmoins compris qu'il allait devoir agir sous couverture car il avait apporté de nouvelles modifications à son visage qui le rendaient méconnaissables auprès de leurs connaissances.

'Sous couverture… Et si tout cela n'était qu'une mise en scène ? Saeko l'a bien appelé agent Kitano.' Réalisa Kaori.

— Sans compter le réapprovisionnement de maquillage et de latex qu'il a fait pour se créer de nouveaux visages, soupira la jeune femme.

— La nuit dernière elle l'a entendu parler dans son sommeil. Cette simple phrase : « Il faut que je cambriole la bijouterie à Ginza. » lui a mis la puce à l'oreille. Seulement elle ne savait pas quand il allait agir. Sitôt qu'il est parti elle est venue me contacter. Une de ses amies lui ayant parlé de mes capacités. Quand j'ai su ce qu'il en était, nous sommes venus par ici directement, mais le cambriolage avait déjà commencé. Et toi ? Que fais-tu par ici ? Ne m'avais-tu pas dis que tu voulais te reposer ? Demanda le nettoyeur gravement.

— J'avais envie de prendre l'air, de sortir un peu. Je me suis attardée devant la vitrine lorsqu'il est arrivé. Je m'apprêtais à reprendre mon chemin lorsqu'il m'a empoigné le bras et tiré vers l'intérieur de la bijouterie.

— Tu es quand même allée assez loin, souligna Ryô.

— J'y ai été poussé, rétorqua-t-elle intriguant Akane.

Son partenaire compris de suite ce qu'il en était mais ne rajouta rien. Ce n'était pas le moment d'inquiéter davantage la jeune femme.

— Je suis quand même perplexe quant à mon ami. C'est un homme si droit, si honnête. C'est un policier qui a déjà été décoré pour son travail.

'Policier ?' Tiqua Ryô. 'Et si sa mission était de provoquer un faux casse ?'

'Il n'y a plus de doutes à avoir, le cambriolage était une mise en scène.' Sourit Kaori sachant que tout allait pour le mieux pour l'agent Kitano.

— Je pense que nous en saurons davantage lorsque l'inspectrice Nogami viendra nous voir, appuya Kaori.

—Vous croyez ?

— Faites confiance en l'intuition de ma partenaire, sourit Ryô tandis qu'ils arrivèrent au pied de l'immeuble.

En descendant du véhicule, il su qu'ils étaient attendus à l'étage.

—Kaori, je crois que nous allons récupérer notre colocataire.

— Elle a donc de nouveau eut des ennuis. J'espère qu'elle va bien.

— Nous allons bien vite être fixés. Akane, restez derrière nous, avertit-il

— Bien.