Chapitre 17 : Heiji

Dans le même temps.

Heiji, dans un sale état, avait passé une bonne partie de la journée à déambuler dans les ruelles de Tokyo, loin de la foule et des regards des curieux. Il était meurtri physiquement et mentalement. Il maudissait sa sœur d'avoir voulu intégrer ce gang de yakusas… Les Corbeaux... Ce nom était d'un ridicule.

Il maugréait contre leur chef… Honda Misushi, qui avait donné ordre à ses sbires de venir l'arracher à la soirée reposante qu'il passait dans sa chambre d'hôtel. Il avait ressassé les derniers événements qui lui étaient arrivés et en était venu à une morbide conclusion.

Tous… Ils allaient tous payer pour leur affront, leur humiliation, leur abandon. Les Corbeaux, le bon samaritain, sa sœur… Il allait se venger !

Flashback.

Il se trouvait dans sa chambre d'hôtel, bien tranquille, lorsque l'on frappa à la porte. À peine avait-il ouvert qu'il fut cerné par cinq grands gaillards.

— Monsieur Misushi demande à vous voir, déclara l'un d'eux.

— Je n'ai pas d'ordre à recevoir de cet homme.

— Ce n'est pas un ordre, gronda un des hommes.

— Vous croyez vraiment me faire peur ? Demanda-t-il sur de lui.

— Heiji ? Entendit-il sa sœur l'appeler.

— Ne vous mêlez pas de cela si vous ne voulez pas être blessée, dit un des hommes se retournant vers elle. Et vous, rangez donc votre arme si vous ne voulez pas que l'on fasse du mal à votre sœur, rajouta-t-il sans le regarder mais gardant un œil sur la jeune femme.

Heiji avait hésité et cette hésitation lui pesait maintenant énormément. Il avait finalement suivi ces hommes sous le regard inquiet de sa sœur. Une fois sur place, il avait été conduit dans un bureau annexe au cabaret de monsieur Misushi. Et tout ça pourquoi ? Parce que sa cible, cette Kaori, intéressait maintenant autrement ce diable de Misushi. Elle lui avait fait forte impression en empêchant un cambrioleur de bijouterie d'aller jusqu'au bout de son méfait…

— Vous voilà… J'ai quelques question à vous poser à propos de votre… cible.

— ?

— Asseyez-vous je vous prie, dit le vieil homme en prenant place sur son siège derrière le bureau.

Heiji l'imita, prenant place face à lui.

— Vous m'avez bien dit qu'elle se prénommait Kaori, c'est bien cela ?

— Tout à fait. Elle est aussi la partenaire du City Hunter.

—Serait-ce cette femme ? Questionna le vieil homme en glissant une photo sur le bureau.

— Oui, affirma Heiji après avoir pris la photo. Que faites vous avec cela ? Me croyez-vous incapable de l'éliminer ?

— Oh, bien sur que non. Vous tardez un peu, tout simplement. Mais ce retard joue en notre faveur.

— Que voulez-vous dire ?

— Cette jeune femme est venue à bout d'un cambrioleur embarrassant. Elle a fort caractère et c'est pourquoi je souhaite désormais qu'elle reste en vie… Pour le moment.

— Mais elle est la partenaire de votre ennemi.

— City Hunter n'est mon ennemi que théoriquement. Si nous réussissons à faire plier sa partenaire alors il pliera à son tour.

— Vous vous leurrez.

— C'est une femme, et toute femme a un point faible, je ne vais rien vous apprendre. D'une manière ou d'une autre nous trouverons le sien et nous la feront plier. Elle travaillera pour nous, qu'elle le veuille ou non.

— Vous ne la ferez jamais plier, avait-il sourit brièvement.

Le peu de temps qu'il l'avait suivi, le peu de fois où il avait eut en ligne de mire avait suffit pour qu'il s'en fasse une idée. Elle avait un fort caractère, mais jamais elle n'irait contre ses idéaux ou sa moralité.

— Vous la surestimez, ironisa Misushi.

— Peuh ! C'est vous qui la sous-estimez ! Par ailleurs, mon commanditaire ne vas pas se satisfaire de cette explication ni de cette décision.

— Je trouverai bien un autre moyen de satisfaire votre commanditaire et si il, ou elle, ne se plie pas à mes exigences, alors il, ou elle, en paiera le prix fort, avait-il dit en appuyant sur les « elle ».

Cela aurait dû lui mettre la puce à l'oreille… Il aurait dû réaliser que Misushi en savait beaucoup plus qu'il ne pensait mais il n'en était rien, il n'avait pas relevé le détail.

— Vous ne m'empêcherez pas d'aller jusqu'au bout de mon contrat.

— Fort bien… Dommage pour votre sœur, dit le vieil homme d'un air diabolique.

— Ne la touchez pas, gronda Heiji se redressant de toute sa hauteur.

— Oh non, voyons ! Qu'allez-vous imaginer ? Ne vous trompez pas, dommage pour votre sœur car elle va de nouveau perdre un être cher à son cœur. Hashimoto était un homme beaucoup trop obsédé par son honneur m'a-t-on relaté. Il n'est pas étonnant qu'il soit tombé aussi facilement devant des policiers, de seconde zone qui plus est.

— Vos informations sont erronées, avait-il répondu bien trop rapidement. Il a été abattu par le City Hunter, c'est pourquoi Anko m'a…

Il s'était tu, réalisant alors qu'il en avait trop dit.

— C'est pourquoi votre sœur vous a demandé d'abattre un être cher au cœur du City Hunter, compléta Misushi lui faisant comprendre qu'il était au courant de l'affaire. Voulez-vous réellement être le bourreau de votre sœur ? Ironisa-t-il ensuite en appuyant sur la pédale qui se trouvait sous son pied droit, provoquant la chute d'une vitre devant lui.

— C'est vous qui allez mourir, s'écria Heiji en sortant son arme et tirant vers lui.

Vainement… La vitre était blindée.

— Vous n'êtes qu'un lâche, fulmina Heiji tandis qu'une dizaine d'hommes entra dans la salle, armes et main et tirant vers lui sans prendre le temps de le viser correctement.

Misushi se mit à rire diaboliquement avant de sortir de son bureau sans être inquiété.

Heiji avait senti le coup fourré arriver et s'était rapidement mis à couverts comme il l'avait pu, se débarrassant de la moitié de ses assaillants, mais déjà des renforts arrivaient. Pestant tout bas, il regarda rapidement autour de lui à la recherche d'une échappatoire. Il remarqua la fenêtre restée grande ouverte. Il se savait au rez-de-chaussée. Il savait qu'il ferait une cible idéale, mais tenta le tout pour le tout. Il bondit vers la fenêtre ouverte en tirant vers ses assaillants. Cela ne lui avait pas évité de se prendre deux balles au passage.

Il avait atterri dans une petite ruelle très sombre, ce qui lui avait permis de prendre le large plus facilement Il entendit des tirs derrière lui, mais personne ne lui donna l'impression de vouloir le poursuivre. À peine arriva-t-il au coin de la ruelle que deux molosses lui barrèrent le passage. Ils ne lui avaient pas laisser le temps de réagir que déjà il s'était retrouvé assommé.

Lorsqu'il revint à lui, il se trouvait sur les docks, dans le port de Tokyo. Il avait tenté de prendre la fuite mais fut bien vite rattrapé. Ces molosses ne jouaient pas dans la même cour que lui. Ils s'étaient alors amusés avec lui, le traitant comme une vulgaire poupée de chiffon qu'ils avaient assaillis de coups.

K.O. sans vraiment l'être, il s'était retrouvé pieds et poings liés dans l'incapacité de riposter et de se débattre. Puis sans aucune façon, les deux hommes l'avaient jeté à l'eau. Il avait pu entendre le départ du véhicule avant de commencer à couler. Il s'était vu au fond de l'eau, mais un bon samaritain était intervenu et l'avait sorti de l'océan.

Compassion, pitié, il n'en voulait pas !

Le bon samaritain l'avait délié avant de repartir sans un mot. Il n'avait pas vu son visage mais il avait ressenti sa tension meurtrière, son aura. C'était aussi un homme de l'ombre. L'homme lui avait glisser une carte en main avant de filer.

Lorsqu'il avait repris son souffle, il avait été trouver un peu de lumière pour la lire. Sur celle-ci figurait une simple adresse sans plus de précisions. Intrigué, fatigué, résigné, troublé, il s'y était dirigé d'un pas lourd. Tous les gestes qu'il faisait lui coûtait. Il arriva devant une sorte de vieil entrepôt qui s'avéra être une clinique privée lorsqu'il en ouvrit la porte. La clinique lui fut présentée comme étant ouverte aux démunis et aux nécessiteux.

Rapidement pris en charge et soigné, il y passa la nuit. Au petit matin le petit déjeuner lui fut apporter et avec celui-ci se trouvait une petite note signée de deux initiales : C.H.

Le message était succin mais sans équivoque. Il lui était conseillé de quitter la ville dans les meilleurs délais et surtout de ne plus jamais croiser sa route ni celle de sa partenaire. Il avait d'abord été intrigué à la lecture de ce message, ne comprenant pas ce à quoi l'auteur faisait allusion. Il avait l'esprit encore embrumé par les antidouleurs.

Puis l'aura du bon samaritain lui revint à l'esprit, sa tension meurtrière, son aura pleine de haine qu'il dégageait alors. Ce n'était pas par plaisir qu'il venait d'agir... Il se sentit blêmit, il venait de se faire sauver la vie par le City Hunter ! Pourquoi ? Avait-il eut pitié de lui ? Voulait-il l'humilier à son tour ? Fou de colère, blessé dans son orgueil, il avait froissé le message et l'avait rageusement jeté sur le sol avant de se forcer à se lever. Il savait qu'il devait se reposer mais il ne voulait pas rester là où la pitié, la compassion de son ennemi, l'avait conduit.

Honda Misushi avait tenté de l'éliminer, le City Hunter était intervenu... Était-ce un hasard ? Était-il à l'affût lui aussi ? Était-ce sa façon de se venger ? La folie le guettait lorsqu'il quitta la clinique.

Il était retourné à l'hôtel espérant y trouver sa sœur, manque de chance, il ne trouva qu'une lettre qu'elle lui avait laissé. Il avait récupéré le message bon gré malgré, pressentant que les nouvelles étaient affligeantes. Il ne s'était pas trompé.

C'était une lettre d'adieu. Elle le remerciait pour sa gentillesse, sa patience et ironisait ensuite sur ses vaines tentatives pour abattre sa cible. Elle le laissait tomber pour l'organisation, soulignant qu'elle parviendrait à ses fins plus facilement grâce à eux. Elle le traitait de perdant... d'incapable et autres noms d'oiseaux. La folie le happa et il partit dans un rire dément.

Ah oui il était un incapable ? Il allait leur monter à tous ce qu'il en coûtait de le sous-estimé. Il avait alors quitté l'hôtel et s'était mis à errer dans les ruelles de la ville, réfléchissant à un plan d'action pour se venger de tout ce beau monde.

...

Fin du flashback.

Tous… Ils allaient tous payer pour leur affront, leur humiliation, leur abandon. Les Corbeaux, le bon samaritain, sa sœur… Il allait se venger !

Cette journée d'errance avait été fructueuse, il allait leur montrer ce qu'il en coûtait de se moquer de lui. Après tout il était expert en divers arts et il pouvait aussi avoir autant de pions à sa disposition que nécessaires. Il décida de faire un crochet par la clinique avant de retourner à sa chambre d'hôtel. Mais lorsqu'il arriva devant l'entrepôt une surprise de taille l'attendait.