Chapitre 18 : Le messager du bon samaritain
Cette journée d'errance avait été fructueuse, il allait leur montrer ce qu'il en coûtait de se moquer de lui. Après tout il était expert en divers arts et il pouvait aussi avoir autant de pions à sa disposition que nécessaires. Il décida de faire un crochet par la clinique avant de retourner à sa chambre d'hôtel. Mais lorsqu'il arriva devant l'entrepôt une surprise de taille l'attendait.
Rien, plus rien... Il n'y avait plus rien qu'une vieil entrepôt complètement vide, abandonné et décrépi. Avait-il rêvé ? Avait-il halluciné ? Les bandages qu'il portait lui prouvaient le contraire. Il s'était bien fait soigné. S'était-il trompé d'adresse ? Troublé, il ressorti la carte de visite que lui avait laissé le bon samaritain. La seule chose qu'il n'avait pas jeté et il se demandait bien pourquoi il ne s'en était pas débarrassé. Rien que l'idée de son éventuel identité le révulsait... Il sentit la colère bouillonner en lui et rangea la carte sitôt l'adresse vérifiée.
Il était au bon endroit.
Que s'était-il alors passé ? Il entra dans l'entrepôt et en fit le tour à la recherche d'un indice quelconque. Rien, il ne trouva rien. Les couloirs étaient déserts, le mobilier, pour peu qu'il y en eut, avait disparu. Il en était de même pour le matériel médical. Paradoxalement les toiles d'araignées n'avaient pas encore eu le temps de recouvrir les murs et l'entrepôt était d'une propreté étincelante.
En sortant du bâtiment, il remarqua un vieillard endormi au coin de la ruelle.
— Et toi ! Dit-il en le poussant du pied
— Hé là ! Doucement le jeunot, le réprimanda le vieil homme qui s'étira alors.
Il jeta un coup d'œil à son interlocuteur et le reconnut aussitôt.
— Et c'est vous. Merci encore pour le verre, sourit-il.
Heiji le reconnut à son tour et se radoucit aussitôt. Il ne savait pas l'expliquer, mais cet homme lui inspirait confiance, honneur et respect. Trois qualités qui lui faisaient actuellement défaut et il en avait grand besoin.
— Désolé, s'excusa-t-il aussitôt avant de poursuivre. Il y avait une clinique ici, la nuit passée et...
— Vous voulez parlez de la clinique des Lucioles, sans doute. Elle n'est jamais deux fois de suite au même endroit. Elle va et vient au gré des besoins et des nécessités.
— Il faut une sacrée logistique pour cela.
— Le gérant est bien loin d'être dans le besoin. Et puisque nous parlons de lui, seriez-vous monsieur Seguchi ?
— Comment connaissez-vous mon nom ? S'emporta Heiji en l'empoignant par le col et le soulevant de terre avec une facilité déconcertante.
— Du calme, le jeunot ! Je n'ai fait que poser une question. Ma phrase n'avait rien d'affirmative, souligna le vieillard sans pour autant se démonter.
— Je... Navré, dit-il penaud en le reposant à terre lentement.
— Alors, êtes-vous ce monsieur Seguchi ? Reprit le vieil homme, même si sa réaction lui avait servi de réponse.
— Oui ! Affirma Heiji.
— Le gérant de la clinique a laissé ce paquet pour vous, dit le vieillard en ramassant le paquet qui se trouvait à sa gauche. Il contient un nécessaire de premiers secours ainsi que des antidouleurs. À priori vous êtes parti si vite ce matin que vous en avez oublié le paquet qui vous était destiné, m'a-t-il expliqué. Il me la confié sachant que je restai dans le secteur et se doutant que vous reviendrez à un moment donné ou à un autre. Si cela n'avait pas été le cas, il aurait récupéré ce paquet bien plus tard. Un autre soir, une autre semaine.
— Merci, dit Heiji en prenant ledit paquet. Que savez-vous à propos de City Hunter ? Questionna-t-il ensuite prenant son interlocuteur au dépourvu.
— City Hunter ? Répéta-t-il surpris.
— C'est ce que je viens de dire.
— J'ai entendu dire qu'il était à la fois ange et démon, et qu'il valait mieux éviter de s'y frotter ou de provoquer sa colère. Il ne tue pas par plaisir mais par nécessité dira-t-on. Je sais aussi qu'il lui arrive de venir en aide à ses adversaires s'il le juge utile. Mais ne vous y trompez pas, ce n'est ni par pitié ni par compassion... Ce sont deux termes qui lui sont inconnus. C'est le destin qui offre ainsi une seconde chance à ces hommes, ou ces femmes... Une sorte de rédemption en quelque sorte.
— Une rédemption ? Peuh ! Quelle idée saugrenue.
— Quelques anciens tueurs à gages ont jugé sage de renoncer ainsi à leur ancienne vie... Avec difficultés et amertume, je vous l'accorde, mais c'est un fait qu'ils ne regrettent pas. D'autres ont fait fi de cette magnanimité et ne sont plus là pour en témoigner.
— Comment savez-vous cela, vieil homme ?
— Moi ? Mmm... J'ai vu cette offre m'être faite le jour où j'ai croisé sa partenaire qui était alors ma cible. Elle m'a apporté tant de chaleur, de réconfort malgré la situation que j'ai réalisé que je me trompais, j'ai eut ce que l'on pourrait appeler une révélation.
— Que s'est-il passé ? Questionna Heiji intrigué par la tournure de la conversation.
— Cela remonte à il y auara bientôt cinq ans. Ça pour sûr je n'étais déjà plus dans la fleur de l'âge comme on dit, mais de ce fait les gens se méfiaient beaucoup moins de moi… Sauf le City Hunter. Il a su me percer à jour très facilement. Je suivais sa partenaire, ma future proie, dans la rue lorsque j'ai ressenti une très forte aura meurtrière. Il me fut impossible de le localiser, il y avait alors trop de monde, mais le message était clair. Je n'ai cependant pas relâché ma poursuite, ma réputation était en jeu. La foule s'est soudain amenuisée et son aura a disparu. Persuadé qu'il s'était lassé, j'ai voulu passer à l'attaque. C'est là qu'un rival est arrivé. Ne voulant pas me faire couper l'herbe sous le pied je suis intervenu. J'ai été sérieusement blessé tandis que mon adversaire a péri sous mes coups. Lorsque je suis revenu à moi, dans une chambre d'hôpital, elle était là, à mes côtés, inquiète. Nous avons échangé quelques mots, elle m'a remercié de mon intervention et se disait désolée pour moi. Sa candeur, sa tendresse m'ont tant ému que je n'ai su quoi répondre. Puis elle est partie et j'ai alors entendu la voix du City Hunter. Il me mettait en garde et me disait de profiter de cette deuxième chance qui m'était offerte grâce à sa partenaire. C'est elle qui avait insisté pour que des secours soient prévenus et pour qu'il ne me tue pas. Curieusement, l'homme que j'ai abattu s'est révélé être un autre tueur engagé par le même patron. À priori il devait penser que je ne ferais pas l'affaire. City Hunter est allé le trouver et lui a mis les points sur les i. Je n'ai plus jamais entendu parler de lui depuis lors. Le jour de mon départ de l'hôpital elle était de nouveau là. Je lui ai avoué la vérité, mais loin d'être horrifiée, elle m'a sourit et m'a déclaré le savoir depuis le départ.
— Et elle est venue vous voir malgré tout ? Questionna Heiji sceptique.
— Oui. Elle m'a expliqué avoir confiance en moi malgré ce que je m'apprêtais à lui faire subir.
— Quelle naïveté.
— C'est une part d'elle qui fait son charme, sourit le vieillard rêveur.
— J'ai quand même du mal à croire que vous étiez un tueur.
— On me le répète régulièrement quand je raconte des histoires. On me prend le plus souvent pour un plaisantin, expliqua-t-il avant de se durcir soudainement.
Heiji sentit soudain un frisson différent lui traverser l'échine. L'aura qui émanait maintenant du vieillard était devenue cruellement froide et chargé.
— Vous… Vous pouvez arrêter, murmura Heiji mal à l'aise, reconnaissant son erreur.
— Il me suffit d'un rien n'est ce pas ? Sachez que je reste un ange aux côtés du City Hunter, souligna le vieil homme en retrouvant son sourire.
— Et vous ne l'avez réellement jamais vu ? Insista Heiji.
— Peut-être l'ai-je croisé sans savoir qui il était, admit le vieil homme. Et à mon humble avis, mieux vaut ne pas vouloir le croiser en sachant qui il est…
— Merci encore pour le sachet, soupira Heiji avant de repartir.
Une fois de retour dans sa chambre d'hôtel et couché sur son lit, Heiji ressassa les paroles du vieil homme pour la énième fois. Était-ce une ruse du City Hunter ? Était-ce réellement une seconde chance qui lui était offerte par le destin ?
Un courant d'air souleva une feuille de papier qu'il rattrapa machinalement… C'était la lettre de sa sœur… À la lecture des premiers mots sa colère ressurgit. Avant de penser à sa rédemption il devait penser à se venger, ensuite seulement pourrait-il envisager une seconde chance. Ses plans diaboliques lui revinrent en tête rapidement.
Dormir… Il devait dormir avant de les mettre en exécution.
…
Sitôt qu'Heiji avait quitté le vieil homme, une autre personne était sortie de l'immeuble d'en face.
— Qu'en penses-tu Ryô ?
— J'en pense qu'Heiji est perdu… Il ne sait plus où est sa place. Je crains malheureusement que votre échange ne soit pas suffisant. Il suffirait d'un rien pour le faire basculer définitivement dans l'ombre et dans la folie.
— Ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais dis-moi… Pourquoi lui ?
—En faisant mes petites recherches, j'ai remarqué qu'il était très souvent manipulé. Oui il est expert de ci de ça, mais il n'a jamais pris de décision seul. Après, lorsque je suis arrivé sur les docks hier, j'ai simplement noté qu'il y avait du grabuge, mais qui, quoi... De là où je me trouvais je ne pouvais pas le voir ni le savoir. Et quand je l'ai sorti de l'eau… Je dois admettre que j'étais à deux doigts de le refaire plonger illico, mais vu son état lamentable…
— Il m'est avis qu'il ne se serait pas gêné.
— Je n'en suis pas si certain… Il a lui aussi un code d'honneur, assura Ryô.
— Par contre toi, je pense que tu aurais réagit différemment par le passé.
— Tu aurais été surpris, Tommy, tu aurais été surpris, sourit Ryô. Je dois effectivement beaucoup à Makimura…
— Et à sa sœur, l'interrompit le vieil homme.
—Aussi, sourit Ryô. D'ailleurs cette histoire de tueur pris de tendresse par sa proie, même si cela t'es véritablement arrivé, c'était presque cela pour lui aussi hier soir. Sauf que ce n'est pas sa proie qui était là, mais son… ennemi.
— Il ne s'en est pas aperçu ?
— J'ai tenté de maîtriser ma haine à son égard et je n'ai échangé aucun regard avec lui. Après… Il est fort probable que son intuition, son sixième sens, m'ait reconnu.
—Et Kaori ? Elle n'était pas là ?
— Non. Elle était restée à l'appartement.
—Tu l'as laissée seule ?
—C'est une grande fille, tu sais. De plus elle n'était pas seule. Nous accueillons une amie chez nous. Reïka, la sœur de l'inspectrice.
— La sœur de… Mais combien de sœurs a-t-elle donc ? Questionna Tommy ne connaissant de nom que Saeko et Yuka.
— Quatre aux dernières nouvelles. C'est la plus âgée des plus jeunes qui est écrivaine et qui monte la pièce de théâtre.
—En parlant de cela, n'avais-tu pas une répétition prévue ce soir ?
— Je me suis échappé après l'essayage de mon costume.
— Ce sera comme une vraie représentation ? C'est chouette ça, sourit Tommy.
— Oui, mais non… C'est horrible. Cela m'oblige à demander un service à Saeko.
— Cela n'a pas l'air de t'enchanter.
—Bien sur que non… Cette garce va certainement en profiter pour faire diminuer sa dette, argua-t-il en sortant une longue liste recensant les nuits coquines dues par l'inspectrice.
—Sacré Ryô, ricana Tommy après en être tombé à la renverse.
…
En parallèle, au théâtre.
— Atchoum, éternua Saeko en sous-vêtements avant de s'essuyer le nez.
— C'est bien plus calme que tout à l'heure, remarqua Kazue.
— C'est normal, souligna Kaori. J'en connais un qui avait une course à faire.
— Ne le dit pas trop fort, murmura Saeko. Elle va t'entendre.
— Tu n'as donc pas remarqué ? S'étonna Kaori.
— Quoi donc ?
—Après nos premiers essayages Ryô est allé discuter avec Yuka avant de partir. Je suis certaine qu'il lui a fait mention de sa course.
— Et pas à nous ? S'offusqua Saeko.
— Et pas à nous, renchérit Kaori en soupirant.
