Chapitre 19 : La roue du destin

Tu n'as donc pas remarqué ? S'étonna Kaori.

Quoi donc ?

Après nos premiers essayages Ryô est allé discuter avec Yuka avant de partir. Je suis certaine qu'il lui a fait mention de sa course.

Et pas à nous ? S'offusqua Saeko.

Et pas à nous, renchérit Kaori en soupirant.

— Au fait ? Comment se déroule la cohabitation ? Questionna Kasumi.

— Je n'en dors plus, avoua Reïka.

— Et moi donc, renchérit Kaori.

— Pourquoi ne faites vous pas… commença Saeko.

— Fais bien attention au choix de tes mots, l'interrompit Kaori en lui lançant un regard noir.

L'inspectrice en rigola nerveusement.

— Voyons, Kaori, que vas-tu t'imaginer ? Tenta-t-elle.

— Allons, allons, du calme, intervint Reïka. De toute façon cela fait deux soirs qu'il s'absente sans prévenir.

— Oui, je sais. Rien d'anormal en somme, soupira Kaori avant de réagir. Mais… Comment sais-tu cela ?

— Je suis simplement observatrice, répondit la sœur de l'inspectrice mal à l'aise. Et toi ? Demanda-t-elle espiègle.

— C'est mon partenaire… Il est donc normal que je fasse attention à ses faits et gestes.

— Alors pourquoi est-il rentré trempé hier ? Il ne pleuvait pas.

— Il m'a simplement expliqué avoir été témoin d'une tentative de noyade sur les docks. Rien de plus, sourit brièvement Kaori.

— Tu as attendue son retour ? S'étonna Reïka.

— Je… oui, balbutia-t-elle. Mais toi ? Comment sais-tu qu'il était trempé lorsqu'il est rentré ? Demanda-t-elle toujours suspicieuse.

— J'ai entendu du bruit et cela m'a réveillé. Je suis alors sortie de la chambre sans faire de bruit pour ne pas t'éveiller. Sauf que tu n'étais pas présente.

— Qui me dit que tu ne voulais pas en profiter ? Questionna Kaori.

— Voyons, tu sais très bien que tant qu'il n'a pas signé le contrat de mariage je ne passerai pas à l'assaut.

— Reïka, arrêtes de taquiner Kaori, veux-tu ? Intervint Saeko souriante. Du reste, comment allez-vous rentrer ?

— Très bonne question, souligna Reïka.

— Cela dérangerait-il l'une de vous de faire un crochet ? Tenta Kaori.

— Pas de problème pour moi, assura Saeko.

— Merci.

L'appartement était plongé dans l'obscurité lorsqu'elles arrivèrent. À priori Ryô n'avait pas fini sa course. Kaori soupira, c'était un soir comme tant d'autres et comme tant d'autres soir elle alla allumer la radio et se mit à préparer le dîner, secondé par Reïka qui avait insisté pour l'aider. Ce ne fut que lorsque tout fut prêt que Ryô arriva.

— Quelle bonne odeur ! Que nous as-tu préparés, Reïka ? Demanda le nettoyeur en lui attrapant les mains.

— Moi ? Mais rien du tout. C'est Kaori qui a cuisiné, répondit-elle en dégageant ses mains.

— Quoi ? Et tu l'as laissé faire ? Gémit-il.

— Ryô, gronda Kaori en le faisant pâlir.

Il se retourna lentement mais rien n'y fit, la massue était déjà partie et il se la reçut de plein fouet.

— J'aurais dû réfléchir avant de parler, maugréa-t-il avant de tomber en arrière.

— Enfin une phrase de sensée, c'est plutôt rare, souligna sa partenaire sans insister. Nous allons passer à table, va te laver les mains, dit-elle ensuite avant de montrer l'exemple.

Bien plus tard dans la soirée, chambre de Kaori. Reïka était à l'affût, le sommeil peinait à arriver. Elle entendit, plus qu'elle ne le vit, Kaori se lever et quitter la chambre. Bien qu'intriguée elle parvint à contrôler sa curiosité pendant un certain temps.

Kaori quitta sa chambre espérant ne pas avoir réveillé Reïka qu'elle pensait endormit. Puis, écoutant son intuition, elle alla trouver Ryô sur le toit en train de se griller une cigarette.

— Tu ne dors pas ? Interrogea-t-il sans se retourner.

— Pas plus que toi, souligna-t-elle. Tu es tracassé par je ne sais quoi, et ne me dis surtout pas le contraire, je ne te croirais pas tant je te connais, appuya-t-elle le faisant sourire brièvement.

Il demeura silencieux un instant, le temps de finir sa cigarette, se demandant quelle serait sa réaction en apprenant l'histoire plus complète sur son action de bon samaritain.

Il brisa finalement le silence qui devenait oppressant.

— J'ai levé l'identité de l'homme que j'ai sauvé de la noyade, dit-il gravement.

— Et cela ne t'enchante guère, conclut-elle.

— Tu vas vite comprendre pourquoi, dit-il avec ironie. Je lui ai aussi laissé une chance de changer de métier… Mais je doute que le message soit bien passé.

— Changer de métier ? Tu as chargé Tommy de transmettre ton message, sourit-elle.

— Il était le mieux placé pour ce faire, dit-il en appuyant sa phrase faisant alors comprendre à Kaori qui était cet homme.

— Tu…Tu as sauvé celui qui tente de me tuer de la noyade ? S'étonna-t-elle.

— Hélas, soupira-t-il en la regardant rapidement avant de prendre appui sur la rambarde. Mais je ne m'en suis rendu compte qu'une fois hors de l'eau. J'ai bien été tenté de le remettre à l'eau mais non…

Kaori était intriguée, néanmoins elle savait que Ryô n'agissait pas ainsi sans raison.

— Crois-tu réellement qu'il pourra encore changer et abandonner sa vie actuelle ? Questionna-t-elle gravement.

— Je ne suis pas certain… Il lui suffirait d'un rien pour le faire sombrer dans la folie définitivement et inversement un rien pourrait être un déclic pour sa « survie ».

Elle s'appuya lentement contre lui et il la sentit frissonner.

— Tu as…

— Froid, l'interrompit-elle. Je suis sortie de ma chambre à la hâte et je n'ai pas mis de manteau avant de venir.

Il retira aussitôt sa veste et la lui posa sur ses épaules.

— Idiote ! Comment penses-tu que Yuka réagirait si elle apprenait que son actrice principale a bêtement attrapé froid à quelques jours de la représentation ? Questionna-t-il avant de l'entraîner à l'intérieur de l'appartement et lui frictionnant le dos.

— Je t'avouerai que la question ne m'a pas du tout traversé l'esprit, rougit-elle.

En refermant la porte menant au toit, une douce odeur de café assaillit leurs narines.

— Reïka ? S'étonnèrent-ils en échangeant un bref regard.

Une petite minute après à la cuisine.

— Ha ! Vous revoilà, fit la détective guillerette.

— Est-ce que tout va bien ? Questionna Ryô.

— T'ai-je réveillé ? Interrogea Kaori.

— Oui, tout va bien. Non, tu ne m'as pas réveillé, je ne dormais pas.

— Et c'est pour cela que tu as préparé du café ? Demanda Ryô.

— Bien sur que non. Lorsque j'ai réalisé que Kaori ne revenait pas, j'ai allumé la lumière et suis sortie de la chambre. J'ai remarqué que la porte menant au toit n'était pas fermé en totalité. J'en ai conclut que vous étiez dehors et qu'un petit café serait le bienvenu. Après tout, n'oublions pas que nous sommes en décembre et qu'après après-demain c'est Noël, dit-elle non sans avoir regardé l'horloge qui indiquait alors 00h05.

— Merci, sourirent Ryô et Kaori.

La journée suivante fut on ne peut plus calme, excepté pour Saeko qui avait été mandaté sur plusieurs fronts.

Divers commerces et bijouteries avaient été pris pour cible par des explosions au moment de la fermeture méridienne de ces établissements même la bijouterie sur laquelle elle enquêtait avait été prise pour cible. Le plus inquiétant fut que l'individu avait passé les scellés sans être inquiété par la présence des enquêteurs.

Premier point commun que Saeko constata lorsqu'elle avait été informée de toutes les explosions, tous les commerces et bijouteries visés appartenaient à Monsieur Misushi.

Deuxième point commun qui s'apparentait plutôt à un premier indice, une plume noire de corbeau laissé en évidence sur chaque scène de crime. Et si ses autres informations concernant cet homme étaient correctes, le clan qu'il dirigeait portait le nom des corbeaux. Était-ce une vengeance intestine à ce gang ?

Lorsque monsieur Misushi eut vent des mauvaises nouvelles, son visage vira de l'étonnement à la colère. Un commerce, ce n'était pas si grave. Deux commerces… une coïncidence… Mais une dizaine au même moment, là le message était clair on lui cherchait querelles.

Il fit rassembler ses hommes, ses gestionnaires, dans son fief, son bar privé. Même Anko fut conviée à cette réunion de crise. Pendant qu'il leur faisait une leçon de morale, Anko observa chacun des intervenants et finit par remarquer une petite lueur différente dans leur regard.

'Heiji !' Songea-t-elle en réalisant qui était derrière tout ça.

Elle parvint à cacher sa surprise et se demanda si elle devait en parler à … son patron. Après tout il était déjà contre l'idée d'éliminer la partenaire de City Hunter et cela n'arrangeait guère ses projets. Par contre si Heiji avait agit ainsi c'est que cet homme avait dû le pousser à bout. Que s'était-il passé la veille ? Elle n'en avait rien su et avait été contrainte de quitter sa chambre d'hôtel en pleine nuit sans explications. Arrivée au rez-de-chaussée, elle avait entendu un homme dire au réceptionniste que ce message était pour Monsieur Seguchi de la part de sa sœur. Elle n'avait même pas pu manifester son indignation. Comment avaient-ils osé utiliser son nom ainsi. Et que contenait ce message ?

Perdu dans ses réflexions, elle ne s'était pas encore rendu compte que la réunion venait de finir. Ce ne fut que lorsqu'elle fut accosté par un beau ténébreux au regard envoûtant qu'elle sortit de ses pensées. C'était l'américain, comme l'appelait certains hommes de Misushi. De près il était vraiment grand et intimidant.

Ils échangèrent quelques mots puis se saluèrent avec une poigne de main entendue. Le geste n'échappa pas à Misushi.

— Jun ?

— Oui, Père.

— Ce cher Smith semble avoir trouvé un intérêt pour notre nouvelle recrue. Garde les à l'œil quelques jours, je ne voudrais pas qu'un ver se développe au sein des corbeaux. Cependant, méfies-toi… Smith n'est pas à prendre à la légère. Si le City Hunter t'a fait forte impression, sache que cet homme sera aussi te détecter. Après tout il est mon tueur attitré, ne l'oublie pas.

— Bien, Père. Je prendrais les précautions qui s'imposent.

— Au fait, tu m'as fait comprendre qu'une des vidéos surveillances avait eut le temps d'envoyer une image avant l'explosion.

— Oui, mais c'est à n'y rien comprendre. C'est le gérant du commerce qui aurait posé la bombe et pourtant il dit ne se souvenir de rien d'anormal si ce n'est la déflagration.

— Mmmm. Je vais envoyer Smith enquêter sur lui. Peut-être apprendra-t-il quelque chose de nouveau.

— Et s'il l'élimine ?

— Je veillerai à ce qu'il n'agisse pas en ce sens… Ce serait préjudiciable même si un autre pourrait prendre sa place, dit-il. Tu peux disposer fils.

Jun le salua avant de sortir de la pièce.

— Mademoiselle Seguchi, pourrais-je m'entretenir un instant avec vous ? L'interpella-t-il en la rejoignant dans le couloir menant à la salle principale.

— Bien sur, répondit-elle masquant son trouble par un sourire.