Chapitre 20 : Une fratrie dans la tourmente
— Mademoiselle Seguchi, pourrais-je m'entretenir un instant avec vous ? L'interpella-t-il en la rejoignant dans le couloir menant à la salle principale.
— Bien sur, répondit-elle masquant son trouble par un sourire.
Ils retournèrent dans la salle de réunion silencieusement.
— Prenez place je vous prie, dit Misushi en lui faisant signe de s'asseoir face à lui.
— Que me voulez-vous ?
— J'ai une très mauvaise nouvelle à vous annoncer, déclara-t-il avec gravité.
Le ton employé par Misushi la fit frissonner, était-ce à propos de son frère ? Honda observa la jeune femme avant de poursuivre.
— J'ai appris que votre frère avait été victime d'une agression hier soir et laissé pour mort.
— Que… Quoi ! S'exclama-t-elle en se levant. Savez-vous où je puis le trouver ?
— Son corps aurait été jeté dans l'océan.
— Vous devez faire erreur. Heiji n'est pas si faible, dit-elle la voix brisée en se rasseyant.
— Je suis sincèrement désolé pour votre perte, dit-il sobrement. Vous me disiez qu'il avait divers domaines d'expertises.
— Oui, déclara-telle faiblement.
— Cela ne lui a été d'aucune utilité, ironisa-t-il sadiquement tout en gardant un air empathique.
— Ce n'est pas simple d'hypnotiser des gens durant une agression, s'emporta-t-elle et réalisant en avoir trop dit. Je… Je suis désolée, j'ai besoin d'être seule un instant, s'excusa-t-elle ensuite avant de sortir de la pièce à la hâte.
Honda cacha un petit sourire de satisfaction il allait être facile de la manipuler. Qui plus est, elle venait de parler d'hypnose en ce cas peut-être était-il toujours vivant.
Anko avait vraiment besoin d'être seule. Elle devait s'assurer que son frère était bel et bien décédé, en cas contraire elle venait de signer son arrêt de mort en parlant d'hypnose. La seule façon de vérifier cela était alors de retourner à l'hôtel.
Sitôt qu'il avait été informé du départ de la jeune femme, Honda Misushi alla trouver son fils qui faisait une séance de tir avec ses amis, ses gorilles, sous le regard amusé de Smith qui chapeautait le tout et s'amusait de la maladresse d'une majorité des tireurs.
— Pourriez-vous tous nous laisser. J'ai besoin de parler à mon fils en privé.
Le ton employé n'était guère engageant et refuser de sortir eut été suicidaire. L'américain devina immédiatement le contenu de la conversation mais sorti lui aussi de la salle. Après tout il n'était pas convié à la fête… Pour le moment.
— Que voulez-vous, Père ?
— Anko vient d'avouer à demi-mot que son frère était expert en hypnose.
— Ce qui expliquerait pourquoi le gérant ne se souvient de rien, remarqua Jun.
— Ce qui voudrait aussi dire que tes gorilles ont échoué pour l'éliminer, souligna Honda.
— Laissez-leur une seconde chance, balbutia son fils.
— Emmène les vérifier qu'il est bel et bien décédé et ramenez moi une preuve de sa mort… En cas contraire, j'ordonnerai à Smith de les abattre… Tu connais la règle, Fils.
— Bien, Père, dit-il en serrant ses poings de rage
— Ils ont jusqu'au 25 décembre pour faire de nouveau leurs preuves, je suis clément en cette période de l'année, sourit-il d'un air ironique.
…
En parallèle.
Dans sa chambre d'hôtel Heiji jubilait devant son poste de télévision. Tout se passait comme il espérait. Dommage qu'il ne pouvait pas voir le visage rageur de Misushi il imaginait cependant son rictus de colère.
…
Il s'était sorti très très tôt, de toute manière sa nuit avait été écourté par ses douleurs et il avait passé son temps à préparer des petits colis spéciaux. Ensuite, il s'était soigné et était sorti discrètement pour ne pas attirer l'attention de quiconque à l'accueil, emportant les dits colis avec lui. Il avait commencé par faire le tour des bars dont la fermeture était en cours…
Là, il avait parlé à certains patrons, certains clients usant alors de son talent d'hypnotiseur et leur laissant un des petits colis préparé à la va vite. Il savait que ces jouets seraient inoffensifs pour eux, mais pas pour les bâtiments qu'il visait. Il avait même eut la possibilité de discuter avec un policier enquêtant dans la bijouterie cambriolée. Il l'avait rencontré vraiment par hasard….. Une aubaine pour lui.
L'ordre donné était simple. A telle heure ils devaient déposer le petit colis à proximité des tableaux électriques et des conduits de gaz de chauffage. La petite étincelle ferait le reste en temps voulut. Une fois le colis placé, ils devaient fermer boutique après avoir fait sortir tous les clients. Il était inutile, pour le moment, d'impliquer des vies humaines. Cela… il se le réservait de façon perverse.
…
Satisfait des résultats, il éteignit le téléviseur et décida d'aller faire un tour. Toutefois, il prit ses précautions pour rester incognito. Il alla s'installer devant le miroir de la salle de bain pris soin de remodeler son visage afin qu'il soit plus féminin. Une fois chose faites, il continua son ouvrage et se maquilla méticuleusement. Il était devenu expert en la matière après avoir pris quelques cours auprès de drag-queens, mais cela il l'avait gardé pour lui-même et n'en avait jamais fait mention à quiconque, pas même à sa sœur pour éviter qu'elle ne se moque de lui.
…
Lorsqu'Anko arriva à l'hôtel, elle alla se renseigner directement à l'accueil. Son frère était bien rentré tôt hier matin, très fatigué et depuis lors il n'avait pas été vu au rez-de-chaussée. Par ailleurs, le message lui avait bien était transmis, comme convenu. Bien que la surprise se lisait sur le visage de la jeune femme, le réceptionniste continua son travail l'air de rien.
Se ressaisissant, elle emprunta un crayon et du papier et écrivit un nouveau message à son frère. Elle ne se sentait pas le courage de l'affronter en face à face. Elle venait de se trouver un nouveau mentor et elle savait que le lui dire pourrait avoir de lourdes conséquences aussi trouva-t-elle une toute autre excuse…
Elle laissa le message à la réception à l'attention de son frère puis elle ressortit de l'hôtel. Ce faisant, elle reconnu la voiture appartenant au fils Misushi qui venait de se garer juste en face. Ne voulant pas être vu, elle partie en direction opposé.
…
Lorsqu'il fut prêt, après une bonne heure de préparation, Heiji sorti de la chambre vêtue en femme et méconnaissable. Il arriva devant l'ascenseur et appuya sur le bouton d'appel. Lorsque les portes s'ouvrirent il vit débarquer quatre hommes en costumes et en reconnut deux d'entre eux. Il demeura impassible et les laissa descendre avant de s'engouffrer dans l'appareil.
Tandis que les portes se refermèrent, il aperçu les hommes courir vers sa chambre et commencer à tambouriner à la porte, il en eut un sourire narquois. Si ces hommes parvenaient à entrer, une sacrée surprise les attendait.
Lorsqu'il arriva au rez-de-chaussée, il croisa le fils Misushi qui le salua avec un sourire charmeur et charmé. Heiji lui rendit son sourire et le vit s'approcher. Cependant qu'il s'arrêta à ses côtés, une explosion retentit faisant vibrer les murs de l'hôtel. Ce fut l'affolement général. L'alarme incendie se mit à retentir et tandis que le réceptionniste alertait les secours, Jun courut vers les escaliers et Heiji remarqua un courrier dans le casier de sa chambre.
Profitant de la cohue, il récupéra le pli ni vu ni connu. Jun croisa les clients de l'hôtel affolés tandis qu'il montait les escaliers. Arrivé à l'étage souhaité, il remarqua une forte fumée se dégager d'une des chambres et courut vers celle-ci. À l'intérieur les flammes étaient en train d'évoluer rapidement et il aperçu les corps des ses amis, ses gorilles, totalement inerte.
Malgré la fumée qui commençait à le faire suffoquer, il pénétra dans la chambre, s'abaissant vers l'air frais et tenta de faire réagir le premier homme qu'il croisa… en vain. Il fut soudain saisi par deux bras puissants et tiré vers l'extérieur de la chambre.
— Laissez-moi, cria-t-il.
— Restez tranquille, Monsieur, nous allons nous occuper de vous et d'eux, souligna l'homme à ses côtés.
Il remarqua alors qu'il s'agissait de pompiers.
…
A l'extérieur l'explosion avait aussi provoqué une belle frayeur. Anko, encore à proximité, s'était retourné incrédule vers l'hôtel.
— Heiji ! S'était-elle écriée en remarquant la fumée se dégageait d'un des étages par la fenêtre.
Elle se mit à courir en sens inverse et percuta une dame de plein fouet. Le choc la fit tomber en arrière. Elle se releva aidée par l'inconnue qui la maintenait fermement, l'empêchant de courir vers l'hôtel.
— Lâchez-moi ! Heiji ! Cria-t-elle derechef.
La femme à ses côtés frémit, mais elle n'y accorda aucune attention.
— Il n'était sans doute pas là, suggéra la femme tentant de lui remonter le moral.
— Qu'en savez-vous ? Questionna Anko avec hargne et en pleurs.
Heiji sentit son cœur se serrer devant la tristesse qui émanait de sa sœur. Devait-il lui dire la vérité ? Était-ce là la même femme qui lui avait laissé un courrier si glacial la veille ?
— Faites moi confiance, sourit-il. Vous devez être Anko, tenta-t-il ensuite.
— D'où savez-vous cela ? Questionna-t-elle surprise et arrêtant de se débattre.
— J'ai croisé votre frère qui sortait de l'hôtel, je venais aux nouvelles après l'avoir vu presque mort avant-hier, menti-t-il. Il m'a avoué assez sadiquement qu'il avait piégé sa chambre si jamais on le cherchait toujours. Bien évidemment, la bombe n'était armée que durant son absence. J'ai eu bien du mal à croire qu'un homme si charmant puisse dire vrai. Mais maintenant…
— Sauriez-vous où il est allé ? Demanda Anko avec espoir.
— Hélas non. Maintenant, veuillez m'excuser, mais je dois y aller. Dit la jeune femme en hélant un taxi.
Anko observa la femme partir, elle avait quelque-chose de soudainement familier. Heiji ressentait le regard appuyé de sa sœur et lorsque le taxi partit, il décida de lui faire signe par la fenêtre. Il eut le temps de remarquer sa réaction, elle venait de le reconnaître.
Vivant, Heiji était vivant… Mais pourquoi cette mascarade ? Elle voulut soudain le suivre mais aucun autre taxi ne se présenta dans le secteur. Elle décida alors d'aller prendre un bus et partie à son tour dans la même direction, ne sachant pas vraiment où s'arrêter elle alla jusqu'au terminus. Là, elle regarda autour d'elle et décida de faire le parcours en sens inverse à pieds … Elle avait besoin de réfléchir et pour elle il n'y avait pas meilleur moyen que la marche à pieds.
…
Après avoir quitté le taxi, Heiji se mêla à la foule et s'attarda sur les différentes scènes de ses méfaits pour se changer les idées. Le regard de sa sœur et ses pleurs hantaient son esprit. Et il avait besoin de se changer les idées pour garder sa motivation intacte. Puis il gagna le parc de Shinjuku et profita des derniers rayons de soleil hivernaux en prenant place sur un banc quelconque.
Ses yeux vaquèrent ça et là, s'arrêtant soudainement sur l'air de jeux des enfants très animé. À y regarder de plus près il n'y avait guère d'adultes pour les surveiller. Une femme discutait avec un couple et jetait des regards réguliers vers les enfants, cela lui rappela sa mère toujours à l'affût de ses moindres faits et gestes.
Mettant une main dans sa poche, il sentit un papier sous ses doigts et se rappela le message récupéré dans le casier de sa chambre. Le papier était plié, sur ce dernier il reconnut le logo de l'hôtel. Le mot, quel qu'il soit, avait été improvisé. Il déplia la missive et su au premier mot qu'il avait été écrit par sa sœur.
