Chapitre 22 : Lucioles et libellules
— Pour changer de sujet, voici le lieu où « Les Lucioles » ouvriront leurs portes ce soir, dit Ryô d'une voix plus claire qui contrastée avec ses chuchotements. J'ai croisé le gérant qui m'a demandé de faire ma distribution de cartes aux habitués. Assures-toi que l'une d'entre elles parvienne à qui de droit.
— Pas de souci, Ryô, souligna le vieillard tandis que le serveur posa les 2 verres à tables.
— Attendez, l'arrêta Ryô avant de lui passer de quoi régler la note rapidement.
— Merci, s'inclina le serveur avant de partir.
— Bon je te laisse Tommy, fit Ryô avant de boire son verre d'une traite. Je suis attendu, affirma-t-il gravement.
Puis il fit mine de partir mais s'arrêta brusquement et un sourire béat fit son apparition.
— Mais avant ça, un dernier gros câlin ! S'écria-t-il en se jetant vers les deux femmes de tout à l'heure.
Sans se concerter, Anko attrapa le verre vide de sa 'grande sœur' tandis que celle-ci leva la table si haut que Ryô s'y encastra. Haruka grimaça derechef, l'effort lui était néfaste.
— C'en est trop, fulmina-t-elle, je ne resterai pas une minute de plus dans cet établissement.
— Grande… Grande sœur, attends-moi, fit Anko en courant derrière elle.
Elle s'arrêta au comptoir pour y déposer le verre vide et régler la note avant de la poursuivre.
Haruka s'était arrêtée près de la porte d'entrée et fixa son regard sur le vieil homme qui venait de quitter la table du City Hunter.
— Madame, salua-t-il en passant à ses côtés. Vous avez l'air souffrante. Si je puis me permettre, je connais un endroit où l'on pourra prendre soin de vous, continua-t-il en lui tendant une carte de visite.
D'abord réticente, 'Haruka' reconnu le vieillard.
Il était celui-là même à qui il avait offert un verre quelques jours auparavant. Il était celui-là même qu'il avait réveillé brutalement en découvrant l'entrepôt de la clinique vide. Le vieil homme savait-il qu'il était en présence du City Hunter ? Par ailleurs n'était ce pas ce dernier qui lui avait donné le paquet de cartes de visites. Afin de ne pas s'exposer il accepta la dite carte tout en cachant sa surprise.
— Merci monsieur, dit-elle en souriant avant de reprendre sa route.
— Que vas-tu faire maintenant, grande sœur ? Questionna Anko une fois à ses côtés.
— Je ne sais pas, admit-elle.
— Et que fais-tu de ma demande ? Interrogea Anko en s'arrêtant tout en prenant un air maussade.
— Tu sais très bien que j'irai jusqu'au bout, je te l'ai promis.
— Excuse-moi, mais ce n'est pas l'impression que j'en ai. Je t'ai connu beaucoup plus agressif, assena-t-elle.
Sans raison, Heiji sentit une colère sourde monter en lui.
— Je ne reviens jamais sur ma parole, tu devrais le savoir, aboya-t-il oubliant de masquer sa voix et la faisant frémir. Je me permets une journée de repos supplémentaire et ensuite… Tu n'auras qu'à te rendre au théâtre le jour J pour assister à sa chute.
'Le voilà redevenu lui-même !' Jubila-t-elle intérieurement.
— Désolée, je ne voulais pas te froisser, dit-elle d'une petite voix comme pris en faute.
— Tu ferais mieux de rentrer, ton « patron » va finir par se demander ce que tu fais à l'extérieur, dit-il en appuyant le mot patron. File, rajouta-t-il en la voyant qui hésitait.
— Reposes-toi bien alors, sourit-elle avant de s'éclipser.
Il la regarda partir et soupira longuement avant de regarder la carte qu'il avait récupérée. Sur celle-ci figurait la nouvelle adresse de la clinique des Lucioles. Surpris, il se tourna vers l'établissement qu'il venait de quitter, mais le vieil homme n'était déjà plus là. Sa couverture avait-elle sauté ? Était-ce une simple coïncidence ? Les questions se bousculèrent, néanmoins il décida d'y aller. Cela lui permettrait de se reposer convenablement… Au moins pour cette nuit.
…..
Le lendemain, veille de la représentation officielle, ce fut d'ores et déjà le moment fatidique pour Yuka. Cette fois les répétitions restèrent en huis clos et cette fois tout se déroula à la perfection. Ses amis avaient tous bien remplis leurs rôles, même Ryô malgré ses sempiternelles pitreries. Il ne restait qu'à reproduire la même chose le lendemain avec les costumes en plus et le tour serait joué. Enfin, elle espéra que pour la vraie représentation le prince n'embrassa pas la princesse sur le front comme il l'avait fait aujourd'hui.
La répétition ayant eu lieu le matin, Ryô profita de son après-midi pour aller trouver ses différents indics. Il apprit ainsi qu'Heiji s'était de nouveau rendu aux Lucioles, sous le nom d'emprunt d'Haruka. Le médecin avait apprécié le revoir et l'avait reconnu sans peine malgré son déguisement il n'avait cependant posé aucune question mais lui avait fait remarqué qu'il faisait un très beau drag-queen. Lorsque le matin était arrivé, il avait recommandé à son patient de se rendre à la Libellule équivalent diurne des Lucioles. Là il pourrait s'y reposer et même y passer la journée bien tranquillement.
Apprenant cela, Ryô avait téléphoné au responsable du second établissement pour en apprendre davantage. Une femme répondant au nom d'Haruka s'était bien présentée le matin même et se trouvait toujours sur place. Une chambre individuelle lui avait été attribuée pour qu'elle puisse bénéficier de plus de tranquillité ses traits étaient tirés et la fatigue était lisible sur son visage. Ryô remercia son interlocuteur avant de raccrocher et de retourner chez lui.
…
De son côté Anko ruminait sa vengeance, se demandant comment son frère allait s'y prendre. Perdue dans ses pensées elle n'avait pas prêtée attention aux allers-venus incessants des hommes de Misushi. Seule la mention de son frère la fit retourner à la réalité. Le corps retrouvé dans la chambre d'hôtel s'était avéré être celui d'un homme quelconque. Misushi savait désormais que Heiji était toujours vivant.
Bien que désireux de se venger de lui, sa préoccupation première était de remettre de l'ordre dans ses effectifs suite aux diverses explosions qui avaient touchés ses commerces. Il ordonna à son tueur de refaire rentrer dans le rang les plus prompts à vouloir se faire justice eux-mêmes en lui laissant carte blanche. Bien évidemment après une première exécution, le nom de Smith parcouru les lèvres des autres gérants qui obéirent au doigt et à l'œil. Pour Misushi il était encore trop tôt pour agir vouloir se venger revenait à les sortir de l'ombre et le moment n'était vraiment pas propice.
Dans le même temps il fit comprendre à Anko que son frère n'était qu'un futur cadavre en sursis. Aussi, si elle savait où le trouver, liberté lui été donné d'aller l'avertir.
Flairant le piège, Anko joua le jeu de l'ignorance appuyant son argumentation sur le fait de ne pas l'avoir vu depuis qu'elle avait quitté l'hôtel elle-même délogée par les hommes de mains de Misushi et cordialement invitée à demeurer chez lui depuis l'avant-veille et lui rappelant qu'il lui avait appris sa disparition dans l'océan.
Ne ressentant pas de malice lors de cet échange, le chef des Corbeaux jugea que la jeune femme ignorait réellement ce qu'il en était. Toutefois méfiant, il la garda à l'œil. Après tout il savait très bien qu'elle souhaitait la mort d'une femme qu'il voulait, lui, garder en vie pour en faire une pièce maîtresse dans son œuvre
Lors de l'enquête qu'il avait diligenté, il avait appris que cette femme, cette Kaori, faisait partie d'une troupe de théâtre amateur dont la représentation devait avoir lieu le 24 décembre pour les enfants de l'orphelinat. Amoureux de théâtre, il avait décidé d'aller lui aussi assister à la représentation mais n'en parla qu'à son fils encore hospitalisé suite à l'incendie de la chambre d'hôtel.
…
Heiji, sous le nom d'emprunt d'Haruka, avait suivit les conseils du médecin des Lucioles. Après tout quoi de mieux pour se reposer qu'un hôpital pour égarés. Il s'était présenté aux Libellules en fin de matinée et avait été surpris d'apprendre qu'il était attendu. Le docteur de cette clinique lui avait alors expliqué que les Lucioles et les Libellules demeuraient en constante relation afin que certains patients puissent bénéficier de soins de manières prolongées. Tant fatigué il s'était rapidement endormi jusqu'à ce que l'infirmière vienne le réveiller pour le dîner.
Là, il remarqua qu'il n'était plus au même endroit. Devant son regard intrigué, l'infirmière lui expliqua qu'il avait été transféré aux Lucioles tandis qu'il dormait profondément. Elle lui cacha néanmoins que le médecin des Libellules le jugeant trop fatiguée, lui avait injecté un anesthésiant pour faciliter le transfert. Aussi profita-t-il de cette dernière nuit de repos.
Demain était un grand jour pour lui. Il avait quelques détails à régler avant le grand final. Il connaissait le lieu de la représentation, il connaissait l'œuvre qui allait être interprétée, mais il ignorait l'heure… Enfin, il l'ignorât jusqu'à ce qu'il se décide à allumer le téléviseur qui se trouvait dans la chambre où il était installé. Là, un bandeau publicitaire été diffusé rappelant l'heure de celui-ci, la diffusion en direct et la possibilité de faire un don pour les orphelinats en composant le numéro de téléphone qui s'affichait.
Il crut tout d'abord à une provocation de son adversaire. Mais, lorsque l'infirmière entra une fois qu'il eut terminé de manger.
— Mademoiselle, questionna-t-il avant qu'elle ne ressorte.
— Que puis-je pour vous, Madame ?
— Cette histoire de pièce de théâtre retransmise m'intrigue. Sauriez-vous ce qu'il en est ?
— Vous avez de la chance, j'ai une amie qui a un ami, qui a lui-même une amie et qui…
— Pourriez-vous aller au plus court je vous prie ? Fit il un peu plus gravement qu'il ne l'aurait voulut.
Pas plus impressionnée, l'infirmière s'arrêta néanmoins et lui sourit avant de continuer de la sorte.
— Il paraitrait que le préfet de police a fait des pieds et des mains afin que la représentation soit retransmise. Tout cela parce que sa jeune fille est à l'origine du projet.
— La fille du préfet de police ?
— Oui, c'est une jeune écrivaine déjà très reconnu.
'Il risque d'y avoir des policiers pour assurer la sécurité. Si la représentation a bien lieu à 14h cela ne va pas me laisser beaucoup de temps pour préparer le terrain. Il faut que je puisse partir au plus tôt demain matin,' songea-t-il.
— Une dernière chose.
— Qu'y-a-t-il ?
— Le médecin ne devrait pas tarder à passer. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à lui en parler, sourit l'infirmière avant de s'éclipser.
