NdA: Les lignes de dialogues de la pièce sont reprises de la version française de "La belle au bois dormant" de 1959.
Chapitre 25 : Une fin de représentation inhabituelle.
— Perchée sur son trône dans une haute tour Maléfique interrogeait ses minions. Elle apprit alors que ceux-ci n'avaient jamais retrouvé trace de la princesse et qu'ils avaient passé les 16 dernières années à fouiller tous les berceaux. Apprenant cela Maléfique se mit à rire nerveusement avant de passer sa colère sur eux, les traitant d'idiots et d'imbéciles. Puis elle fit appel à son plus fidèle serviteur, un corbeau. Elle lui donna pour mission de retrouver une jeune fille gracieuse, à la beauté sans pareille et à la voix enchanteresse. Le corbeau prit son envol et s'en alla poursuivre sa mission. Durant son vol il fut soudain attiré par un jeu de lumière sortant d'une cheminée.
Le rideau se leva sur un décor d'intérieur de chaumière. Tapit dans le recoin supérieur gauche, un corbeau y est représenté.
— Mon dieu, elle va avoir 16 ans.
— Dire qu'hier ce n'était qu'un bébé, souligna Miki pensive.
— Dépêchons nous de finir avant son retour, souligna Flora en faisant tourner la robe sur son côté rose.
— Voilà, j'ai fini, dit gaiement Pâquerette en déposant un énorme gâteau devant-elle.
Il y eut des « waouh » d'exclamations parmi les enfants au premier rang qui firent sourire bien des adultes qui les entendirent.
Les trois bonnes fées tournèrent la tête vers le côté jardin où l'on pouvait entendre Kaori qui fredonnait gaiement. Elles allèrent se cacher en coulisse côté cour.
— Tante Flora, tante Pâquerette, tante Pimprenelle, appelle-t-elle en arrivant sur scène comme si elle venait d'ouvrir une porte. Où sont-elles passées ? Oh ! s'exclama-t-elle ensuite à la vue du gâteau et de la robe.
— Surprise !
— Joyeux anniversaire.
— Joyeux anniversaire, lui dirent ses marraines.
— Oh ! Vous êtes gentille ! C'est le plus beau jour de ma vie. Oh, tout semble si merveilleux. Je suis sure qu'il va vous plaire, dit-elle gaiement le regard pétillant d'amour.
La critique au premier rang nota de suite ce détail. Ce n'était pas sur-joué, ses sentiments étaient sincères.
'Tiens ? Y-a-t-il réellement un lien entre ces deux comédiens ?' Se questionna-t-elle.
— Qui ? S'exclama Miki.
— Oh ! Fit Pimprenelle choquée.
— Oh ! Tu as parlé à un inconnu ! S'étonna Kasumi.
— Oh ! Je l'avais déjà vu. Ce n'était pas un inconnu, argumenta-t-elle.
— Déjà vu ? Reprit Miki.
— Où ça ? Interrogea Reïka.
— Je l'avais vu en rêve, répondit-elle gaiement avant de se mettre à chanter. Mon amour, je t'ai vu au beau milieu d'un rêve.
Elle attrapa Miki par les mains et se mit à danser avec elle.
— Elle est amoureuse, fit-elle remarquer.
— Oh non ! S'exclama Reïka.
— Oh, c'est terrible, souligna Kasumi.
— Pourquoi ? Après tout j'ai seize ans, je peux, dit-elle en s'arrêtant de valser.
— Ce n'est pas ça, chérie, lui dit Kasumi en s'approchant d'elle.
— Tu es déjà fiancée, signala Pâquerette en lui souriant.
— Moi, fiancée ? S'étonna Kaori.
— Oui, depuis ta naissance figures-toi, renchérit Pimprenelle.
— Au prince Philippe, oui, précisa Miki.
— Mais c'est impossible. Pour épouser un prince, il faut être une.
— Une princesse, sourit Reïka.
— Et c'est ce que tu es, rajouta Miki.
— La princesse Aurore. Ce soir nous te ramènerons à ton père le roi Stéphane.
— Mais… Mais ça non, dit-elle la gorge nouée par l'émotion. Je dois le voir ce soir, je le lui ai promis.
— Je suis désolée, Chérie, mais jamais tu ne reverras ce jeune homme inconnu, dit Kasumi triste pour elle.
— Oh non… Non, c'est trop injuste. Non. Oh non, se mit-elle à sangloter avant de quitter la scène côté jardin dans le lointain.
— Et dire que nous voulions lui faire une surprise, soupira Pimprenelle tandis que Kasumi sentit des larmes couler sur ses joues.
'Et bien Kaori, tu as réussi à me faire pleurer pour de vrai.' Songea-t-elle tandis qu'elle entendit quelques pleurs provenant des enfants et que le rideau mettait fin à la scène.
— Tandis qu'au château le roi Stéphane et le roi Hubert célébrèrent l'union proche de leurs enfants, Maléfique apprit la vérité et s'en délecta d'avance, reprit Yuka. En fin de journée, la princesse Aurore arriva au château le cœur empli de chagrin. Ses marraines ne parvinrent pas à la consoler et ce fut le cœur en peine qu'elles la laissèrent dans sa chambre, encore bien caché du regard de ses parents.
Lorsque le rideau s'ouvrit, la princesse était allongée sur un lit côté jardin, en pleurs. Un bruit lui fit lever la tête tandis qu'une boule verte, tenue par un fil, fit apparition à ses côtés. Comme sous hypnose elle s'en approcha lentement. Celle-ci se mit à bouger, obligeant la princesse à traverser la scène. Dans le même temps, le lit fut retiré et le décor sur tissu se mit à s'enrouler pour marquer le changement de place. Lorsque Kaori eut parcouru les au trois-quarts de la scène, le décor s'arrêta sur une fresque désignant une salle emplie de quenouilles., tandis que ce même objet accessoire glissa jusqu'à elle.
Une fumée fit disparaître la sphère verte au profit de Maléfique.
— Touche la quenouille, ordonna-t-elle.
En coulisse côté jardin résonna les voix des marraines de la princesse.
— Surtout ne touche à rien !
La princesse se rétracta. Voyant l'hésitation de sa « victime », Maléfique se fit plus convaincante.
— Touche-le te dis-je !
Comme sous hypnose, Kaori rapprocha sa main et, s'y piquant le doigt, s'effondra et Saeko se plaça devant elle.
Lorsque Kasumi, Miki et Reïka arrivèrent sur scène elles eurent un mouvement de recul en découvrant Maléfique et laissèrent échapper une exclamation de stupeur.
— Alors, vous voilà bien punies d'avoir voulu jouer avec moi. Moi qui règne sur le mal. Gardez-là donc votre précieuse princesse, tonna-t-elle en se poussant afin de leur laisser voir Aurore allongée à terre, inerte.
Elle en eut un rire si diabolique qu'elle entendit certains enfants tressaillir et, tandis que de la fumée s'éleva autour d'elle pour lui permettre de disparaître, elle croisa le regard des enfants terrifiés et en eut un pincement au cœur.
'Oups !' Songea Saeko. 'J'espère ne pas en avoir trop fait.
— Rose.
— Rose.
— Oh, Rose.
— Jamais je ne me le pardonnerai dit Flora la voix chargée d'émotions.
— Nous sommes toutes trois coupables, pleurent-elles tandis que le rideau se ferme.
— À contre cœur les 3 bonnes fées décident de plonger les habitants du château dans le même sommeil que celui de la princesse, narra Yuka. Ce faisant, elles découvrent avec stupeur de la bouche du roi Hubert que le prince Philippe a rencontré une paysanne dont il est tombé amoureux. Pressant le roi de questions avant qu'il ne s'endorme pour de bon, Flora apprend qu'il la rencontré au beau milieu d'un rêve. Avec étonnement elles font bien vite la relation avec l'histoire de Rose et se rendent sur le lieu du rendez-vous. Mais, hélas, le prince s'est fait capturer par Maléfique.
Le rideau s'ouvre alors sur le décor d'un cachot lugubre. Maléfique se tient devant le prince, enchaîné côté jardin.
'L'histoire est presque finie… Que fait donc Heiji ? Il aurait pu tirer profit de la scène précédente.' Rangea Anko intérieurement.
— Vous me semblez troublée, très Chère. Tout va bien ? Questionna Misushi suspicieux.
— Oui. Tout va bien. La pièce est prenante. Ces amateurs s'en sortent plutôt bien, admit-elle
— Vous semblez triste, Prince Philippe. Pourquoi cette mélancolie ? Un avenir radieux s'ouvre devant vous, leur parvint la voix de Saeko mettant terme à la discussion. Oui, vous serez le héros qui fera d'un rêve une belle histoire d'amour.
L'inspectrice fit un grand geste avec son bâton avant de poursuivre.
— Voyez là le château du roi Stéphane. Sachez que dans la plus haute tour, une belle attend son prince charmant. La Princesse Aurore… Mais par un caprice du destin, cette princesse ne fait qu'une avec la paysanne qui a conquis le cœur de notre romantique prince. Certes, je l'admets, elle est d'une radieuse beauté. Hélas, à tout jamais elle repose. Les années ont passées, mais un siècle n'est rien si l'amour est sincère. Mais voici que s'ouvre les portes du donjon et qu'entre le vaillant prince charmant sur son fier destrier. Il a noble cœur. Il va réveiller sa belle d'un premier baisé et prouver ainsi que l'amour est toujours vainqueur.
Ryô se releva tentant de briser ses chaînes tandis que Saeko se mit à rire diaboliquement avant de quitter la scène.
Les trois fées entrèrent quelques instants après.
— Chut, pas le temps de vous expliquer, lui glissa Kasumi tandis que Miki lui libérait les chevilles et qu'elle-même lui détachait ses poignées tandis que Reïka surveillait les coulisses côté cour.
Libre, Ryô se releva et fit un pas.
— Attendez, Prince Philippe, l'interpella Kasumi. Sur la route qui sera vous conduite à l'amour, il est de nombreux danger qu'il vous faudra affronter. Aussi, Prince, prenez sans hésiter ce bouclier.
Un bouclier glissa sur le plancher dans sa direction, faisant rire et sourire les spectateurs.
— Et cette épée de vérité, continua Kasumi en faisant un geste avec sa baguette.
De même que précédemment une épée s'arrêta devant lui.
— Seules ses armes magiques pourront triompher de Maléfique, rajouta-t-elle tandis que Ryô observait les accessoires.
— Hâtons-nous, nous n'avons pas de temps à perdre, finit-elle en l'entraînant de l'autre côté de la scène.
Le rideau tomba alors.
— Hélas pour nos amis, reprit Yuka, le vaillant corbeau de Maléfique les aperçoit fuir et donna l'alerte en croassant à outrance. Malgré cela, ils parviennent à sortir du château de Maléfique. Celle-ci, attirée par la cacophonie de son volatile, sort de ses quartiers et aperçoit en premier lieu son animal pétrifié avant de découvrir les fuyards au loin.
Le rideau se lève sur la scène suivante.
Sortant du côté cour, le prince Philippe et les 3 fées couraient sur scène tandis que derrière eux défilait le décor tandis que la voix de Maléfique se fit entendre.
— Qu'une forêt de ronces soit désormais son tombeau ! Qu'un orage se déchaîne et qu'il gronde là-haut ! Va, cours et porte par-delà l'horizon au château et alentours, cette malédiction.
Ryô « pourfendit » les accessoires qui obstruaient son passage tandis que Maléfique rigolait diaboliquement.
— Non ! Cela ne sera pas ! S'exclama-t-elle en les voyant parvenir à proximité du château qui se détachait maintenant nettement en arrière-plan.
Il y eut une soudaine fumée verte côté jardin derrière laquelle Saeko apparut.
— Tu as eu tort de me défier. Moi, et toutes les forces de l'enfer, gronda-t-elle sévèrement.
De nouveau une fumée verte obstrua la vue des spectateurs. Lorsque celle-ci disparu, Saeko avait enfilé son costume de dragon. À sa vue il y eut des rires dans la salle.
Il est vrai que le costume du dragon n'avait pas grand-chose d'effrayant.
Le prince et la bête combattirent un instant, faisant le tour de la scène tandis que le décor se remet à tourner. Dos au côté jardin, Ryô perdit son bouclier avant de perdre l'équilibre tandis que Saeko se mit à rire narquoisement.
— Que cette épée de vérité la frappe au cœur, souligna Kasumi en pointant sa baguette vers l'accessoire imitait par Miki et Reïka.
— Que Maléfique périsse et que le bien soit vainqueur !
Ryô lança alors son accessoire vers le dragon. Chancelante, Maléfique s'effondra et une nouvelle fumée verte l'encercla. Elle eut à peine le temps de se débarrasser du costume et de le cacher. Allongée sur le sol, l'épée « plantait » dans son côté, elle entend un hoquet et un gémissement de peine. Sentant un pincement au cœur, elle fait un bref coucou de la main pour rassurer les enfants créant des petits rires des adultes.
Rideau.
— Suite à la disparition de Maléfique le mur de ronces se dissipa ouvrant le passage vers le château du roi Stéphane. Guidait par les trois bonnes fées, le prince parvint dans la chambre de la princesse Aurore.
'Bon sang, Heiji ! Qu'attends-tu ?' Bouillonnait Anko tandis que le rideau s'ouvrait sur une des dernières scènes de la pièce.
La princesse est allongée sur un lit côté jardin. Le prince et les fées arrivèrent côté cour.
Yuka ne perd pas une miette de la scène et Ryô ressent son regard posé sur lui tout comme il ressent ceux de tous les spectateurs présents. Néanmoins il avança d'un pas certain, prenant toutefois son temps.
Parvenu aux côtés de la princesse endormie, il la contemple longuement.
'Qu'est-ce qu'il attend ?' Se questionna Yuka.
'Tant pis pour Heiji,' Songea Anko en mettant une main dans son sac.
— Je ne ferai pas cela à votre place, murmura Misushi si gravement qu'elle se figea un instant.
Se reprenant assez vite, elle demanda innocemment.
— Quoi donc ?
— Je sais que vous ne portez pas cette jeune femme dans votre cœur et si vous faites ce que vous alliez faire, vous pouvez dire adieu à votre vie.
— Est-ce une menace ? Demanda Anko sans se démonter.
— Une simple mise en garde. Restez sage, la pièce est sur le point de finir.
Sur scène rien n'avait bougé et dans la salle quelques spectateurs commençaient à s'impatienter.
'Ryô ? Que fais-tu ?' S'interrogea Kaori se forçant pour ne pas ouvrir les yeux.
Soudain, toutes les lumières s'éteignirent.
