Chapitre 26 : Panique au théâtre
Sur scène rien n'avait bougé et dans la salle quelques spectateurs commençaient à s'impatienter.
'Ryô ? Que fais-tu ?' S'interrogea Kaori se forçant pour ne pas ouvrir les yeux.
Soudain, toutes les lumières s'éteignirent.
Les cris de protestations se firent plus fort, mais, imperturbable, Ryô continua sa scène comme si de rien n'était. Kaori sentit soudain les lèvres de son partenaire se poser sur les siennes avec avidité. Le baisé était bien loin de celui qu'il lui avait volé.
'Ryô, il y a des enfants dans la salle.' Songea-t-elle se sentant rougir de confusion.
Le baisé s'arrêta subitement et ouvrant les yeux, elle réalisa être plongé dans l'obscurité. Ryô, ressentant son étonnement, posa un doigt sur les lèvres pour l'empêcher de parler. Elle ressentie aussitôt la tension de son partenaire il y avait une menace quelconque à proximité qui l'avait arrêté dans son élan.
Tandis que la lumière revint dans toute la salle éblouissant spectateurs et acteurs, une silhouette se démarqua dans la salle en se levant et mitraillette en main ouvrit le feu vers le plafond créant panique et cris autour de lui. Ce fut la cohue parmi les spectateurs qui se mirent à fuir, empêchant les forces de police en civil de réagir rapidement. Une fois son arme vide, il la rechargea avec diligence et cette fois tira vers la scène.
Ryô poussa Kaori à terre avant de se jeter en arrière et de regarder le tireur. Son aura lui été familière, mais son visage ne l'était pas néanmoins il perça le déguisement et reconnut le frère d'Anko. Ainsi Heiji avait-il fait son choix.
Lorsque les policiers purent agir, le forcené fut forcé de s'abriter ce qui permis à Kaori, malgré la douleur qu'elle éprouvait sur son flanc gauche, de descendre de scène pour guider les enfants vers la sortie de secours la plus proche situé en coulisse côté cour. Tandis que la fusillade se poursuivit, Ryô, en coulisse côté jardin, fit un rapide état des lieux. Les seuls spectateurs encore présents étaient ceux installés au balcon et ne semblaient pas terrorisés par la situation en contrebas de la scène, à mi-chemin entre les deux coulisses, se trouvait une petite fille en pleure. Aux côtés de Ryô, Saeko aperçut la petite et voulut sortir pour pouvoir aller l'abriter mais Ryô l'empêcha de sortir
— Elle ne risque rien, affirma Ryô en apercevant sa moitié porter une main à son côté. Avait-elle été touché ?
Cependant l'inspectrice n'en fut pas rassuré pour autant et sentit son cœur se serrer d'inquiétude.
Soudain un gros bruit attira l'attention de Kaori, Saeko et Ryô.
Victime du tireur un gros projecteur venait de céder et menaçait la petite située juste au-dessous de ce dernier.
— Kaori ! S'écrièrent Ryô et Saeko tandis que cette dernière, oubliant sa douleur, avait impulsivement bondit vers la petite pour la protéger.
De son côté le forcené, qui venait de faire sauter l'arme des mains du dernier policier présent, remarqua que sa cible était vulnérable et son partenaire bien trop préoccupé et éloigné pour pouvoir intervenir. Narquois, il changea d'arme à feu et tira sans prendre le temps de viser correctement pour ne pas attirer l'attention de City Hunter.
Néanmoins, durant son vol plané Kaori perçut le danger imminent.
'Le saligaud', songea-t-elle en l'apercevant.
Tant bien que mal elle parvint à se retourner pour éviter à la petite d'être touché et étouffa un gémissement en ressentant une douleur dans son dos.
Le projecteur se brisa sur le sol au moment où Kaori tomba à terre, heurtant tête la première, l'escalier menant sur scène côté jardin.
— Kaori ! Entendit-elle doublement avant de perdre connaissance tandis que la petite se mit à pleurer de plus belle.
Le tireur en eut un sourire de satisfaction. Il descendit tranquillement vers la scène, vers sa cible, empêchant quiconque de s'approcher. Il n'y avait plus personne pour l'empêcher de finir sa mission.
Saeko voulut tenter une sortie mais un coup de feu entre ses pieds la stoppa net. Ryô fulminait, son arme était restée en coulisse côté cour et il n'avait pas le temps d'aller la récupérer en passant par l'intérieur. Il se mit à réfléchir à un rapide plan d'action tandis qu'il remarqua le désordre sur scène. Miki et Kazue étaient à terre, à priori inconscientes et coincées sous une lourde poutre du décor.
Il vit Mick serrer ses mains de rage de ne rien pouvoir faire, il aperçut Umibozû arme en main prêt à intervenir mais ressentit que la présence de la petite l'empêchait d'agir. Il ne voulait pas la traumatiser davantage.
La petite fille se mit à hoqueter en voyant le méchant arriver et s'arrêter à proximité. Pourtant elle se fit force et se plaça devant la grande personne à terre pour lui barrer la route.
— Laissez tata Kaori tranquille ! Hoqueta-t-elle.
— De quoi ? Dit Ryô surpris.
— Qu'est-ce qu'elle a dit ? Interrogea Saeko non moins surprise.
Ryô se sentit frustré de ne rien pouvoir faire. Il ne voulait pas risquer la vie de sa partenaire et encore moins celle de la petite fille déjà trop exposée à son goût.
Heiji, car c'est bien lui, est surpris par l'attitude de la petite fille. Cela lui rappelle un lointain souvenir où c'est lui qui s'était dressé entre un agresseur et sa mère. Il se mit à trembler, troublé par la vague d'émotions qui le submergea soudainement. La petite semblait avoir déverrouillé une porte. Il entendit ou cru entendre sa sœur ricaner et se moquer de son incompétence.
La grogne, la colère, s'empara de nouveau de lui et il se remit à viser la grande personne à terre.
— Pousses-toi de là ! Je ne te veux aucun mal, hurla-t-il tentant de faire fuir la fillette.
Celle-ci hoqueta de plus belle, mais ne bougea pas.
Heiji réalisa alors qu'il avait déjà vu la petite. C'était celle qu'il avait croisé dans le parc.
— N… Non ! Vous ne voulez pas lui faire de mal, souligna-t-elle en le dévisageant.
Elle le sentait lutter contre lui-même. Malgré les apparences et malgré ce qu'il venait de faire il avait un bon fond enfoui dans son cœur, elle le ressentait.
— Que lui arrive-t-il ? Questionna Ryô en percevant la disparition de son animosité.
— Si je le savais, rétorqua Saeko non moins surprise.
— Le danger est écarté, fit remarquer Ryô lorsque le forcené baissa son arme vers le sol avant de la lâcher.
Au balcon, Anko fulminait devant l'échec de celui qu'elle supposait être son frère. Elle fut de nouveau arrêtée par la main de Misushi lorsqu'elle voulut sortir son arme.
— Jeune fille, vous devriez tout d'abord apprendre à vous maîtriser et à mieux cacher vos émotions. Venez, maintenant que tout est plus calme nous allons sortir, dit-il en faisant signe à un de ses gardes du corps qui récupéra aussitôt le sac à main d'Anko.
Ravalant sa fierté, elle obtempéra et le suivit sans broncher. Sortant des coulisses pour aller menotter le forcené, Saeko les aperçut quitter les places du balcon.
— En voilà un qui n'a pas manqué une miette du spectacle, dit-elle.
— La jeune femme qui l'accompagnait doit être déçue de la fin de celui-ci, fit remarquer Ryô sévèrement.
Le planché de la scène se mit à grincer sous les pas d'Umibozû qui avait alors suivit Mick pour soulever la poutre tombée sur leurs amies.
— Maman Saeko, j'ai eu si peur, fit la petite en se jetant dans les bras de l'inspectrice, l'empêchant d'aller menotter le forcené.
Cependant les policiers en civils qui s'étaient rapprochés eux aussi le maîtrisèrent sans rencontrer de résistance.
Interloqué par le « Maman Saeko », Ryô regarda son amie avec surprise. Celle-ci leva les épaules comme si elle ne comprenait pas elle non plus, mais joua le jeu de la petite.
Son regard était à la fois douloureux, inquiet, triste, doux et plein d'amour.
— Comment va Kaori ? Questionna-t-elle en serrant tendrement la petite dans les bras.
— Elle a besoin de soins rapidement, affirma-t-il en apercevant la robe bleue tâchée d'un rouge vermeil dans son dos et du sang couler finement sur son visage. Le choc contre la marche d'escalier a été violent, elle saigne.
— Ne la bouge pas, on ne sait jamais, souligna Saeko.
— Comment va la petite ?
— Elle semble encore un peu affolé, mais elle n'est pas blessée grâce à Kaori.
— Que fait-on du forcené ? Questionna un des policiers.
— Emmenez le tout d'abord au poste, dans mon bureau. Je me chargerai de lui personnellement, affirma-t-elle sévèrement.
— Á vos ordres, dirent les policiers avant de l'emmener vers la sortie.
La petite releva la tête vers l'inspectrice avant de regarder son autre bienfaitrice.
— Tata Kaori va s'en sortir, hein ? Questionna-t-elle créant un nouvel étonnement de Ryô et Saeko.
— Oui, ne t'inquiètes pas. Tu as été très courageuse, Kaori kun, répondit finalement Saeko sans la corriger et souriant.
— Je te confie ma Kaori, dit Ryô en se levant et souriant brièvement.
— Ta Kaori ? Fit Saeko interloquée. Où vas-tu ? Questionna-t-elle ensuite.
— Mettre les points sur les i, répondit-il avant de disparaître un instant et de réapparaître avec son arme.
—Ton 357 n'est pas assorti à ta tenue, sourit Saeko.
Ce dernier lui rendit son sourire avant de sortir rapidement.
Sur scène, Kazue est toujours inconsciente et Miki est maintenant assise au sol près de son mari. C'est avec soulagement que l'inspectrice aperçu Yuka et Reïka arriver, indemnes.
— Où est parti Ryô ? Questionna la plus jeune de ses sœurs en apercevant Kaori à terre autour de laquelle des secouristes, prévenus par Ryô, se pressés.
— Mettre les points sur les i pour reprendre son expression.
En effet au dehors…
Les policiers étaient prêts à faire entrer le forcené dans leur véhicule lorsque Ryô parvint à leur côté. Son aura était telle que seule sa présence suffit à calmer les ardeurs des gardes de Misushi qui avaient reçu pour ordre d'abattre l'agresseur.
— Heiji! Interpella-t-il.
— Monsieur, vous n'avez rien à faire ici, lui fit remarquer un des policiers en se tournant vers lui.
Le regard que Ryô lui décocha lui fit ravaler sa salive.
Heiji se tourna vers lui, le regard éteint.
— Vous auriez pu les tuer toutes les deux. Pourquoi cette hésitation ?
— Jamais les enfants… Ceci dit, s'interrompit-il en regardant sa montre, vous devriez retourner les prévenir. Vous n'allez pas avoir le temps de la désamorcer, finit-il avant de se glisser dans la voiture des policiers
— Une dernière chose. Retirez votre déguisement si vous ne voulez pas d'ennui par la suite. Certains seraient prêts à tout pour vous savoir mort.
— Et pas vous ?
Sans répondre, Ryô ferma la portière et courut aux côtés de ses amis.
Bien qu'il soit incomplet le message d'Heiji avait été clair, il n'y avait plus seul instant à perdre. Du coin de l'œil il vit Mayuko sortir du théâtre avec la petite dans ses bras. Tous les enfants étaient désormais à l'abri.
Parallèlement.
— Ma tête, gémit Kaori en recouvrant ses esprits. La petite… Où est Kaori ? S'exclama-t-elle subitement en tentant de se relever… en vain.
— Ne bougez pas, Madame, vous avez subi un choc sévère, lui dit un urgentiste en l'empêchant de se redresser.
— Mayuko vient tout juste de repartir avec elle. Tout va bien, elle n'a rien, expliqua Saeko. Comment te sens-tu ? Questionna-t-elle ensuite après un petit temps mort et coupant l'herbe sous les pieds des secouristes.
— Étourdie, vaseuse, désorientée et vidée, dit-elle d'une voix fatiguée.
— Sortez-tous d'ici, prévint Ryô en arrivant avec précipitation et s'arrêtant aux côtés de sa partenaire qui lui souriait malgré la douleur qu'elle éprouvait.
— Mais, que faites-vous ? Il ne faut pas la bouger ainsi, elle peut avoir la colonne cassée, sermonna un secouriste.
— Nous n'avons pas le temps de l'installer sur une civière, argumenta-t-il en la prenant dans ses bras et la faisant gémir. Tout le monde dehors ! S'époumona-t-il néanmoins inquiet pour sa partenaire.
Pour ses amis le message était clair. Pour les quelques policiers encore présents et les secouristes il l'était beaucoup moins.
— Tout le monde dehors et que ça saute, ordonna Saeko.
