Chapitre 27 : Accalmie.
Pour ses amis le message était clair. Pour les quelques policiers encore présents et les secouristes il l'était beaucoup moins.
— Tout le monde dehors et que ça saute, ordonna Saeko.
— C'est pour le jeu de mots ? Questionna Mick en soulevant Kazue toujours inconsciente tandis que Falcon, le visage rouge vermeille, prenait délicatement Miki dans ses bras.
L'inspectrice sourit brièvement à la remarque avant de suivre le mouvement lancé par Ryô. Ils eurent à peine de temps de s'éloigner un peu de l'entrée du bâtiment qu'une déflagration retentit et fit vibrer les cloisons des immeubles proches.
Ryô suivit les urgentistes et déposa Kaori sur une civière malgré toute la délicatesse dont il fit preuve elle grimaça.
— Kaori ? S'inquiéta-t-il.
— Juste… une égratignure, dit-elle en portant sa main valide à la zone douloureuse.
Son geste n'échappa pas à l'un des urgentistes présents qui se pressa à lui retirer sa main pour découvrir la blessure qui leur avait échappé. Elle avait une seconde blessure par balle, cette dernière était entrée au niveau de l'infra-épineux gauche et devait encore se trouvait dans son corps. Il étouffa un juron et s'activa tant qu'il fit réagir ses collègues encore abasourdis par les derniers évènements. Si cet homme n'était pas venu les prévenir… Et d'ailleurs comment savait-il qu'une bombe allait exploser ? En était-il l'auteur ? Non c'était absurde de penser cela.
Tandis que les urgentistes faisaient leurs ouvrages, Saeko fit visuellement un état des lieux des personnes présentes. Hormis ses amies aucunes victimes n'étaient à déplorer ni parmi les spectateurs, ni parmi les policiers en civils qui étaient intervenus dans le théâtre. Un coup de chance ?
— Ryô, l'interpella-t-elle.
— Qu'y a-t-il ?
— As-tu remarqué ?
— Pourrais-tu être plus précise ?
Pour toute réponse elle lui fit signe de regarder autour de lui. Ce faisant, il se fit la même remarque que Saeko et à bien repenser à l'intervention de l'agresseur, il réalisa que les premiers tirs, qui avaient fait fuir les spectateurs, avaient été tirés à blancs.
'Quel idiot je fais !'
Dans son véhicule Misushi l'observait.
— Ma chère, j'ose espérer pour vous que cet homme ne vous a jamais vu. Son regard parle pour lui.
— City Hunter périra ! D'une manière ou d'une autre j'aurai ma revanche.
— City Hunter, hein… Et votre frère ?
— Mon frère est mort, c'est vous qui me l'avez dit.
— ET vous m'avez cru… tout comme j'ai cru mon fils lorsqu'il est venu m'apporter la nouvelle de la bouche de ses hommes. Votre frère est bien vivant… Où se cache-t-il ? Je l'ignore… Mais il va devoir payer pour ce qu'il m'a fait.
— De quoi parlez-vous ? Questionna Anko cachant feignant la surprise.
— Vous n'êtes pas sans vous douter que j'ai fait des recherches à votre sujet avant d'accepter vos services dans mon clan. Votre frère n'est pas l'homme que vous croyez.
— Que voulez-vous dire ?
— Qu'il s'est joué de tous… De vous, d'interpole et du milieu… Il est bien l'auteur, le fabricant des bombes artisanales, mais il ne les a jamais utilisées lui-même avant de s'en servir contre MES établissements. C'est un bon pyrotechnicien je l'admets.
— Vous mentez !
— Si je mens alors pourquoi un homme si cruel n'a pas ouvert le feu sur la petite pour abattre sa proie ?
— Je n'aurais pas hésité une seule seconde, intervint l'américain en prenant place à l'arrière du véhicule avec un sourire machiavélique faisant frissonner Anko qui ne l'avait pas entendu entrer.
— … Anko demeura silencieuse incapable de répondre.
Puis des bribes du jour où ils avaient perdu leur mère lui revinrent en mémoire… Ce jour-là, elle avait bien failli perdre aussi son frère. Il s'était interposé entre sa mère et le tireur et ce dernier n'avait pas hésité à lui tirer dessus pour abattre sa proie, le blessant alors grièvement…
Mais pourtant il s'était fait une réputation dans le milieu, surtout après avoir éliminé l'homme qui avait tué leur mère. S'était-il simplement servi de son don d'hypnose ?
— Heiji, si c'était lui n'a certainement pas voulu faire souffrir la petite comme il a lui-même souffert par le passé. La douleur de la petite aurait été sa douleur. Il ne voulait sans doute pas revivre cela…
Misushi demeura perplexe mais ne posa pas de question supplémentaire à Anko, un souvenir douloureux semblait avoir refait surface.
— Smith, avez-vous pu identifier la personne dont je vous ai chargé ?
— Oui, Monsieur. C'était bien lui. Il est sorti de prison un peu plus tôt pour bonne conduite. Il m'a dit qu'il était passé voir son frère à l'hôpital pour le saluer.
— Lui avez-vous fait passé le message ?
— Bien sûr. Il a répondu qu'il allait y réfléchir le temps nécessaire.
— Bien. Merci Smith. Allons-y Marco, dit-il ensuite à son chauffeur tandis que Misushi remarqua les enfants s'agiter aux abords du cordon de sécurité mis en place récemment.
— Les enfants, vous ne pouvez pas passer, interjeta un policier qui s'occupait de sécuriser les lieux.
Mais les enfants étaient si nombreux qu'il ne parvint pas à les retenir.
— Kaori ! Kaori ! crièrent-ils avec inquiétude et se précipitant à son chevet sous les regards interloqués des urgentistes et attendris de ses amis.
— Tata, Kaori, pleurait la petite.
— Doucement, je vais bien, sourit-elle bon gré mal gré sans relever l'erreur de la petite. Il faut que vous retourniez auprès de Mayuko et Sayaka. Les médecins vont bien s'occuper de moi, mais vous devez leur laisser la place de circuler, expliqua-t-elle en cachant sa souffrance.
Yoko, la plus âgée de tous, devina sa fatigue et activa ses camarades qui rebroussèrent alors chemin.
— Merci, Yoko, lui dit Kaori en fermant les yeux.
L'adolescente sourit simplement et se retira aussi en prenant la petite Kaori dans ses bras.
…
Beaucoup plus tard, Saeko sortait de l'hôpital de police où elle avait conduit le forcené dans une chambre V.I.P. après s'être entretenu avec lui à son bureau et l'avoir fait démaquiller selon les conseils de Ryô.
Lorsque le maquillage était parti elle avait été surprise de découvrir le visage tuméfié d'Heiji pourtant Ryô l'avait prévenue. Il avait été passé à tabac trois jours auparavant et son état de santé nécessitait encore des soins. Il devait cette clémence de Ryô à son changement radical de comportement suite à l'intervention de la petite, à la remarque qu'il lui avait fait avant l'explosion de la bombe au théâtre… Après tout rien ne l'obligeait à le lui dire. Il lui devait aussi suite au fait que l'unique victime directe (par balle) n'était autre que Kaori.
Kazue et Miki avaient certes été blessées… mais de manière indirect. De même, les spectateurs n'avaient en aucun cas été blessé et les policiers en civils avaient été désarmés en « douceur » comme elle avait fait remarquer à Ryô avant le départ de l'ambulance.
Une fois à son véhicule elle fila à l'hôpital où se trouvait ses amis.
… Bien plus tard…
— Des nouvelles de Kaori, Miki et Kazue ? Questionna-t-elle une fois dans la salle d'attente où le petit groupe patientait.
— Kazue souffre d'une commotion cérébrale légère, elle doit néanmoins rester sous observation à l'hôpital durant les prochaines 48 heures. Concernant Miki, le tableau est moins gai. Elle ne parvient pas à bouger ses jambes le seul point positif est qu'elle est réceptive à la douleur. Elle doit faire des examens complémentaires, expliqua Mick.
— Ma Miki, pleurnicha Umibozû.
— Et Kaori ? Interrogea l'inspectrice avec une note d'inquiétude dans sa voix.
— Aux dernières nouvelles elle se trouvait encore en chirurgie, nous attendons des informations plus récentes, soupira Ryô. Que t'a dit Heiji ? Interrogea-t-il ensuite.
— De façon surprenante il regrette son geste au théâtre.
— Peuh ! Grommela Falcon.
— Bonjour à tous, fit une voix que Ryô reconnut sans peine tandis que Saeko cria de surprise en sentant une main lui tâter ses fesses.
— Doc ! S'étonna-t-elle après lui avoir asséner une gifle magistrale.
— Que faites-vous ici ? Interrogea Ryô.
— Du bénévolat par ci par là au gré des dispensaires qui en ont besoin. Je viens de voir Kazue, Miki et Kaori. La pièce a tourné au drame d'après ce que j'ai pu comprendre.
— Oui, soupira Saeko.
— Mais cela aurait pu être plus dramatique, souligna Ryô.
— Peut-on aller voir Miki et Kazue ? S'enquit Falcon
— Oui, bien évidemment. Kazue a néanmoins besoin de calme et de repos suite au choc qu'elle a subi. Et Miki sera ravie de vous voir. Je lui ai formellement interdit de trop s'agiter.
— Doc, grommela Falcon. Elle n'arrive même pas à bouger ses jambes.
— Oh ! Cela, c'était avant mon passage. Une de ses vertèbres s'était déplacé, maintenant que je lui ai remise en place le problème est résolu, sourit-il.
— Ma Miki, pleurnicha de nouveau Falcon en serrant le professeur dans ses bras et le soulevant alors littéralement du sol.
— Doucement, je n'ai plus vingt ans, le sermonna-t-il.
— Vous avez bien parlé de Kaori ? Percuta Ryô.
— Si fait.
— Comment va-t-elle ? S'empressèrent Yuka et Saeko.
— L'intervention s'est bien passé. Elle se trouve actuellement en salle de réveil. Elle va avoir besoin d'une convalescence au calme. Vous pouvez rassurer Miki et Kazue à son sujet. Je n'ai pas eu le loisir de le leur dire.
— Merci, Doc, sourit Ryô tandis que ses amis quittaient la salle d'attente pour aller trouver Kazue et Miki.
— Ryô, l'interpella Doc avant qu'il ne sorte.
— Oui ?
— Qu'en est-il du patient des lucioles ?
— Il se trouve à l'hôpital de police… Il… Il avait Kaori dans sa ligne de mire, mais… Une petite orpheline s'est interposée. Je ne pourrais expliquer pourquoi, mais le geste de la petite a retiré toute animosité en lui.
— Si tu veux mon avis, mon intuition me dit qu'il a dû vivre cette même expérience par le passé… Je ferais des recherches en rentrant chez moi.
— Si ce que vous dites est vrai alors je comprends mieux pourquoi il m'a aussi prévenu pour la bombe.
— La bombe ? S'étonna Doc.
— Oui.
— Et il n'y a pas eu d'autres victimes ?
— Aucune.
— Ryô, que fais-tu ? Interrogea Saeko en revenant. Nous n'attendons que toi, souligna-t-elle.
— J'arrive. À plus tard, Doc.
…
