Chapitre 28 : Après la tempête

Ryô, que fais-tu ? Interrogea Saeko en revenant. Nous n'attendons que toi, souligna-t-elle.

J'arrive. À plus tard, Doc.

Cinq minutes après ils entrèrent dans la chambre où se trouvaient Kazue et Miki.

— Comment ça va les filles ? Questionna Ryô

— Nous avons connus mieux, soupira Kazue tandis que Mick se rapprocha d'elle.

Umibozû était déjà aux côtés de son épouse, raide comme un piquet, toujours très maladroit dans ce genre de situation.

— Avez-vous des nouvelles de Kaori ? Interrogea Miki en attrapant la main de son mari qu'elle fit rougir instantanément.

— Elle se trouve en salle de réveil, répondit Ryô.

— Savez-vous qui était le tireur ? Questionna Kazue.

— Heiji Seguchi, rétorqua Saeko. Nous allons le garder en observation à l'hôpital de police pendant un moment.

— Il avait vraiment à cœur de conclure son contrat, grimaça brièvement Miki.

— Il va avoir le temps de réfléchir à ses actes passés lorsqu'il sera derrière les barreaux, grogna Mick.

— Je me demande qui était l'autre homme dans le fond de la salle… Il semblait amusé par la scène, fit remarquer Umibozû.

— Tu l'as remarqué toi aussi, souligna Saeko ressentant de nouveau un froid.

— De qui parlez-vous ? Demandèrent Kazue, Yuka et Reïka.

— D'un spectateur passif pendant la fusillade, affirma Ryô gravement.

— À propos, Ryô, comment as-tu su qu'il y avait une bombe? Interrogea Miki.

— Heiji… Je ne sais pas si c'est un revirement de sa part, mais le fait est que c'est lui qui m'a averti.

— Il aurait besoin d'un bilan psychologique, affirma Kazue avec surprise.

— Ryô, où vas-tu ? l'interpela Yuka alors que ce dernier était maintenant sur le pas de la porte.

— Je vais voir si la belle au bois dormant est réveillée, sourit-il brièvement.

— Tu vas l'éveiller d'un premier baisé, monsieur le prince charmant ? Ironisa Mick.

Il est vrai que les comédiens de Yuka portaient encore leurs costumes de scène. Le réalisant, Falcon redevint rouge écrevisse, une couleur qui lui seyait à ravir.

— Mick, veux-tu arrêter de dire des âneries, dit Ryô si gravement que l'américain se fit minuscule.

— Il faudra penser à retourner les costumes, sourit Saeko réalisant qu'elle aussi était encore costumée et comprenant beaucoup mieux les sourires amusés des gens qu'ils avaient croisés depuis leur arrivée.

Ryô déambula dans l'hôpital créant une série de cris féminins sur son passage au grand dam de ses amis qui entendirent l'écho des cris s'éloignait au fur et à mesure de son avancée.

Lorsqu'il arriva à l'accueil une silhouette se dessina gracieusement devant lui. Ces formes ne lui étaient certes pas inconnues.

— Akane ? dit-il avec surprise.

Cette dernière se retourna et le reconnu rapidement.

— Bonjour, Monsieur Saeba, le salua-t-elle. Je viens d'apprendre que votre … partenaire venait tout juste de se réveiller, sourit-elle.

— Vous travaillez ici ?

— Oui. Aux urgences plus précisément. Que s'est-il passé ? Demanda-t-elle en l'entraînant à sa suite vers l'ascenseur réservé au personnel.

— Un forcené a ouvert le feu à la fin de la représentation. Fort heureusement il n'y a pas eu trop de victimes.

—J'admets avoir été assez choqué en la voyant arriver.

— Elle se trouvait en si mauvaise condition ? Questionna Ryô tandis qu'ils arrivèrent à l'étage souhaité.

— La commotion cérébrale a provoqué un début d'hémorragie interne qu'il a fallu ralentir de toute urgence pour lui éviter de lourdes séquelles et surtout une trépanation. Sans compter les plaies par balles dont l'une a fait beaucoup de dégâts internes. Mais mon équipe et moi-même avons réussi à la stabiliser pour que l'intervention se fasse dans de bonnes conditions. Celle-ci s'est bien passé, l'équipe en place avait en prime l'expertise de notre Sensei, sourit-elle en s'arrêtant devant une des chambres des soins intensifs.

— Votre Sensei ?

— Oui. Un médecin très âgé qui n'est malheureusement pas ici tous les jours.

'Doc ?'

— Venez, reprit-elle en l'invitant à rentrer à sa suite.

— Kaori, murmura Ryô en s'approchant d'elle.

Cette dernière tourna son visage vers lui et lui sourit faiblement.

— Merci, Akane, dit-il ensuite sans se retourner.

— Je vous en prie, par contre vous n'avez pas plus de cinq minutes. Elle a grandement besoin de calme et de repos, souligna-t-elle avant de sortir les laissant alors en tendre tête à tête.

— Comment te sens-tu ?

— Raplapla, soupira-t-elle en fermant les yeux tandis qu'il s'était mis à lui caresser le visage.

— Ryô ?

— Qu'y a-t-il mon ange ?

— Propose une nouvelle représentation à Yuka lorsque je sortirai, affirma-t-elle en ouvrant brièvement les yeux.

— De qu… S'étonna-t-il rapidement avant de se ressaisir. Entendu, mais je doute qu'elle puisse de nouveau se faire au théâtre.

— Il y a toujours la possibilité de le faire en plein air, par exemple dans le parc de Shinjuku, si la météo est clémente, expliqua-t-elle avant de céder à la fatigue et de refermer les yeux.

— Reposes toi, dit-il avant de déposer un bref baisé sur ses lèvres et de sortir discrètement de la chambre.

— Déjà dehors ? S'étonna Akane.

— Oui. Vous m'avez attendu ?

— Je voulais m'assurer que tout aille bien pour elle. Lorsque des patients arrivent aux urgences, j'ai à cœur d'aller prendre de leurs nouvelles après les interventions même si je ne fais pas partie de l'équipe chirurgicale, et ce durant mes courtes pauses.

— Elle est déjà en train de se rendormir, souligna Ryô.

— Alors je vais vite aller la voir.

— Par ailleurs, qu'avez-vous fait de son costume de scène ?

— Je crains qu'il ne soit parti à la poubelle, dit-elle gênée. Je vais voir si je puis remettre la main dessus une fois que j'aurais vu votre partenaire.

— Merci, Akane.

— Non, Monsieur Saeba, ne me remerciez-pas, je ne fais que mon travail, sourit-elle avant d'entrer dans la chambre de Kaori tandis que Ryô retourna auprès de ses amis.

— Nous t'attendions, lui dit Saeko sitôt qu'il fit un pas dans la chambre des filles.

— Nous allions partir sans toi, se moqua Mick.

— Mais bien sûr, fit Ryô ironique cachant un rapide sourire.

— Toi… Tu as vu Kaori, tenta Yuka.

— Oui. Elle se trouve en soins intensifs. Et bien que l'intervention se soit bien passé, elle a besoin de beaucoup de repos et de calme, souligna-t-il en empoignant Mick par le col tandis que ce dernier passait à ses côtés.

— Le choc à la tête a été si violent qu'ils prennent leur précaution, rajouta-t-il en le fusillant du regard. Elle était déjà en train de se rendormir quand je l'ai quitté.

— Savez-vous ce qu'il est advenu de vos costumes ? Demanda Yuka à Miki et Kazue.

— Je ne sais pas, affirma Kazue. Lorsque je suis revenue à moi j'étais déjà en blouse.

— De mémoire le mien m'a été retiré par une infirmière puis placée dans un sac plastique. Regarde dans le placard, peut-être a-t-il été déposé là, tenta Miki.

Yuka ouvrit le placard fébrilement et trouva deux sacs.

— Récupérons les, souligna Ryô.

— Nous vous ramènerons des affaires demain, assura Falcon rougissant.

— Alors, à demain, sourirent Miki et Kazue.

— À demain les filles, rétorqua Ryô avant de prendre un regard libidineux.

— Ryô, tonna la voix d'Umibozû.

— Bon, bon d'accord, soupira-t-il faisant mine de faire demi-tour avant de s'élancer vers les deux jeunes femmes alitées.

Mick et Falcon lui attrapèrent chacun un pied et il s'étala avec fracas face contre terre.

— Tu es incorrigible, soupira Yuka dépitée. Sur ce à demain, salua-t-elle avant de se pencher vers lui.

— Que veux-tu ? Questionna-t-il.

— Te rappeler la caution de ton costume s'il lui arrivait quoi que ce soit, murmura la jeune Nogami avec espièglerie avant de rejoindre ses sœurs devant l'ascenseur.

En deux temps trois mouvements Ryô se rétablit et dépoussiéra son costume, l'inspectant comme il le pouvait.

— Pfiou, soupira-t-il de soulagement. Allez, à demain, dit-il ensuite plus sérieusement avant de sortir de la chambre où il croisa Akane qui portait un grand sac poubelle.

— Monsieur, Saeba. J'ai remis la main sur le costume… Mais je doute qu'il soit encore utilisable.

— Ne vous inquiétez pas pour cela. Nous allons simplement le rendre au théâtre. Après… Ils se débrouilleront avec leur assurance, dit-il en souriant avant de la remercier.

Le lendemain matin, 10h.

Le téléphone sonna longuement dans l'appartement de Ryô et Kaori.

— Kaori, tu peux y aller ? Ronchonna-t-il avant de réaliser son erreur.

Sa belle n'était pas là.

Il se leva tranquillement, se frappant mentalement de sa bêtise et alla répondre au téléphone. Qui que ce soit, son interlocuteur était très patient.

— Saeba Ryô.

— Tu ne m'as pas oublié j'espère, susurra Saeko.

— Oublié ? Non, le costume est prêt à partir. Où souhaites-tu que je te le dépose ? Bailla-t-il négligemment.

— Cela ne te dérange pas de te joindre à moi pour aller voir le gérant du théâtre ?

— Tu penses qu'il ferait un scandale ?

— Peut-être… C'est un ancien truand après tout.

— Tu m'en diras tant. Je peux y être dans 30 minutes, ça te va ?

— Très bien, merci et à tout à l'heure.

— Oh ! Une dernière chose, Saeko.

— Que puis-je pour toi ?

— Pourras-tu dire à Yuka que Kaori a proposé une nouvelle représentation à sa sortie d'hôpital.

— Elle a vraiment fait cette suggestion ?

— En douterais-tu ?

— Je n'y manquerai pas, sourit Saeko à l'idée que de nouveau le prince allait devoir réveiller la belle au bois dormant.

Est-ce que Ryô l'avait réalisé ?

— C'est un cauchemar, entendit-elle Yuka gémir tandis qu'elle raccrochait.

Il faut dire que les costumes de Kazue et Miki avaient été mis en boule sans attention particulière, tandis que celui de Kaori avait été découpé en toute impunité pour pouvoir agir rapidement sur les plaies.

— Du calme Yuka. Je vais m'occuper personnellement des costumes. Laisse faire te grande sœur, la rassura-t-elle.

— Mais… Mais… bégaya-t-elle.

— Par ailleurs, Ryô vient de me confier un message de la part de Kaori, dit Saeko tentant de la focaliser sur un autre sujet, enfin d'un certain point de vue

La jeune Nogami s'arrêta, attendant la suite patiemment.

— Kaori a proposé que nous fassions une nouvelle représentation à sa sortie d'hôpital.

Un grand cri de joie résonna longuement dans la maison des Nogami, les problèmes de costumes étaient complétement oubliés.

Tandis que Yuka énumérait ses pensées de vive voix, Saeko entreprit de remettre les costumes dans les sacs, puis dans une valise. Ryô lui avait dit qu'il irait récupérer celui de Reïka et de Mick avant de partir. Quant à celui de Falcon, il l'avait appelé hier soir, pour lui dire qu'il la rejoindrait au théâtre pour « discuter » sécurité avec le gérant, et qu'il lui ramènerait le costume à ce moment-là.

25 minutes plus tard Saeko se gara devant le théâtre où l'attendait déjà Ryô avec deux bagages à la main.

— Umibozû doit nous rejoindre avec le sien, souligna Saeko avant de se diriger vers le théâtre sécurisé par la rubalise policière. Je vais prévenir le policier en faction de son passage, il risquerait d'oser ne pas le laisser passer.

Cinq minutes après à l'intérieur ils ne purent que constater l'étendue des dégâts. La scène était complétement détruite le feu, qui avait suivi l'explosion, avait aussi fait du parcours. Mais étant donné la réactivité des secours celui-ci avait été très vite stoppé dans son avancée.

Ils gagnèrent la régie, en contournant les journalistes présents qui couvraient encore l'événement.

— Entrez ! Tonna une vive voix lorsque Saeko eut toqué à la porte.

Ryô demeura dans le couloir, cachant un sourire amusé. Il avait reconnu le vieux Kamiya, aka le faussaire. Il n'était pas dangereux et décida de laisser faire Saeko pour le moment.

— Bonjour, Monsieur Nagano.

— Inspectrice Nogami ? S'étonna-t-il.

— Je vous rapporte les costumes utilisés par les comédiens de « la Belle au bois dormant. »

— J'espère pour vous et votre sœur qu'ils sont… Qu'est-ce que cela signifie ? S'emporta-t-il en ouvrant le premier bagage qui s'avéra être celui de Kaori. Vous savez combien coûte un tel costume ?

— J'ai ma petite idée, sourit-elle.

— Vous croyez que vous allez vous en tirer sans me verser un seul yen ?

— Oui ! Bien évidemment, affirma-t-elle. Les clauses de l'assurance sont claires à ce sujet, souligna-t-elle avec sérieux. Je les ai lus et relus plus d'une fois depuis le début de nos répétitions.

— Et vous pensez que je vais me contenter de cette assurance minable ? Oh mais non, ma jolie, cela ne se passera pas ainsi.

— C'est pourtant ce que je ferai à votre place, intervint Ryô en apparaissant sur le pas de la porte.

— Sae… Saeba… Bredouilla-t-il.

— Ainsi donc vous êtes le gérant du théâtre. Vous m'en direz tant. Vos obligés sont-ils au courant de vos anciennes magouilles ? Questionna-t-il innocemment.

Kamiya se sentit blêmir instantanément.

— Des problèmes ? Demanda un jeune homme en entrant à son tour dans le bureau par la porte latérale.