Black

Chapitre 4

Quand Baekhyun se réveilla enfin, il faisait nuit et il ne se souvenait plus du tout s'être couché.

Il se rappelait bien de sa matinée... mais la suite était un trou béant dans sa mémoire.

Mais ça ne le tracassa pas plus longtemps qu'un questionnement furtif, parce qu'il se rendit compte qu'il était nu sous ses draps défaits et son cœur fit un bond.

S'asseyant alors brusquement, il grimaça en même temps qu'il découvrait ses vêtements éparpillés çà et là, sa couverture en boule sur le sol ainsi... qu'une légère douleur dans ses reins, accompagnée de son intimité qu'il sentit souillée, qui ne lui laissèrent pas le moindre doute sur ce qui c'était passé.

Saisis d'un immonde sentiment d'horreur, quand l'image de Jongin penché sur lui, lui revint en un flash... son dernier souvenir... il se sentit tomber... Tomber dans un puits sans fond, noir et sale... emplis de peine, de trahison et de dégoût, avant d'éclater violemment en sanglots.

NON ! Jongin... non...

Jongin avait profité de lui... Jongin avait profité de sa détresse... Jongin... Comment avait-il pu lui faire une chose pareille ? Il lui faisait confiance et...

Quel idiot ! Comment peut-on imaginer pouvoir faire confiance à quelqu'un qu'on connaît depuis à peine un jour ? Et comment peut-on s'imaginer rejeter les avances d'un mec et pouvoir se blottir dans ses bras sans que ce dernier ne s'imagine un changement d'avis... obtenir une quelconque autorisation ? Tout ça, c'était de sa faute ! À lui ! Quel crétin !

Mais bien qu'il soit en colère contre lui-même, ce n'était pas ce qu'il ressentait envers Jongin, non... Non il n'était pas en colère contre lui... la douleur dans son cœur était atroce... son cœur était tout simplement dévoré de peine.

Il venait de perdre son idéal... un être qui finalement n'existait pas... il venait de perdre Jongin qui s'avérait être un autre... Sa naïveté lui avait montré ce qu'il voulait voir, ce dont il avait besoin... Il ne s'était pas méfié... Il n'avait vu que le beau, le parfait en lui... Il n'avait vu que le mec dont il aurait pu... tomber amoureux... Alors qu'en fait Jongin n'était qu'un monstre... comme...

Et ce n'était pas juste !

Qu'avait-il bien pu faire de si horrible dans une autre vie, pour mériter un châtiment pareil dans celle-ci ? Et est ce qu'il n'avait pas assez payé cette dette pendant six ans ? Est-ce qu'il n'aurait pas pu avoir un peu de bonheur pour une fois ? Juste un peu de bonheur... un peu... dans le cœur...

Et il pleura, pleura, pleura encore... longtemps... assis dans le chaos de son lit ou il avait perdu ses dernières illusions... avant de se rendre compte que plus une larme ne quittait ses yeux...

Il était vidé, anéantit et c'est en reniflant une dernière fois, qu'il se leva tel un zombie et marcha lentement vers la salle de bain pour aller laver son corps souillé.

Ôtant nerveusement tous ses pansements dans la douche, il resta ensuite longtemps sous le jet d'eau qui lui donnait l'impression de ne servir à rien. Puis glissant ses doigts jusqu'à son intimité malmenée, douloureuse au touché, afin d'éliminer toute trace de lui, les larmes quittèrent à nouveau ses yeux, se mêlant à l'eau qui lui dévalait le corps et qui n'aurait jamais le pouvoir de laver son cœur ensanglanté et meurtrit.

Puis dans un moment de lucidité, il éteignit enfin l'eau et sortit de la douche.

Là, il s'essuya lentement, presque mécaniquement, les yeux dans le vague et retourna dans sa chambre pour s'habiller, détournant le regard pour ne pas voir son lit, cette scène où il avait perdu sa dernière étincelle.

Mais quand il fut enfin vêtu... quand il allait sortir de la pièce... Il se retourna brusquement vers son lit et c'est avec rage qu'il en ôta tous les draps, ramassant ses vêtements qu'il portait, sa couverture, tout ! Tous ces témoins muets et inutiles, qu'il emporta ensuite dans la cuisine d'un pas décidé, avant de les mettre violemment dans un grand sac poubelle.

Puis c'est toujours aussi rageur qu'il sortit dehors et qu'il jeta le sac dans un container près de la route et qu'il retourna chez lui, avec le sentiment étrange que le monde entier venait de le voir faire et savait... un sentiment d'être observé qui lui glaça le sang et qui lui fit jeter un œil à la maison d'en face, où toutes les lumières étaient éteintes.

Bien entendu... il dormait sur ses deux oreilles, lui.

...

Secouant la tête, quand il se rendit compte qu'il était resté fixé sur la maison, il ferma ensuite toutes ses portes à double tour.

Rester seul et ne plus jamais laisser quiconque l'approcher... Plus jamais !

Puis fermant les yeux, enfermé avec lui-même derrière ses paupières closes, il se sentit à nouveau sale et c'est d'immensité qu'il eut tout à coup envie.

Rouvrant alors la porte donnant sur la plage, il sortit de sa maison et se mit à courir, courir de toutes ses forces en direction de la mer, avant d'atteindre la rive et de ne pas s'arrêter, continuant d'avancer jusqu'à ce qu'il se retrouve face à une grande vague et qu'il plonge.

...

Nageant sous l'eau, toujours plus loin, il aurait aimé ne plus avoir à en sortir, mais l'air allait finir par lui manquer, alors il s'immobilisa brusquement et se laissa remonter par l'onde, se disant que s'il n'atteignait pas la surface à temps... c'est qu'il devait en être ainsi.

Mais le destin ne devait pas en avoir fini avec lui, car au bord de suffoquer, son visage atteignit enfin la surface et il respira un bon coup, avant de se laisser flotter... le regard perdu dans la contemplation du ciel noir de cette nuit de peine.

Et ses larmes coulèrent à nouveau de chaque côté de ses yeux sans qu'il n'y puisse rien.

Puis envahis de lassitude, il sentit qu'il pourrait s'endormir tout de suite.

Et l'idée de s'y laisser aller l'effleura à nouveau un instant.

Se laisser aller et être délivré de cette vie immonde...

Fermer les yeux et s'endormir à jamais... pour ne plus souffrir... pour ne plus être seul...

Pour ne plus être seul ?

Quel étrange paradoxe...

Voulait-il vraiment ne plus être seul ?

Cette pensée perturbante lui fit reprendre ses esprits et il se redressa, nageant sur place en fixant la plage qu'il ne voyait pas vraiment.

Puis nageant vers la rive, il atteignit rapidement le sable et c'est transi de froid qu'il remonta jusqu'à sa maison, s'y enferma à nouveau et fila dans la salle de bain, ses vêtements dégoulinant sur son passage.

...

Une douche chaude plus tard, il alla se trouver d'autres vêtements dans sa chambre et retourna dans le salon où il remit un pansement à son pied et à sa main qui lui faisaient toujours mal et se recroquevilla sur le canapé, épuisé et malheureux... fermant les yeux pour essayer de dormir... un peu... peut-être...

Mais, meurtri, il finit par craquer et se remit à pleurer... longtemps... péniblement... usant ses dernières forces en torrents de larmes qui ne voulaient plus cesser... jusqu'à ce qu'il s'endorme, sans s'en rendre compte, épuisé d'avoir trop pleuré.

.

...

C'est un énième aboiement qui réveilla Jongin brusquement... une fois de plus.

Black avait aboyé à plusieurs reprises dans la nuit, ainsi que tout au long de l'après midi, la veille et Jongin ne savait pas ce qu'il avait. Peut-être une mauvaise lune, peut être un autre chien traînant dans le quartier, ou juste une tempête approchant... les raisons de son comportement pouvaient être diverses, mais il lui tardait que ça lui passe, car il était épuisé d'avoir été réveillé à plusieurs reprises.

Toutefois ce n'était plus l'heure de dormir, pas moyen de louper ce lever de soleil avec Baekhyun. Se dit-il dans un sourire, en se levant énergiquement de son lit.

Ce rituel valait toutes les grasses matinées du monde !

Puis vint l'heure à laquelle Baekhyun et lui s'étaient rejoint la veille et Jongin sortit de chez lui, son chien devant lui.

Aucune lumière n'émanant des fenêtres de Baekhyun, Jongin rejoignit alors Black à la porte de son voisin, mais au moment de frapper, il se ravisa.

Faisant quelques pas sur le côté de la maison pour atteindre une fenêtre du salon, une petite lampe allumée sur un guéridon, lui révéla la présence de Baekhyun qui s'était assoupi sur le canapé et il sourit.

Le fait qu'il dorme la veille en pleine journée avait dû le décaler et il s'était rendormi là.

Haussant les épaules, il se dit alors qu'il n'allait pas le déranger, le soleil se lèverait encore demain et chaque jour à venir après tout.

Il fit donc demi-tour et retourna vers sa maison.

Mais tandis qu'il ouvrait sa porte, Black partit tout à coup en courant et Jongin souffla d'agacement.

Qu'est ce qui lui prenait encore à celui-là ?

Il le vit alors disparaître derrière la maison de Baekhyun et c'est en grognant, qu'il le suivit.

Fouillant l'obscurité des yeux, à l'écoute du moindre craquement qui lui indiquerait sa présence, l'appelant sans crier pour ne pas réveiller tout le quartier, il l'entendit tout à coup piailler de douleur et se mit à courir.

Mais quand il allait longer la façade gauche de la maison de son voisin, Black réapparu devant lui en boitillant d'une de ses pattes arrières.

La tête basse et les oreilles collées à son crâne, il semblait souffrir et Jongin souffla à nouveau.

« -Voilà ce qui arrive quand on court comme un imbécile dans le noir ! Lui dit-il en l'attrapant par le collier. Allez viens !

Un craquement entre les arbres sur leur droite, lui fit alors soudainement relever la tête et Black grogna. Plissant les yeux pour essayer de distinguer quelque chose, il ne vit finalement rien de ce qui avait attiré Black et qui était visiblement encore là et c'est en haussant les épaules qu'il finit par entraîner son chien vers la maison.

Puis une fois rentrés, il guida tout de suite Black jusqu'à son tapis afin de le faire allonger et tâter l'entièreté de sa patte arrière gauche et constata, avec soulagement, qu'il ne s'était rien cassé.

Il avait sûrement, juste dû marcher dans un trou et se tordre la patte, ça lui était déjà arrivé et même s'il souffrait, c'était toujours mieux qu'une patte brisée.

Il ordonna tout de même à Black de ne pas bouger de son tapis et ce dernier posa son museau sur ses pattes avant, en piaillant pour l'attendrir.

« -Ne me fais pas tes yeux de chien battu, ça ne marche pas avec moi, fallait pas te sauver, dors maintenant !

Comprenant que son maître ne céderait pas, Black souffla alors de mécontentement et de dépit et Jongin rit en secouant la tête, avant d'aller se préparer un café.

« -Bouge pas de là. Je t'apporte un biscuit.

.

...

Dans la maison d'en face, quand Baekhyun se réveilla, vers midi, il avait le moral au plus bas. Il allait avoir du mal à s'en remettre, il le savait. La douleur en son cœur était grande et il n'avait pas fini de déprimer, ça aussi il le savait.

Toutefois, il avait faim et c'est mu par des gestes automatiques, qu'il se mit en charge de se préparer quelque chose à manger.

Il ne vit alors pas son approche à travers ses fenêtres et sursauta comme un dément quand Jongin frappa doucement à la porte vitrée à deux mètres de lui.

Se retournant brusquement de peur, il suffoqua tout à coup et avala sa salive pour se reprendre quelque peu, tandis que Jongin lui souriait et qu'il eut soudainement envie de le gifler et lui arracher ce sourire, qu'il aimait tant, hier encore.

Puis hésitant, il ouvrit la porte. Il voulait qu'il s'en aille ! Il ne voulait plus jamais le voir !

« -Salut. Dit Jongin en ne perdant pas son sourire. Comment vas-tu auj'..

« -Je veux être seul ! Va-t'en ! Le coupa Baekhyun.

Faisant un pas en arrière par réflexe, Jongin en perdit alors son sourire et leva ses mains devant lui.

« -OK. Excuse-moi. Je... je ne voulais pas te déranger.

Muet, Baekhyun fuyait son regard. Il ne désirait qu'une chose, c'est qu'il s'en aille.

Relevant les yeux sur lui, il vit alors le regard de Jongin glisser sur sa gorge, son corps, puis dans la pièce derrière lui et il en frissonna de dégoût tant il se sentit salit par ce passage en revue, puis...

« -Je vais vous laisser. Dit Jongin en reculant. Excuse-moi encore je... salut.

Le regardant s'en aller précipitamment, Baekhyun souffla et referma la porte à clef immédiatement, le cœur battant comme un fou.

Un nouveau frisson le traversa ensuite quand il vit Jongin se retourner une seconde dans sa direction et c'est tremblant comme une feuille qu'il éteignit le feu sous son repas et qu'il courut jusqu'à la salle de bain pour se laver... de lui.

Sortant de la cabine au bout d'une bonne vingtaine de minutes, il s'essuya, les yeux dans le vague, avant de se poster devant le miroir et de découvrir avec horreur, une tache dans son cou qu'il n'avait pas vu jusqu'ici, trop bouffé par la honte de se regarder en face... un suçon...

Prit d'un frisson d'effroi devant cette horrible marque de possession qui ne lui rappelait que trop de mauvais souvenirs auxquels il ne voulait pas penser, il ouvrit brusquement un tiroir sur sa droite.

Il se saisit alors de cette trousse de toilette remplie de maquillage, qu'il avait emporté sans vraiment savoir pourquoi, en partant de Séoul et se mit en charge de dissimuler cette horreur sur sa peau.

Les mains tremblantes et les larmes aux yeux, il travailla alors son camouflage dans des gestes mécaniques... Gestes qu'il n'aurait jamais pensé devoir refaire un jour.

Pourquoi devait-il encore faire ça ?

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