Cent ans plus tard

Prologue

L'eau tiède du bain glissa sur sa peau pâle et impeccable, comparable à du marbre. Elle n'avait pas besoin de bain, pourtant, elle était là. Seule. Tête plongée sous l'eau, ses cheveux bruns flottant autour, en suspens, elle réfléchissait. Ses paupières clignaient à intervalle régulier, observant avec fascination les dernières bulles d'air s'échapper de ses poumons et éclater à la surface.

Ses yeux la piquaient. Mais elle ne pleurait pas. Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait plus. Alors, les molécules d'eau furent ses larmes, dévalant ses joues, perlant de son menton, s'écrasant dans un « plic, ploc » incessant contre la surface vague. Elle s'était relevée, son dos buttant contre la mosaïque dessinée sur la paroi.

L'horloge sonna huit heures dans le salon.

Il devait être là. Non, il était là. La fragrance de son odeur autrefois exaltante, lui parvint comme une brise ardente, irritant son nez.

Mécaniquement, elle sortit ses longues jambes de l'eau, prit une serviette et s'essuya, laissant derrière elle une micro-piscine dans laquelle elle aurait pu passer encore des heures pour contempler la myriade de reflets arc-en-ciel sur les bulles, c'était un spectacle dont elle ne pourrait jamais se lasser. En quelques secondes, elle se retrouva habillée, pour une fois d'une robe noire épousant à la perfection ses formes. Elle avait besoin de ça, de savoir qu'elle était belle, magnifique et dominante. De se sentir femme, en pleine maîtrise de la situation.

Elle se regarda dans le miroir et fut satisfaite du résultat. Ses cheveux encore humides cascadaient dans son dos nu. Ses lèvres roses pulpeuses s'ourlèrent en un rictus moqueur. Stupide. Elle était stupide. Son regard d'or rencontra enfin celui du reflet et elle y vit de la douleur, de l'incompréhension, de la trahison. Qui pensait-elle berner ? Malgré son masque impassible, tout se lisait dans son regard quand on la connaissait.

Il l'avait trahi.

Elle se détourna, n'en supportant pas plus. Et se dirigea d'un pas léger vers le salon. Une pièce chic, pourvue d'un divan, d'une table noire, d'un piano et de grandes baies vitrées donnant sur un paysage forestier en France. Tout était moderne, à son image. Tout ce qu'elle détestait.

Elle eut un temps de pause, lorsqu'elle entra dans la pièce, puis elle reprit sa marche. Il était bien là, silencieux, assis telle une statue, la dévorant du regard au moindre de ses pas qui la conduisirent près de la bibliothèque qu'elle s'était constituée. Elle chercha un bouquin, sans mot dire et se retourna d'un coup sec alors qu'un frisson de révulsion la traversait. Comment osait-il encore la désirer ?

Elle croisa ses pupilles dilatées et il détourna la tête, coupable. Un sourire froid se dessina sur ses lèvres. Il pouvait bien le regretter, mais elle s'en fichait, elle voulait qu'il voie ce qu'il avait perdu. Définitivement.

« Bella... » Chuchota-t-il.

Il avait encore le culot d'utiliser son surnom ? C'était une blague ? Y avait-il marqué idiote sur son front ?

« Pourquoi ? » Le coupa-t-elle durement alors que son sourire s'évanouit « Pourquoi, Edward ? »

Une fureur glacée parcouru ses veines, prête à exploser à tout moment. Ses sentiments avaient été refoulés depuis bien trop longtemps. Alors maintenant, elle voulait des réponses, c'était uniquement pour ça qu'elle se trouvait devant lui, attendant impatiemment de comprendre la logique insensée de son abruti d'ex-mari.

Il crispa les poings et releva la tête, ses yeux dardant les siens avec insistance. Elle ne fit que hausser son propre sourcil, s'attendait-il à ce qu'elle lui facilite la tâche et devine ce qu'il pensait ? Puis il fronça les sourcils et soupira face à son silence et à sa colère. Mais il y croyait vraiment en plus ! Elle faillit s'étouffer avec son ricanement tellement la scène lui paraissait invraisemblable. À quel point avait-elle été aveuglée ?

« Je suis désolé, Isabella. »

Il avait enfin compris que c'était trop tard.

L'émotion la submergea et le coup partit sans réfléchir, pas en direction d'Edward, mais du piano. Il se brisa en deux telle une brindille, des notes cacophoniques résonnèrent dans la pièce et elle regarda sa main avec stupéfaction pendant que les copeaux tombaient sur le sol. Elle ne s'était pas attendue à réagir de manière aussi émotive. Mais un plaisir malsain se répandit dans son ventre à la vue de l'expression choquée et horrifiée du vampire. Le piano avait une valeur sentimentale irremplaçable à ses yeux et elle le savait. Mais ce n'était pas ce qu'elle, son ex-femme, voulait. Alors, surpassant sa joie malsaine, elle le lui cracha en plein visage.

« Je m'en contrefiche. Je veux juste savoir, pourquoi ? » Un grondement sourd sortit de sa gorge, elle était en pétard.

« Je... »

Bella inspira brusquement, elle tentait vainement de garder un comportement mature, de ne pas le tuer. Plusieurs secondes aussi longues que l'éternité s'écoulèrent. Elle expira enfin, reprenant le contrôle. Elle voulait juste savoir, pour tourner la page. Il lui devait bien ça. Alors elle s'approcha de lui d'un pas aussi feutré qu'un prédateur et s'assit aussi droite et rigide que la statue qu'il était devenue. Et d'une voix glaciale, elle susurra :

« Pourquoi m'as-tu trompé Edward ? »


Réécriture d'un début de fic pour le plaisir, ne vous attendez pas à grand chose.