Chapitre 3
Shun ne savait plus où donner de la tête. En à peine quelques heures, il avait tout perdu, avait été obligé de fuir dans un Sanctuaire antique avec un parfait inconnu et, à présent, une réunion se tenait dans une salle toute proche pour décider de son sort.
Tout s'était passé très vite : en quelques instants, il s'était retrouvé à côté d'Athéna, près du vieil homme qui lui avait été présenté comme "le Vieux Maître", et six hommes en armure d'or étaient agenouillés devant elle – dont un colosse si grand qu'il faisait sa taille même genou à terre.
"Chevaliers, l'heure est grave. avait annoncé la déesse. Après l'éveil des 108 étoiles maléfiques, nous voilà proche de celui d'Hadès en personne."
Elle avait ensuite levé la main et l'avait posée sur son épaule, si délicatement qu'elle ne semblait que l'effleurer. Le contact avait fait naître une douce chaleur en lui, comme si elle avait déposé une couverture réconfortante sur son corps, apaisant un rien sa peur.
"Ce garçon pourrait bien être son hôte terrestre. avait-elle repris sans le lâcher. Pour l'instant, il n'est pas une menace. Je pense que, s'il reste à nos côtés, nous avons de grandes chances de gagner cette Guerre Sainte."
Shun avait bien senti quelques regards se poser sur lui, à cette déclaration. On l'observait, le jugeait… et il détestait cela.
"Tant qu'il restera au Sanctuaire, je doute qu'Hadès ne prenne le risque de prendre possession de son corps. Ce serait trop dangereux pour lui. Nous le garderons ici, le temps de trouver comment supprimer la menace.
– Athéna, puis-je me permettre une intervention ?"
Les regards avaient quitté le garçon pour se diriger vers un des chevaliers d'or. Il avait de longs cheveux un peu en bataille, et le prolongement de son casque rappelait la queue d'un scorpion, avec le dard pendant dans son dos.
"Je t'écoute, Milo.
– Je ne veux pas paraître cruel… mais ne serait-il pas plus judicieux… d'éliminer la menace tout de suite ?"
Un lourd silence était tombé sur la salle du trône. Shun, encore debout, avait senti une boule se former dans sa gorge en réalisant ce qu'il venait d'entendre… et souhaitant de toutes ses forces s'il avait mal compris le sous-entendu. La main sur son épaule s'était crispée.
"Précise ta pensée. avait demandé le chevalier du premier temple. Qu'on se rende bien compte qu'on n'a pas compris.
– Je crois que vous avez bien compris. Ça serait plus malin de tuer la menace dans l'œuf.
– Ça va pas, de dire des trucs pareils !? s'était insurgé Aiolia. C'est qu'un gamin !
– Ceci dit, il n'a pas tort…"
À partir de là, Shun n'avait plus rien écouté. L'air lui manquait, et il avait dû s'appuyer au dossier du trône pour tenir debout, alors que les querelles des six chevaliers semblaient lui parvenir à travers un mur de coton. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il se passait à cet instant. Il ne voulait pas croire que, devant lui, des hommes se disputaient pour savoir s'il devait… s'il devait mourir ou pas. C'en était trop. La fatigue du voyage, la peur, la tristesse du deuil et un profond sentiment de révolte avaient eu raison de lui. Des taches noires étaient apparues dans son champ de vision… et il avait eu tout juste le temps d'entendre la voix de la déesse avant de perdre connaissance.
Il s'était réveillé, plus tard, dans une pièce blafarde aux murs de pierre, dans un lit à peine plus confortable que celui de l'infirmerie du collège. La pièce était éclairée par une torche, et il y avait une toute petite armoire murale, non loin de lui. Sur la table de chevet se trouvait une bassine d'eau. Sur une chaise près de lui, Mû, le chevalier du premier temple, semblait veiller.
"Qu'est-ce qu'il s'est passé… ?
– Tu as fait un sérieux malaise. Tu es à l'infirmerie, pour l'instant."
Shun avait hoché la tête mollement, sans vraiment s'en rendre compte, encore un peu vaseux. Il lui avait fallu un moment pour se rappeler de ce qu'il s'était passé juste avant qu'il ne perde connaissance, et les larmes lui étaient montées aux yeux, embuant sa vue.
"Ils veulent vraiment… me tuer… ? Ils vont vraiment le faire… ?
– Écoute… Athéna veut tenir une réunion avec les chevaliers d'or pour décider quoi faire. répondit l'aîné le plus calmement possible. Je suis contre un tel sacrifice, sache-le. Avec Aiolia et Aldébaran, nous allons tout faire pour les raisonner. Toi, en attendant le verdict, tu vas rester ici, sous la surveillance de trois jeunes chevaliers de bronze.
– Mais…
– Ils ne doivent pas savoir pourquoi on se réunit. le coupa le chevalier. Je te fais confiance pour garder ça pour toi, même si c'est très dur. Ils ne doivent rien savoir de ce pourquoi on a été convoqué. Tu peux parler de tout ce que tu veux, mais pas de Hadès. Il est trop tôt pour cela. Je peux te faire confiance ?"
Serrant la couverture dans ses mains, Shun ne savait que répondre. Il était mort de peur, il était dans un endroit inconnu et tout se passait beaucoup trop vite pour lui. Cependant, comme par automatisme, il avait hoché la tête en silence. Le chevalier lui avait souri avec tristesse, avait posé une main réconfortante sur son bras, puis avait quitté la pièce en lui promettant de se battre pour l'aider.
Il n'était pas resté seul bien longtemps : trois jeunes garçons étaient entrés dans la pièce pour lui tenir compagnie. Shun avait vite remarqué qu'ils ne portaient pas d'armure, ni même les tuniques étranges qu'arboraient les gardes. Si ce n'étaient les cicatrices et les quelques pansements, ils avaient l'air de jeunes garçons tout à fait normaux. Ils auraient même pu être dans son collège. L'un d'eux, aux cheveux courts et bruns, avec des yeux tirant sur le rouge, s'était assis sur la chaise près de lui, et avait immédiatement essayé de briser la glace en faisant connaissance.
"Salut ! Je m'appelle Seiya, et toi ?
– Euh… Shun.
– Vas-y doucement, Seiya. l'avait repris un autre. Mû a dit qu'il était en état de choc et sûrement traumatisé."
Celui-ci avait une longue chevelure noire, lui pendant jusqu'en haut des cuisses et arborait un bandage sur les yeux. Était-il aveugle ? Il s'était mis en retrait, appuyé à un bureau, dans un coin, que Shun n'avait même pas remarqué.
"Comment tu te sens ?
– Je… j'en sais trop rien…
– Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer. On a appris ce qu'il s'est passé à Héraklion, toutes mes condoléances."
Shun baissa les yeux et s'efforça à ne pas se remettre à pleurer. De toute façon, après tout ce qu'il s'était passé, lui restait-il seulement des larmes ?
"Je sais que c'est délicat, mais… apparemment, tu risques de rester un bout de temps… alors faisons les présentations… ?
– Seiya, qu'est-ce que je viens de dire !?
– Lui, c'est Shiryu. continua le brun sans l'écouter. Et lui, là-bas, c'est Hyoga."
En relevant la tête, Shun remarqua enfin le troisième garçon. Il avait des cheveux blonds, mi-longs, et un bandeau sur l'œil. Il se tenait à l'écart, adossé au mur proche de la porte, les bras croisés dans une posture défensive. Lui aussi, semblait mal à l'aise.
"Tu n'as aucun tact. grondait Shiryu à Seiya. On te dit qu'il est en état de choc.
– Je sais, mais j'aime pas cette ambiance lugubre. J'essaie de lui changer les idées.
– Je ne suis pas certain que ce soit la meilleure manière de faire. Ni le meilleur moment. Il n'a pas l'air d'avoir envie de parler, je le ressens d'ici."
Shun les regarda un à un en silence. S'il avait envie de parler ? Pas vraiment, non… mais il en avait besoin. Tout était trop bizarre, depuis qu'il avait quitté le collège. Trop surréaliste. Alors, même s'il avait envie de se mettre dans un coin et pleurer, même s'il avait envie de rentrer chez lui et de fuir tout ça, même s'il voulait s'endormir et espérer se réveiller dans sa chambre avec l'odeur des feuilletés de sa mère… il devait se rendre à l'évidence. Rien de tout ça n'était possible pour l'instant. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était essayer de comprendre ce qui lui arrivait.
"Vous… vous êtes vraiment des chevaliers ?" demanda-t-il d'une toute petite voix.
Le regard de Seiya se tourna vers lui, d'abord curieux. Puis il afficha un drôle de sourire avant de répondre.
"Oui, nous sommes des chevaliers ! dit-il fièrement. Je suis le Pégase, Shiryu est le Dragon, et Hyoga est le Cygne.
– Je ne comprends pas… ça correspond à quoi, tout ça ?
– Ce sont nos constellations. répondit calmement Shiryu. Chaque chevalier est protégé par une constellation correspondant à notre armure. La nôtre est de bronze et, apparemment, tu as déjà vu des chevaliers d'or. Eux, ils sont protégés par les constellations des signes du zodiaque."
Shun hocha à nouveau la tête, tentant d'assimiler ce qu'il venait d'écouter.
"Où sont vos armures ?
– Rangées. On ne les porte pas tout le temps non plus, ça peut être vite encombrant."
Logique, se dit-il. Et pourtant, les chevaliers d'or semblaient se déplacer avec aisance malgré leurs protections. Il suffisait de voir à quelle vitesse le Lion avait bougé quand il avait attaqué le spectre, dans la ruelle.
"On a été très peu informés de ce qu'il t'es arrivé, en vérité. avoua le Pégase de but en blanc. Pour être honnête, on a été appelés en catastrophe par Athéna, et le Vieux Maître nous a très rapidement briefé sur la situation. Apparemment, il avait une réunion urgente avec les autres chevaliers d'or. Tu saurais ce qu'il se passe ?"
La gorge soudainement nouée, Shun secoua vivement la tête… peut-être un peu trop rapidement, d'ailleurs. On lui avait souvent dit qu'il était un piètre menteur. Il n'était pas certain de tenir la promesse faite à Mû, s'il parlait. Près de la porte, le garçon aux cheveux blonds, fronça les sourcils en redressant la tête.
"Oh… dommage. commenta Seiya, tirant une moue ennuyée. Bon, bah, tant pis, on demandera à Aldébaran. Je suis à peu près sûr qu'il finira par lâcher le morceau.
– C'est qui, Aldébaran… ?
– Le chevalier du Taureau. Immense, costaud, au moins deux mètres de haut, tu n'as pas pu le rater."
Shun hocha la tête : difficile de passer à côté du colosse sans le voir. Le chevalier du Dragon soupira, derrière son ami aux cheveux bruns.
"Seiya, si on ne nous dit rien, c'est que ça ne nous concerne pas.
– Si les chevaliers d'or sont convoqués, c'est qu'on est proche d'une situation de gue…
– Seiya !"
Le Pégase eut un sursaut, avant de porter une main à sa bouche en regardant Shun, l'air désolé. Le garçon détourna les yeux un petit instant.
"Désolé, Shun…
– Ce n'est rien. Ça va."
Un silence tendu s'installa dans l'infirmerie. Seiya, gêné, regardait partout, triturant les draps. Shun, lui, ne quittait pas la fenêtre des yeux, regardant le soleil tomber sur l'horizon, projetant les ombres des rochers et des temples dans la vallée en contrebas. Quelle heure était-il ? Sûrement déjà tard. Il se sentait fatigué de cette journée, étouffant poliment ses bâillements et frottant ses yeux. Dans le silence, il se demanda depuis combien de temps les chevaliers d'or débattaient sur son destin, et pour combien de temps encore ils en auraient. Parler avec Seiya l'avait un peu aidé à faire abstraction de sa situation mais, maintenant qu'il ne parlait plus… l'anxiété et l'appréhension lui donnaient mal au ventre. Pourquoi fallait-il que ça lui arrive, à lui ? Quel dieu avait-il offensé pour mériter ça ?
Alors qu'il était plongé dans ses pensées, la porte s'ouvrit brutalement, faisant sursauter les quatre garçons dans la pièce. Un jeune homme apparut dans la pièce, l'air mécontent. Plutôt grand, aux cheveux bruns et aux yeux fins et bleus, il arborait une cicatrice au-dessus du nez, et portait un énorme caisson de métal dans le dos, ressemblant un peu au coffre de l'armure du lion. Il dégageait quelque chose d'impressionnant, qui donnait presque envie à Shun de se cacher derrière la couverture… comme une aura d'agressivité.
"Elle fait quoi, Athéna ?
– Salut. Nous aussi, on est contents de te voir. répondit sarcastiquement Hyoga – que Shun n'avait pas encore entendu. Comment s'est passé ta journée ?
– Mal. 'Faut que je voie Athéna.
– Athéna est occupée, elle est en pleine réunion avec les chevaliers d'or pour une situation d'urgence. répondit calmement Shiryu. Ça ne peut pas attendre ?
– Non, moi aussi, c'est urgent ! s'énerva l'autre. J'avais enfin une piste fiable et elle m'est passée sous le nez !
– Veux-tu bien être plus clair ?"
Énervé, le nouvel arrivant se tourna vers Shiryu, les poings serrés sous la colère. Il ôta la boîte de son dos et la posa sans aucune délicatesse au sol, la laissant presque tomber. Shun et le mobilier tout entier en tremblèrent.
"Mon enquête m'a mené jusqu'à une ville pas loin d'ici, Héraklion. J'avais même une adresse ! Quand je suis arrivé, il n'y avait personne ! Juste la police et des silhouettes tracées au sol ! Tous morts, apparemment !"
Shun se figea à ses mots, serrant les draps si fort dans ses mains que les phalanges blanchirent. Une boule envahit sa gorge et il se sentit étouffer, alors que les larmes montèrent d'elles-mêmes à ses yeux quand il se figura la scène inconsciemment. Il ne pouvait s'empêcher d'imaginer, dans son salon, la silhouette de sa mère tracée à la craie blanche. Un sanglot franchit ses lèvres et, comme d'instinct, il cacha son visage derrière le drap, pleurant à chaudes larmes.
"Ah, bah, bravo. entendit-il. Bien joué.
– … C'est qui, lui ? Pourquoi il pleure, d'un coup ?
– Vas-y doucement. Il était justement à Héraklion et c'est le seul survivant. Il est en état de choc.
– Quoi, c'est vrai ?"
Soudainement, Shun entendit des pas, et son drap lui fut brutalement arraché des mains, alors qu'on le saisit sans douceur par les épaules.
"C'est vrai, ça !? lui demandait l'inconnu, le secouant légèrement, une lueur folle dans le regard. Tu habitais là-bas ?!
– Eh, mais qu'est-ce qui te prend ?! cria Seiya, tentant de le faire lâcher. Laisse-le tranquille !
– J'ai besoin de savoir ! continuait l'autre. Je cherche quelqu'un qui habitait dans ce quartier !
– Ikki, ça suffit !"
Shun eut un hoquet de surprise. Ce nom… il l'avait entendu le matin même, dans la bouche de sa mère. Comment aurait-il pu l'oublier ? "Ikki Otsuka", qui serait son frère… Était-ce possible ? Mais non, il devait être au Japon, ça ne pouvait pas être lui ! Pourtant… pourtant le bleu de ses yeux… il le connaissait…
"Ikki, lâche-le !"
Sans qu'il ne comprenne comment, il s'était retrouvé entouré des bras de Seiya, alors que, devant lui, Hyoga tenait fermement un Ikki agité loin de lui. Tout près du lit, Shiryu ne bougeait pas, tendu, ses lèvres s'agitant en silence.
"Oh, mince…" murmura-t-il en japonais, sans que Shun ne comprenne pourquoi. Mais il ne voulait pas y réfléchir. Devant lui… se trouvait peut-être son frère, dont il avait été séparé avant d'avoir le moindre souvenir de lui.
"Tu… Tu t'appelles Ikki ?" demanda-t-il tout doucement, sans être certain de s'être fait entendre par le principal concerné.
"Oui, il s'appelle Ikki. répondit Seiya. Excuse-le, il est un peu à cran à cause de…
– Et toi, c'est quoi, ton nom !? le coupa l'intéressé, toujours retenu par Hyoga. Tu t'appelles comment !?
– Je… J-je m'appelle… Shun."
Soudain, Ikki cessa de s'agiter, le regardant d'un air… profondément choqué. Immobile, il n'avait pas l'air de savoir comment réagir à l'information. Réalisait-il seulement ce qu'il se passait ? Seiya et Hyoga, eux, s'échangeaient un regard perdu.
"Euh… ça va, Ikki, demanda Hyoga en le lâchant ?
– Vous vous souvenez du nom du petit frère d'Ikki, qu'il cherche depuis longtemps ?"
Le Pégase et le Cygne jetèrent un œil à Shiryu, perplexe, avant que leur regard ne s'éclaire de compréhension et se dirige vers Shun.
"Oh, merde… murmura Seiya, lui aussi choqué. J'avais pas fait le rapprochement."
Lentement, il se détacha de lui, et regarda à nouveau Ikki. Celui-ci, une main sur la bouche comme pour dissimuler son choc, s'était détourné.
"Ikki… ça va aller… ?
– Très franchement, Seiya... j'en sais rien."
Les mains tremblantes, Shun essuya les larmes encore sur ses joues et ajusta sa veste. Il n'aimait pas le nouveau silence qui s'était installé, et aurait aimé le combler… mais que dire, dans cette situation ? Ça avait beau être son frère, devant lui – oh, mon dieu, il avait encore du mal à le réaliser – il ne le connaissait pas. Comment pouvait-il réagir ? Que faire, que dire ?
"Seiya, Hyoga, on devrait les laisser seuls. suggéra Shiryu, se décollant du bureau. Je crois qu'ils ont des trucs à se dire…"
Le Pégase regarda son ami, avant de jeter un œil à Shun et de se lever. Les trois garçons quittèrent la pièce en silence, non sans lancer quelques œillades inquiètes à Ikki. Quand la porte se ferma, les deux frères se firent face, calmement. Ni l'un ni l'autre ne semblaient savoir quoi dire, se contentant de s'observer, se détailler. Au bout de longues secondes, l'aîné sembla se souvenir comment respirer et se laissa choir sur la chaise la plus proche.
"Tu… Tu me cherchais vraiment ?" demanda Shun, triturant ses mains. C'était la première question qui lui était venue à l'esprit. Ikki le regarda encore un petit instant avant de répondre.
"Dès que j'en ai eu les moyens. J'ai cherché ta trace absolument partout… Merde, si j'avais su plus tôt que tu étais à quelques kilomètres seulement du Sanctuaire…
– J'imagine… que c'était peu probable…"
Nouveau silence. Ça en devenait vraiment gênant. Mal à l'aise, Shun remua un peu sur le lit.
"Tu savais ? demanda Ikki. Tu savais que tu avais un frère ?"
Le plus jeune détourna les yeux et se mordit la lèvre pour s'empêcher de pleurer.
"Non… pas jusqu'à ce matin. Maman m'avait dit qu'on irait au Japon pendant l'été pour te chercher.
– Alors elle le savait…
– Pas vraiment… elle a fait des recherches quand elle m'a estimé… assez mature pour comprendre. Elle voulait que je te rencontre, mais elle ne savait pas où tu étais."
Ikki hocha la tête, semblant vraiment intéressé par ce qu'il disait.
"Je… J'ai un paquet de questions… dit-il. J'ai envie de savoir… où tu as grandi, ce que tu as fait de ta vie… Il a du se passer un paquet de trucs en 14 ans. Je veux savoir avec qui tu as grandi, où tu es allé à l'école, si tu as des amis et si… Shun, ça va ?"
L'intéressé détourna les yeux, s'efforçant à rester calme, triturant les draps. Devant lui, Ikki murmura un mot en japonais, si bas qu'il ne le comprit pas vraiment, se rendant compte de sa maladresse.
"Désolé… Je veux dire… je suis tellement content de te retrouver, je réfléchis pas à ce que je dis…
– Ne t'en fais pas… C'est juste… c'est encore trop frais…
– Je comprends… Mais… je peux te demander ce qu'il s'est passé ?"
Shun hésita. Devait-il parler au risque de révéler ce qu'il devait taire ? C'était tentant… Mû lui avait demandé de ne rien dire… à Seiya, Hyoga et Shiryu. Sa raison lui disait que ça valait aussi pour Ikki, mais son cœur voulait jouer sur les mots – bien que ça ne lui ressembla pas… et puis, il semblait si heureux de le voir… peut-être pourrait-il l'aider à mieux comprendre ? Ou même à s'en sortir ?
Alors il prit une grande inspiration, et commença à tout lui expliquer, esquivant la partie Hadès, comme Mû le lui avait demandé… avant d'être interrompu brutalement par la soudaine colère du Phénix.
Et là, il sut qu'il avait fait une énorme bêtise.
…
"Ikki, attends !"
La porte s'ouvrit brutalement à côté de Seiya, qui l'esquiva à temps avant de la prendre dans le visage, la laissant heurter violemment le mur contre lequel il était adossé. La démarche rapide, le chevalier du Phénix, son armure sur le dos, quitta l'infirmerie, passant devant ses amis de bronze qui semblaient attendre là. Son cosmos pulsait et irradiait de colère tout autour de lui, comme un cœur de flamme palpitant au rythme de ses pas. Shun, les joues inondées de larmes, le suivait précipitamment, tremblant de tout son corps, sa veste pendant sur son épaule.
"Ikki, s'il te plait, arrête !
– Que se passe-t-il, bon sang ?" demanda Hyoga.
Shun regarda le Cygne, et baissa aussitôt les yeux, triturant ses mains comme un enfant pris en faute, ses pleurs reprenant de plus belle.
"Je… j'ai fait une boulette… dit-il d'une petite voix. Je lui ai tout dit…
– J'vais leur faire comprendre qu'on touche pas à mon petit frère, à ces plaqués or !"
Aussitôt, Seiya et Shiryu se mirent sur le chemin du Phénix, tentant de lui barrer la route. Hyoga, lui, retenait le cadet, l'empêchant de trop s'approcher du cosmos brûlant de son frère. Trop dangereux pour un civil.
"De quoi tu parles, Shun ? demanda doucement le Dragon. Tu lui as dit quoi… ?
– Bah… J-je… Le Bélier m'a demandé de me taire mais… Mais je suis mort de peur, j'ai pas pu m'en empêcher !
– De quoi tu as peur ? Tu es en sécurité, ici."
Le garçon secoua vivement la tête, essuyant ses larmes, et remettant sa veste correctement malgré ses mains secouées de violents tremblements.
"Les chevaliers d'or veulent tuer Shun, voilà ce qu'il m'a dit !
– Mais… mais pourquoi ? demanda Seiya d'une voix blanche. Il n'a rien fait de mal, pourquoi ils… ?
– Je veux pas le savoir ! coupa brutalement Ikki. Ils toucheront pas à un seul de ses cheveux et je vais le leur faire rentrer dans le crâne !"
Sur ses mots, il poussa les deux garçons devant lui et continua sa route dans le couloir. Shiryu, adossé au mur, l'interpella.
"Ikki ! Tu es conscient que tu vas lui attirer plus de problème, si tu interviens ?
– Et tu veux faire quoi ?!
– Déjà, essayer de comprendre ce qu'il se passe, et attendre la fin de la réunion. répondit calmement le Dragon. Je ne suis pas certain qu'aller provoquer les chevaliers d'or soit la solution."
D'un seul mouvement, les chevaliers de bronze se tournèrent vers Shun, le regardant tenter de reprendre son souffle et se remettre de ses émotions, décidément beaucoup trop fortes pour lui en un jour. Le garçon semblait plus désemparé que jamais, frottant vigoureusement ses yeux inondés de larmes.
"Shun… Qu'est-ce que tu sais sur la réunion des chevaliers d'or ?
– Je… J-je ne peux pas le dire…
– Tu en as déjà trop dit… ou pas assez. Tu devrais parler, au point où tu en es."
Shun tritura nerveusement ses mains, reculant d'un pas, puis de deux, se retrouvant collé au mur.
"Le Bélier… m'a dit de me taire… Il saura que j'ai parlé…
– Et il comprendra que tu étais mort de trouille et qu'on peut pas te demander n'importe quoi.
– Mais…"
Sans lui laisser le temps de protester, Ikki fit demi-tour et ramena délicatement son petit frère à l'infirmerie. Il le poussa gentiment jusqu'au lit et le fit s'asseoir dessus. Ses trois amis revinrent également dans la pièce, Shiryu le premier, qui s'installa sur une chaise juste en face du garçon.
"Bon, je t'écoute. Dis-moi ce qu'il se passe…"
Toute l'attention était sur lui, encore, et Shun eut subitement envie de s'évanouir encore une fois, juste à cet instant. Ou de tomber endormi : quand il dormait, il n'avait plus de problèmes jusqu'à son réveil. Ou alors, il pouvait sauter par la fenêtre, près de lui, puis s'enfuir loin de tout ça. Mais rien ne se produisit, et lui restait assis, triturant le bas de sa veste devant Shiryu, qui semblait le regarder avec bienveillance malgré ses yeux bandés, et sous le regard protecteur d'Ikki, et curieux des deux autres chevaliers. Il soupira.
"Je… Enfin, de ce que j'ai compris… Tout est de ma faute…
– De quoi tu parles ?
– De ce qu'il s'est passé… répondit Shun, tentant de ravaler ses larmes. Si tout le monde est m… c'est ma faute…"
Les garçons s'échangèrent un regard perplexe pendant un instant, avant de jeter un petit coup d'œil au cadet. Puis, Hyoga prit la parole, en japonais, avec un fort accent que Shun ne parvint à identifier. Cependant, avec tout le temps passé au Japon, il put traduire dans sa tête.
"Il a pas franchement une tête d'assassin.
– Peut-être qu'il y a eu un accident. répondit Shiryu, avec un autre accent, plus doux. Il n'a pas l'air de comprendre ce qu'il s'est passé.
– Je me trompe peut-être… commença Seiya. Mais j'ai entendu parler d'accidents de cosmos. C'est possible ?
– Non, je ne sens pas de cosmos particulier…
– Si ça se trouve, c'est possible. C'est le frère d'Ikki, après tout, peut-être qu'il a un cosmos aussi puissant que le sien et qu'il a explosé d'un coup.
– Je l'aurais senti, imbécile. contra Ikki. Et on n'exécuterait pas un gosse pour un accident de cosmos, même de cette envergure.
– Je comprends tout ce que vous dites, vous savez ?"
Les garçons se tournèrent d'un coup vers Shun, l'air un peu surpris. Il soupira.
"Maman voulait que j'apprenne le japonais.
– Désolé… s'excusa Seiya, la mine basse. Comme tu as été adopté tout petit, d'après Ikki… on pensait que…
– C'est rien… c'est bien la première fois que des japonais ne partent pas du principe que je parle forcément leur langue."
Il y eut un court silence dans l'infirmerie. Un silence teinté de malaise pendant lequel plus personne ne le regarda, un peu gênés.
"C'est quoi, cette histoire de cosmos ? demanda-t-il à brûle pourpoint. C'est la seule chose que je n'ai pas comprise.
– Le cosmos est une énergie qui sommeille en chacun de nous. récita Seiya comme une leçon. C'est un pouvoir que les chevaliers apprennent à maîtriser. En le faisant exploser, on est capables de faire des choses normalement impossibles.
– Comme faire péter un glacier d'un coup de poing.
– Ou inverser une cascade."
Shun regarda le Cygne et le Dragon d'un air perplexe, avant de demander.
"Et… On pourrait vraiment… tuer toute une ville, avec ce genre de pouvoir ?
– … Oui. répondit Shiryu après un silence hésitant. Mais il faudrait un cosmos particulièrement puissant, et…
– Comment j'aurais pu faire ça ? le coupa Shun, soudain paniqué. Je veux dire… je n'ai jamais appris à maîtriser le cosmos, comment j'aurais pu ?
– Qu'as-tu ressenti, avant que l'accident n'arrive ?
– Je… je n'en sais rien, j'étais au collège.
– Attends… demanda Seiya. T'étais pas là quand c'est arrivé ?
– Non… Je suis rentré de l'école et j'ai trouvé maman… e-elle… elle était déjà morte… d-depuis longtemps…"
Le sentant sur le point de pleurer à nouveau, Ikki s'avança pour le rejoindre sur le lit, s'asseyant à ses côtés. Il passa un bras autour de ses épaules et tenta un peu maladroitement de le réconforter, frictionnant son bras. Si Seiya observa son comportement d'un œil éberlué, Shiryu, lui, eut un soupir soulagé.
"Au moins, on sait que ce n'est pas un accident de cosmos.
– Peut-être, mais on sait toujours pas ce que c'est, du coup.
– Vous n'allez pas tarder à le savoir."
Instantanément, tous les regards convergèrent vers la porte. Mû se tenait là, les regardant tous comme s'il les sondaient – et peut-être le faisait-il vraiment – avant de déclarer :
"Athéna vous attend pour rendre son verdict. Mettez vos armures, chevaliers, et rejoignez la salle du trône."
Contre lui, Shun sentit son frère se raidir, et sa main sur son épaules se fit un peu plus chaude. Les trois autres garçons regardèrent Mû s'éloigner dans le couloir, avant de se lever et le regarder gravement.
C'était l'heure de vérité.
Hellooo !
Voilà, comme promis, le chapitre 3 de l'Enfant Maudit… avec une nouvelle menace qui plâne au-dessus de la tête de Shun (si vous passez une mauvaise journée, ayez une pensée pour lui, qui en passe une clairement pire que la vôtre). Le pauvre n'est pas au bout de ses peines. Et que pensez-vous des retrouvailles mouvementées entre les deux frères ? Je ne voyais pas Ikki réagir autrement (il doit regretter d'avoir traumatisé le gamin qu'il a cherché à retrouver pendant plus de dix ans.)
En parlant du Phénix : j'ai un one-shot, quelque part, traitant d'un de ses combats dans cet UA. N'hésitez pas à me signaler en review si vous voulez la lire (et essayez de deviner celui ou celle qu'il affronte dans cet OS ;).
Je vais faire mon possible pour clôturer le chapitre 18 de "Le Bon, la Brute et le Protecteur" d'ici deux semaines. La Maison des Gémeaux me donne du fil à retordre autant qu'aux chevaliers de bronze mais je vais faire brûler mon cosmos et tâcher d'être efficace en écriture !
Du coup, si tout se passe bien, je vous dis à dans deux semaines !
Bye !
