Bonjour à tous,

Merci à Nouns et Emilie d'avoir commenté - vos retours me font très plaisir :)

Pour répondre à ta question Nouns, je m'attendais à ce que le chapitre surprenne un peu et oui nous reviendrons plus tard sur les événements d'Ahch-To ;) J'espère néanmoins que la suite te plaira.

Emilie, effectivement bien que cette fic soit courte, le chemin ne sera pas si simple...

Chapitre 2

Ils arrivèrent rapidement au camp et Rey fut apaisée d'être de retour. Le trajet n'avait fait qu'accentuer sa consternation et retrouver le village allait l'aider à se calmer. Du moins c'est ce qu'elle espérait mais à peine avaient-ils franchi la limite de la première hutte que des hommes se placèrent devant eux pour les arrêter de leurs lances.

Rey se figea, surprise et déjà prête à se défendre bien qu'elle ne comprenait pas l'hostilité à leur égard. Elle hasarda un regard vers Ben qui n'avait pas bougé et semblait, du moins en apparence, parfaitement serein. L'un des hommes s'adressa à lui et elle comprit qu'ils devaient les suivre.

Ils furent poussés dans une hutte, elle reconnut facilement qu'il s'agissait de celle du grand chef, lorsqu'elle le trouva assis face à une table dans une fausse modestie évidente. Ils s'approchèrent pour lui faire face et se mirent à attendre qu'il daigne s'adresser à eux. Il prit son temps pour le faire, ce qui l'agaça profondément étant donné qu'elle trouvait déjà l'homme antipathique. Il leur lança un petit sourire, le même qu'il aurait pu avoir d'avoir réussi un coup parfait dans une partie de sabacc avant de se mettre à parler.

« L'un de mes soldats m'a rapporté une chose très étrange, débuta-t-il d'un ton volontairement lent pour accentuer le suspense et éveiller la curiosité des cinq hommes également présents dans la hutte. Une chose interdite ici, reprit-il avant de balayer Ben du regard de haut en bas. Réservée uniquement dans des circonstances exceptionnelles ou bien entre époux. »

Cette fois, le chef les inspecta tour à tour, un sourire malsain dansant sur ses lèvres. Rey masqua le fait qu'il l'avait déstabilisée et ne broncha pas, faisant naïvement croire qu'elle ne voyait pas de quoi il pouvait parler. Elle se demanda si quelqu'un les avait réellement vu s'embrasser dans la clairière ? Elle réfléchit et s'interrogea si le moment avait duré aussi longtemps qu'elle le pensait. Pour elle, cela avait été bien trop court et cela le serait toujours. Mais dans les faits ? Ben avait souligné immédiatement l'imprudence de leurs comportements, elle n'avait pas songé qu'il pouvait dire vrai. Elle croyait qu'il s'en était servi d'excuse.

Elle réétudia les paroles du chef et s'attarda sur le « entre époux » qu'il avait ajouté à la fin de son accusation. Ben avait parlé de règles. Les baisers étaient-ils exclusivement réservés aux personnes mariées ? Si tel était le cas, ils étaient bien évidemment coupables. Elle imagina l'homme en promenade, ou bien était-il venu les espionner, en train de tomber sur eux qui partageaient leurs salives. Ben avait mis du cœur à l'ouvrage et elle pourrait difficilement nier le baiser vu l'ardeur dont l'homme avait dû être le témoin. Probablement, le baiser le plus sulfureux qu'il ait pu voir si la pratique était aussi réglementée ici, se fit-elle la remarque.

Elle n'osa pas regarder Ben de peur, dans ce geste, d'avouer que le chef disait vrai et préféra le laisser régler cette histoire. Après tout, elle ignorait les codes en vigueur ici. Certes, s'avoua-t-elle, ça ne l'aurait pas arrêtée et elle avait pu constater que lui non plus. D'ailleurs, elle ne put s'empêcher de sourire intérieurement au fait qu'il ait sciemment pris ce risque.

« Pourriez-vous clairement définir vos accusations ? demanda enfin Ben. »

Rusé, songea Rey. Il valait d'abord mieux s'assurer de ce que l'homme avait réellement vu au lieu de tout de suite plaider coupable. Cela leur permettait de gagner du temps et de réfléchir à une stratégie de défense.

« Tu sais qu'il est interdit de se toucher, encore moins une étrangère. »

Rey se rembrunit de se voir traitée de la sorte. Après tout, à leurs yeux, elle était une émissaire importante et elle n'était pas censée se faire marcher dessus de la sorte. Elle s'avança prête à répliquer mais Ben la devança pour la faire taire. Le chef l'arrêta.

« Tu vas probablement me dire que tu ne l'as pas fait mais Toïko vous a vu. Tu as bafoué nos règles et pas n'importe laquelle, l'une des plus sacrées. Non seulement tu l'as touchée mais en plus tu lui as pris la main. »

Rey regarda Ben et jura le voir blêmir une seconde avant de se reprendre. Cette discussion était difficile à suivre pour elle. Pourtant, elle s'interrogea. Comment tout un peuple pouvait-il bannir tous les rapprochements physiques entre ses habitants ? Les réserver au stricte cadre de l'intimité familial ? Enlacer un ami, taper une épaule pour plaisanter et des tas d'autres exemples lui vinrent en tête en songeant qu'ici, tout cela était proscrit.

Ben avait fauté, gravement, au vu des regards plus qu'hostiles qu'elle voyait dans sa direction. Elle se demanda pourquoi le fait qu'il s'agisse de sa main semblait aggraver son cas mais n'eut pas le temps d'y penser davantage car il se mit à se justifier.

« Un simple réflexe. L'espace d'une seconde, j'ai oublié notre règle en la voyant avoir des difficultés à monter à cet arbre alors j'ai naturellement voulu l'y aider. Elle souhaitait ardemment découvrir la beauté des lieux depuis le sommet et si j'ai eu ce geste envers elle, c'était simplement dans ce but. Par politesse. »

Le chef sembla étudier ses propos et Rey se tourna vers Ben. Elle était profondément rassurée, visiblement leurs baisers n'avaient eu de témoins qu'eux-mêmes. Cependant, ce que le soldat avait pu voir était déjà suffisamment compromettant. Heureusement pour eux que ce dernier se soit précipité pour rapporter cette information sinon, il aurait été le témoin de marques d'affection encore bien plus graves. Au final, elle réalisa qu'ils devaient presque s'estimer chanceux. Elle l'étudia et réfléchit. Il lui avait dit qu'elle aurait pu avoir des problèmes mais vraisemblablement c'était davantage lui qui risquait d'en avoir par sa faute.

« Il est normal que tu traites bien cette femme au vu de sa position et le rôle qu'elle peut avoir dans ta condamnation mais ce geste est inexcusable. Tu as prêté serment de respecter notre code, nos traditions en étant envoyé ici, cela fait partie des choses que tu te dois de ne pas bafouer en étant notre prisonnier. Tu as fait allégeance à notre clan et tu viens de le trahir alors que nous t'avions accordé notre confiance. Et pour quelle raison ? Il rigola. Un simple réflexe que tu aurais naturellement eu dans ta vie passée ! »

Rey se renfrogna tandis qu'il s'esclaffait. Ben allait être réprimandé pour s'être simplement montré poli, peut-être galant avec elle ? Elle ne laisserait sûrement pas faire ça. Elle qui s'était réjouie qu'il n'ait pu résister à la tentation de prendre sa main dans la sienne, elle regrettait désormais que ce moment de tendresse puisse lui coûter des représailles sévères.

« Grand chef, s'avança Rey en essayant de prendre son ton de démocrate le plus déterminé possible, j'ai été envoyée ici avec un manque d'information évident. Vous vous doutez sûrement que personne n'était volontaire pour cette mission et que celui qui m'a missionnée pour m'en charger ne s'est pas donné la peine de m'expliquer vos coutumes. Je prends sur ma responsabilité la faute commise par le prisonnier 2049C. Je me suis montrée curieuse de votre monde, comme il l'a souligné, car votre planète est magnifique mais j'ai sous-estimé ma condition physique. Je n'ai pas réussi à monter et il m'y a aidée car j'aurais pu tomber et me blesser. Si j'avais eu vent de la nature réelle de son geste, je n'aurais pas accepté sa main tendue bien que, selon moi, elle l'ait été uniquement dans le but de m'aider. »

Elle s'inclina et recula pour se remettre près de Ben, en priant intérieurement pour que son monologue eut été convainquant. Elle avait tenté de venir appuyer ses arguments pour le sortir de ce gouffre qu'il voulait lâcher sur lui.

« Votre sollicitude envers le prisonnier 2049C est toute à votre honneur, souligna le chef, et votre curiosité pour notre planète nous rend fiers. Si nos coutumes et nos traditions vous intéressent, je vais vous inviter à suivre mes hommes, leurs femmes vous montreront ce que vous voulez.

-J'en serais très touchée, lui répondit Rey avec un sourire bien qu'inquiète du sort qui serait réservé à Ben.

-Quant à toi, il se tourna vers son compagnon et son sourire s'effaça, on te mettra à l'épreuve mais nous n'évoquerons pas cet écart de comportement au reste du camp. Il regarda ses hommes un à un pour obtenir leur parole. »

Il se releva et Rey comprit qu'ils allaient être congédiés. Néanmoins, elle était tranquillisée pour lui. Ils furent raccompagnés à l'entrée de la hutte et une fois dehors, elle se stoppa et attendit que les soldats s'éloignent avant de parler. Une question trottait dans sa tête depuis de longues minutes et elle avait besoin d'en obtenir la réponse.

« En quoi est-ce si grave de m'avoir pris la main ? Que ce soit pile cet endroit que tu aies saisi paraissait être plus grave que si tu t'étais contenté de m'aider à monter en me prenant le bras. »

Elle le fixa, observant ses yeux foncés dans lesquels elle voyait danser une flamme de doute. Il hésitait très clairement à lui répondre.

« Ici, cela a une signification toute particulière. On prend la main de l'autre, de la femme, lorsque l'on souhaite la faire sienne, lui demander d'être son épouse et plus tard pour signifier à tous qu'elle est notre compagne. »

Il s'écarta d'elle. Rey se rappela la façon dont il avait glissé ses doigts, à de multiples reprises, entre les siens lors de leurs baisers. Elle sourit, avant même de l'embrasser, c'était le tout premier réflexe qu'il avait eu envers elle. La première fois qu'ils se touchaient à nouveau après des mois de séparation, elle ne s'était pas donc trompée, ce geste n'avait rien eu d'anodin.

BB-8 roula vers elle à toute allure, manifestant sa colère d'avoir encore été exclu de cette entrevue. Elle se mit à genoux afin d'être à sa hauteur.

« Ils ne te respectent pas à ta juste valeur. Je suis désolée qu'ils ne t'aient pas laissé entrer mais il vaut mieux pour nous que nous ne fassions pas de vague. »

Il l'interrogea.

« Non, cesse de t'inquiéter. Tout va bien, ce n'était qu'un simple malentendu mais c'est réglé maintenant. »

Il bipa une fois encore, plus intrigué.

« Oui, c'est bien lui, répondit-elle en omettant volontiers son nom. Je ne t'ai pas dit qui nous venions voir ici et j'ai apprécié que tu ne me le demandes pas mais je comprends pourquoi tu t'interroges. Et tu es tout à fait légitime pour le faire. Il bipa à nouveau. Non, je ne risque rien sinon je ne serais pas ici. Il ne représente aucun danger pour moi. Au contraire, pensa-t-elle. Je devais le voir. On doit parler lui et moi. C'est important. »

BB-8 acquiesça, ne cherchant pas à en savoir plus et elle le remercia, une nouvelle fois, de sa conviction.

Elle se redressa, se demandant subitement ce qu'elle allait bien pouvoir faire maintenant que Ben était parti. Ou avait fui, elle hésitait encore sur le terme adéquate à sa soudaine désertion. Elle se souvint subitement des épouses et de la proposition du chef. Elle se mit à arpenter les rues du village avec application. Après tout, tout était nouveau pour elle et elle aimait se montrer intéressée d'autant plus avec un climat aussi agréable. Il faisait doux et le soleil cognait avec bonheur contre sa peau.

Les femmes la retrouvèrent vite et elle passa d'une hutte à l'autre, sincèrement captivée par leurs savoirs et leurs artisanats, se prêtant quelques fois au jeu d'essayer à son tour sous les bips encourageants de BB-8. Elle passa réellement un bon moment et ces instants insouciants lui firent beaucoup de bien.

Depuis trop de mois maintenant, elle n'avait eu une réelle pause pour apprécier la vie dans sa simplicité. Le quotidien au sein d'une capitale de la République était parfois trop tumultueux pour elle et cette bouffée d'air, elle la prenait volontiers. Néanmoins, après ces quelques heures, son esprit se tourna naturellement vers l'homme responsable de sa présence ici. Lentement mais sûrement, son attention fut moins attentive, se perdant dans des regards en coin pour tenter de l'apercevoir. Elle était venue pour lui et se demanda si, sous couverte de sa mission, elle pourrait réclamer qu'on lui emmène Ben. Elle hésita à de nombreuses reprises, tout de même un peu gênée de demander la présence d'un homme à ses côtés. Néanmoins, elle jugea qu'elle devait le faire et alors qu'elle s'était enfin décidée, elle fut prise de court par l'arrivée inopinée de l'objet de ses désirs.

Aussitôt, elle se redressa, lui adressant un nouveau sourire qui signifiait clairement qu'elle était contente de le revoir même après cette courte séparation. Elle se tenait devant lui, attendant qu'il lui propose une autre sortie mais il passa devant elle et entra dans la première hutte venue avant d'en ressortir avec un équipement vraisemblablement destiné à la chasse.

Elle relâcha en toute hâte la poterie qu'elle avait à la main et sur laquelle elle était censée apporter une décoration pour se précipiter à sa suite.

« Merci beaucoup mesdames pour vos démonstrations très instructives. Je crois qu'il est l'heure de reprendre ma mission et de continuer ma découverte de votre mode de vie. Puis-je vous accompagner ? demanda-t-elle en se tournant subitement vers Ben. »

Le vouvoiement lui écorcha la langue mais face à autant de témoins, elle devait se forcer à être polie. Elle savait aussi qu'il ne serait pas en mesure de lui refuser cette demande étant donnée leurs positions hiérarchiques respectives. Elle lut clairement dans son regard qu'il n'appréciait pas d'être mis au pied du mur mais il finit par acquiescer.

Une femme se leva au même moment et proposa qu'un homme du clan les accompagne, ne pouvant consentir à ce qu'une jeune officier reste seule avec un homme armé.

« Inutile ! couina Rey »

Cela gâcherait tout s'ils se retrouvaient accompagnés, s'inquiéta-t-elle. Ben la regarda, semblant attendre la parade qu'elle finirait par trouver.

« Je suis membre de la République, une officier donc une militaire. Je sais me défendre et j'aimerais pouvoir recueillir le témoignage de mon prisonnier sans interférence, cela fait partie de mes attributions. »

Sans compter qu'ils avaient déjà été seuls à son arrivée, pensa Rey mais la femme devait ignorer cette information. Ils validèrent sans sourciller et elle s'inclina avant de partir, un petit sourire satisfait aux lèvres, consciente qu'elle avait très bien réussi son coup.

Ils allaient pouvoir à nouveau se retrouver rien que tous les deux. Elle n'oubliait jamais que son temps ici était compté. Elle devait faire vite et saisir la moindre des occasions. Elle avait bien senti la résignation chez lui mais elle ne s'y attarda pas. D'autant plus que BB-8 les accompagnerait. Grâce à cela, il ne serait pas tenté de l'embrasser à nouveau si c'était bien cela qu'il craignait. Pourtant, se dit Rey, ce n'était pas l'envie qui lui manquait qu'il cède à nouveau à ses pulsions. Que BB-8 soit présent ou non, si l'opportunité se présentait, elle agirait.

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Il marchait vite et cherchait, de toute évidence, à mettre de la distance entre eux. Cela l'amusa car elle se rappelait encore du goût sucré de ses lèvres et avait l'étrange impression de revivre la même scène que plus tôt. Elle rigola et il se retourna, un air intrigué sur le visage.

« L'époque où toi et moi devions nous méfier l'un de l'autre est terminée depuis longtemps pourtant tu sembles toujours être autant sur tes gardes. Je te rassure, une attaque armée n'est pas envisagée, je te précise que mon sabre est sagement caché dans le vaisseau. En revanche, tu pourrais potentiellement en craindre une autre d'un style différent. »

Il se détourna aussitôt, ne laissant rien transparaître. BB-8 bipa à ses pieds, étonné de la voir le tutoyer et s'adresser à lui avec une telle spontanéité.

« On se connait simplement bien lui et moi, avoua Rey. Nettement plus que ce que j'ai déjà pu t'en dire. »

BB-8 exprima toute sa stupéfaction sur cette relation qu'il découvrait de plus en plus. Rey comprenait sa réaction. Depuis un moment désormais, elle disait tout ou presque au petit droïde. Ils étaient devenus proches avec le temps même si elle lui cachait certaines choses très personnelles, comme ses galipettes avec Ben, mais il restait tout de même son confident pour le reste.

Ben vagabonda devant elle et Rey se détourna pour commencer à observer les lieux avec nonchalance.

« Dis-moi, débuta-t-elle sans aucun complexe, est-ce qu'ils savent qui tu es ? Qui tu es vraiment et qui tu as pu être par le passé ? »

Elle songeait clairement à Kylo Ren et à Ben Solo. Deux identités qu'il avait tour à tour reniées. Elle songea qu'il n'apprécierait peut-être pas la question, surtout comme introduction de leur nouvelle phase d'échange mais elle ne comptait plus être conciliante.

« De ce que j'en sais, non. Du moins, c'est ce qu'ils m'ont toujours fait croire. Peut-être qu'ils mentent. Je l'ignore et ça n'a pas d'importance sinon j'aurais pris la peine de vérifier.

-Donc, s'ils ne connaissent pas ton identité alors ils n'ont pas conscience de ton rapport à la Force.

-C'est ce qu'on pouvait en déduire, si je ne portais pas ceci. »

Il souleva doucement son haut, dégageant son poignet où elle y reconnut très clairement un inhibiteur pour qu'il ne puisse utiliser ses dons.

« C'est horrible, ne put-elle s'empêcher de souligner.

-Ils ne pouvaient se fier à mon unique parole de sagement cesser de la maîtriser. Je ne pense pas que tes amis résistants auraient eu la négligence de leur cacher ce point si important. Peu importe qui je suis pour eux, ou ce que j'ai pu faire du moment que j'adopte le comportement qu'ils attendent de moi. »

-Comment …

-Ne te pose pas tant de questions. »

Elle eut presque envie de lever les yeux au ciel face à tant de déférence. Elle avait bien compris qu'il n'était pas très disposé à lui parler. Son attitude avait vraiment changé. Il était loin le temps des embrassades et de la tendre étreinte mais elle préféra garder cette remarque et choisit de rebondir sur un détail qui n'en était pas un pour elle.

« Dans ce cas, comment ils t'appellent ici ? Si tu n'es ni Ben, ni Kylo, qui es-tu pour eux ?

-Comme tu l'as toi-même énoncé sous la tente, ironisa-t-il, je suis un matricule. Ton ami Finn apprécierait l'ironie de la situation. »

Rey ouvrit la bouche, prête à répliquer mais la referma aussitôt. Elle se sentit stupide, elle avait bien noté que le chef n'avait cessé de l'appeler 2049C, se rappelant que cela l'avait agacée dès son arrivée ici et elle réalisa que sa question n'avait aucun sens. Du moins, qu'elle s'était mal exprimée.

« Ce que je voulais dire, reprit-elle, ils n'ont pas souhaité te donner un nom ? Selon le chef, tu fais partie du clan, ils auraient pu, pour apporter un peu de chaleur à tout ça, te proposer une autre alternative. Ils semblent t'apprécier. Tu ne leur as pas dit ton prénom ? Ça ne te gêne pas d'être traité de cette manière ?

-Tu connais mon rapport à mon identité et j'aimerais autant éviter d'en avoir une troisième, finit-il d'une voix traînante.

-Pourtant c'est déjà le cas avec ce matricule ridicule.

-Qu'ils m'appellent comme ils veulent, ça ne compte pas pour moi.

-Ben ! le reprit-elle d'un cri qui venait du cœur. »

BB-8 bipa à nouveau de l'entendre l'appeler avec une telle émotion dans la voix.

« Tu es bien la seule à encore l'utiliser pour me désigner.

-C'est ton prénom. Tu as prouvé qui tu étais de la plus belle des façons. »

Elle n'alla pas plus loin. Il savait qu'elle évoquait, sans le dire, son retour en tant que fils de Leia et Han sur Exegol. Ils se turent pendant de longues minutes après ça et elle se contenta de continuer à se promener. Après tout se dit Rey, elle n'avait aucune idée de ce qu'ils étaient censés chercher comme gibier. Elle sauta au-dessus d'un tronc couché pour s'enfoncer dans la forêt avoisinante.

« Reviens, tu vas faire fuir notre repas.

-Il n'y a rien ici ! le tonna-t-elle avant de continuer sa route en l'ignorant royalement. »

S'il pensait qu'elle allait docilement l'écouter et lui obéir alors qu'elle s'ennuyait à mourir depuis un bon moment maintenant, il se trompait. Il lui suffisait pourtant de faire un effort en articulant plus de deux mots, s'agaça Rey qui aurait aimé le voir poursuivre la conversation. Il lui faudrait plus pour la convaincre de rester.

« Ma cicatrice, celle que tu m'avais faite au visage. Elle se figea mais ne se retourna pas. Je ne l'ai remarqué qu'à mon arrivée ici, quand j'ai pu me voir, qu'elle avait totalement disparue. »

Elle se tourna vers lui et fit un pas arrière, repassant par-dessus l'arbre mort pour s'approcher.

« C'est quand j'ai guéri ta blessure, l'autre précisa-t-elle en grimaçant toujours peu fière de ce moment d'intense colère, que celle-ci s'est aussi effacée. Tu ne l'avais pas vu avant ? s'étonna Rey.

-C'est ce que je me suis dit. Je ne l'avais pas senti et je n'avais pas vraiment eu l'occasion de me voir dans un miroir plus tôt. »

Elle l'observa, taisant sa pensée que sur Ahch-To il aurait pu se regarder s'il était resté auprès d'elle au lieu de fuir et d'être capturé pour son procès.

« Ce n'est qu'à moitié étonnant, continua-t-elle en revenant sur leur combat dans les ruines de l'Etoile de la Mort, vu que tu as légitimement cru y rester avec l'autre. Ce n'était pas ta priorité.

-Si ça n'avait pas eu lieu, je n'aurais jamais su comment faire quand je t'ai trouvée. Alors, heureusement que c'est arrivé. »

Elle le fixa, à la fois surprise et étrangement touchée de l'entendre dire une telle chose.

« Ça aurait tout de même pu se passer autrement et, elle lui lança un regard, d'une manière ou d'une autre, je pense que c'est surtout la volonté dont tu as fait preuve qui m'a sauvée la vie et non de m'avoir déjà vu faire avec toi. Et puis, tu n'étais pas responsable de mon état contrairement à ce que je t'avais fait. Je suis désolée. »

Elle avait eu besoin de lui exprimer ses regrets bien qu'il ne manifestait visiblement aucune animosité envers elle pour ce geste. Ce n'était pas son cas. Ce jour-là, elle avait perdu le contrôle. Elle se rappela toute cette noirceur mais BB-8 la sortit de sa transe quand il lui demanda la confirmation que Ben lui avait sauvé la vie.

« Oui, il l'a fait. Je dirais même qu'il m'a redonné vie. J'étais déjà plus ou moins partie quand j'ai senti ta main sur moi et la douce chaleur se répandre et m'appeler à revenir. »

BB-8 tourna sa tête rotative vers Ben. Elle savait que l'astromech s'interrogeait avec beaucoup d'intérêt sur l'homme qui se tenait face à eux. Il serait loin d'être le dernier à découvrir une facette méconnue de Ben Solo. Elle s'était refusée à évoquer cette partie lors du procès, la classifiant dans ce qu'elle avait jugé de « personnel ».

« Je ne te sens plus, réussit-elle à articuler alors qu'elle avait les yeux rivés sur le sol. C'est comme si tu n'avais plus aucune signature. C'est perturbant, avoua-t-elle à demi-mot.

-C'est étrange pour moi aussi. C'est pour ça que j'étais si surpris en te voyant arriver. Je n'ai été au courant de ta présence que quand j'ai pu te voir. Mais ça, tu devais déjà le savoir… »

Elle avait envie d'en dire tellement plus notamment sur ce besoin de le sentir, ce lien à la fois unique et si fort qu'elle avait perçu sur Exegol puis Ahch-To et qui l'intriguait autant qui lui manquait. Elle aurait voulu creuser dans cette direction mais ils n'étaient pas encore prêts pour ça et elle choisit donc ramener la conversation vers un terrain moins sinistre que leurs presque morts respectives d'il y a un an. Par provocation ou par amusement, dans tous les cas elle attendait une réaction de sa part, elle tendit le bras et appela à elle la longue branche qu'elle avait repérée plus tôt sur le sol. Après tout, pensa Rey, lui avait bien sa lance et il lui fallait une arme pour l'aider à chasser.

Elle la soupesa délicatement avant de la faire tourner dans sa main avec agilité.

« Ça me rappelle mon bâton. C'est un peu plus léger et moins régulier mais ça devrait faire l'affaire.

-Tu veux nous attirer des problèmes ?

-Il me semble t'en avoir déjà attirés, répondit-elle un sourire malicieux aux lèvres.

-Tu n'as plus ton bâton ? préféra rebondir Ben.

-Non, j'ai dû le détruire, enfin le retravailler pour pouvoir l'utiliser comme base de mon sabre. »

Elle savait qu'elle avait titillé sa curiosité avec cette petite phrase car il ne semblait plus du tout faire semblant de chasser.

« Tu as construit ton premier sabre ? demanda-t-il.

-Oui, j'avais déjà trouvé le cristal un peu avant nos retrouvailles sur Pasaana. Je n'avais simplement pas eu le temps de m'y pencher pour débuter la construction. Après la chute du Dernier Ordre et ton procès, j'ai décidé de m'en occuper. Dommage, que je ne puisse pas te le montrer.

-Pourquoi te fierais-tu à mon avis ?

-J'admets que j'aimerais bien pouvoir le dévoiler à quelqu'un en capacité de comprendre réellement le travail que cela a pu représenter. Même si je reconnais que je n'aurais accepté aucune critique. »

Un sourire joua sur ses lèvres car elle savait qu'elle pouvait se montrer susceptible sur le sujet. Finn s'y était déjà frotté. Elle y avait passé du temps et elle était plutôt fière du résultat. Pour autant, elle était sincère dans son envie de lui partager. Comme pour changer de sujet, elle fit tournoyer la branche contre sa main dans des mouvements réguliers.

Cela faisait un moment qu'elle ne s'était pas entraînée simplement de la sorte. Elle ne s'était pas montrée très disponible dernièrement pour Finn malgré ses nombreuses demandes. Ce dernier progressait vite et bien, c'était un élève attentif et passionné. Elle avait conscience de sa chance même si, parfois, ce nouveau lien entre eux pouvait se montrer un peu pesant. Elle aimait être son professeur mais elle aurait aimé se confronter à lui pour se perfectionner et, en quelque sorte, s'amuser en étant d'égal à égal.

Il était loin d'être mauvais dans le maniement d'un sabre, ni dans les exercices physiques mais elle ne retrouvait pas leur complicité dans leurs entraînements. Finn se mettait beaucoup de pression et la considérait vraiment comme son Maître dans ces instants et ne savait pas simplement plaisanter avec elle comme l'amie qu'elle était avant tout pour lui. Elle devait bien avouer, assez égoïstement, que de temps en temps elle voudrait bien mettre sur pause son rôle de formateur. Elle comprenait désormais le manque de patience de Luke avec elle et parfois celui de Leia. Un élève demandait un réel investissement quotidien.

Elle releva les yeux vers Ben en songeant à la mère de ce dernier. Elle se souvint de la façon dont il avait perçu son décès, quelques secondes avant elle et le choc qui en avait découlé au point de lui faire lâcher son arme. Instant précis où elle avait perdu la raison de son côté, débordée par sa colère. Elle avait réellement eu peur d'elle-même. De sa haine mais surtout du geste qu'elle avait eu. Elle n'avait jamais réellement voulu tuer Ben, elle ne s'en était d'ailleurs jamais cru capable bien qu'à l'époque, elle se refusait à se l'avouer.

Après avoir réalisé la mort de Leia, avant de tendre la main vers lui et de le soigner, elle se souvint de la peur et du chagrin qu'elle avait ressentis à l'idée de pouvoir le perdre lui. Raison pour laquelle elle avait reconnu avoir voulu prendre sa main et cette pensée lui en rappela une autre.

« J'ai hésité, chuchota Rey subitement. Je me sentais perdue, trahie et encore plus seule qu'auparavant. J'avais peur d'être rejetée mais toi tu étais là, mais tes intentions étaient mauvaises alors je ne pouvais pas. Pour la seconde fois, je voulais la prendre mais seulement si tu m'acceptais en tant que Rey et si c'était Ben qui faisait ce pas vers moi. Je ne voulais être que Rey et non pas une alliée que tu utiliserais pour vaincre Palpatine et prendre sa place. Pourtant, je ne pensais pas mériter mieux au vu du passif de ma famille. J'ai cru être condamnée à faire le mal mais j'ai eu la force de m'en détourner car ce n'était pas ce que je désirais. Je voulais être avec toi mais pas comme ça. Une part de moi espérait toujours te voir revenir et te céder maintenant t'aurait aussi condamné à l'obscurité. »

Elle réalisa qu'elle avait exprimé ses pensées à voix haute lorsqu'elle capta son regard sur elle.

« Tu parles du hangar ? l'interrogea-t-il. »

Elle fit un léger mouvement de tête pour lui confirmer que oui. Elle avait senti sa déception au moment où le Faucon était arrivé et où elle s'était détournée, une fois encore, de lui. Une relation décidemment déjà si compliquée.

« J'ai senti tes doutes. C'était déjà le cas la première fois. Je voulais que tu cèdes, avoua Ben, mais je savais aussi que si tu le faisais c'était très précisément car tu étais bouleversée d'avoir appris la vérité et que cela aurait été profiter de la situation. J'ai tenté cette manœuvre et j'aurais aimé qu'elle réussisse sur l'instant même si je ne voulais pas te voir me rejoindre par dépit. Il fallait que ce soit ton choix.

-Comme lorsque je l'ai finalement prise sur Exegol ? rebondit-elle aussitôt. »

Il semblait toujours intrigué, restant à une distance exagérément loin d'elle même si la discussion prenait un tour de plus en plus personnel.

« Sur Exegol, j'ai finalement pris ta main, précisa Rey. »

Elle se rappela son geste lorsqu'elle avait commencé à revenir à elle, celui de poser ses doigts sur cette présence rassurante qu'elle avait sentie contre son abdomen. Elle se souvenait parfaitement, malgré les blessures et la crasse, s'être fait la remarque que la peau était douce contre la sienne. Sur le moment, elle n'avait pas encore totalement compris que c'était lui mais son étonnement n'avait pas tardé lorsqu'elle avait vu son visage en ouvrant les yeux.

Elle avait alors resserré sa prise avant de venir caresser son visage avec tendresse, toujours aussi surprise de l'avoir près d'elle. Elle avait ensuite senti sa caresse délicate contre sa nuque. L'un des moments les plus intenses de toute sa vie encore à ce jour et qui le resterait probablement à jamais.

Lui non plus, songea Rey, n'avait pu oublier, qu'à la fin, ils s'étaient finalement trouvés et compris. Cet instant avait été comme une évidence, la conclusion naturelle de leur rencontre, celle d'être enfin ensemble.

BB-8 bipa, encore plus surpris d'apprendre que Ben et Rey aient pu s'entendre à ce point.

« Oui, finit-il par dire, je m'en souviens. »

Son regard parlait pour lui quant à l'émotion qu'il avait également pu ressentir ce jour-là. Elle se souvenait parfaitement de son regard à la fois soulagé mais réservé alors qu'elle l'avait fixé avec incompréhension. Elle n'en était simplement pas revenue de le voir près d'elle, simplement comblée qu'il soit là et qu'il paraisse si ému.

« Tu avais l'air si surpris, reprit Rey, comme si tu avais cru que j'aurais pu, je ne sais pas, t'en vouloir ou être déçue de te voir. Tu semblais attendre un rejet de ma part ou tout du moins, que je fasse preuve d'une extrême froideur à ton encontre mais certainement pas à ce que j'ai fait par la suite… »

Le baiser. Elle s'était montrée douce, chaleureuse, aimante osa-t-elle reconnaître.

« Tu ne pensais pas pouvoir mériter une telle marque d'affection de ma part, continua Rey en omettant volontiers certains termes pour ne pas ajouter une tension supplémentaire à celle ambiante. Comment as-tu pu croire une telle chose après ce que tu avais fait ? Après tout ce qui s'était passé ? »

Elle revenait sur le terrain dangereux qu'ils avaient déjà arpenté un peu plus tôt dans la journée, celui de leurs sentiments et du manque évident de clarté l'un envers l'autre. Elle s'était déjà expliquée sur le baiser et sur ses motivations, elle ne reviendrait pas dessus bien qu'elle tenait tout de même à poursuivre leur discussion.

« Comment aurais-je pu te repousser ? demanda Rey avec une certaine timidité. Tu es venu. Tu étais là, simplement là, près de moi tandis que j'étais perdue et complètement anéantie face à lui. »

Ben avait été sa lumière. Littéralement. Elle s'apprêtait à faire une immense bêtise s'il n'était pas apparu.

« Je ne mentais pas quand j'ai affirmé à ton procès que tu m'avais remise sur le droit chemin. J'ai simplement omis que tu avais fait beaucoup plus que ça. Rien n'aurait pu me rendre plus heureuse que ta présence à mes côtés à ce moment précis. Je me suis sentie tellement soulagée, je n'étais plus seule. Enfin, tu te décidais à venir à moi. Mais si j'étais si emplie de bonheur c'est parce que c'était toi, continua Rey, je ne veux pas que tu croies que l'arrivée de n'importe qui aurait eu le même effet sur moi. Si c'était si fort, si intense c'est uniquement car c'est Ben qui m'est apparu alors que j'avais mon sabre levé. Tu savais que malgré nos divergences, tout ce temps, je ne désirais qu'une chose c'était celle d'être à tes côtés. Je me suis sentie enfin accomplie quand cela a été le cas. »

Elle n'ajouta rien d'autre, tiraillée entre son envie d'en dire plus et son émoi face aux yeux sombres qui la scrutaient attentivement. Elle regarda le sol et laissa le silence peser entre eux. Au fond, elle ne savait réellement quoi attendre de lui, refusant d'imaginer ce qu'il pourrait bien lui dire.

Elle se redressa lorsqu'elle vit une branche passer à toute vitesse devant elle pour venir se planter dans la main ferme de Ben.

« Comment peux-tu réussir à faire ça ?

-Ce n'est pas un simple gadget qui peut annihiler mes facultés. Du moins, pas totalement.

-Je croyais que tu ne voulais pas t'attirer d'ennuis ? le taquina Rey en préférant oublier qu'il se servait de cette parade pour ne pas lui répondre. Tu sembles avoir changé d'avis.

-Je réponds simplement à ta petite provocation. Histoire de te prouver que je peux encore faire des choses. »

Elle ne sut dire pourquoi mais elle frissonna de l'entendre dire cela. Il se mit à faire tourbillonner le bout de bois à une vitesse impressionnante, lui prouvant qu'il n'avait rien perdu de sa dextérité. La branche semblait si fragile entre ses doigts et pourtant il le maniait avec calme et application. Elle n'avait pas loupé son air satisfait de la voir répondre parfaitement à ses ordres. De toute évidence, le maniement d'un sabre mais surtout de la Force au quotidien lui manquait réellement.

Elle l'étudia. Tout d'abord, son air concentré, son application à percevoir l'équilibre de l'objet avant de le faire basculer. Elle s'agita discrètement et le bâton arriva jusqu'à elle, dans sa main encore libre. Elle lui lança un petit sourire avant de marcher dans sa direction, un bout de bois dans chacune de ses mains. Elle commença à tourner autour de lui avec lenteur mais sans jamais arrêter de le fixer.

« Ne sois pas si déçu, tu as toujours ta lance, le taquina-t-elle. »

Elle éprouva une toute nouvelle adrénaline. Elle avait encore envie qu'il la touche, de sentir son empressement à la plaquer près de lui, son excitation contre son bassin et sa langue caressant la sienne avec envie. Elle déglutit doucement. Elle avait envie de lui, très envie même.

Elle le trouvait attirant dans sa façon presque animale de l'observer. Elle aurait aimé qu'il s'approche, qu'il glisse sa main entre ses cuisses et qu'il savoure la moiteur de son entrejambe. Elle était terriblement excitée. S'il avait souhaité la prendre sur le champ, contre un arbre et toute habillée, il n'aurait eu qu'à se glisser en elle que sa chaleur l'aurait étreint avec ardeur.

Elle sentait son désir se répandre. Les pulsations de son cœur semblaient être reliées à son sexe car il lui paraissait tout aussi vibrant en cet instant. Elle avait chaud subitement, peut-être même avait-elle les joues rosies par son appétit. Tout son corps frissonnait d'une attente qu'elle savait interminable car il ne lèverait certainement pas un petit doigt pour la toucher à nouveau. Ses seins étaient durs, impatients d'être malaxés avec convoitise tout en songeant qu'il pourrait aussi en titiller leurs pointes durcies.

Elle avait conscience qu'elle devait chasser ces pensées de son esprit mais elle préféra faire perdurer le fantasme. Il était bon, presque libérateur de l'avoir si près d'elle et de s'imaginer qu'il pourrait franchir les quelques mètres les séparant pour lui faire toutes ces choses. Elle en oubliait même la frustration de savoir que cela ne se produirait pas car le rêve était trop parfait. Elle assumait son ardeur, sa sensualité toute féminine et ses besoins sans aucun complexe. Elle se sentait libre, tellement qu'elle s'imagina l'espace d'une seconde se masturber devant lui. Jamais auparavant, elle ne se serait crue capable d'une telle chose mais il réveillait en elle de tels sentiments qu'elle se sentait désormais apte à tout et notamment à s'apporter cette satisfaction sous ses yeux plutôt que de rester dans une telle privation. Ce serait simple, il suffirait qu'il continue à la regarder comme il le faisait maintenant et, elle sourit, elle pourrait l'imaginer facilement nu de son côté.

Elle sentait déjà sa respiration s'accélérer alors que tout son flux sanguin abandonnait son corps pour se centraliser entre ses cuisses. Elle eut envie de les serrer, ne serait-ce que pour sentir le doux frottement que cela provoquerait mais se retint préférant se remémorer leur première fois. La sensation lorsqu'il s'était enfin enfoncé en elle, la présence toute nouvelle de ce corps dans le sien qui, dans ses mouvements, lui avait donné du plaisir. Elle ferma le poing contre la branche, essayant de se canaliser.

Elle replongea son regard dans celui de Ben, ses pupilles probablement très dilatées tout en essayant de reprendre une certaine contenance. Avait-il vu son changement d'état ? Son souffle erratique et sa peau luisante de transpiration face à la subite chaleur qui l'avait étreinte ? Elle espérait que oui.

« Donc, reprit-elle, vas-tu enfin te décider à me montrer comment tu nourris cette grande famille ?

-Quel en serait pour toi l'intérêt ? En plus, au vu de ton passé, tu dois être bien meilleure que moi dans ce domaine. C'est donc plutôt toi qui aurait à m'apprendre.

-En échange de quoi ? osa-t-elle. Si je te partage mon savoir sur la chasse, alors pourquoi n'en ferais-tu pas de même ?

-Et quel talent suis-je censé avoir et devoir t'inculquer ? »

Elle ne répondit pas, se disant simplement à elle-même qu'il devait très bien sans douter.

« Dommage que nous ne soyons pas sur la même longueur d'onde, finit-elle en soufflant. Je suis pourtant sûre que tout cela aurait été très instructif.

-A n'en pas douter. »

/

Elle entra dans sa tente et souffla longuement. Elle savoura sa solitude et déposa ses affaires sur le sol. La journée avait été longue et épuisante. Elle ferma les yeux une seconde et repensa aux échanges avec Ben. Elle n'était arrivée que le matin même et malgré tout, elle avait l'impression d'être passée par tous les stades d'émotion. La joie des retrouvailles, la nervosité d'être seuls, l'empressement de sa bouche sur la sienne, l'intensité de son regard sur elle et le feu de son besoin de lui.

Elle avait tout tenté pour que cela redescende mais même le discours du chef et les nouvelles démonstrations aussi enthousiastes soient-elles des femmes après leur retour de la chasse et durant le dîner n'avaient eu raison de son envie. Elle le voulait toujours avec la même ardeur, en témoigne l'humidité qu'elle pouvait sentir contre son sous-vêtement. Elle n'avait cessé de l'épier pendant le repas, désappointée de ne pas pouvoir se montrer plus entreprenante. Elle prit une longue inspiration et roula des épaules pour se calmer.

Elle ouvrit les yeux et fit un pas dans la hutte qui lui avait été réservée y jetant un regard laconique pour découvrir les lieux. C'était petit, avec un confort standard mais le tout semblait douillet. Sans cérémonie, elle tomba sur le lit et elle sentit le matelas s'enfoncer sous son poids. Elle ôta ses chaussures et s'allongea, satisfaite du moelleux de son couchage qu'elle aurait imaginé plus rudimentaire. BB-8 apprécierait aussi une fois que les enfants auraient fini de s'amuser avec lui. Elle sourit. Passés leurs doutes et leurs peurs, les petits avaient vite compris que le droïde se révélait être un parfait compagnon de jeu qu'ils ne voulaient plus quitter.

Les habitants allaient-ils venir la déranger ou bien serait-elle seule pour le reste de la soirée ? Tout en se posant cette épineuse question, elle remarqua une grande cuve sur sa gauche et réalisa qu'il s'agissait probablement de l'objet qui lui servirait pour faire sa toilette. Elle douta cependant que le village dispose de l'eau courante, probablement devrait-elle faire un aller-retour au puit qu'elle avait remarqué à son arrivée.

Pour le moment, elle n'avait ni l'envie, ni le courage de s'en préoccuper. Son esprit était bien trop absorbé par d'autres sujets pour qu'elle se lève et se lave. Elle repensa une nouvelle fois à cette journée, ne pouvant s'y empêcher et les images défilèrent dans sa tête à toute vitesse. Ben avait été tour à tour chaleureux, peut-être un peu impulsif lorsqu'il l'avait franchement embrassée dans la clairière avant de se montrer distant, voir limite froid. Elle n'avait cessé de ressasser leurs baisers depuis que sa bouche avait quitté la sienne.

Elle ferma les yeux à nouveau et ressassa ce souvenir intense dont elle ne se lassait pas. Il avait été si doux mais en même temps si ardent, ne montrant aucune retenue. Il s'était laissé totalement aller dans cet échange spontané et rempli d'affection. Avec naturel, elle glissa sa main contre son corps, passant de ses côtes à son nombril avant de s'arrêter à son bas-ventre. Elle se moquait que cela soit totalement inconvenant, que la porte de la hutte ne pouvait être verrouillée, elle en avait besoin et ne pouvait plus se retenir. Cela serait mentir de dire que, durant l'année écoulée, entre sa solitude et sa frustration elle n'avait pas cherché à se toucher. Que ce soit dans l'obscurité de la nuit ou dans les premières lueurs du matin, elle s'était donnée du plaisir plus d'une fois dans son lit en pensant à lui. Elle se demanda brièvement, bien qu'il vive dans ce village si autoritaire, s'il s'était lui aussi permis cette fantaisie.

Elle délaça le nœud de sa tunique pour pouvoir accéder à son pantalon dans laquelle sa main droite se faufila. Un souffle franchit ses lèvres quand cette dernière se cala tout contre son sexe. La simple pression lui faisait déjà un bien fou alors qu'elle sentait son excitation s'éveiller à nouveau. Elle commença doucement à se frotter, y allant volontairement avec lenteur car elle voulait prendre le temps de ressentir chaque bribe de plaisir. Elle pensa à lui très fort, à sa bouche qui s'approchait de la sienne, à sa main qui la serrait, à son corps chaud contre lequel elle avait été enlacée, à son regard sombre et à tous les autres détails qui la rendaient pantelante.

Elle entrouvrit la bouche au moment où ses doigts écartaient sa peau pour trouver son point le plus sensible. Elle passa dessus avec fermeté, mêlant caresses et petits cercles pour le faire grossir tandis qu'il se gorgeait de plaisir. Elle gémit et débuta des mouvements de bas en haut contre sa paume. De sa main libre, elle se saisit de l'oreiller sous sa tête pour le serrer afin de contenir la montée de son plaisir. Elle voulait plus, plus fort, plus vite et plus intense. Ses doigts descendirent entre ses plis et elle sentit son liquide venir couler sur ces derniers.

Sans hésitation aucune, elle poussa l'un d'eux en elle avec profondeur avant de commencer à le faire tournoyer. De gauche à droite puis d'avant en arrière avec plus ou moins de pression et d'engouement. Son poing resserra sa prise sur l'oreiller et elle haleta. Son corps devenait bouillant et de son front perla une goutte de transpiration où quelques mèches de cheveux vinrent s'y coller. Elle lâcha un juron avant de brutalement se retourner et de se redresser légèrement, se retrouvant à quatre pattes sur son lit. La main toujours dans sa culotte qui s'activait avec passion, l'autre ne lâchait pas sa prise sur l'oreiller et elle se mit à souffler de plus en plus fort.

Elle aurait aimé que Ben se trouve sous elle en cet instant, que ce soit lui et non elle qui se donne cette émotion alors elle l'imagina et la pensée la grisa. Elle pouvait presque sentir ses doigts parcourir son corps, sa bouche embrasser sa poitrine et son sexe entrer et sortir du sien. Cette fois, elle ne put retenir un cri. Long, presque rauque et terriblement profond.

Son doigt s'agita en elle de manière presque frénétique alors que ses pensées se perdaient de plus en plus dans les méandres d'une relation sexuelle à laquelle elle avait déjà rêvé maintes fois. Elle se revoyait sur Ahch-To, Ben entre ses cuisses tandis qu'il la pilonnait dans un mouvement régulier d'avant en arrière. Elle lança un autre juron et son corps se mit à trembler. Ses cuisses se frottèrent l'une contre l'autre et elle espéra que ses jambes pourraient encore la soutenir quelques minutes le temps de terminer cette douce torture.

Elle vit son visage, ses yeux sur elle et sentit très clairement son orgasme monter et son corps tout entier se crisper de bonheur. Elle cria sa délivrance, les yeux toujours clos et l'esprit embué par des images de Ben tandis qu'elle jouissait, ses doigts tourbillonnant toujours en elle avec ardeur. Le spasme passé, elle se sentit comme vidée et se laissa retomber sans douceur sur le matelas, la tête enfouie dans l'oreille et la respiration sifflante.

Elle retira sa main, satisfaite de sa jouissance dont elle ressentait toujours les effets galvanisants. Pour autant, ce sentiment de ne pas être repue, complète, ne l'avait pas quitté. Cela avait été bon, la masturbation avait soulagé en partie son besoin mais son envie était toujours là. Elle voulait toujours Ben et elle avait l'impression qu'elle pourrait se donner du plaisir indéfiniment que la sensation ne la quitterait pas. Il était le seul à pouvoir y trouver une solution.

Elle passa une main sur son front moite tout en se remettant sur le dos. Elle pourrait se satisfaire toute la nuit si l'envie lui prenait, songea-t-elle, il lui suffirait de penser à un seul des baisers pour l'échauffer à nouveau. Elle avait beau avoir joui il y a moins d'une minute, elle se sentait capable d'avoir un autre orgasme dans la seconde si elle se remettait à penser à lui. Elle n'y tint pas, au fond, bien que cela était réjouissant, cette petite séance d'autosatisfaction faisait remonter toute son insatisfaction en constatant qu'il n'était pas prêt d'elle.

Ce n'était pas la première fois qu'elle devait faire face à cet état, le manque de sa présence l'avait déjà rendu folle. A plusieurs reprises, elle avait songé qu'il lui suffirait de trouver son plaisir ailleurs. Après tout, elle n'était plus vierge, beaucoup d'hommes faisaient partis des rangs de la République et elle savait que certains n'étaient pas insensibles à son charme. Pourtant, elle ne s'y était jamais résolue car s'ils pouvaient éprouver de l'attirance pour elle, elle n'arrivait même pas à s'imaginer les embrasser. Elle avait bien tenté de se forcer, de se dire qu'elle pourrait simplement s'offrir une nuit, pour bénéficier du bonheur d'être câlinée, touchée et d'enfin jouir par les caresses de quelqu'un mais elle avait vite réalisé que ce n'était pas ce qu'elle souhaitait réellement.

Elle aurait pu s'offrir du sexe pour du sexe mais elle voulait plus et elle avait fini par comprendre que c'était bien les sentiments qui lui manquaient et dont elle avait tant besoin. Elle avait couché avec Ben car il lui plaisait, parce qu'il était capable d'allumer cette chose en elle. Ils ne s'étaient rien promis et pourtant si elle avait été voir ailleurs, elle aurait eu le terrible sentiment de le trahir. Elle ne voulait que lui. Elle était aveugle à tous les autres hommes qui n'éveillaient aucune curiosité chez elle. Pourtant, elle-même s'était avouée que cela aurait été beaucoup plus facile de simplement l'oublier mais son cœur semblait s'être accroché.

Pour preuve, elle se retrouvait ici, perdue dans une hutte au fin fond de la Galaxie, secouée à la simple idée qu'il se trouvait à seulement quelques mètres d'elle. Au-delà de son désir purement physique et de toutes les envies sensuelles qu'il réveillait en elle, elle était toujours chamboulée par l'homme. Il la déstabilisait dans sa façon de la regarder, par le grain si particulier de sa voix, par la manière qu'il avait de la détailler, par son odeur qu'elle avait eu la chance de pouvoir sentir à nouveau et par toutes ces petites choses qui lui dictaient qu'il s'agissait de lui et d'aucun autre.

Elle ne s'était pas trompée en venant ici. Elle avait agi sur un coup de tête mais s'endormit avec la certitude qu'elle avait fait le bon choix.