Jour 3 : Frère de coeur
Adelphie : Wylan & Kaz (SOC)
Le front de Wylan était plissé de concentration.
- Tu n'y arriveras jamais si tu es aussi expressif, jappa Kaz. Recommence.
Ce fut tout juste si le roux leva les yeux au ciel. Mais en bon élève studieux, il se retint et fit ce qu'on attendait de lui. Il répéta ainsi le mouvement, sous le regard perçant de son maître. Ce dernier ne tarda d'ailleurs pas à rouspéter une nouvelle fois.
- Je croyais que tu voulais apprendre à tricher aux cartes pour battre Jesper...
- C'est ce que je veux oui, souffla Wylan. J'en ai marre qu'il gagne toujours...
- Tes raisons, je m'en fiche. Seul le résultat compte. Alors applique toi si tu veux l'atteindre !
Wylan fit bouger ses doigts, mais la carte qu'il maintenait cachée sous sa manche tomba sur le coup du mouvement.
- Dis, tu me prends pour ton père ? Grommela Kaz.
- Quoi ? Sursauta Wylan en faisant tomber la paquet. Non, bien sûr que non !
- Alors pourquoi tu fais tout pour me pousser au suicide ?
Le mercurien resta médusé de surprise quelques instants devant la phrase avant d'exploser de rire.
- Je ne vais pas le pousser au suicide, je vais le tuer moi-même, c'est différent.
- Pourquoi tu dis ça comme si c'était mieux ? Demanda Kaz en plissant des yeux.
- Je sais pas. Je suppose parce que j'ai passé trop de temps avec toi, répondit-il en haussant les épaules. Bref. Tu peux me remontrer le tour ?
Kaz s'exécuta après lui avoir lancé un soupir agacé. Les cartes entamèrent alors un ballet si maîtrisé que Wylan fut incapable de trouver le moment où le brun fit l'échange entre l'as et le trois. Cela le découragea presque, mais il remobilisa son énergie en invoquant le sourire triomphant qu'arborait Jesper à chaque victoire.
Hors de question de le laisser le narguer d'avantage.
Alors le roux reprit son travail, encore et encore.
Deux heures après, il avait enfin réussit à faire l'échange sans faire tomber ses cartes ou se trahir par son expression. Certes, le tout restait plutôt grossier et un joueur expérimenté tel que Kaz le confondrait immédiatement, mais il y avait du mieux. Kaz fut même un peu satisfait.
- Bon, tu ne maîtrisera ce tour ni aujourd'hui, ni demain, mais tu as suffisamment progressé pour qu'on arrête la session pour l'instant.
Wylan, que la concentration avait un peu fatiguée – sans compter les efforts qu'impliquaient la gestion d'un sociopathe – ne protesta pas et aida Kaz à ranger. Alors que le bâtard du Barrel refermait son coffret à jeux, le roux ne put s'empêcher de demander :
- Tu as appris ça où ?
Il s'attendait à ce que Kaz lui cite une quelconque maison de jeux, voire la rue – ou, plus probablement, à ce qui ne lui réponde tout simplement pas.
Il n'avait absolument pas imaginé l'entendre se racler la gorge.
- C'est mon père qui me l'a appris.
Oui, voir Kaz lâcher une information personnelle, c'était inattendu. Tant et si bien que Wylan ne sut pas vraiment quoi dire.
- Merci, bredouilla-t-il.
- Pour quoi ? Le fusilla du regard Kaz, comme toujours lorsque des sentiments étaient mit en jeu.
- Et bien, pour m'avoir partagé quelque chose de ta famille. Pour m'avoir fait confiance avec ton héri...
- Je t'ai montré ça car c'est le plus facile, c'est tout, le coupa-t-il. Et heureusement que je suis partit sur ce tour, vu comment tu peines déjà dessus.
Un an plus tôt, Wylan aurait mal prit l'insulte contenue dans sa voix. Mais après un casse au palais de glace, des semaines de fuite, des plans désespérés et des mois à côtoyer la mort côte à côte, il avait apprit à lire dans cette étrange figure qu'était Kaz Brekker. Il entendit ainsi toutes les pensées qu'il n'arrivait pas à prononcer ; « de rien », « Je te fais confiance ».
Et surtout, surtout, il entendit le « De toute façon, tu es de ma famille »
Car oui, Kaz Brekker n'arriverait jamais lui dire ça en face. Pourtant, il l'avait crié à la ville entière : personne ne touche aux Corbeaux. Quiconque s'attaque à eux auront affaire à lui ; car les corbeaux, ce sont ces inconnus qui sont devenus ses frères et sœurs dans le sang et dans les larmes. Mais au fond, peu importait ce que Kaz parvenait à exprimer comme sentiments. Tout ce qui comptait, c'était que leur relation fraternelle si étrange mais si forte se renforçait chaque jour qui passait, par des actes qui pouvaient sembler insignifiants – comme Kaz lui donnant rendez-vous la semaine suivante pour continuer leur entraînement, par exemple.
Alors non, Wylan ne se vexa pas devant le ton mordant de Kaz.
À la place, il lui sourit, de cet air qui voulait tout dire : « Tu peux donner le change, je te connais mieux que ça, idiot »
