Jour 11 : Handicap

Adelphie : Héloïse & sa soeur (Portrait de la jeune fille en feu)

Comme on ignore le nom de sa soeur, je l'ai prénommée Isabeau.


Héloïse se doutait bien que de voir sa sœur serait difficile.

Elles s'étaient quittées seulement quelques mois plus tôt, mais tout était si différent maintenant... Héloïse avait presque rejoint définitivement les ordres et Isabeau...

Et bien, Isabeau s'était jetée du sommet d'une falaise.

Quand Héloïse avait apprit la nouvelle, elle avait été sous le choc. Elle avait refusé de le croire ; comment sa douce Isabeau avait-elle pu attenter ainsi à sa vie ? Elle qui aimait tant courir, nager, rire, lire ! Et puis elle avait lu la fin de la lettre de sa mère, celle-ci la sommant de rentrer à la maison, afin qu'elle prenne la place d'Isabeau auprès de son prétendant. Ta sœur n'est plus en état de l'épouser, expliquait la missive. Son sang c'était alors figé à mesure qu'elle comprenait la vérité ; Isabeau avait tenté de mettre fin à sa vie, se retrouvait maintenant avec la colonne vertébrale à moitié brisée, et au lieu d'aider sa fille handicapée, leur mère consacrait toute son énergie à assurer l'alliance avec ce duc italien en lui donnant en pâture sa cadette. C'était... abject.

Héloïse avait un temps envisagé de prononcer ses vœux plus tôt afin d'échapper à cette union, mais avait finalement changé d'avis. Elle était rentrée en Bretagne.

Pas pour sa mère, pas pour ce mariage dont elle ne voulait pas.

Elle rentrait pour Isabeau.

Pour elle près d'elle, pour lui donner l'aide dont elle était manifestement privée, le soutient moral et physique qui lui manquerait.

Elle s'était préparée mentalement à voir sa sœur différente, mais ce qu'elle avait imaginé était bien en-dessous de la réalité. Isabeau n'était plus que l'ombre d'elle-même. Elle était bien évidemment alitée, piégée dans son propre corps. Mais ce qui était le plus choquant, c'étaient ses yeux, vides de joie. Où étaient passés les étincelles joyeuses et désireuses de vivre ? Où était passée la Isabeau si ivre de vie de son enfance ? Une minute avec leur mère lui suffit pour comprendre : la perspective de ce mariage forcé avait écrasé toute sa joie. Héloïse ne pouvait que le comprendre ; pour une âme aussi libre, se plier à la volonté d'un homme inconnu était inadmissible. Plutôt mourir debout que vivre à genoux, voilà ce qu'avait dû penser Isabeau. Héloïse ne pouvait pas vraiment lui donner tord. Le discours moralisateur de sa mère sur le devoir et le mariage et la soumission à la famille et à l'époux lui donnait envie de hurler.

Alors elle lui dit poliment mais fermement de les laisser seules, qu'elle tâcherait de faire comprendre à Isabeau comment elle pourrait arranger la situation pour sauver la dignité de leur famille. mais sitôt libérée du poids maternel, Héloïse se rua pour enlacer sa sœur.

- Ca va, je suis là, murmurait-elle encore et encore.

- Je suis désolée, si désolée, répondait Isabeau dans un écho larmoyant.

Elles pleurèrent longtemps sur leurs avenirs piétinés, avant de finalement se calmer.

- J'ai été faible, murmura Isabeau. Mais je te promets que tu ne paieras pas ce mariage pour moi. Nous allons trouver une solution.

- Et moi, je te promets que tu auras une vie aussi remplie qu'avant. Je trouverais une solution pour que tu puisses te déplacer et retourner à la mer.

Ces deux vœux semblaient impossibles à tenir. Pourtant, quand elles entremêlèrent leurs petits doigts en signe de promesses, elles eurent l'impression que rien ni personne ne pourrait se mettre en travers de leur chemin. Pas maintenant qu'elles étaient de nouveau réunies.