Jour 19 : Bagarre

Adelphie : Bash & François (Reign)


Quand il y repense, Bash se dit qu'il a passé la majorité de sa vie à se battre avec François.

Au début, ce n'était que lors de jeux innocents ; ils jouaient à la guerre, pour imiter les grands. Grands qui les laissaient faire, heureux de les voir développer leur instinct guerrier.

Très vite, les bagarres s'étaient faites plus réelles, ponctuées de phrases qu'ils jetaient à la tête de l'autre sans vraiment tout comprendre. Tu n'es qu'un batard ! Peut-être, mais je suis le préféré de père, le plus vieux, toi t'es faible ! Je suis le futur roi, toi t'es rien ! Autant de mots qu'ils reprenaient de la bouche de leurs parents et qu'ils se lançaient en hurlant. Ça faisait mal sur le coup, mais très vite, les mots étaient oubliés et l'on allait piquer de la nourriture dans les cuisines en rigolant.

En grandissant, ils ont compris que les mots ne pouvaient plus s'effacer comme du temps de leur enfance. Qu'ils étaient là, porteurs d'une vérité qu'ils haïssaient tous les deux. Alors ils ont commencé à se taire, ne plus rien dire, pour qu'aucun des sujets tabous n'explose et ne détruise toute leur relation. Mais le silence n'est jamais parvenu à effacer leur nature belliqueuse... Alors ils finissaient toujours par dire la chose de trop et à s'étriper de nouveau. Mais même quand les phrases les plus dures avaient été dites, les coups les plus violents portés, ils revenaient l'un vers l'autre, se jurant que rien ni personne n'allait les séparer.

C'était jusqu'à ce qu'arrive Mary. Mary, la si belle Mary, partagée entre son amour et son devoir de toujours, et l'illusion de la liberté offerte par Bash. Mary, qui les suppliait parfois d'arrêter de la tourmenter ; Mary, qu'ils n'avaient jamais écouté. À la place, ils s'étaient entre-déchirés pour gagner la moindre miette de son attention, faisant coup bas sur coup bas. Jamais bagarre n'avait été aussi sérieuse depuis que leur cœur était en jeu.

Ils avaient cru ne pas s'en remettre, jusqu'à ce qu'ils décident de se satisfaire du choix de la reine. Bien sûr, ils avaient continué de se bagarrer, mais rien ne paraissait sérieux après l'amour. Au contraire, ils étaient heureux de ces moments ; c'était comme retomber en enfance.

« Promet moi qu'on s'écharpera jusqu'à la fin des temps » avait plaisanté Bash.

Et, le plus sérieusement du monde, François avait promit.

Sauf que maintenant, François est mort.

Mort, assassiné dans la fleur de l'âge, sous les yeux traumatisés de sa femme.

Mort, emportant avec lui leurs rires et cris d'enfant.

Et alors qu'il regarde la terre emporter son frère, Bash se dit que plus jamais il ne goûtera au plaisir de la réconciliation fraternelle, s'étant quittés sur une dernière bagarre.

Alors tout ce qui lui reste à faire, c'est s'approcher du cercueil.

« Je suis désolé pour tout. Et je te pardonne pour tout. Adieu »

Il ose croire que la brise qui souffle à ce moment là est un message de François, qui lui répond « Moi de même »