Disclaimer : Les personnages de Gundam Wing ne sont pas à moi, ils appartiennentà leurs créateurs et exploitants japonais ou autres dont je ne fais pas légalement partie. Que celui ou celle qui ne les a jamais utilisés me lance la première review de protestation à ce sujet.

Genre : Je crois qu'il va y avoir du angst. Pour le reste je ne sais pas.

Personnages : 1,2,3,4,5 et d'autres encore.

Commentaire : cette fic est faite de chapitres volontairement courts. J'espère que vous apprécierez.

Avertissement : Des scènes de torture et leurs séquelles sont mentionnées.

Bon courage aux courageux qui persistent.

Hahn tah Yhel

La part des ombres

Chapitre 44) L'acte de trop

Heero rouvrit les yeux avec lenteur et tourna la tête vers le second lit. Comme il s'y attendait, il était vide, Duo était parti en pleine nuit, une fois de plus.

Une fois de plus, Heero ressentit le léger pincement au cœur que cette constatation déclenchait à chaque fois. Il n'aimait pas l'idée que le natté se lève en pleine nuit, pour aller faire il ne savait trop quoi.

Non... en vérité, il ne savait que trop bien ce que Duo faisait la nuit... il savait que c'était pour lui qu'il se levait et patrouillait à travers le centre, pour assurer sa protection. Parce qu'il était encore trop faible, un fardeau pour la société et pour ses amis.

Repoussant le sentiment d'amertume qui menaçait de l'envahir, Heero tendit le bras pour attirer le fauteuil roulant un peu plus près de son lit. Pour une fois, l'absence de son partenaire servait ses intérêts. Il n'avait pas l'intention de rester sagement au lit, bien au contraire, il avait même une idée très précise de ce qu'il allait faire à présent.

Un peu plus tôt dans la journée, on lui avait interdit de poursuivre ses efforts pour récupérer l'usage de son corps, lui faisant savoir avec fermeté qu'il en faisait beaucoup trop. Il n'était pas de cet avis. Il n'en faisait pas trop, il était loin d'en faire assez au contraire, s'il en faisait assez, il serait déjà capable de marcher normalement, au lieu de peiner à faire trois pas, accroché à des barres.

Il transféra son corps lourd et presque inutile dans le fauteuil et le manœuvra pour quitter la chambre. Il était très tard, peut être deux ou trois heures du matin, Duo ne reviendrait pas avant l'aube et ne risquait pas de se rendre là où lui voulait aller. Il n'avait aucune raison d'entrer dans la salle de rééducation, déserte à cette heure là.

Tout en progressant, le plus silencieusement possible dans les couloirs, Heero retenait son souffle, redoutant de tomber sur quelqu'un qui le reconduirait dans sa chambre et le remettrait au lit. Il n'était pas temps de dormir, il était temps de dépasser ses limites, de parvenir à un meilleur résultat.

Lorsqu'il entra enfin dans l'espace qu'il voulait atteindre, sans avoir croisé personne, il avait le sentiment d'avoir accompli quelque chose de valable, il avait beau être encore en fauteuil roulant, il était encore capable de décider de son destin.

Fort de cette certitude, il se dirigea vers les barres et les agrippa fortement, tirant sur ses bras pour se lever, quitter ce fauteuil qui était pour lui autant une prison que ne l'était en quelque sorte son propre corps.

Il parvint à se mettre debout et patienta quelques instants, le cœur battant à tout rompre. Malgré la douleur dans ses jambes, être là, debout, sans personne pour lui dire qu'il en faisait trop, qu'il avait tort, avait quelque chose de grisant. Il se sentait libre et fort à nouveau, maître de lui et de son sort.

Il fit un premier pas avec prudence, puis un second. C'était douloureux, difficile, il ne tenait debout que grâce aux barres, mais il y arrivait. Il pouvait continuer, il devait continuer, retrouver enfin l'usage normal de ses membres inférieurs. Obstiné, il fit encore quelques pas, serrant les dents. Il devait au moins aller jusqu'au bout des barres et revenir, c'était un minimum. Il n'allait pas se contenter de trois ou quatre pauvres pas, ce n'était pas ainsi qu'il réussirait à remarcher normalement.

Il persista, ignorant volontairement les signaux que lui faisaient parvenir ses membres trop sollicités. La douleur n'était telle pas une vieille compagne ? Il pouvait la gérer, il savait la gérer.

Son visage, puis son corps tout entier était en train de se couvrir de sueur, mais il continuait, plus que jamais décidé à parvenir à accomplir ce qu'il avait en tête.

Il était presque arrivé au bout des barres, n'avait plus que quelques pas à faire pour atteindre son but, lorsque ses jambes se dérobèrent sous lui.

Il tomba, sans pouvoir se retenir, ses mains n'étaient pas assez fortes pour retenir plus longtemps le poids de son corps.

Une fois à terre, Heero reprit difficilement son souffle et essuya la sueur et les larmes de douleur sur son visage.

Il avait mal, affreusement mal aux jambes, la douleur lancinante qu'il ressentait n'était pas que physique. Il avait échoué, une fois de plus... et à présent, trop loin du fauteuil, trop faible pour espérer se traîner jusqu'à lui, il n'avait plus qu'à attendre que quelqu'un vienne le ramasser.

Couché sur le dos, les jambes étendues, attendant que la douleur reflue un peu, Heero fixa le plafond avec amertume.

Il devait se rendre à l'évidence, il ne pourrait pas marcher pour se rendre au procès, il devrait s'y montrer en fauteuil, en infirme. Il donnerait cette satisfaction à celui qui avait fait de lui quelqu'un de diminué. Il avait beau détester cette idée, il n'avait pas d'autre choix.

Il ne restait qu'une seule journée avant le procès, c'était bien trop peu pour espérer de réels progrès, il le savait, il l'avait toujours su, mais il ne voulait pas baisser les bras, même si cela pouvait sembler stupide, inutile. Il ne l'avait jamais fait au temps de la guerre, pourquoi le faire à présent ? Parce qu'il était infirme désormais ? Non ! Accepter de renoncer à se battre n'était pas dans sa nature. Il était un combattant dans l'âme, n'est ce pas ? On ne l'avait élevé que dans ce sens, il ne savait rien faire d'autre.

Au bout d'un moment, comme la souffrance ne semblait pas vouloir diminuer, Heero commença à s'alarmer. Les fois précédentes elle ne l'avait pas torturé aussi longtemps, aussi fortement. Devait il s'en réjouir ou s'en inquiéter ? Était il allé trop loin cette fois ? Allait il perdre le peu qu'il avait réussi à gagner ?

Cette idée le fit gémir d'angoisse.

Et si par son obstination il obtenait le résultat inverse de celui escompté ? S'il se retrouvait cloué dans un fauteuil, sans aucun espoir d'en sortir un jour ?

Non ! Ce n'était pas possible ! Il n'avait pas fait tout cela en vain ! Il refusait de l'accepter !

Mais... si tel était le cas ? S'il n'y avait aucun espoir pour lui d'une vie normale ? S'il devait rester infirme... quelle vie aurait il ?

Il ferma les yeux, accablé par cette idée.

Peu à peu, ses craintes se changeaient en certitude, il avait lui même ruiné ses chances. Ses jambes ne se remettraient pas de cette erreur qu'il avait fait.

S'il ne pouvait plus marcher, il serait un fardeau pour Duo et les autres, il ne voulait pas l'être.

S'il avait gâché toutes ses chances, il refusait de continuer à vivre...

Il lui faudrait trouver un moyen de préserver Duo, et il n'était plus question de tenter de se faire haïr de lui. Comment allait il faire ?

Comment faire admettre au natté qu'un soldat infirme n'avait aucune valeur ?

Il n'envisageait pas l'éventualité d'être muni de membres artificiels, il se refusait à cela. Il ne voulait pas ressembler aux mads.

Non... s'il ne pouvait plus marcher normalement, il lui faudrait vraiment disparaître.

La mort ne lui faisait pas peur, il s'y était préparé dès l'enfance, grâce aux enseignements d'Odin et de J. Elle serait même un soulagement pour lui.

Il n'aurait qu'un seul regret : faire souffrir Duo encore une fois, la dernière.

Heureusement, son compagnon ne serait pas seul pour affronter la chose, Heero était déterminé à tout faire pour s'assurer qu'il soit bien entouré, même s'il devait faire appel à des personnes qui n'apprécieraient pas ses décisions.

Il rouvrit lentement les yeux, amer mais résigné.

Le destin pouvait se montrer des plus cruels tout de même...avoir survécu à tant de combats, et périr par la faute d'un homme malheureux en amour...

Il allait mener son dernier combat au cours du procès, puis il tirerait sa révérence.

À suivre