Hey ! Bon, je sais, je n'ai rien publié pendant presque un mois. J'ai été occupée tous les samedis. Et je savais pas quelle histoire vous proposer après Un soir de pluie. J'ai finalement décidé de vous proposer celle-ci. Un univers fantastique avec Akashi et Nash (on change pas une équipe qui gagne !). Cette histoire vient de la fission d'une seule. Je voulais écrire une histoire entre Akashi et Nash dans un univers fantastique et il en a résulté deux histoires dont celle-ci. L'autre, je la publierai sûrement un jour parce que je l'aime beaucoup.

Vous reconnaîtrez sûrement le pays de Kinzaku et de Kumnonosu, auquel je vais souvent faire référence, apparus dans mon OS "A l'aube des temps nouveaux". Comme vous l'avez remarqué au bout de toute ces années, j'aime faire revenir des lieux ou des personnages (par exemple, Anubis, le chat d'Akashi).

Trêve de bavardage ! J'espère que cette histoire va vous plaire !


Nash Gold Junior, septième fils de la famille Gold du pays de Kinzaku, entra avec fracas dans la taverne. Il n'était pas dans sa nature de se montrer discret et il était venu à Rakuzan pour se faire une place, non pour être un rat des rues. Le tavernier, occupé à essuyer des chopes de bière fronça les sourcils en voyant entrer l'énergumène. Nash s'approcha et posa un coude sur le comptoir.

-Combien pour une nuit ?

-Trois pièces d'or.

Nash plongea sa main dans une bourse et déposa quatre pièces d'or sur le comptoir.

-Et sert moi une bière, ordonnât-il.

Le tavernier récupéra les pièces, les rangea dans sa caisse et alla remplir une chope de bière qu'il tandis à son client. Sans même le remercier, il se saisit de sa chope, renversa quelques millilitre de la boisson dorée et dévisagea tous les occupants de la grande salle. Ce soir, la taverne était bondée. Toutes les chaises du comptoir étaient prises et il en était de même pour les tables. Nash bu une gorgée et se dirigea vers une table située au fond, occupée par une seule personne. Il s'assit sans même lui demander son avis et posa bruyamment sa chope. Face à lui, l'inconnu restait de marbre. Son visage était dissimulé par une large capuche.

Nash but tout en regardant l'agitation de la taverne. Ça rigolait, ça buvait, ça jouait. Nash aimait cette ambiance. Cette odeur d'alcool, ces visages gras, ces relents de sueur. Pour lui, cela rimait avec liberté. Cette dernière n'avait rien à avoir avec une belle colombe blanche.

Il recentra son attention sur son voisin de table qui ne disait pas un mot et semblait le regarder sous sa capuche. Nash devina sous ses gants noir des mains délicates, féminines, aux doigts courts mais fins. Il ne pouvait distinguer que le bas du visage de l'inconnu(e). Un visage ovale, de toute évidence. Un menton fin. Des lèvres délicates et peu charnues. Ce n'était pas le profil typique des gens fréquentant une taverne à dix heures du soir. Ce personnage avait éveillé la curiosité de Nash.

Il décida de faire un pas vers cette personne. Après tout, autant se faire au plus tôt un réseau de connaissance dans la capitale.

-Tu viens souvent ici ? Demandât-il d'une voix forte.

-En effet. Je devine que vous, par contre, vous êtes tout nouveau.

Nash fut surpris par la voix de l'inconnu. Il était persuadé d'avoir affaire à une femme, mais cette voix, aussi douce soit-elle, était trop grave pour être celle d'une femme. Il se racla la gorge pour cacher sa gêne.

-Hum, oui. Je suis arrivé aujourd'hui.

-D'où venez-vous ?

-Le pays de Kinzaku.

-Je vois. Un long voyage.

Nash sourit.

-Je suis partis de chez moi depuis six mois.

-Et pourquoi venir à Shuto ?

-Et pourquoi pas ? Rit Nash. C'est la capitale ! Qui ne révérait pas de vivre ici ?

-Moi, répondit l'inconnu d'une voix faible.

Nash se pencha. Il n'étais pas sûr d'avoir bien entendu ce qu'avait dit le garçon. Mais ce dernier ne répéta pas. Il bu tranquillement un gorgée de sa boisson. Nash fit de même.

-Comment tu t'appelles ? Demandât-il en reposant bruyamment sa chope.

-Seijuro. Et vous ?

-Nash Gold.

Nash vit les commissures de l'inconnu se relever et dévoiler un petit sourire. Qu'est-ce qui le faisait donc sourire ? Nash n'avait rien dit de drôle. Et il doutait qu'un gars de la capitale puisse connaître la famille Gold. Il n'y avait qu'à Kinzaku qu'ils avaient de la renommée. C'était bien pour cela que Nash était parti. La discrétion de sa famille, depuis la chute de l'Empire, le débectait. Pourquoi ne pas profiter du pouvoir héréditaire qu'ils possédaient ? Pourquoi se cacher quand on sait faire de tels miracles ?

- « Je suis une vierge d'airain et repose sur le tombeau de Midas. Tant que l'eau coulera et que les arbres verdiront. Je resterai sur ce tombeau arrosé de larmes. Et j'annoncerai aux passants que Midas est ici enterré. » murmurât Seijuro.

Nash écarquilla les yeux, surpris que l'inconnu connaissance l'épitaphe de son ancêtre. Comment pouvait-il savoir une chose pareille ?

-Mais...

Seijuro se leva. Nash eu l'occasion de discerner un peu mieux son visage ovale et sa peau laiteuse, si blanche qu'elle semblait capter toute la lumière de la pièce.

-Il est l'heure pour moi de me retirer. Au plaisir, Nash Gold.

Nash aurait bien voulu le retenir, mais il était encore sur le cul. Il termina sa chope, ruminant ce que Seijuro venait de dire. Vraiment, comment savait-il ? Seul un Gold pouvait connaître l'épitaphe de Midas ! Que pouvait-il savoir d'autre ?

Nash eu un sourire nerveux. Sa jambe s'agitait sous la table. Seijuro avait dit qu'il venait souvent ici. Il aura donc l'occasion de le revoir. Et là, il lui posera toute les questions qu'il souhaitait. Son regard se porta sur la salle. A vrai dire, il était assez fatigué par son voyage. Nash aurait pourtant aimé se joindre à toute cette agitation et prouver son habileté aux fléchettes. Mais ce sera pour une autre fois. Il avisa néanmoins les courbes de la serveuse de la taverne. Une pièce d'or et elle pourrait être dans son lit.

Il sourit avant de se lever, abandonnant sa chope de bière et se rendit au comptoir pour récupérer la clé de sa chambre. La tavernier lui avait attribué une chambre au fond du couloir du premier étage. La salle de bain était commune.

La chambre n'avait rien exceptionnel. Un lit double aux draps foncés, une petite table près de la fenêtre et une armoire. Les rideaux, très fin, laissaient passer toute la lumière de la ville. Nash savoura quelques secondes l'agitation de l'extérieur. Ici, on entendait pas le champ des oiseaux ou l'appel nocturne des loups. Ici, on entendait les chevaux, les murmures, les chiens et les bruits de bottes dans les rues pavées.

Nash ferma sa porte à clé, déposa son sac de voyage dans un coin et se laissa tomber sur le lit. Il retira ses bottes et s'endormit tout habillé.

Le lendemain, il partit tôt pour arpenter les rues de la ville. Il acheta beaucoup de fruits, tous ceux qui lui était inconnu. Il payait tout avec des pièces d'or et s'arrangeait pour qu'on lui fasse de la monnaie. Il se retrouvait ainsi avec une grande quantité de pièces de bronzes. Il était obligé de les enfouir au fond de son sac pour qu'on ne les entende pas s'entrechoquer.

Nash savourait l'odeur de la ville, parfois âcre et désagréable, très éloignée de l'odeur d'herbe et de terre de sa campagne natale. La capitale avait son propre rythme, son propre cœur. Nash eut l'occasion de passer devant l'immense palais. La demeure de l'actuel roi et de sa cour. Il prit le temps d'admirer les interminables rangées de fenêtres, les colonnes de plusieurs mètres de haut, les dorures, les sculptures, le blanc éclatant de la façade, si pur qu'il faisait mal aux yeux et les toits de verre. C'était un endroit majestueux. Nash espérait vite s'y faire une place. Patience, se dit-il. Ta chance viendra bientôt. Nash guettait un événement précis qui ne saurait tarder. Il savait qu'il n'était pas le seul. Les rues de la capitale allaient bientôt se remplir de jeunes comme lui, tous descendants de familles aux pouvoirs particuliers, prêt à faire des démonstrations devant les habitants pour espérer se faire un nom.

Nash ne comptait pas agir de la sorte. Il voulait que le roi ait la surprise de le découvrir. Il fera sensation, il le savait déjà.

Le soir, Nash avait prit l'habitude d'arpenter les rues plus sombres de la capitale. Il cherchait des femmes ou des hommes à ramener dans sa couche pour la nuit. Ce n'était pas compliqué. Il faisait miroiter une pièce d'or et sa proie se pressait dans ses bras. Nash avait aimé la chair dès qu'il l'avait expérimenté. Mais dans sa campagne il avait vite fait le tour des partenaires potentiels. Ici, il sentait qu'il n'était pas prêt de s'ennuyer.

Mais avant de partir chercher de la compagnie, Nash prenait le temps de faire le tour de la salle de la taverne pour guetter la présence de Seijuro. Il dut attendre une semaine pour le revoir. Nash fut étonné d'être aussi enjoué à l'idée de passer une partie de la soirée en sa compagnie. Il prit une chope de bière et vint s'asseoir face à lui. Sous sa capuche, Nash devina qu'il relevait les yeux vers lui.

-Bonsoir, Seijuro.

-Bonsoir.

Le garçon but quelques gorgée de sa boisson et la reposa doucement sur sa table.

-La capitale vous plaît ?

-Oui. C'est... indéniablement plus agité que la campagne. Mais je sens que je suis fait pour ce rythme, plus soutenu. Et puis...

Nash glissa un petit regard vers Seijuro.

-Les nuits y sont plus divertissantes.

-Je vois, répondit simplement le garçon.

Seijuro avait des manières. Il vouvoyait Nash. Il tenait son verre de façon précieuse. Buvait par petites gorgées. Il semblait distingué. Rien à voir avec les manières plus rustres de personnes fréquentant la taverne à cette heure. Peut-être était-ce ce décalage qui, dès le premier soir, avait intrigué Nash ?

-Je me posais la question la dernière fois, Seijuro, mais comment connais-tu l'épitaphe de Midas ?

Il y eu quelques secondes de silence. Nash vit les doigts fin de Seijuro tapoter les bords de son verre, comme s'il réfléchissait à sa réponse.

-Je travaille aux archives du palais.

-Ah oui ? Voilà qui est intéressant. J'ignorais que les archives faisaient mention de ma lignée.

-Les archives font mention de tout, Nash Gold.

Nash sourit.

-Tu dois être incollable en histoire.

-En effet.

-Tu sais tout depuis l'origine du royaume ?

-A peu près.

-Et les dimensions ?

-Les dimensions ne font par partie du royaume. Mes connaissances à leur sujet sont plus limitées. Je ne pense pas en savoir plus que la majorité des gens.

Nash posa ses coudes sur la table et se pencha vers Seijuro.

-Tu vis au palais ? Tu fais parti de la cour du roi ?

Le léger tapotement de Seijuro cessa.

-Oui.

-Comment est le roi ?

-Vieux. Dîtes m'en plus sur la touche Midas.

Seijuro avait coupé court à la conversation. Cela n'échappa pas à Nash. Néanmoins, il laissa faire et n'insista pas. De toute façon, il rencontrera le roi un jour ou l'autre.

-Tu sais tout, non ? Alors tu dois déjà savoir quel est le pouvoir héréditaire de ma famille et comment il fonctionne, le taquina Nash.

-Si je savais tout, je ne t'aurai pas posé la question... répondit Seijuro avec un petit sourire amusé.

Nash rit. Il n'était jamais stressé ou inquiet par la vie. Mais là, à cette table avec Seijuro, il était parfaitement heureux et détendu. Et il prenait beaucoup de plaisir à entendre la voix de Seijuro. Elle faisait jouir ses oreilles.

Nash sortit discrètement une pièce de bronze de sa poche et la posa sur la table. Il se concentra et, alors que ses iris vertes se retrouvaient illuminées par un cercle doré, le bronze se changea en or. Un or parfaitement pur.

-Est-ce que ça marche avec tout ? Même du vivant ?

-Oui, absolument tout, même du vivant. J'ai transformé un crapaud ainsi.

-Était-il un crapaud d'or, ou une statue de crapaud en or ?

-Une statue. Le vivant ne le reste pas sous mon touché.

Seijuro acquiesça.

-Existe-t-il un moyen d'annuler votre magie ? Demandât le garçon.

-Pas à ma connaissance.

Nash soupira.

-Peut-être un ou deux sorts de magie noire mais... les mages noirs ne sont jamais arrivés jusqu'au pays de Kinzaku. Ils n'ont probablement jamais fait face à la touche Midas.

-C'est un avantage certain.

Les mages noirs avaient été un fléau il y a deux cents ans. Maintenant, ils ne faisait plus peur à personne. Nash pensait même qu'ils s'étaient éteint. Il y avait deux cents ans, les trois plus grandes puissance du continent, l'empire de Teiko, le royaume de Kumonosu et celui de Rakuzan, s'étaient alliés pour exterminer les mages noirs qui ne faisaient que semer le chaos. Cette guerre dura cinq ans. Elle fit des milliers de victimes et permit de tuer presque tous les mages noirs. On disait régulièrement que l'un d'entre eux avait était aperçu, ça et là. Ils ne faisait plus peur car la source de leur pouvoir avait été scellée.

C'est à la suite de cette guerre que la famille Shirogane, souveraine de Rakuzan, s'empara du trône de l'empire de Teiko, fusionnant les deux pour donner le royaume de Rakuzan. Toute traces de l'empire avait été effacé. La langue n'était plus parlée. Les traditions oblitérées. Nash savait que cet empire existait auparavant et qu'il s'étendait bien au-delà du pays de Kinzaku. Mais il ne savait rien de plus.

Nash songea que Seijuro, lui, devait tout savoir à ce sujet. A moins que les archives n'aient falsifiées la réalité.

-Est-ce que tous les mages noirs ont été exterminés lors de la guerre ? Demandât-il, soudain curieux.

-Les rapports de l'armée disent que oui. En réalité, non. Il en resterait quelques uns, contraints de vivre loin de leurs terres d'origine. Ils seraient principalement à Kumonosu.

-Quand j'étais petit, mon père me faisait peur en me faisant croire que les mages noirs allaient venir me voir si je n'étais pas sage.

Nash se surpris à évoquer ce souvenir. Il sentait qu'il pouvait avoir toute confiance en Seijuro. Étrange. Ils ne se connaissaient pourtant pas.

-Je n'ai pas eu la chance de connaître ça. Mon père me faisait miroiter une menace bien plus grande.

-Laquelle ? Demandât Nash.

-Et bien... disons qu'il ne prenait pas de gants malgré mon âge. Jamais il ne m'a caché la dureté de la vie.

-C'est cruel, nota Nash.

Seijuro haussa les épaules et fit tournoyer son verre.

-Même sans ça, la vie elle-même n'a pas tardé pour me le faire comprendre, sans l'aide de mon père.

Nash aurait bien voulu poser encore pleins de questions. Il ignorait pourquoi il ressentait ce besoin de retenir Seijuro, de tout savoir. Jamais il n'avait ressentis cette soif de connaissance. Mais ce n'était pas qu'une connaissance du monde qu'il recherchait. Il réalisait qu'il avait envie que le garçon lui parle de lui.

Mais Seijuro devait partir. Il salua Nash et s'en alla.

Nash alla se coucher de bonne heure. Il ne cessait de penser à Seijuro. Il se rendit compte que ne pas connaître son visage le gênait pour penser à lui. Peut-être qu'il devrait lui demander de lui montrer ? Nash visualisa ses lèvres et son cou à la peau laiteuse. Il soupira lourdement.

Trois jours plus tard, dans la taverne, Nash remarqua de nouveau la présence de Seijuro à une table du fond. Il demanda une chope de bière au tavernier et alla le rejoindre. Il s'assit lourdement et posa sa chope de bière. Sans dire un mot, Nash le détailla tandis qu'il buvait tranquillement. Il fronça les sourcils. Seijuro avait une marque sur la peau blanche de son cou.

-Que t'est-il arrivé ? Demandât-il.

-De quoi parlez-vous ?

Nash désigna son cou.

-Là. Tu as une marque.

Seijuro porta sa main à son cou, apparemment gêné mais surtout en colère.

-Ce n'est rien, répondit-il sèchement.

Nash voulu insister mais décida que ce n'était pas une bonne idée. Il chercha un sujet qui ne risquait pas de mettre Seijuro en colère. Nash voyait bien que ses épaules étaient tendues. Il entendit le garçon soupirer, puis il but.

-Et bien ? Vous avez perdu votre langue ? Finit-il par dire. Vous étiez plus bavard les autres soirs... Auriez-vous déjà tout découvert de la capitale ?

-Certainement pas. Au contraire, même.

Nash tapota sa chope.

-Tu ne serai pas libre une journée pour me faire visiter ?

Seijuro, qui avait amorcé son geste pour boire, s'arrêta net.

-Pardon ?

-Tu dois tout savoir de la capitale, non ? Tu ne pourrai pas me faire visiter ?

A vrai dire, Nash voulait juste passer du temps avec lui. Rien de plus. Et puis, ce serait l'occasion parfaite de continuer à écouter cette voix mélodieuse.

-Je doute d'avoir le temps.

-Tu passes tes journées aux archives, non ? Ça ne te ferai pas du bien de sortir un peu ? Sinon...

Ta peau restera blanche à jamais. Mais Nash s'empêcha de faire cette remarque. Il voulait, au contraire, que cette peau reste ainsi. D'ailleurs, elle était peut-être la conséquence directe de son travail.

-Je suis au service du roi. J'ai un poste à tenir. Je ne peux pas me permettre de sortir quand je le souhaite.

-Même le dimanche ?

-Oui, même le dimanche. Le roi se fiche bien du soi-disant repos dominical. Du moins, en ce qui me concerne. Les autres font ce qu'ils veulent.

-Pourquoi toi en particulier ?

Seijuro se pinça la lèvre une seconde, marquant son hésitation à répondre.

-Mon travail est plus important qu'on ne pourrait le penser.

-Les archives ? Ça doit être tellement fastidieux !

-Un peu... songeât le garçon en reposant son menton sur sa main.

-Pourquoi tu a le droit de sortir le soir ?

Seijuro eut alors un petit sourire espiègle que Nash trouva exquis. Ce sourire, provoqua en Nash une sensation toute nouvelle. Il regretta amèrement que le visage de Seijuro soit caché par cette large capuche parce qu'il aurait parié qu'il avait les yeux pétillants.

-Le roi ne sait pas que je sors le soir...

-Cachottier !

Et Seijuro se mit à rire. Un rire doux et mélodieux qui fit soudain fondre Nash. Ses joues se mirent à chauffer. Oh merde. Nash comprit. Il était en train de le désirer. Il voyait cette bouche rieuse délicatement entrouverte et Nash voulu l'embrasser. Il imaginait déjà sa langue qui caressait la sienne, ses mains effleurer son cou qui devait être tendre, ses cuisses chaudes et...

Nash se força à se reconcentrer.

-Tu prend un risque en me le disant, remarqua Nash.

Et de nouveau Seijuro eut un petit rire.

-Et à quelle occasion trahiriez-vous mon secret ?

-Je ne sais pas. Une lettre anonyme pourrait arriver au palais et passer entre les mains du roi.

-Hum... bien tenté. Mais le roi ne lis pas lui-même le courrier. Il a des secrétaires pour cela.

Seijuro croisa les jambes sous la table. Nash sentit son genou effleurer le sien.

-Rassures-toi, Seijuro. Je n'ai aucun intérêt à mettre fin à ces soirées.

-Je sais.

Ils échangèrent un sourire complice. Nash se sentait détendu et il remarqua que cela semblait aussi être le cas de Seijuro.

-Je crois que le tavernier a eu la main lourde sur ma boisson... dit Seijuro en reposant son verre désormais vide.

Le sourire de Nash se fanât. Ah, il n'était pas à l'origine de la légèreté de Seijuro ? Ce serait dû à l'alcool ? Nash termina sa chope et alla se resservir.

-Pour être parvenu à vous extraire du pays de Kinzaku, vous ne devez pas être l'héritier des Gold. Ou bien vous êtes un irresponsable.

-En effet. Je suis le septième fils.

-Vous avez des sœurs ?

-Une seule.

-Donc vous êtes le septième enfant, ou le huitième ?

Nash sourit. Oh oui, le tavernier avait eu la main lourde...

-Nous sommes une fratrie de sept. Je suis le dernier. Ma sœur est née en deuxième.

-Vous êtes donc le sixième fils ?

-Oui, techniquement.

-Il faut être plus clair ! En tout cas, cela explique vous ayez pu partir.

-Oui. Et toi ? Des frères et sœurs ?

-Non. Je suis fils unique. Je suis née au palais.

Nash arqua un sourcil. Ah oui ? Sa famille devait être au service du roi depuis plusieurs générations.

-Vous avez de la chance, Nash.

Ses oreilles jouirent quand il entendit son prénom, roulé ainsi sur la langue de Seijuro. Il avait une sonorité délicieuse. A vrai dire, Seijuro le prononçait avec un léger accent que Nash n'avait entendu nul part dans la capitale.

-J'envie le voyage que vous avez fait pour venir jusqu'ici. Vous devriez profiter de votre jeunesse pour parcourir le monde.

-Je préférerai m'établir à la capitale.

-C'est triste. Dans ce cas, rejoignez donc une guilde. Votre pouvoir y trouverait son utilité.

Nash eut une mou dubitative. Entrer dans une guilde ne lui plaisait guère. Effectuer des quêtes aux quatre coins du monde pour des inconnus qui allait le payer une misère... très peu pour lui. Il se faisait bien plus d'argent en se contentant de convertir ses pièces de bronze en or. Et puis, Nash voulait entrer à la cours du roi.

-Ça ne me tente pas. À ce propos, as-tu un pouvoir ? Une famille au service de la royauté, j'imagine que vous devez avoir quelque chose que d'autres n'ont pas.

Seijuro ne répondit pas.

-Tu as un pouvoir ? Redemandât Nash après avoir étudié son silence.

-Oui.

-Lequel ?

-Il est trop spécifique pour que je puisse te le montrer ici.

-Quel dommage !

Seijuro haussa les épaules.

-Tiens, parlant de jeunesse... enchaîna Nash qui, décidément, ne pouvait s'empêcher de poser toujours plus de questions. Quel âge as-tu ? Sous ta capuche, tu es peut-être centenaire...

A la grande surprise de Nash, Seijuro éclata de rire. Sa tête se renversa en arrière, dévoilant son bout de nez et ses pommettes. Nash aurait voulu pouvoir balancer la table à l'autre bout de la pièce et l'embrasser, là, tout de suite. Il refréna sa pulsion.

Seijuro avait les joues rougies par l'alcool. Nash rêvait de lui retirer cette foutue capuche pour voir ses yeux.

-Je ne suis certainement pas centenaire !

-Un tel puits de science, je suis étonné. Quel âge as-tu dans ce cas ?

-Je n'ai que vingt ans.

-Ouh, c'est jeune !

Nash lui aurait difficilement donné plus. Sa voix faisait jeune de toute manière.

-Et vous ? Demandât Seijuro en retour.

-Vingt-deux ans.

Seijuro acquiesça. Sa bouche s'entrouvrit, comme s'il allait poser une autre question. Mais son visage se figea. Il semblait observer quelque chose au loin. Nash se retourna et vit quelqu'un encapuchonné à l'entrée de la taverne qui regardait dans leur direction.

-Il est l'heure, annonça Seijuro.

Il se leva. Nash lui attrapa le bras.

-Tu ne peux pas rester encore un peu ? Qui saura ?

-Impossible, Nash. Je vous verrai une prochaine fois.

-Et si je te paie ?

Nash regretta aussitôt ses paroles. Seijuro n'était pas un des ces hommes ou de ces femmes qu'il ramenait dans son lit le soir. Il lu immédiatement sur son visage de la colère, mais plus que cela, c'était de la déception. Seijuro dégagea vivement son bras et s'en alla d'un pas pressé.

Nash frappa la table, énervé contre son propre comportement. Il sentait qu'il venait de tout gâcher. Il avait suffit de cinq mots. Nash resta un moment attablé avant de se rendre au comptoir.

-Il vient souvent ici, Seijuro ? Demandât-il au tavernier qui essuyait des verres.

-Une à deux fois par semaines. Rarement plus.

Le tavernier se pencha légèrement vers Nash.

-Je te déconseille de te rapprocher de lui. Il y a bien une raison pour laquelle il est seul à table.

-Laquelle ?

Il haussa les épaules.

-D'ordinaire, il chasse quiconque vient perturber sa tranquillité. C'est la première fois que je le vois tenir une conversation avec quelqu'un. Mais quoi qu'il en soit, tous ceux qui savent qui il est préfèrent l'éviter.

-Pourquoi ? Qui est-il ?

-C'est le conseillé du roi.

Nash ne pu s'empêcher un léger mouvement de recul.

-Il m'a dit travailler aux archives du palais.

-Peut-être. Mais il est surtout le plus proche conseillé du roi. Et le seul à même de protéger la capitale.

On appela le tavernier qui du s'éloigner. Nash resta, de nouveau, sur le cul. Il fallait croire que ça allait devenir une habitude à la fin de chaque soirée avec Seijuro. Protéger la capitale ? Qu'entendait-il par là ? Et protéger de qui ? De quoi ?

Le tavernier avait dit que la plupart des gens évitait Seijuro, parce qu'il était le conseillé du roi. Nash se demanda ce que cela signifiait. Est-ce que tout le monde était intimidé ? Avait peur d'éventuelles conséquences ? A vrai dire, Nash voyait plutôt cela comme une opportunité.

Le visage de Seijuro et surtout, ses lèvres pincées par la colère, revinrent hanter Nash. Le garçon pardonnera-t-il son comportement ? Mettra-t-il cela sur le compte de l'alcool ? Nash peut-il espérer le revoir et lui parler ?


Et voilà le premier chapitre ! J'espère qu'il vous a plu et que vous aller continuer cette aventure avec moi ^^

Bisous !

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