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Bonjour, bonjour.
J'espère que ce troisième chapitre vous plaira.
Je vous souhaite une bonne lecture.
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Chapitre 3
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Nous reprîmes la mer une fois le navire chargé de ses marchandises.
Peu de temps après avoir quitté le port le ciel se couvra et le vent d'ouest nous poussa vers le large assez rapidement. Aidé par notre moteur à vapeur nous fumes loin des côtes en quelques heures. Et une journée après le départ on atteignit la haute mer.
Le ciel était toujours menaçant, et lors du départ des bateaux se hâtaient de rentrer au port. Comme un signe avant-coureur. Une sorte de mise en garde à laquelle personne ne fait attention.
En ce début mai, le printemps avait pleinement prit sa place dans cette partie du monde, et se faisant, des signalements de glaces nous étaient parvenu avant le départ. Mais cela faisait partie des risques de la traversée de l'Atlantique nord, surtout en cette période de l'année, c'était la routine de marins. Une routine déjà bien installée, et l'on faisait avec. C'était notre travail. Notre vie.
Une nuit passa, très calme, silencieuse et sans lueurs. On voguait à l'aveugle, croisant, à distance, d'autres navires. Certains se rendaient au Canada plus au nord, d'autres plus au sud, et d'autres encore à notre point de départ.
Le lendemain matin était clair, nous offrant un ciel dégagé inattendu. L'air était froid mais pas glacial. Agréable. Presque doux.
Je regardais le ciel bleu et sans nuage au-dessus de moi, un sourire aux lèvres.
-C'est trop calme, maugréa John à côté de moi.
-Une tempête se prépare, abonda Karl en venant sur le pont à son tour.
Je me tournai vers eux et haussais les épaules.
-Tout est possible sur les mers, dis-je simplement.
Je les laissais là pour retourner à la passerelle. Le capitaine était déjà aux aguets, une paire de jumelle entre les mains il scrutait en silence l'horizon bleu.
-La nuit a été calme, et le jour l'est tout autant, cela ne présage rien de bon souvent. Un iceberg peut surgir des flots, tout comme la pire des tempêtes.
-Comme dans une des mers du sud ?
-Il n'y a rien de pire que le cap Horn, affirma le capitaine.
Je souris en me rappelant les mots de mon grand-père il y a bien longtemps.
J'avais presque l'impression que cette conversation entre lui et moi avait eu lieu il y a un siècle tant elle me paraissait lointaine. Lui qui avait été un modèle durant des années m'avait profondément déçue quand il ne m'avait pas soutenue. Lui et son fils étaient similaires. Et je l'étais aussi. Simplement je n'étais pas mon frère. Et j'avais eu la mauvaise idée d'être venue au monde dans un corps de femme. Pauvre créature.
Pour pouvoir me trouver j'avais perdu tout le reste. Mais j'étais devenue moi-même. Et je n'avais aucun regret.
La journée s'écoula sans encombre, simplement rythmée par la routine de la navigation en haute mer.
Après plusieurs heures à mon poste à la timonerie je laissais la place à John.
-Quelque chose à signalé ? me demanda l'officier.
-La vigie a aperçu plusieurs fois de la glace, mais assez loin de nous, répondis-je. Le capitaine est au courant.
-On nous avait prévenu à terre, déclara John.
-Oui, et c'est normal à cette période de l'année.
-Du moment que l'on voit clair tout va bien.
-C'est aussi l'avis du capitaine, dis-je avec un sourire. Karl et toi ne devrez pas avoir de problème.
-C'est Peter qui sera avec moi, m'informa mon collègue.
-Et pourquoi ?
-Tu sais à quel point Karl aime la nuit, m'expliqua John en souriant.
-Et bien, j'imagine que ça dépend de quelle nuit il s'agit, fis-je remarqué.
Karl était un marin bourru, qui aimait boire, et surtout qui aimait les femmes, et les faveurs qu'elles pouvaient lui faire. C'était ces nuits-là qu'il appréciait. Et uniquement ces nuits-là. Les autres n'avait pas beaucoup d'intérêt pour lui. Aussi, il se débrouillait pour ne pas être de garde la nuit, arguant que ses yeux n'aimaient de toute façon pas le noir et qu'il ne serait pas d'une grande utilité.
Je soupirai en levant les yeux au ciel avant de prendre le chemin de ma cabine. Cette nuit j'étais de repos et je comptais bien profiter de ce temps pour avoir une bonne nuit de sommeil.
-/-
Un énorme bruit de métal retenti soudain, et me réveilla en sursaut. Puis plus rien. Seulement le silence. Je pouvais entendre les battements de mon propre cœur dans ma poitrine. Sans réfléchir je sautai de mon lit et me précipitais à la timonerie.
Karl et Peter était là, immobiles. Devant eux un iceberg qui commençait à lentement nous contourner. La masse de glace était énorme. Jamais je n'avais vu d'iceberg aussi massif. Personne n'osait dire quoi que se soit. Karl tourna la tête vers moi et je pu voir la peur dans ses prunelles. Il y eu comme ça un moment de flottement pendant lequel personne ne pipa mot. Je n'eus pas besoin de poser la moindre question, je compris immédiatement que nous l'avions percuté. Au vu des visages des deux autres officiers présents cette nuit il n'y avait pas de doute.
Le froid qui circulait dans ce lieu ouvert me fit frissonner. Je n'avais même pas pris le temps de passer une robe de chambre.
Après de longues minutes le bruit de la porte de la salle des cartes s'ouvrit brusquement sur le capitaine qui nous regarda tous un par un.
-Que se passe-t-il ? demanda-t-il brutalement.
-Nous avons percuter un iceberg, monsieur, répondit Karl à ma gauche.
-Comment ça, nous avons percuter ?! s'écria le capitaine.
-Nous n'avons pas pu l'esquiver, ajouta Karl alors que le capitaine le fusillait du regard.
-Que l'on sonde la soute ! ordonna le commandant. Et abaisser les cloisons étanches.
-C'est fait, monsieur, réussi à articuler Peter. Nous l'avons fait tout de suite.
-Grant va t'habiller, et que tout le monde se réveille ! ordonna d'une voix forte notre supérieur. Nous avons un navire à sauver !
Je courus vers ma cabine pour revêtir mon uniforme.
Quelques minutes plus tard nous étions tous face au capitaine. Et au vu de ses traits les nouvelles n'étaient pas bonnes. Une barre soucieuse barrait son front et le reste de son visage était fermé.
-Le navire est compromis, nous informa-t-il. Nous avons une large brèche et nous ne pouvons éviter que le navire ne coule. En plus de cela le vent se lève. Et une de nos cloisons est défectueuse.
Un tremblement l'interrompit.
-Il nous faut faire vite, acheva-t-il.
-Monsieur, nous avons repéré un navire, lança Peter.
-Il est loin ?
-On voit clairement ses lumières de bord, capitaine.
-Alors c'est notre espoir. Grant venez avec moi.
Nous nous redîmes sur le pont pour observer de nos propres yeux un navire qui semblait non loin de nous. A l'aide d'une lampe le capitaine commença à émettre des signaux lumineux de détresse en morse à destination de notre possible sauveur. Nous étions dépourvus de radio et c'était notre unique moyen pour communiquer. Et même si cela paraissait dérisoire, il nous fallait le faire. Nous étions une centaine de membres d'équipage, pour autant de famille. Si nous voulions survivre il fallait tout essayer.
Karl et Peter sortirent les gilets de sauvetage et commencèrent à en distribuer. Certains soutiers étaient remontés des entrailles du navire, bien souvent avec des vêtements tremper. Je les comptais rapidement. Moins de la moitié. Ils étaient moitié moins que le nombre qui avait embarqué.
Je frissonnais. Les premiers morts étaient déjà là.
L'eau froide s'engouffra dans la brèche, et continua son chemin en montant à l'intérieur du navire, et arrachant au passage une partie de notre cargaison, et celle-ci se mit à flotter sur les flots. Si elle n'était pas déjà détruite.
Un nouveau grondement me fit lâcher ma lampe de poche. Face aux rayons du soleil qui commençait à percer l'horizon, le bourdonnement de l'eau arrivait à nos oreilles. Nous n'avions plus beaucoup de temps.
-L'eau monte capitaine ! hurla notre jeune mouse.
Après la sidération, l'adrénaline prit le contrôle de mon corps et je me jetai en avant. Il fallait évacuer. Et vite. Me jeter dans l'eau froide ne me plaisait pas beaucoup.
Les canots.
Je me précipitai vers une première caisse de métal arraisonnée sur le pont. Elle contenait un des canots pliables que nous avions.
-Dépêchez-vous ! hurlai-je. Les canots ne vont pas sortir des boites seuls !
-Suivez Grant ! hurla à son tour la capitaine.
Je le vis continuer à faire des signes avec une lampe de poche vers le navire que l'on avait repérer. Si la chance était un peu avec nous, on n'aurait pas à attendre longtemps à barboter dans l'eau frigorifiée.
Sauf que la chance semblait nous avoir abandonner. L'eau montait vite. Trop vite. Et déjà le navire s'enfonçait dans l'écume sombre.
Le reste des événements se passa si vite qu'en un battement de paupière je fus plongée dans l'eau, retenue d'une visite dans les abysses uniquement par mon gilet de sauvetage.
Je remontai à la surface et cherchai du regard quelque chose auquel m'accrocher. Là, au loin. Une planche de bois.
L'eau froide me fit frissonner. Je n'avais pas le choix, il fallait que je nage jusqu'à elle.
Mes bras se mirent en mouvement durant ce qui me parut être des heures. Plus j'avançais, et plus la planche reculait. Mes bras me faisaient souffrir. Je pouvais sentir le feu dans ma gorge qui me brulait. Je commençais à désespérer. Et si cette planche n'était qu'un mirage ?
Et puis elle fut là. A quelques mètres à peine. Les plus longs de ma vie. Je tendis le bras et m'y accrochais tant bien que mal. Je peinais à reprendre mon souffle. Mon cœur tambourinait dans ma poitrine. Sans ce gilet de sauvetage je serai morte. Le capitaine s'était sacrifié.
Des cris virent à mes oreilles. Ils me semblaient lointains. Et puis je fermais les yeux, et tout devint noir.
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J'espère que ce chapitre vous a plu. Il a mit un peu de temps à venir et je m'en excuse.
Merci à Yz3ut3 pour sa review ! C'est très gentil à toi. J'espère que la suite te plaira autant. Et merci de suivre la fic.
Je vous dit à bientôt pour la suite.
Prenez soin de vous.
Little-road
