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Chapitre 5

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Mon chemin m'avait amenée jusqu'à la White Star Line. Cette compagnie n'était pas n'importe laquelle. C'était de beaux navires, et les officiers à bord représentaient sa perfection. Nous étions l'image de la compagnie. Le prestige.

1902, White Star Line, Bureau de Bruce Ismay, Southampton, Angleterre.

Je descendis de mon petit appartement pour me rendre aux bureaux de la White Star Line à quelques rues de là.

Ce matin-là j'avais le rendez-vous le plus important de ma vie : devenir officier dans la compagnie la plus prestigieuse de ce début de vingtième siècle. C'était le moment le plus important de ma carrière. J'étais à un tournant. Et pour une des premières fois de ma vie j'étais angoissée. Comme si tout le chemin que j'avais parcouru pouvait s'écrouler. D'un coup. Et j'avais beau être habituée aux moments difficiles, je sentais que si j'étais refusée j'aurais du mal à m'en remettre.

Je regardais le bâtiment de briques rouge devant moi. Imposant sans être écrasant. Presque élégant. A l'image de la compagnie.

Je souris. Rien n'était laissé au hasard.

Je pénétrais à l'intérieur et un des secrétaires m'indiqua rapidement le bureau de monsieur Ismay. Son secrétaire m'y accueillit avant de disparaitre dans une grande pièce. Il fut rapidement de retour et cette fois-ci je le suivis.

Monsieur Ismay était un homme de taille moyenne, les cheveux d'un noir de jais tout comme sa moustache fournie. Il était à la tête de la compagnie depuis plusieurs années, à la suite de son père. Lui aussi avait suivi le mouvement.

-L'officier Ellis Grant, annonça la secrétaire de monsieur Ismay.

-Prenez place officier, fit Ismay en désignant une des chaises devant son bureau.

-Merci monsieur, fis-je.

-Votre dossier est étonnant, commença Ismay. Je n'avais jamais vu ça. Et pourtant je suis dans le milieu depuis longtemps. Ce n'est pas banal.

-J'ai cela dans le sang monsieur, dis-je. Mon grand-père était capitaine, et mon père est colonel dans la Navy. J'ai suivi le mouvement.

-C'est ce que j'ai lu. Et vous avez bien fait.

-Merci, monsieur.

-Je pense que la compagnie gagnera à vous avoir, reprit Ismay. Je vous propose un poste de cinquième officier pour commencer. Mais je suis certain que vous montrez les échelons bien assez vite. La compagnie a simplement besoin de vous tester. Dans un premier temps. Nous avons une image de marque à soigner.

-Je le comprends.

-Bien, fit Bruce Ismay en se levant. Bienvenue dans la White Star line cinquième officier Grant.

-Merci, monsieur.

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Une poigné d'années plus tard, Southampton, Angleterre.

« La White Star lance le chantier de nouveau navires », pouvait-ont lire dans la presse.

Une nouvelle classe de navire allait naitre : la classe Olympic. Le meilleur du meilleur.

Je n'avais alors qu'un objectif : être officier à bord d'un des trois navires.

Le plus grand honneur n'existait pas. Il me le fallait. Ces années à me forger une carrière solide n'était pas là pour rien, je le sentais.

-Ces bateaux là c'est un gros coup de la White Star, disait un capitaine.

-Cette compagnie est vraiment seule loin devant les autres, renchérit un second.

Même dans le pub où je me trouvais on ne parlait plus que de ça : la White Star et ses nouveaux navires à venir. Plus grand, plus luxueux. Sans pareil sur les mers. Cette compagnie qui était la mienne depuis plusieurs années, n'avait cessé de se faire un nom. Non des moindres c'était le cas de le dire. Et Thomas Andrews, l'ingénieur à la tête du projet était réputé pour son sérieux et sa vision unique. Je me souvenais avoir déjà entendu des ouvriers des chantiers naval de Belfast en Irlande, parler de lui avec le plus grand des respects.

Je souris en rangeant mon journal avant de déposer de l'argent pour régler mon café.

-Garder votre argent, me fit gentiment le patron. Un officier de la White Star c'est prestigieux.

-Mais vous devez bien vivre, contrai-je. Et où irais-je quand la porte sera close ?

-Très bien officier Grant si vous y tenez.

-Et comment ! m'exclamai-je en rajoutant un pourboire. Et appelez-moi Ellis, Georges. Comme les autres.

-Vous êtes une femme ! répliqua-t-il. Vous n'êtes pas comme les autres.

Je levais les yeux au ciel et il se contenta de prendre ma monnaie avant de débarrasser ma table.

-Vous allez y aller sur ces nouveaux navires ? me demanda-t-il en me regardant.

-Je l'espère Georges, je l'espère, répondis-je.

-/-

Paris, mai 1910.

Pour la première fois depuis longtemps j'étais contrainte de rester à terre pendant plusieurs mois. La mer me manquait, et avec elle le mouvement des vagues et l'odeur des embruns. Mais j'étais bien décidée à profiter de ce temps pour vadrouiller, et découvrir autrement.

Je me retrouvais un peu par hasard à Paris, une ville où je n'étais jamais allée. Et pour cause : les bateaux sur lesquels je naviguais n'y accostaient pas.

J'arpentais les rues, parfois pendant des heures, jusqu'au jour où je me retrouvais sur une butte. Une colline au milieu d'une ville, maison des artistes.

Une douce lumière rentrait dans la petite chambre que j'occupais. Je regardais attentivement les dessins de l'américain en face de moi. Un jeune homme blond, sans moyens et qui portant adorait voir du pays. Son regard azur et ses traits d'ange auraient fait fondre n'importe qui. Jack Dawson avait tout pour plaire. Sauf moi peut-être.

-Tu aimes Paris ? me demanda Jack

-La mer est bien trop loin à mon goût, répondis-je, ce qui fit rire Jack. Je t'assures ! C'est vraiment un gros défaut.

-Mais il y a un fleuve en plein milieu !

-Ce n'est pas la même chose. Il n'y a pas de tempêtes sur un fleuve.

-Oh je comprends ! s'exclama Jack. Tu as besoin de naviguer sur quelque chose qui te ressemble. Je n'avais jamais rencontré une femme tel que toi.

-Tu me dessineras un jour ? lui demandai-je pour changer de sujet.

-Je pensais que tu ne me le demanderais jamais, souris Jack.

Jack sorti une feuille blanche et son fusain et marqua une pause.

-Non, Jack, tu ne me déshabilleras pas, affirmai-je.

Un peu déçu Jack commença à dessiner mes courbes. Il était concentré et appliquer.

-Qu'est-ce que tu vas faire après ?

-Aucune idée !

-Tu n'as pas une ville en tête ? insistai-je.

-Pas vraiment, répondit Jack. L'avenir me le dira. Et toi ?

-Je ne sais pas encore. Mais j'espère repartir bientôt. La mer me manque.

-Comment ça se passe avec les autres officiers ?

-Il faut se faire sa place, répondis-je. Mais ça en vaut la peine. J'espère avoir la chance de servir sur les nouveaux bateaux de la White Star, Classe Olympic.

-Qu'est-ce qu'ils ont de différent des autres ?

-Ils sont plus sûr, plus grand et plus spacieux, mais aussi plus luxueux que les autres. Ils sont un peu le ticket gagnant d'une carrière réussie.

-Je te le souhaite alors. Moi je ne pense pas y avoir ma place.

-On ne sait jamais Jack, dis-je en souriant. La vie est pleine de surprise.

-Tu rentres quand ?

-Je prends le train demain.

-Alors j'aurais uniquement fait ton portrait. Habillée.

Le jour suivant j'étais dans le train en direction du nord, avant de rejoindre un navire pour fouler à nouveau la terre du pays où j'étais née.

Dès que je sentis les embruns je me senti mieux. Il y avait peu d'endroits qui m'étaient chers, et aucun n'avait le même amour que celui que je portais aux étendues bleues de par le monde.

J'en venais presque à me demander si je n'étais pas née sur un bateau.

Cette amour était mon héritage. Un héritage qu'on avait voulu me confisquer. Alors qu'il était dans ma nature, dans mon sang. Mon grand-père et mon père avait suivi cette voie. Je n'avais fait que suivre le même chemin après tout.

-Tu es officier sur quel navire ? me demanda le premier officier du bateau John Phillips, que j'avais déjà croisé plusieurs fois.

-Pour l'instant aucun. J'attends mon affectation.

-Je connais cela. Avant d'être ici j'ai dû attendre deux mois chez moi. Et deux mois avec deux jeunes enfants c'est quelque chose.

-J'imagine, dis-je. Loin de la mer je ne suis pas la même.

-Personne ne t'attend sur terre ?

-Personne. Ou juste ma petite chambre à côté des bureaux de la White Star.

-J'ai rencontré peu de personne comme toi.

-J'en doute pas, fis-je. Mais quelque chose me dit que nous serons plus nombreuses dans les années à venir. Du moins je l'espère.

Après une poigné d'heures la terre fut devant nous, et bientôt le navire accosta à quai.

Je ne le savais pas encore, mais ma prochaine affectation serait sans pareille. Littéralement. Le rêve et le grandiose.

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J'espère que ce chapitre 5 vous a plu.

Et cette petite scène avec Jack, parce que pourquoi pas après tout ^^.

Merci Yz3ut3 pour ta review ! C'est très gentil à toi. J'espère que la suite te plaira autant.

Je vous dit à très vite pour la suite.

Prenez soin de vous.

Little-Road