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Chapitre 9
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Jeudi 11 avril 1912 – Queenstown, Irlande.
La ville irlandaise était en vue en cette fin de matinée.
Cet arrêt serait notre dernière étape avant la traversée de l'Atlantique.
Je quittais rapidement la timonerie pour gagner la Troisième Classe, puisque j'étais chargée d'accueillir les nouveaux arrivants à bord. Et ils seraient nombreux. Plusieurs centaines.
En descendant les escaliers je croissais un ami que je n'avais pas vu depuis longtemps : Jack Dawson.
-Jack ! m'exclamai-je surprenant son ami à côté de lui.
-Ellis !
-Que fais-tu ici ?
-Je fais la traversée comme les autres, répondit Jack en souriant. Et toi ? Officier à bord du Titanic à ce que je vois.
-Effectivement, fis-je en souriant à mon tour. Je vais accueillir les nouveaux passagers de cette classe.
-D'autres comme nous ?
-Oui, répondis-je. Pas mal d'immigrés Irlandais.
-Je te présente Fabrizio, fit Jack en voyant son ami nous regarder avec curiosité.
-Troisième officier Ellis Grant, enchantée.
Fabrizio était un jeune homme aux cheveux noir de jais et au regard sombre. Le parfait contraire de Jack.
-Une femme officier ? s'étonna Fabrizio. Je n'avais jamais vu ça.
-Et bien c'est chose faite Fabrizio. Je vous laisse.
Je rejoignis rapidement Moody qui m'attendais à la porte d'accès. Il m'interrogea du regard.
-J'ai croisé un ami, expliquai-je simplement.
La porte s'ouvrit et rapidement la passerelle d'accès fut mise en place. Les passagers qui descendaient attendaient derrière nous et ils sortirent rapidement.
La queue des nouveaux était déjà longue, et différents officiers de la White Star s'occupaient de leur faire passer le contrôle d'hygiène. La routine des Classes tendit de des Secondes et Premières descendaient et montaient. Même si ces deux dernières catégories étaient moindres. A cette étape du voyage en tout cas.
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Jeudi 11 avril 1912 – Au large de l'Europe.
Nous y étions.
Après notre dernier arrêt en Irlande, seul l'Océan à perte de vue était devant nous. Le navire accéléra, enfin délivrer du moindre arrêt. Du moins jusqu'à la ville de New York, notre destination finale.
La grande et triomphale première traversée du Titanic pouvait commencer.
Je me trouvais à côté de Will non loin de la timonerie quand le capitaine vint nous voir.
-Faites lui prendre la mer, monsieur Murdoch. Laissons-le se dégourdir les jambes.
-Bien monsieur, fit Will en se dirigeant vers la passerelle.
-C'est le grand moment pour ce navire, dis-je.
-C'est toujours spécial, déclara le capitaine. La pleine vitesse.
-21 nœuds commandant, annonça Will en revenant vers nous.
Je ne pus m'empêcher de sourire en voyant Jack et son ami Fabrizio tout à l'avant du navire. Aujourd'hui les cœurs étaient libres et heureux.
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Un peu plus tard je me rendis dans la salle d'ingénierie que je n'avais pas encore vue en action.
En arrivant dans les entrailles du navire je saluais le chef mécanicien Joseph Bell, un homme de taille moyenne.
-Officier Grant ! me salua l'homme.
-C'est toujours aussi grandiose de venir ici, dis-je.
-Une belle mécanique bien huilée.
-Tout marche parfaitement ?
-Je n'ai rien à redire, déclara le chef mécanicien un sourire aux lèvres.
-Même si j'avais déjà vu les machines de l'Olympic en marche, je ne m'en lasse pas.
-Vous êtes ingénieur de formation c'est cela ?
-Oui, confirmai-je.
-Qu'est-ce qui vous a fait choisir une carrière d'officier ?
-Naviguer, dis-je. Voir la mer. Et faire avec son tempérament. Elle ne fait pas de cadeaux, mais elle vous forge.
-Nous sommes chacun à notre place alors.
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Le pont de la Troisième Classe était peu occupé en cette fin de journée. Pour la plupart des passagers, l'heure du repas du soir approchait.
Je saluais des passagers qui partaient dans la direction opposée à la mienne. Certains enfants me montraient du doigt, souriants et un peu impressionnés.
Du coin de l'œil j'observais un petit groupe d'hommes un peu bruyant.
Comme ils avaient l'air agité je me dirigeais vers eux. Souvent, l'uniforme suffisait à calmer tout le monde. Normalement. Car là ce ne fut pas le cas.
-Tient v'là l'officier ! s'écria un des hommes.
-Il est de quel rang celui-là ?
-C'est pas le plus grand en tout cas, fit un troisième.
-Je suis le troisième officier Grant, me présentai-je. Je vais vous demander de décuver dans vos cabines.
-Sinon quoi ? Tu vas nous y remettre ?
-Il est à peine sorti des jupes de sa mère ! lança le premier à avoir ouvert la bouche.
-On a déjà les chiens des riches qui se soulage ici, maugréa le troisième.
-Alors tu fous l'camp ! s'écria le plus alcoolisé une bouteille brisée dans la main.
-Non ça ne va pas être possible, dis-je froidement.
-Tout va bien officier ? me demanda un marin en arrivant.
-Aller chercher le capitaine d'arme, ordonnai-je. Ces trois-là ont besoin d'aide pour décuver.
-Bah alors, tu ne sais pas te défendre gamin ?
Sans que je m'y attende un poing vint se fracasser sur ma joue. La bouteille brisée qu'elle tenait dans la main effleura ma joue, et en un rien de temps j'étais sur le sol de bois.
Je me relevais en colère. Furieuse.
Sans attendre une seconde je rendis à l'homme son coup en visant le point faible masculin. Il s'écroula à son tour en se tenant l'entre-jambe. Et en m'insultant au passage.
-On ne frappe pas un officier ! m'écriai-je hors de moi.
En reconnaissant ma voix féminine les deux autres se calmèrent tout de suite. Sur une autre sorte de navire l'affrontement aurait pu aller plus loin. Mais ici nous étions sur le Titanic, et tout était différent.
-Merde c'est une femme !
Le capitaine d'arme arriva rapidement accompagné de deux autres hommes.
-Vous allez avoir du travail cette nuit, leur dis-je.
Tout en tenant ma joue encore douloureuse, je remontais rapidement vers la zone réservée aux officiers.
Dans des moments pareils j'étais bien contente que mon frère m'ait appris à me défendre. Je devais au moins lui reconnaitre ça.
En arrivant je tombais sur Lightoller qui commençait sa garde.
-Tout va bien Grant ?
-J'ai pris un coup, expliquai-je. Un passager de Troisième Classe.
Sans plus attendre je me rendis dans la pièce qui nous était réservée. Je sentais du sang coulé de ma plaie, il fallait au moins que je me désinfecte. Je n'avais aucune idée d'où cette bouteille venait, ni même où elle avait trainée avant de me blessé.
Je ne vis pas Lightoller arriver derrière moi. Il était furieux. Il prit la boite de premier secours sans trop de ménagement, et attendis que je prenne place sur une chaise.
-Je peux le faire moi-même, dis-je alors qu'il se lavait les mains.
-On ne touche pas à mes officiers ! s'écria-t-il en revenant vers moi.
Sauf que je n'étais pas 'un de ses officiers'. Il était mon supérieur mais pas le chef des officiers, ou mon capitaine. J'étais un officier senior comme lui. Et j'avais gagné ma place ici.
-Tu es sûr qu'il s'agisse de cela ? demandai-je en le regardant dans les yeux.
Son regard se posa sur le miens et il arrêta ce qu'il était en train de faire.
-On ne touche pas à mes officiers, répéta-t-il en se penchant un peu plus vers moi.
Il apposa le coton sur ma joue très doucement, concentré sur sa tâche. Heureusement pour moi l'entaille n'était pas profonde.
-Vous êtes le chef officier monsieur Lightoller ?
-Non, mais ce n'est pas une raison.
Nos lèvres se frôlèrent.
Je frissonnais.
-Comment va mon officier ? fit la voix du véritable chef officier Wilde derrière Charles.
-Je vais bien, assurai-je alors que Charles se détachait pour ranger la boite de secoure.
-Tant mieux, fit Wilde avec un sourire. Tu pourras me raconter ce qu'il s'est passé ?
-Bien sûr Henry. Tout de suite.
Je me levais de ma chaise et croissait à nouveau le regard de Charles. Il était toujours en colère. Je m'approchais de lui, il ne bougea pas, se contentant de me regarder.
-Merci, soufflai-je en déposant un baiser sur sa joue.
Puis j'allais retrouver Henry qui m'attendait déjà dans notre salle commune.
-Alors que s'est-il passé ?
-Rien de grave. Juste un passager qui avait trop bu. Typique des Irlandais.
-Comment s'est arrivé ?
-Je faisais ma ronde quand je les aie vu sur le pont visiblement saoul. Comme il y avait des enfants non loin je leur aie demander de rentrer décuver dans leur cabine. Ils n'étaient pas d'accord alors j'ai fait appeler le capitaine d'arme. La suite tu la connais.
-Tu as agi comme il fallait. Et comment va cette coupure ?
-Bien, ce n'est pas trop profond.
-Va prendre un peu de repos Ellis, déclara Wilde en se relevant et je fis de même. Je m'occuperai d'en faire part au capitaine.
Je le quittai là avant de rejoindre ma cabine.
Après avoir noircie une page de mon carnet, j'allais prendre une douche dans la salle de bain commune des officiers, avant de retrouver mon lit pour quelques heures de sommeil.
J'espère que ce nouveau chapitre vous a plu.
Merci à nouveau à Yz3ut3 pour ta review ! J'espère que la suite te plaira autant. Et merci à Lana pour son petit mot sur le prologue.
J'en profite pour vous dire que l'écriture de la fic est entièrement achevée. Je pense poster un chapitre par semaine jusqu'à la fin courant septembre.
Je vous dis à très vite pour la suite !
Prenez soin de vous.
Little-road
