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Chapitre 10


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Vendredi 12 avril 1912

Je quittais la timonerie pour faire un tour de routine.

Je me dirigeais vers la salle à manger de la première classe, bien occupée en ce début d'après-midi.

Je regardais tous ces gens bien habillés qui se préparait, toujours avec la plus grande dignité, à déjeuné.

Je croisais le regard de monsieur Andrews, son éternel carnet noir entre les mains.

-Encore de nouvelles idées ? lui demandai-je en souriant.

-Toujours, me répondit Thomas Andrews en me rendant mon sourire. Il y a toujours des choses à améliorer.

-Monsieur Andrews ! appela la voix de monsieur Ismay derrière nous.

-Le devoir m'appelle je le crains, fit Andrews avec un clin d'œil.

-Alors je ne vous retiens pas.

Il s'éloigna rapidement pour rejoindre une des tables parfaitement dressées où l'attendait déjà monsieur Ismay. Celui-ci croisa mon regard et me fit un signe de la tête au moment où Molly Brown prit place à côté de lui.

-Qui attendons-nous d'autre ? s'enquit-elle.

-La famille Dewit Bukater, et le fiancé de la fille, lui répondit Ismay avant de reporter son attention sur moi.

Je saluais Molly qui me regardait avec curiosité, avant d'écouter ce que mon employeur avait à me dire.

-Officier Grant, commença celui-ci, les machines fonctionnent-elles bien ?

-Parfaitement, monsieur, répondis-je. La mécanique s'est parfaitement mise en place, tout comme avec l'Olympic.

-Bien, bien, fit Ismay satisfait. Et comme Molly me regardait toujours avec insistance il se décida à me présenter : Molly je vous présente le 3ème officier de ce navire, Ellis M Grant.

-Une femme Bruce ? s'étonna-t-elle avec un sourire. Vous adhérez à la cause féministe ?

-C'est avant tout un officier compétent, répliqua Bruce un peu mal à l'aise d'être catalogué de féministe. Et qui n'a pas voler sa place, n'est-ce pas Grant ?

-Je n'aurai pas dit mieux monsieur, fis-je. Si vous voulez bien m'excuser, j'ai un tour à faire.

-Vous êtes de quart ce soir ? me demanda Ismay.

-On ne peux rien vous cacher, dis-je avant de faire mes adieux.

Je tournai les talons au moment où les autres convives s'apprêtaient à prendre place à la même table.

Je souris en repensant au sourire étonné de Molly Brown. Cette femme qui détonnait dans le milieu dans lequel elle évoluait.

Et je fus étonnée de la voir arriver à la passerelle alors que je terminais mon tour.

Elle y entrait au bras de monsieur Ismay, Thomas Andrews les suivant juste derrière. Juste le temps pour lui de noter quelque chose dans son carnet noir.

Il se tenait dehors de la timonerie et regardait le poste de vigie pour les officiers tout à droite du navire.

-Toujours des choses à améliorer hein ? lançai-je.

-Je me demandais si une boite pour une paire de jumelles pourrait y aller.

-Tu penses toujours à tout, constatai-je.

-Il le faut bien pour nos officiers, dit-il avec un sourire.

Nous nous dirigeâmes vers la timonerie dans laquelle se tenait déjà le capitaine Smith, Bruce Ismay et Molly Brown.

-Et à quoi sert ce gouvernail ? demanda Molly Brown. En quoi est-il différent de celui à l'intérieur ?

-Nous nous en servons uniquement près des côtes, répondis-je. D'ici c'est plus simple pour se diriger.

-Décidément vous m'intriguer, fit-elle en se tournant vers moi curieuse.

-L'officier Ellis Grant est le troisième officier sur le navire, présenta le capitaine Smith. Elle a servi avec moi sur l'Olympic.

-Vous me surprenez, me lança-t-elle. Est-ce un choix ?

-Parfaitement madame Brown.

-Et votre famille n'a rien dit ?

-Elle n'en a pas eu le temps j'en ai peur, répondis-je avec un sourire qui agrandi le siens.

Ismay reprit la parole et j'en profitais pour me diriger vers le journal de bord.

Puis, d'un signe de tête je signalai au capitaine que je prenais congé quelques heures.

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J'entendis des cris pendant ma ronde ce soir-là, à l'arrière du bateau et je me précipitais.

-Recule ! criai un matelot. Aller chercher le capitaine d'arme.

Je vis un jeune homme blond se séparer d'une jeune femme rousse allongée à même le sol. Et je fus pour le moins surprise de voir cet homme ici.

-Que se passe-t-il ? demandai-je en arrivant à hauteur.

-On a entendu des cris, m'expliqua le matelot. Quand nous sommes arrivés, ce jeune homme était sur cette jeune femme.

-Je vois, fis-je. Vous avez bien fait de prévenir le capitaine d'arme. Aller rechercher une couverture pour la demoiselle.

J'aidais la jeune femme à se relever. Elle n'avait pas l'air blessée, mais elle avait clairement pleuré, et vu comme elle avait crié, je me doutais bien que ce n'était pas uniquement des larmes de tristesse.

Pourtant je connaissais l'homme, et je savais que Jack ne violerai jamais une femme.

-Asseyez-vous, lui dis-je. Comment vous appelez vous mademoiselle ?

-Rose, répondit-elle. Rose Dewitt Bukater.

-Bien Rose, je suis l'officier Grant. On va vous amener une couverture. Tout va bien.

Elle m'adressa un regard reconnaissant.

Un matelot arriva rapidement avec une couverture que je déposais sur ses épaules. Elle ne le disait pas mais elle était gelée.

Quelques minutes plus tard il homme arriva à grande enjambées, suivit par deux autres.

-C'est absolument inadmissible ! hurlait l'homme de Première Classe. Qui t'a fait croire que tu pouvais poser tes mains sur ma fiancée ? Regarde-moi ! Tu croyais quoi ? Tu n'es rien.

-Cal, appela Rose, stop! C'était un accident !

-Un accident ? répéta celui-ci interloqué.

-Oui, et vraiment stupide. Je me suis penchée un peu trop et j'ai glissée. Je me suis trop penchée pour voir les hélices, et j'ai glissée. Je serais passée par-dessus bord si monsieur Dawson ne m'avait pas sauvée. Il a failli tomber lui-même.

-Tu voulais voir les hélices ! s'exclama Cal. Elle voulait voir les hélices !

-Comme je l'aie déjà dit, les femmes et la mécanique ça fait deux, déclara un homme âgé.

S'il savait qu'il avait en face de lui une femme officier, et qui plus est diplômée d'ingénierie. J'avais hâte que ce système s'arrête. Et le plus tôt serait le mieux.

-C'est ce qu'il s'est passé ? demanda le capitaine d'arme à Jack.

-Oui à peu près, répondit celui-ci.

-Et bien le gamin est un héros ! s'exclama l'homme âgé. Revenons à notre brandy maintenant.

-Rose tu dois être gelée ! s'exclama Cal en réchauffant sa fiancée. Rentrons à l'intérieur.

-Peut-être un petit quelque chose pour le petit ?

-Bien sûr, fit Cal qui avait oublié la présence du jeune homme. Monsieur Lovejoy un billet de 20 dollars devrait suffire.

-C'est le prix pour avoir sauvé la femme que vous aimez ? demanda Rose vexée.

-Rose est mécontente. Que faire ? Je sais. Après une courte pause il ajouta : peut-être pourriez-vous venir diner avec nous demain soir, pour régaler notre groupe avec votre récit héroïque ?

-Je suis partant, fit Jack pas vraiment impressionner.

-Bien, c'est réglé. Merci officier.

Je lui répondis d'un signe de tête, puis je les regardais partir. Pas vraiment convaincu par le récit de Rose. Que cachait-elle ?

Après que le valet de Cal soit parti à son tour, j'arrêtais Jack. Il me regarda sans comprendre.

-C'est vraiment la vérité ? demandai-je en le regardant droit dans les yeux.

-Rose a dit la vérité, répondit Jack.

-Tu n'as rien fait contre elle ?

-Je ne ferais jamais de mal à une femme tu le sais, déclara Jack avec force.

-Je te crois, dis-je. Mais fait attention. Ce Cal et son valet ne m'inspire pas confiance.

-Merci Ellis.

-Je t'en prie Jack.

-Je suis fier de toi, te voilà officier sur un tel navire.

-Le combat n'a pas été simple, mais oui me voilà troisième officier ici.

-Et l'uniforme te va bien, affirma Jack en me regardant de haut en bas.

-Merci Jack, fis-je avec un sourire. Il faut que je continue mon inspection, tu vas retrouver ton chemin ?

-Je le retrouve toujours.

Nous nous séparâmes à ces mots, lui retournant en 3ème classe, moi dans la zone de commande du navire.

J'y trouvais Low en grande conversation avec Moody. Je les saluai tous les deux avant de prendre le chemin de la salle des repas.

-Salut Ellis, lança Lightoller déjà attabler à une table.

Je m'installais en face de lui, tout en attendant mon assiette. Je n'avais rien mangé depuis des heures et mon ventre criait famine.

-Merci, fis-je quand mon assiette arriva.

-Comment a été ta ronde ?

-Sans encombre jusqu'à ce que j'arrive à la poupe. Une femme à faillit passer par-dessus bord.

-Mais comment c'est possible ?

-Je l'ignore. Elle a dit après coup qu'elle voulait voir les hélices.

Charles faillit s'étrangler.

-Pardon ?!

-Heureusement, un jeune homme de troisième classe est intervenu, ajoutai-je.

-Elle voulait voir les hélices ? répéta Charles en posant sa fourchette.

-Je te répète ce qu'elle a dit.

Même si j'avais de sérieux doutes sur cette affaire. D'autant que Jack avait eu le temps de retirer sa veste, son veston et ses chaussures. La thèse de l'accident ne tenait pas. Et cette femme n'avait pas l'air heureuse.

-Tu penses à quoi ? me demanda Charles alors que j'étais perdue dans mes pensées.

-A rien, mentis-je.

Le repas se termina en silence.

-Ellis, commença Charles, alors qu'on se levait tous les deux de notre table. Je crois qu'on n'a pas reparlé de ce qu'il s'est produit hier soir.

-Que veux tu dire ?

-Ma réaction, expliqua Charles. Et le fait…, le fait que j'ai faillis…

-Il n'y a pas grand-chose à dire. Tu étais en colère c'est tout.

-Certes, mais j'ai failli être inconvenant envers toi.

-Charles, nous sommes adultes, répliquai-je. J'en ai vu d'autres. Et si je l'avais souhaité je t'aurais repoussé crois-moi.

Lightoller s'approcha de moi. Il posa sa main sur ma joue. Les yeux rivés vers les miens, le souffle presque court. Je pouvais sentir les battements de mon cœur s'accélérer. Jusqu'à ce que nos lèvres se frôle à nouveau.

-Je ne crois pas Will, fit la voix de Wilde dans notre dos en entrant dans la pièce.

Nous nous séparâmes juste au même moment. Encore quelques secondes et les deux officiers nous auraient surprit dans une situation bien plus embarrassante.

Je sorti de la pièce en premier, en saluant le plus naturellement possible les deux hommes qui venaient d'entrer.

En rentrant dans ma cabine je m'assieds sur mon lit. Je me repassais la scène sans arrêt dans la tête. Je visualisais le visage de Charles proche du miens, me rappelait la chaleur de sa main sur mon visage. C'était presque irréel. Et en même temps si naturel.


Rose pointe finally le bout de son nez dans ce chapitre.

J'espère que ce nouveau chapitre vous a plu.

Je vous dis à dimanche prochain pour la suite !

Prenez soin de vous.

Little-road