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Chapitre 12
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Nuit du dimanche 14 au lundi 15 avril 1912.
Je refermais la porte de ma cabine et me retrouvais dans le couloir désert.
J'ajustais mon manteau en tournant à gauche pour aller vers la pièce commune des officiers. J'avais besoin d'un café. Mais j'avais à peine fait deux pas que je me retrouvais devant Lightoller. Lui finissait tout juste sa garde. Et comme il revenait dans sa cabine, j'en déduisis que Will devait déjà être sur place.
Charles me sourit.
-Chère Ellis, fit celui-ci.
-Tu as fini ta ronde ?
-Oui. Maintenant c'est repos.
-Je te laisse Will doit m'attendre.
-Attends, fit Charles en prenant ma main. Il n'y a personne, nous sommes seuls.
Je le regardais dans les yeux, me perdant dans ses prunelles bleu grises. Me mettant sur la pointe des pieds je quémandais un baiser qu'il me donna. Il approfondit le baiser et nos langues commencèrent un ballet qu'elles avaient tant attendu.
A contre cœur je me détachais de lui.
-Je vais être en retard, soufflai-je.
-Excuse-moi.
-Non ne t'excuse pas, dis-je dans un souffle en posant à nouveau mes lèvres sur les siennes.
-Tu ne devais pas y aller ? me demanda-t-il.
-Si, dis-je souriant. Will va m'attendre. Bonne nuit.
-Bon courage.
Je me détachais de lui, et à contre cœur je pris la direction opposée à la sienne.
Je ne le savais pas encore, mais cette nuit allait être une des plus longues et douloureuse de ma vie.
La nuit était calme à cette heure, il devait être 22h passée de quelques minutes maintenant. Dehors la nuit était sombre, sans lune. Et le froid était intense. Je resserrais mon manteau autour de mon cou. Et j'étais bien contente d'avoir des gants à mes mains. Ces quatre heures de surveillance allaient être longues. Même si je serais avec Will.
Par contre, le ciel était magnifique.
A l'horizon pas une vague, pas un souffle de vent. Rien. A part ce froid mordant.
Les lumières à l'avant avaient été éteinte à la demande de Will qui était arrivé juste avant moi.
-Pour mieux voir les éventuels icebergs, m'expliqua-t-il. La vigie là-haut doit être capable de tout voir. Même si c'est difficile.
-J'ai rarement vu un calme aussi plat, fis-je.
-Moi aussi. On ne voit pas ça tous les jours.
-Où est le capitaine ? demandai-je.
-Dans sa cabine. Il prend un peu de repos.
-Il n'est pas inquiet ?
-Charles l'a vu juste avant qu'il ne se retire, et il ne m'a rien dit. Il ne t'a rien dit ?
-Non rien, répondis-je. Je l'ai à peine croisé.
-C'est pour cela que tu es arrivée avec 5 minutes de retard ?
Je ne répondis rien, mais mon regard et mon visage ne mentaient pas, et Will devina sans mal les raisons de mon retard.
-Je l'ai plus que croisé, admis-je après un moment de silence.
-J'avais deviné, fit Will en souriant. Tu ne me dois pas d'explications.
-Merci Will.
-Avec plaisir.
-Tu ne diras rien au capitaine n'est-ce pas ?
-Ne t'inquiète pas, me rassura Will. Je suis bien trop content pour vous deux.
Will se frictionna les mains pour se réchauffer un peu. Malgré nos gants le froid était mordant.
-Tu veux du thé ? demandai-je.
-Moody m'en apporte.
-Il s'est un bon officier, fis-je.
Une porte s'ouvrit alors sur le pont en dessous de nous, et nous vîmes en sortir Jack et Rose.
Je souris.
Quand elle l'embrassa je ne pu m'empêcher de me dire qu'ils allaient bien ensemble.
-Ils ont plus chaud que nous je crois, dis-je.
-C'est certain, fit Will en souriant.
Soudain, quatre coups de cloche retentir dans la nuit.
Quatre. Le signal. Celui que je redoutais. Puis le téléphone.
Je me tournais vers Will. Devais-je y aller ? Moody était plus proche que nous. Il décrocha quelques secondes plus tard alors que j'avais fait les premiers pas vers le poste de pilotage.
-Iceberg droit devant ! cria-t-il alors que Will arrivait en courant vers lui.
Ni une ni deux je suivis le mouvement. Il fallait agir. Et vite. La moindre seconde correspondait à des mètres qui défilait sous nos pieds.
-A tribord toute ! crièrent nos trois voix en même temps.
Je suivis Will dans la timonerie pour ordonner aux machines de faire machine arrière.
-Virez ! Rondement ! cria Will suivit en écho par Moody qui répétait l'ordre au quartier-maitre qui tenait le gouvernail.
-Vite ! Vite ! Vite ! criais-je.
-On a mis la barre toute ! cria Moody.
Mais le Titanic ne semblait pas avoir bougé. Imperturbable, il fonçait vers un mur de glace. Littéralement.
-Aller, vire, s'il te plait ! dis-je. S'il te plait. Tourne !
-La barre est à fond ? cria alors Will.
-Oui, monsieur, la barre est à fond, confirma Moody dans notre dos.
Un tremblement et un bruit de métal nous parvinrent. Nous avions touché.
-Bâbord toute ! hurlai-je.
Moody répéta les instructions au marin à la barre qui manœuvra.
L'iceberg passa devant nous. Imperturbable monstre de glace.
-Will les cloisons, soufflai-je.
Il courut à l'intérieur et actionna les cloisons étanches du navire.
Sur le panneau de contrôle je vis les lumières qui s'allumait à chaque porte close. Cela nous ferait gagner du temps. Mais peut-être pas suffisamment.
-Portez l'heure au journal, fit Will à l'attention de Moody.
Le capitaine sorti de ses quartiers à ce moment-là.
-Qu'est-ce que s'était officiers Grant et Murdoch ?
-Un iceberg monsieur, répondit Will.
Moi j'étais incapable de dire un mot. Je n'entendis même pas leur échange. Je voyais l'iceberg devant mes yeux encore et encore.
-Tout va bien Grant ? me demanda Moody.
Je ne répondis pas. A cet instant précis je n'espérais qu'une chose : que l'iceberg n'est pas trop fait de dégâts. Je savais par Thomas Andrews qu'avec 4 compartiments remplit d'eau nous pouvions toujours continuer le voyage. Ce n'était pas l'idéal, mais au moins on ne coulerait pas.
-Tu as noté l'heure sur le journal ? finis-je par demander à Moody.
-Oui, comme Murdoch m'a demandé. Tu es sûre que ça va ?
-Excuse-moi. C'est juste que j'ai vécu un naufrage dans le passé, avec un iceberg.
-Je te comprends, fit Moody compatissant.
-Que se passe-t-il ? nous demanda Lightoller en venant vers nous en pyjama.
-On a percuté un iceberg monsieur, répondit Moody.
-Des dégâts ?
-On attend de savoir, répondis-je. Pour l'instant ça à l'air d'aller.
-Tu as déjà vécu ça, souffla Charles.
-Tu devrais aller t'habiller, coupai-je. Au cas où on aurait besoin de tout le monde.
Il m'entraina dans le couloir des chambres des officiers pour me voler un baiser.
Très peu de temps après nous nous retrouvâmes tous dans la salle réservée au capitaine, dans laquelle il y avait des cartes et autres documents de navigation.
Monsieur Andrews arriva et je compris immédiatement, et à son visage je sus que les choses étaient graves. Je me tendis instantanément.
Ma plus grande peur revenait à la surface. Et malheureusement, Monsieur Ismay le talonnait.
-C'est très fâcheux, capitaine ! disait-il mécontent.
-Imbécile, pensai-je.
-De l'eau, à 5 mètres au-dessus de la quille en 10 minutes, commença monsieur Andrews. Dans le coqueron avant, les cales, la chaufferie 6.
-Quand repart-on nom de dieu ? s'énerva Ismay.
-Cela fait 5 compartiments ! s'écria Andrews. Il tient avec une brèche dans 4 compartiments. Pas 5. A mesure que l'avant s'enfoncera, l'eau franchira les cloisons du pont E, l'une après l'autre. Encore et encore. Pas moyen d'arrêter le processus.
-Les pompes… tenta le capitaine.
-Les pompes ne vous feront pas gagner beaucoup de temps, coupa Andrews. Quelques minutes à peine. A ce stade, quoi qu'on fasse, le Titanic sombrera.
-Mais ce navire est insubmersible ! s'exclama Ismay. C'est ridicule !
-Imbécile, pensai-je à nouveau.
-Il est fait de fer, monsieur Ismay, contra Andrews. Je vous assure qu'il peut. Et il le fera. C'est une certitude mathématique.
-Combien de temps ? lui demanda le capitaine.
-Une heure. Ou deux.
-Combien de personne à bord monsieur Murdoch ?
-2200 âmes.
-Je crois que vous allez avoir vos gros titres, monsieur Ismay, lança le capitaine amer.
Nous allions couler. C'était un fait avéré désormais, non plus une possibilité.
Je frissonnais. J'avais déjà vécu cela. Il me fallait de l'air.
Je pivotais sur mes talons et sorti de la salle de pilotage par la gauche, du côté des officiers.
L'air frais me fouetta le visage et je m'appuyais sur la rambarde. Il fallait que je me calme. On allait avoir besoin de moi, je ne pouvais me permettre de flancher. Pas maintenant.
Une main prit la mienne, et je levais la tête pour voir Lightoller à côté de moi. Il resta là, et nous restâmes en silence.
-Chef officier Wilde, débâcher les canots, ordonna le capitaine. Et il faut prévenir les passagers de première classe. Ils doivent être prêts à partir.
-Bien monsieur, répondit Wilde avant de tourner les talons.
Je levais la tête.
-Ellis je suis désolé, fit Will derrière nous.
-Nous étions tous les deux Will, fis-je en me tournant vers lui.
-Je sais mais…
-Nous avons agi à deux, coupai-je. Nous avons fait ce qu'il fallait.
Je posais mon regard sur Charles avant d'embrasser ses lèvres. Si seulement j'avais réalisé les choses plus tôt.
Nous n'avions pas le temps de nous laisser aller à la tendresse, car le capitaine arriva. Il donna quelques ordres avant de se diriger vers la cabine radio.
Je suivis Wilde sur le pont pour préparer les canots au départ. Nous avions peu de temps.
-/-
Le Californian était là mais il ne semblait pas nous voir. Et nos appels radios restaient sans réponse. Il paraissait être une lueur, un mirage au milieu de l'océan. Alors que nous avions cruellement besoin d'aide.
-Je ne comprends pas monsieur, fis-je. Pourquoi ne répondent-ils pas ?
-Je l'ignore, répondit le capitaine. Mais nous avons encore un peu de temps.
-Devons-nous utiliser les fusées de détresse ?
Le capitaine me regarda et approuva d'un signe de tête.
J'ordonnais alors à un marin d'aller chercher une des fusées de détresse. Il fallait faire vite. Bientôt nous serons submergés.
-Officier Grant, commença le capitaine. Je suis désolé que vous ayez à revivre ça.
-Ce sont les risques, affirmai-je.
-Monsieur Moody, lança le capitaine à l'adresse de James, restez auprès du 3ème officier Grant. Vous aurez une chance.
-Bien monsieur, répondit Moody.
-Monsieur, nous sommes prêts, déclara le chef officier Wilde.
Le capitaine le suivi dehors pour donner les derniers ordres, et je suivi naturellement le mouvement, Moody sur les talons.
-Monsieur, est-ce que nous faisons partir les femmes et les enfants d'abord ? demanda Lightoller au capitaine.
-Oui, murmura celui-ci.
-Comment monsieur ? fit Charles en tendant l'oreille.
-Les femmes et les enfants d'abord, oui, répéta le capitaine un peu plus fort.
Charles jeta un regard à Wilde avant de tourner les talons. Son regard tomba alors sur le miens. Il frisa un instant.
-Ellis…
-Je sais, dis-je en le regardant désolée. Nous avons des gens à sauver.
-Monsieur Lowe, faite venir les passagers, ordonna Charles, avant de reposer les yeux sur moi.
-Si seulement…
-Nous avions été moins bête ? devinai-je.
-Entre autres.
-Allons sauver ces gens, fis-je.
-Sauver ces gens, répéta Charles.
Il déposa un baiser sur mon front et nous nous séparâmes. Désormais il nous restait plus qu'à survivre.
En repartant vers la passerelle je me fis la promesse de lui laisser toute la place qu'il méritait dans ma vie. Je ne pouvais pas passer à côté. Je ne le devais pas. Pour rien au monde.
-Nous avons préparé la première fusée, annonça un marin.
-Envoyez là, ordonnai-je.
-Feu ! fit Moody.
J'espère que ce nouveau chapitre vous a plu.
Je vous dis à très vite pour la suite !
Prenez soin de vous.
Little-road
