Il n'y a pas que le gibier qui l'intéresse...


Chapitre 244 : Hunting game

J'ai ressorti mon arc, m'entraînant au tir à cheval, dans la carrière extérieure.

Installé sur une haute branche, rien n'échappe au regard affûté de Rook, jambe repliée contre lui, menton posé sur le genou.

Il finit par descendre de son perchoir, rejoignant le manège, sifflant à sa monture qui rapplique sans tarder, bien plus fidèle que Na'ir, y grimpant d'un bond, rejoignant la carrière en sautant par-dessus la ceinture en bois.

"Pas mal. Mais ta position laisse à désirer. Tu te cambres trop. Non que ce soit laid à regarder, entendons-nous bien, mais la cambrure influe sur la direction de ta flèche."

"Trop aimable. Je ne t'ai rien demandé."

Il heurte son animal du mien, quasi à la même hauteur.

"Laisse-toi enseigner et mets ton ego en veille si tu souhaites progresser, princesse."

"Je ne devrai même pas t'adresser la parole vu tes activités."

"Jouer à la demoiselle guindée ne te sied guère. Tu es, nul doute possible, de la même trempe que moi ; à préférer donner la chasse à un gibier sur pattes plutôt que causer chiffons."

Cette odeur de pomme mentholée... entêtante.

D'un bond, il se place derrière moi, faisant tressaillir Na'ir.

Il attrape mon arc et m'indique la position idéale, main dans mon dos.

Vache, c'est une prise sans concession.

"Oublie l'hésitation. Frappe fort et dur."

Il lance Na'ir au galop, passant devant la cible, accompagnant mon mouvement lors du tir. Dans le mille !...

"Quelque chose à redire, Mademoiselle ?"

"Pour qui tu bosses cette fois, Hunt ?"

Il place son index en travers de ses lèvres, clin d'oeil. "Je ne révèle jamais l'identité de mes commanditaires."

A travers le tissu du pantalon, je peux sentir la force de ses cuisses enserrer les flancs de Na'ir. Les rênes sont tenues avec précision et autorité.

"Tu chasses depuis longtemps, je suppose ?"

"Je répondrai peut-être à toutes tes questions devant un feu. Tu n'as jamais passé la nuit en forêt, je suppose ?"

Je secoue la tête.

"Eh bien, je te rendrai à Octanivelle demain. Et je doute fort que ta petite anguille vienne te chercher en plein cœur de la forêt."

"C'est une murène."

"Tu sais, moi, le gibier aquatique..." talonnant Na'ir, monture suivant.


Cachés dans un fourré, il m'indique un lapin qui fait son repas d'herbe plus loin.

Nous sommes à contre-vent histoire que nos odeurs soient couvertes.

Il dégaine une flèche de son carquois, armant l'arc, visant.

Je retiens mon souffle.

Dans le mille !...

Puis il va ramasser la proie, lui ôtant la peau, carcasse suspendue à une branche, armé d'un couteau qu'il tient camouflé dans sa large ceinture.

Le tout sera cuit au feu.


Succulent, je me dois de le reconnaître !... Je me régale.

Il a tombé le chapeau, feu dansant éclairant ses iris d'un vert émeraude profond.

"Tu as toujours été blond ?"

"Quelle drôle de question !..." riant presque.

"Oui, pardon. Comment cela se passe-t-il à Pomefiore ?"

Il hausse les épaules. "Comme dans tous les fiefs." attisant le feu, le préparant à la nuit. "Il y a la tête couronnée et les sous-fifres. Les chasseurs occupent une place à part."

"Ah ?"

"Ils sont chargés de nourrir et de protéger."

"Et d'espionner."

"Cela fait effectivement partie de leurs attributions."

Il se cale contre le tronc épais d'un grand arbre, quittant sa lourde veste aux manches amples, m'invitant à le rejoindre. "A moins que tu veuilles mourir de froid. Les nuits sont fraîches ici, je parle d'expérience."

J'hésite un moment.

"Je ne vais pas te manger, je viens de terminer mon repas."

Je le rejoins, proche, et il rabat sa veste sur nous. Toujours cette effluve de pomme mentholée...

"Tu... n'en profiteras pas ?..."

"Hmm... aucune idée, j'avoue ne pas encore y avoir réfléchir. Peut-être lorsque tu dormiras profondément." avec ce sourire qui me donne toujours envie de lui en coller une !...

"De Vil je n'ai vu que les comptes."

"Quelle mise à nu !..." riant. "Le secret de Pomefiore ne réside pas dans de l'argent, quelle qu'en soit la somme."

"Le chasseur se serait-il épris de la reine ?... Au point d'exécuter n'importe lequel de ses ordres ?..."

Son silence le confesse.

"Pourtant, depuis que nos chemins se sont croisés, tu n'as cessé de me faire du rentre-dedans avec une énergie peu commune." observant les flammes crépiter.

"L'amour est une chose. Rechercher l'appétit en est une autre."

"Le chasseur joue le rôle du roi jusqu'en son lit. C'est original." ciblant en plein. "J'ai entendu dire que Vil était d'une grande beauté."

"Une beauté qui n'a d'égale que sa cruauté."

"Tu as dit que j'allais te disséquer, muscle après muscle."

"C'est ce que tu t'appliques à faire depuis que nous faisons veste commune. Mais je ne m'en plains pas."

"... t'entendre supplier. Voilà qui me plairait." sur un sourire audible, terriblement carnassier.

"Je n'en doute pas une seconde." sur le même sourire.

J'observe son profil - il ne cille pas même s'il a parfaitement conscience de mon regard - qu'il a fort fin.

"Pourquoi le français, Hunt ?"

"La langue des poètes. Le raffinement de mise, associé au romantisme. J'apprécie courtiser à la française." riant légèrement.

"Et ça... rapporte ses fruits ?"

"Cela dépend. Ma... profession n'est pas faite pour plaire à la majorité. On m'imagine les mains constamment couvertes de sang. Ce qui est plausible."

Je suis si proche de son épaule qu'un mouvement de tête m'y ferait reposer.

L'envie de lui ne fait aucun doute de mon côté. Je me demande si de son côté il est armé.

"Tu as bien conscience que tu viens de m'enlever là ?..."

"J'assume. J'ai même hâte de voir la tête de ton anguille demain lorsque je te rendrai à Octavinelle avec argumentation."

"Il va te coller son poing dans la face."

"Grand bien lui fasse !... Je l'ai peut-être mérité."


Je suis tremblante, transie de froid. De plus, chaque bruit me fait sursauter.

Hunt semble dormir du sommeil du juste, hissé en bas du tronc, dans la mousse - la couverture des arbres est telle que la neige n'a pas maculé le sol - chapeau sur le visage.

Un instant, il me tourne le dos.

J'ai froid !...

Lentement je viens me coller à lui. Vache ! Ce type est du genre convecteur !...

Le mouvement l'a bien évidemment tiré d'un sommeil relatif - les prédateurs ne dorment généralement que d'un œil.

Il en a souri, me laissant faire.

Ce contact suffit à me réchauffer pour piller un peu de sommeil à cette nuit troublée.


Le lendemain, c'est une activité autour du feu qui me tire du sommeil.

Hunt s'active, faisant chauffer de l'eau sur un brasier ronronnant.

Je me frotte les yeux sur cette vision d'un Hunt en train de faire une toilette sommaire, tourné vers moi, sans pudeur, se rinçant les aisselles, puis abaissant son pantalon et ce qui va avec, réservant une toilette à son sexe.

J'entrouvre la bouche, expression qui l'amuse beaucoup. "Tu n'as jamais vu un homme faire sa toilette ?..."

"Pas... de cette façon."

C'est donc ce savon qui lui confère cette odeur si particulière ?... Il s'en sert également pour le rasage et le brossage des dents.

"A ton tour." m'y invitant de la main.

Petit rire nerveux.

"Ce n'est pas le moment de faire la princesse."

"D'accord mais... tu te retournes."

Il lève les mains. "Comme tu veux."


"SHACHIIIIII-CHAN !" me sautant littéralement dessus pour me câliner.

Jade s'approche. "Hunt."

"Elle s'était perdue dans les bois."

Floyd a immédiatement les narines chatouillées par l'odeur de pomme mentholée qui me couvre.

"Quelle odeur épouvantable, Shachi-chan. Je vais te mettre à la douche."

Hunt a un petit sourire face à la territoriale murène.

Il tourne le dos, petit mouvement des doigts sur le bord de son chapeau à plume. "Bien. Je vous laisse savourer vos retrouvailles."

Au moment où il prend la porte, j'échappe des bras de Floyd. "Hey, Hunt !... Merci."

"De rien, princesse." se penchant jusqu'à mon oreille, tenant le haut de son chapeau. "Ne t'inquiètes pas. Je te tomberai dessus au moment où tu t'y attendras le moins."


Hunt demeure évasif dans ses rapports livrés à Malleus et Jade, sur le compte de l'un et de l'autre. Il est une seule personne au monde à laquelle il ne se permet guère de mentir ; Vil Schoenheit.

Le Chasseur demeure rarement au château. Il possède sa cabane au fond des bois où il vit dans un confort relatif. C'est un homme des bois. Il se nourrit des produits de sa chasse et d'un potager sous serre. Une vie simple, loin de l'agitation des hommes.

Et lorsque la reine du domaine appelle son chasseur pour une mission ou un divertissement, l'homme se présente prestement en son palais.


J'initie Mia au tir à l'arc à cheval et ma foi, la discipline lui sied !...

Nous reprendrons le cross au printemps.

"Alors, quoi de neuf chez Octavinelle ?..."

"Oh... je me suis faite enlevée par un chasseur pas plus tard qu'en début de semaine, figure-toi." amusée par les façons de Hunt.

"Naaaaan ? Il t'a pris pour un gibier ?... Gibier de choix, note."

"Avec Hunt, on ne sait jamais sur quel pied danser. J'avais pensé qu'il prendrait son dû mais il semble décidé à jouer les prolongations."

"Et ta murène le prend comment ?"

"Je pense qu'il n'en saura rien. Ce sera... notre petit secret au chasseur et à moi."

"Coquiiiiiiiiiiiiiine !..." clin d'oeil.

"Nous avons quelque chose à vivre. Quelque chose de fort et de secret. Le principe me sied. Et il le sait. Il m'a promis de me... tomber dessus au moment le plus inopportun." sur un sourire béat.


Les repaires du chasseur sont multiples, bien au-delà du domaine de son aimé.

Hunt est du genre électron libre.

"Je t'ai déjà dit que ton dos était trop cambré." rit-il, coude appuyé sur le pommeau de la selle, m'observant.

"Hmm... encore à chercher l'appétit, Hunt ?" lui décochant une jolie flèche verbale.

"Touché." admet-il de bonne grâce.

"Qu'en penserait ta jolie reine ?..."

"Qui serait suffisamment couillu pour le lui rapporter sans risquer d'y laisser sa peau ?" en français dans le texte, s'il vous plaît !...

Je ris à l'expression, rabattant la bride pour m'approcher de lui.

"Que tu sois de sang royal ne m'étonne guère. Quelque chose de lui résonne fortement en toi."

Je libère l'étrier pour frotter ma jambe contre la sienne.

"Alors, Hunt ?... Vas-tu monter au front aujourd'hui ?"

Il observe les mouvements de ma jambe. "Tu sembles m'y devancer."

"Tu me détournes de ma murène. Tu m'allumes comme un feu et tu souffles sur les braises sitôt que l'intensité décroît. A quoi t'attendais-tu, joli chasseur ? Que je demeure prude ? J'ai très envie que ça fasse des étincelles. Qu'on dise merde à toutes ces convenances." en français évidemment.

"Je vois. La douche n'a pas été suffisamment efficace pour effacer toute trace de pomme mentholée plutôt tenace." sur un sourire qui en dit long, me humant. "Mmm... oui, il en reste plus qu'attendu."

"Tu attends que je supplie ?"

"Ça me plairait, je dois l'avouer." me rendant la pareille.

"Je vais exploser, Hunt. Il est grand temps que tu achèves ta proie maintenant qu'elle se trouve au sol. Sois magnanime. Ne laisse rien de nous." à son oreille, hissée sur un étrier, glissant mes lèvres le long de sa joue, ciblant la bouche.

Le baiser qui suit est débordant à souhait, langues se mêlant immédiatement à la danse initiée.

Nous en demeurant pantelants, refusant furieusement de cesser.

C'est un mouvement de Na'ir qui détache ma bouche de la sienne mais il me récupère bien vite d'une main dans la nuque, dans une prise assurée, pour reprendre derechef.

Nos corps nous lancent à en heurter !...

Tous les voyants d'alarme s'animent. Danger. Hors de contrôle. Zone rouge !... Mais nous nous en fichons !...

"Descend de cheval si tu es un homme... et prends-moi où tu veux."

Je damnerai presque sa large veste de recouvrir l'outrage de l'érection que je devine.

Habile je glisse une main sous le lourd tissu doublé, paume tombant immédiatement sur ce que je soupçonnais fortement. Hmm... vache !... C'est gonflé à bloc !...

Il bascule, d'une jambe par-dessus l'encolure, et bondit au sol, me faisant descendre de cheval, les laissant vagabonder tandis qu'il m'attire derrière un haut tronc, m'y plaquant sans préavis, montant mes jambes pour les nouer dans le creux des reins.

La bouche me promet la suite ; un premier versement avant la transaction.

Mes soupirs sont d'une lourdeur incomparable. Il halète, nous défaisant sans douceur.

Mon dos est malmené par la dureté du tronc.

Ce qui entre en moi n'a rien à lui envier.

Paumes apposées de part et d'autre de mon visage, pousse !...

Ça entre et coulisse sans la moindre difficulté tant l'échange précédent nous en a rendu aptes.

Pousse encore !... Atteinte du fond.

Les hanches soutiennent et se mouvent à la fois. Je suis littéralement nouée à sa nuque.

Ses mains gantées rejoignent mes cuisses, s'invitant toujours plus fort, plus loin !...

Ce que les sensations lui font échapper oscille entre le rauque brut et le hurlement de triomphe, traits défaits de plaisir, chapeau tombé dans la neige.

C'était écrit. Ça ne pouvait se terminer autrement !...

Mes jambes, tremblantes, regagnent enfin le sol alors qu'il vient de donner au fond de moi, ne camouflant rien de son plaisir. J'en demeure encore palpitante.

Bon. Et maintenant ?...

Reboutonné, il se pose sur un genou pour remonter mon dessus et mon pantalon, galant, sans précipitation dans les gestes.

Je caresse la jolie blondeur, regard encore trouble.

Sifflement au moyen de deux doigts.

Sa monture rapplique, suivie de Na'ir.

Il me place à cheval et grimpe sur le sien.

Je le suis sans ciller. J'en veux plus !... Et je crois qu'en face c'est prêt à donner.


Nous arrivons, après une jolie cavale, dans une cabane de chasseur. Il s'y arrête, scrute les environs, y entre, s'assurant qu'il n'y loge personne, m'invitant d'un geste à le suivre.

Une fois la porte refermée, sa force me plaque contre le mur, baisers reprenant tout aussi fort, vertigineux de sensations, langues bataillant pour se faire une place.

Nous sommes encore chauds de la joute précédente.

Il attrape mes poignets pour en disposer au-dessus de ma tête, poussant son corps contre le mien, érection plus qu'évidente, dégageant un pan de sa longue veste, attirant ma main pour l'y presser.

On se fait beaucoup d'effet !...

"Ils n'en... sauront jamais... rien... n'est-ce pas... Hunt ?..." entre deux baisers dévorants.

"Je serai... une tombe." sur un sourire carnassier, me faisant allonger sur le plancher, pour me défaire sommairement.

Ah mais hors de question que tu sois à nouveau dessus, mon petit bonhomme !...

Je me retourne sur lui derechef.

"Qu'est-ce que tu aimes... en général ?..." tentant de nouer connaissance dans le tumulte de nos corps entremêlés.

"Tout. Sans exception." sur un sourire et un léchage consciencieux de mes lèvres.

Eh bien... qui aurait pu deviner le chasseur aussi sexuel ?... Je ne m'y suis pas trompée !...

J'attrape ses poignets pour les maintenir en haut.

Le feu qui vient loger dans ses prunelles m'indique que je suis loin de faire fausse route.

Ses bras sont taillés en finesse par l'arc.

Je libère une main pour le défaire - je bataille un moment d'ailleurs, à son amusement.

"Besoin d'aide ?..."

"Tu crois que c'est facile d'une main ?!"

"Utilise les deux. Promis, je ne bouge pas les miennes."

Assise sur ses cuisses, je le libère, admirant la fière rigidité qui anime sa colonne le chair.

Je glisse les fesses en arrière, laissant ma langue, curieuse, y goûter.

Un rauque monumental lui échappe.

Très, très convainquant !... J'y retourne derechef !...

Il s'interdit, pour se faire monter davantage en pression, d'utiliser ses mains.

Elle est très belle, éclose, sensible comme j'aime.

Ma langue y voyage ainsi que mes lèvres.

Tous ces chemins... pour parvenir à l'évidence. L'idée me fait sourire.

"Qu'est-ce qui... t'amuse, princesse ?"

"On s'est... déjà rencontrés, Hunt."

"Uh ?..."

"C'était dans les environs de Roquevaire, hiver 1846." caressant son ventre violemment battu par les spasmes que ma langue fait naître.

"Je me disais bien que... ton visage m'était familier..." souriant, pupilles à la dérive.