Chapitre 245 : Misdeed

A l'époque, la Provence est régulièrement couverte de neige, notamment le haut pays.

Ce sont sur les contreforts de Roquevaire que logent mon cousin et sa famille.

Durant tout le trajet, je me suis sentie épiée. Si j'avais su à qui appartenaient de tels yeux...

Mon cousin m'est très proche. Nous partageons un goût commun pour l'équitation ; de longues balades dans l'arrière-pays.

Je reviens du Japon où j'ai appris à manier l'arc à cheval et j'apprécie pratiquer à cru, sans mors.

A l'époque, mon destrier se nommait Abaddon - Destructeur ou Abîme. Demi-sang, bien plus docile que l'est Na'ir. D'un blanc immaculé comparable.

Autant dire que la jeune bourgeoise qui débarque en Provence, qui monte à la garçonne, s'éclatant avec son cousin à l'arc dans le parc familial a immédiatement attiré l'œil de Hunt.

Comme à son ordinaire, le chasseur guette, embusqué, se régalant de mes éclats de rire.

Il est capable d'y passer des heures, jusqu'à la tombée de la nuit. Puis il rejoint sa cabane, chassant en route pour assurer sa subsistance.

Le gibier ne manque pas sur ces collines à la végétation luxuriante.

Déjà à l'époque, Hunt fait mouche à chaque flèche.

Être dans l'œil du chasseur équivaut à une condamnation à mort sans appel.


Dans la famille, il y a mon cousin, Bernard Sambre, sa sœur Sarah avec laquelle les joutes verbales vont bon train et leur mère, ma tante Blanche. Leur père se tient à Paris.

Parmi les domestiques il y a une petite dinde, Rosine, entichée de mon cousin et dont il n'a cure.

Parfois, arrive de Paris l'insupportable cousin Guizot, un bâtard issu des fruits d'une aventure Judith-Egalité Sambre avec un palefrenier du nom de Fernand Guizot.

C'est un homme que ma tante courtise ouvertement.

A Bernard de soupirer, à Sarah de sermonner sa mère coureuse de pantalons, à moi de rire devant tant de féminisme affiché avant l'heure !...

La vaste bastide est gardée par un groupe d'oies que je crains particulièrement - ce qui fait beaucoup rire Bernard !... Lui a été élevé avec elles donc ne les craint pas et lorsqu'une se permet de lever le ton, il la châtie au bâton !...


Je démarre l'entraînement tôt le matin.

Ma flèche ne marque jamais le centre, ce qui m'agace.

Soudain, une flèche étrangère aux miennes vient briser la dernière placée, s'y fichant avec force.

Je me fige, scrutant partout. Rien.

"Hey, vous, le lâche ! Montrez-vous !..."

Un petit rire et il quitte le fourré, arc en main, chapeau à plume couvrant ses yeux.

"Vous vous trouvez drôle ?!"

"Votre expression m'amuse beaucoup, je me dois de le reconnaître. Vous êtes décidément un piètre archer."

"Mêlez-vous de vos affaires !"

"Mademoiselle n'est pas prompte à recevoir les critiques, je note." levant le bord, donnant sur un regard émeraude capable de percer jusqu'à l'âme.

"Je peux savoir qui vous êtes ?" reniflant.

"Le chasseur de ces lieux. Rook Hunt." faisant danser son chapeau en guise de salutations.

"J'y vois plutôt un rustre." croisant les bras, arc apposé contre la poitrine.

"Comme bon vous plaira."

Je rabats les rênes. "Déguerpissez. Vous vous trouvez sur un domaine privé."

"Allez donc vous en plaindre, je vous en prie."

Je contracte la mâchoire. "Fort bien."

"Hunt ? Que se passe-t-il ?" l'interroge ma tante depuis le perron.

"Rien, Madame."

"Cessez d'importuner ma nièce. Il se trouve qu j'ai envie de gibier pour le déjeuner."

Sa tenue est... pour le moins transparente sous sa robe de chambre...

Hunt n'a pas l'air de s'en soucier.

"Fort bien. Un chevreuil ? Une biche ?"

"La chair de la biche m'est délicate au palais."

"Permettez que je me fasse accompagner par votre nièce qui a fort à apprendre dans l'art de manier l'arc."

Elle grimace légèrement. "Soit. Mais ne traînez pas. Une biche ne se prépare pas dans l'heure." regagnant l'intérieur.

"Madame." faisant la courbette avant de se couvrir le chef, sifflant pour appeler son destrier.

Il y grimpe d'un bond alors que l'animal passe au trot, rassemblant les rênes.

"Prête pour la leçon, Mademoiselle ?"


Il m'emmène sur les hauteurs, nous enfonçant dans les bois épais.

Là, une clairière et une harde de biches avec leurs jeunes nés au printemps dernier.

Hunt m'invite à sa hauteur, changeant de position en fonction du sens du vent, discret.

Je marche malencontreusement sur une branche, ce qui fait fuir les biches et les faons vers les bois et les fourrés.

"Mademoiselle est très douée pour faire fuir le gibier." applaudissant presque.

"Silence, vous !"

"Tâchez de regarder où vous mettez les pieds la fois prochaine."


Nouvelle clairière et sa harde.

Je tâche d'être plus discrète cette fois.

Hunt dégaine une flèche, armant son arc, index tendu, visant.

La flèche part et frappe en plein. L'animal se débat un instant avant de s'affaisser au sol.

Hunt sort tranquillement du fourré, tirant un couteau de sa ceinture, égorgeant l'animal d'une main sûre.

Il le dépèce sur place, réservant les meilleurs morceaux pour ma tante, prenant sa part.


Nous nous arrêtons dans sa cabane un moment.

"Je peux vous poser une question ?"

"Tout dépend." entreposant la viande fraîche.

"Ma tante... et vous ?..."

Sourire fin de Hunt. "Vous avouerez que votre oncle n'est pas souvent présent." sans chercher à s'en cacher. "Vous avez l'œil pour votre jeune âge." concède-t-il.

"J'ai quatorze ans, Monsieur." me redressant, bombant ma poitrine naissante.

Petit rire après m'avoir brièvement parcourue du regard. "Vous serez sans doute joliment faite d'ici une paire d'années."


Je m'installe en rebord de fenêtre, avisant mon cousin.

"Ça te parle, Rook Hunt ?"

"Le chasseur ? Oui, c'est une figure emblématique locale depuis son arrivée dans le village voilà cinq ans. Ma mère a souvent recours à ses services." sur une grimace qui en dit long.

J'aime la lucidité de Bernard. Précis, avare en mots, il n'ouvre jamais la bouche sans motif valable et le message délivré est aussi concis que circonstancié.

"J'ose espérer qu'il s'est montré correct avec toi." prêt à en découdre dans le cas contraire.

"Oui, oui. Très."


Mon nez hume la moiteur de son cou que j'embrasse par intermittence après une nouvelle joute qui a fini par nous mettre dans le même lit.

"J'avais raison." souriant, levant la main pour caresser mon dos.

"A quel propos ?"

"Les années t'ont joliment faite." parcourant mon corps, nus dans ce lit taillé pour une personne.

Le drap défait s'arrête à mi-verge, soulignant ses hanches découpées.

L'amour encore. L'amour jusqu'à ne plus en pouvoir. Avant qu'il ne me rende aux bras d'un autre.


Cette fois, je me douche rapidement à mon arrivée, histoire de ne pas éveiller les soupçons.

C'était sans compter les sens exercés de Jade qui m'attend, drap de bain tenu dans ses mains gantées de blanc.

"Tu pourras aisément tromper mon frère. Moi, tu ne me la feras pas à l'envers."

Je déglutis.

"Tu es un aimant à emmerdes, Sugar Cake. S'il n'en tenait qu'à moi, je t'aurai remerciée comme il se doit depuis un moment."

Charmant, Jade, merci !...

"Fort heureusement pour toi, mon frère tient diablement à toi." m'invitant à m'enrouler dans le drap de bain, me tournant, dos face à son torse, glissant la bouche jusqu'à mon oreille. "Veille à ne pas éveiller ses soupçons. Floyd a beau être aveuglé par l'amour, il n'en demeure pas moins de la même souche que moi. Autant te dire que s'il venait à l'apprendre..." suspendant volontairement la menace pour plus d'effet.

"Message reçu."

"N'oublie jamais qu'on sait se serrer les coudes chez Octavinelle. Alors... je veux bien passer l'éponge pour une fois. Mais que je ne t'y reprenne plus."

La semonce est claire.


Je caresse la jolie tête de Floyd qui repose sur mes cuisses. Tout semble avoir repris sa place.

Les visites de Hunt pour rendre compte à Jade sont régulières.

Cependant, avisé tel qu'est Jade, je doute fort que le manège de Hunt puisse durer...

"A quoi te paye-t-on, rappelle-moi, Hunt ?" sur un ton extrêmement sec, peu satisfait des informations fournies par Hunt.

"A espionner le sorcier le plus puissant du royaume. Penses-tu vraiment que la tâche soit aisée ?"

Hunt nous adresse un vague regard à Floyd et moi. Rien ne transparaît sur le visage qu'il vient de se composer.

"Ta prochaine visite doit nous permettre de damer le pion à Malleus. Dans le cas contraire, je ferai appel à d'autres personnes plus compétentes en la matière."

"Eh bien, bon courage pour les trouver, mon cher Jade !..." moqueur, tirant parfaitement son épingle du jeu.

"Vire." lui indiquant la sortie.

Floyd secoue la main devant le ton employé par son frère. "Il l'a mauvaise."

Je lui souris, caressant son visage.

"Quand on paye quelqu'un au prix fort, on en attend forcément des informations capitales."

Floyd glisse le revers d'un doigt le long de mes lèvres. La flamme a repris entre nous comme si elle ne s'était jamais éteinte de mon côté.

J'aime Floyd Leech comme personne.

J'aime ce qui nous lie, ici, à Octavinelle. Hunt était une incartade que, certes, je ne regrette pas mais l'aventure fut aussi fugace qu'éphémère.


"Du nouveau pour Malleus ?" questionne le boss, en réunion intime avec Jade.

"Hunt nous mène en bateau."

"C'est de bonne guerre. Mets fin au contrat."

"Très bien."

"Autre chose ?"

"Je conserve les activités de Léviathan sous étroite surveillance."

"Fort bien."


Je me hisse sur un tabouret de bar. "J'espère ne pas avoir totalement perdu la confiance d'Octavinelle."

Jade essuie son verre, visage impassible. "Simplement par curiosité : te serait-il possible de poser ce genre de considération avant d'agir de façon aussi inconséquente ?"

"C'était... une pulsion. C'est sans doute un peu compliqué à saisir pour quelqu'un comme toi. Floyd pourrait t'expliquer le principe."

"Hmm. Non-recevable. Trouve autre chose."

"Tu es..." sur un sourire, m'amusant avec un dessous de verre. "... adorablement pénible lorsqu'il s'agit de ton frère."

"J'y tiens comme à ma prunelle. Comprends que je sois sur mes gardes."

"Floyd est... une éponge, Jade - sans mauvais jeu de mots."

"Très drôle, Sugar Cake." sans esquisser le moindre sourire.

"Il est probable qu'un jour ou l'autre il souffre. Sans que tu puisses rien empêcher."

"Le plus tard sera le mieux."

"J'aime beaucoup Floyd."

"Tu as de très curieuses façons de le montrer. Par ailleurs, je n'y crois pas du tout à cette histoire d'égarement dans les bois." rangeant les verres pour attaquer une autre série. "As-tu seulement une idée de l'inquiétude que tu lui as causée ? Il n'a pas fermé l'œil de la nuit."

Silence radio. Floyd en approche. Il s'installe à mes côtés. "Vous parlez de quoiiiiii~ ?..."

"Je demandais à Sugar Cake comment il est possible de se perdre aussi maladroitement dans un bois."

"Bah, arrête de la remuer comme ça." fermant ses bras autour de mes épaules. "Elle est revenue, c'est le principal."

"La prochaine fois, nous l'équiperons d'un collier GPS pour lui éviter ce genre de mésaventure."

"Très drôle, Jade." rétorque Floyd.

"Je suis désolée de t'avoir causé du souci, Floyd."

"Fort heureusement, le chasseur nous l'a ramené en un seul morceau." grimace Jade.

"J'aurai été très, très triste si on ne t'avait pas retrouvée, Shachi-chan. Je crois bien que j'aurai retourné moi-même toute la forêt !... Mais maintenant que tu es de retour, tout va bien." me câlinant.

Je me garde bien de lire entre les lignes...


Lorsque Floyd se pose sur un des tabourets de bar du Lounge, je lui arrive, debout, sous l'aisselle !... Ah la la... Murène d'amour !...

Je me pose à ses côtés, glissant ma main sur la sienne, gantée.

Au regard qu'il m'adresse, il n'est pas aussi insouciant des choses qu'on le pense. Il a parfaitement saisi ce qui s'est passé ente le chasseur et moi.

Il laisse reposer le truc, ne se montrant câlin qu'en de rares occasion. Bref, murène digère quelque chose de difficile à avaler.

Jade le traduit autrement : mise en garde, menace, cynisme et surveillance rapprochée.

Notre bulle vient d'éclater par ma faute...


En fin de matinée, six hommes débarquent au Lounge. L'un semble être le leader. Les autres sont armés façon petites frappes.

"Hey, toi. On veut voir ton boss."

"Il ne reçoit pas le matin. Veuillez passer plus tard, Messieurs." leur rétorque Jade, posé, sans même les regarder.

"QUOI ?!"

"HEY, TU VEUX QU'ON CASSE TOUT ICI, MEC ?!" armant la barre de fer, visant les bouteilles.

Floyd retient la frappe, une main dans sa poche. "La bonne blague, quand même."

Un coup de genou fait ployer le mec et il lui subtilise la barre des mains.

Les autres se préparent à attaquer.

Jade vient de sauter par-dessus le comptoir pour rejoindre son frère.

"De la menue friture comme vous, on en bouffe à tous les repas." annonce Floyd, faisant craquer sa nuque.

"Notre patron ne reçoit que sur invitation." annonce Jade. "Désarmés, de préférence."

Je puis vous assurer que lorsque la place est gardée par deux murènes qui ne demandent qu'à entrer en furie, y pénétrer demeure un exercice pour le moins périlleux !...

L'un d'eux, téméraire, s'élance tandis que le groupe se masse.

Jade se sert davantage de ses connaissances dans les arts martiaux que Floyd qui apprécier improviser.

Le mec se prend une savate monstre de Floyd et Jade lui piétine les côtes à l'arrivée.

Le mec se tord de douleur au sol.

"Bien. D'autres volontaires."

"C'EST... C'EST DES FOUS !"

"VITE, LES MECS, ON SE BARRE !"

"HEY, VOUS OUBLIEZ VOT'POTE !" crie Floyd, leur balançant le corps du malheureux à terre.


Le service est enfin terminé.

Floyd se pose au comptoir.

"Envie d'un bain." lorgnant sur l'aquarium.

"Je t'en prie."

"Ouais mais j'ai la flemme de monter là-haut." désignant l'échelle de service.

Jade rit. "A mon avis, plonger la tête dans l'oreiller te sera tout aussi profitable."

"T'as raison, j'suis raide." se frottant la nuque. "Shachi-chan ? On se pieute ?..."

Oh mais comme c'est aimable de me refaire partager ton lit, mon cher Floyd !...


La douche est rapidement expédiée - j'en prends néanmoins plein la vue à nouveau !...

Floyd m'attrape sous le bras, direction le lit. Je ris.

Sa chambre est une véritable pagaille, comme à l'ordinaire, entre les vêtements qui traînent, la penderie qui dégueule de chaussures...

Tourné vers moi, en boxer, il consulte son smartphone, s'amusant d'un échange avec Riddle qu'il kiffe remonter, glissant sa jambe pour l'enrouler autour de la mienne, s'y frottant machinalement, écran entre nous.

"Arrête de rougir, goldfishie, tu vas exploser contre les parois de ton aquarium." avant de programmer le réveil pour le lendemain, réalisant soudain qu'on sera dimanche. "Ah, cool !... J'vais pioncer douze heures d'affilées." abandonnant l'idée du réveil., déposant l'appareil à l'aveugle sur le chevet, revenant à moi, arrimant sa main à ma hanche, faisant reposer sa jolie tête sur son bras replié.

Il ne peut empêcher sa main de voyager.

"Tu me montres ?..."

"Quoi, Floyd ?..."

"Comment on caresse là ?..." faisant échouer une paume large sur un sein. "Ils sont jolis, bien ronds. Je kiffe."

"Tu n'as... jamais testé avec une sirène ?..." surprise et déroutée.

"Le jour où j'ai tenté, je me suis ramassé une baffe sans autre explication !..." riant. "Alors ?..."

"Et... Allurin ?"

"Allurin était plate, Shachi-chan. Et elle avait des écailles à cet endroit. Autrement, j'aurai bien tenté, tu penses !..."

"OK. Après, on est toutes différentes, tu sais. Une aimera, l'autre pas."

"Je veux que ça te plaise à toi."

"Très bien." me saisissant de sa main dominante, l'encourageant à des caresses du revers des doigts.

Il a les yeux rivés sur le bout rose qui s'érige sous l'effet, langue voyageant rapidement d'une commissure à l'autre. Tout lui signale qu'il est sur la bonne voie, s'il se fie au menton que je lève et aux soupirs qui naissent. Son pouce passe de manière fugace en plein centre et la salve vocale qu'il m'arrache demeure sans équivoque possible.

Je le cherche d'une main derrière la nuque pour lui appliquer un baiser dévorant.

"Wow ! Ça te fait de l'effet, dis donc !... J'ai bien fait de m'y intéresser !..." régalé par sa trouvaille, retournant m'embrasser tout aussi chaudement.

Je me hisse rapidement sur lui, le cherchant de la main pour l'insérer, savourant la façon aisée dont il coulisse en moi, menton haut.

Floyd crispe les poings dans le matelas, soulevé de sensations.

"Pu... Pussyyyy !..."

J'attrape ses poignets pour les monter sur sa tête tandis qu'il bouge à contresens, langue donnant la réplique à ses pupilles à la dérive.

La jouissance nous cueille rapidement et se prolonge agréablement comme chaque fois avec Floyd...


Je m'étire avec satisfaction le matin, avisant celui qui sommeille à mes côtés.

Je l'enjambe pour aller me désaltérer dans la petite cuisine attenante aux chambres.

Arrive sa moitié, cheveux en pagaille, se frottant les yeux.

"Réveil difficile ?..."

"Comme tu vois." se préparant un café serré, après avoir bu un grand verre d'eau fraîche.

Jade n'a jamais été un grand bavard mais lorsqu'il a quelqu'un dans le collimateur, l'absence de paroles s'accentue. Je pense que la seule chose qui l'empêche de me refaire le portrait c'est l'amour que me porte son frère et peut-être la puissance que j'ai déjà manifestée.

J'avale rapidement quelque chose sur le pouce avant de filer à la douche.

Floyd débarque dans la petite cuisine, la tête enfarinée.

"'lut."

Les jumeaux se font face, Jade en train de feuilleter un magazine sur les terrariums et la mycologie, Floyd sur son portable.

"Alors, tu lui as pardonné ?" questionne l'aîné, sans lever le regard de son magazine.

Le cadet se gratte l'arrière du crâne, yeux rivés sur l'écran. "Il semble." évasif.

"Je vais la garder à l'œil. Ordre du boss."

"C'est de l'acharnement. Tu oublies un peu vite ce qu'elle a déjà fait pour nous."

"Et ceci lui donne donc tous les droits ?"

"Bah, elle est curieuse de nature, hein, elle ne s'en est jamais cachée. Je préfère autant qu'elle soit cash que vicelarde, tu saisis, Jade ?"

"Admettons. Et si c'était l'inverse qui s'était produit, Floyd ? Si c'était toi qui étais tombé sous le charme d'une fille et que tu lui aurais joué le même tour ? Comment l'aurait-elle pris, selon toi ?"

Le cadet hausse les épaules. "Tu fabules là, Jade. Ça s'est passé comme ça, point. Ça a été douloureux, oui. On passe à autre chose maintenant."

Moue de l'aîné.

"Je dois te rafraîchir la mémoire par rapport à Kaimara ou ça ira comme ça ?"

Jade soupire. "Je savais que tu n'allais pas manqué de me charger avec ça."

"Faut que t'apprennes à être plus coulant, Jade. Ou tu vas te retrouver tout seul et ça, ce sera vraiment moche."