Ce chapitre a été chargé en émotions au moment de son écriture... Très compliqué à coucher sur papier. Il marque un tournant décisif et dramatique à la fois.


Chapitre 258 : Gluttony

Je frappe à la lourde porte et Epel m'ouvre.

"Bonjour Epel. Je suis venue voir Hunt."

Epel s'écarte pour me faire entrer.

Le Chasseur médite, assis devant un vitrail taillé à l'effigie de la reine de son cœur, clarté filtrant à travers les miroirs travaillés.

Epel me fait entrer et referme la porte derrière moi.

Je m'approche.

Il se lève, fortement surpris de me voir ici.

"Que... fais-tu ici ?..."

"Me blâmerais-tu de te faire une surprise, Chasseur ?..." m'arrêtant devant lui alors qu'il se trouve encore dans créneau de la fenêtre. "Mmm... très joli." admirant le vitrail, finissant par rapprocher mon corps du sien, main remontant le long de sa cuisse, sous la jupette que lui dessine le lourd manteau.

Il se saisit de cette téméraire pour l'écarter. "Pas ici." ferme.

Je l'attaque de l'autre. Même jeu.

"N'entends-tu pas ce que je viens de te dire ?" emprisonnant mes deux poignets dans une prise affirmée.

Je grimpe une jambe le long de la sienne.

"Cesse." sévère, sourcils fins joliment froncés.

Je happe sa bouche et il me repousse, me fixant comme si j'étais possédée, me tenant la gorge de sa main gantée de cuir raffiné.

"Ta belle humeur viendrait-elle de s'envoler, Chasseur ?... Alors que je demeure pleine d'envie..."

"Nous avions convenu du lieu, de la fréquence et nous nous y sommes toujours tenus."

"Que crains-tu ?... Que Vil nous découvre ?..." feu intense dans les prunelles, glissant à nouveau les mains sur la jupette formée par son manteau, paumes malaxant ses fesses fermes, m'en pinçant la lèvre.

Ses pupilles dévient sous des paupières qui s'abaissent légèrement, bouche s'entrouvrant de délice.

"A... quoi joues-tu ?..." crispant les mains sur mes épaules.

Ses défenses tombent les unes après les autres et je m'en congratule.

Une main passe devant, paume appuyant le renflement tandis que l'autre main demeure accrochée à sa fesse.

"Tu me plais, Hunt." soufflé, mordillant son cou, sa jolie pomme, traçant de la langue jusqu'à sa bouche.

Il bascule enfin, m'attrapant par l'arrière des jambes pour me faire asseoir sur la pierre, se déboutonnant rapidement pour s'inviter en moi une fois l'espace gagné.

Nous en geignons fort au contact, alors qu'il s'invite en moi avec aisance, corps pris de spasmes terribles, sensations au zénith ne demandant qu'à déborder.

Les mouvements de ses hanches ne tardent pas et nous nous appelons, faisant résonner nos geignements et autres soupirs lascifs entre les murs et les voûtes.

Hunt s'empare de ma ballerine pour la jeter violemment contre la porte, derrière laquelle Epel épie.

Le geste équivaut à une mise en garde sans appel.

Le jeune garçon, pourtant, demeure là, rendant ses yeux et ses oreilles témoins de quelque chose de terriblement condamnable pour le Chasseur !...

Parfaitement conscient qu'Epel est loin d'avoir désarmé, Hunt poursuit, incapable de couvrir les rauques sublimes que l'acte lui fait rendre, jouissance s'annonçant avant d'éclater avec une violence peu commune, tendant nos corps dans de jolis spasmes salués à hautes voix.

Littéralement recroquevillé sur moi, souffle joliment détraqué, il peine à se remettre de cet orgasme dévastateur appelé avec si peu d'efforts. Il sourit, shooté pour un moment aux endorphines, caressant mon visage de sa main gantée.

"Toujours à avoir... le dernier mot... pas vrai, Princesse ?..."

Puis, nous nous rhabillons sans vraiment nous regarder.

Je commence à avoir conscience des ennuis que Rook va immanquablement s'attirer.

"Tu... vas parvenir à gérer ?..."

"C'est maintenant que tu t'en soucies ?!" me revient en retour, une fois l'enchantement du moment rompu, nouant fermement l'attache de sa large ceinture.

"Désolée, je ne vou..." cherchant à l'accrocher.

Il se dérobe, vif.

"Rook !..." C'est la première fois que je fais usage de son prénom... je ne l'imaginais pourtant pas y imprimer une telle supplique !...

"Je vais être très clair, ma jolie !..." prenant mon menton en tenaille pour me fixer de prunelles dilatées de colère. "... j'ai beaucoup de vices mais les coups, je ne les accepte pas par plaisir !" me jetant en arrière dans la niche, impitoyable.

Je réalise mon audace et l'inconscience de mon geste, baissant la tête.

"Allez. File. Que Vil n'en ait pas deux à anéantir." s'écartant pour me laisser partir.


Bien. A présent s'assurer du silence d'Epel. Et le Chasseur sait se montrer persuasif malgré le fait qu'Epel ait la langue bien pendue.

En bon observateur, Hunt sait exactement où le trouver. Sur le banc, près du puits.

Epel s'amuse à lâcher des pierres dans le fond, y observant les cercles que chaque plongeon forme dans l'eau.

Soudain, deux mains le soulèvent pour le placer au-dessus du vide, finissant par le retenir d'une seule main.

"WAAAAAAAAAAAAAAH ! LACHE-MOI, ROOK !"

"En es-tu bien sûr, petite patate ?..." affichant un sourire qui en dit si long qu'il se passe du moindre commentaire.

"QU'EST-CE QUE... TU VEUX ?"

"Que tu te serves avec intelligence de ta langue dans les jours à venir."

"C'est... par rapport à ce que j'ai vu ?..."

"Vu et entendu."

Epel renifle.

"N'oublie pas, Epel : je suis les yeux de Pomefiore. Je n'aurai aucun mal à te trouver pour te faire passer l'envie de divulguer des secrets qui ne sont pas les tiens. Tiens présent à l'esprit que mon art des flèches, je ne le réserve pas uniquement au gibier que je chasse. Et qu'une flèche bien placée peut te mener à des douleurs insoutenables, soit à une mort certaine. Autant dire que... si je tombe, je te ferai tomber également." dardant d'un regard dur le visage pur d'Epel.

"La fille, c'est... la copine de Floyd Leech, pas vrai ?..."

Hunt est incapable de s'éviter une grimace. "Les gossips. Ta spécialité." laissant Epel descendre d'un cran.

"ROOOOOOOK !"

Le Chasseur pose une jambe sur le muret du puits, coude en appui. "Oui. Il s'agit bien de la promise de Leech. Et comme tu as pu le constater, nous nous sommes trouvés certaines affinités."

"Ce... comportement est contraire au code d'honneur de Pomefiore !..."

"Mais quelle langue admirablement pendue." faisant descendre Epel d'un cran supplémentaire.

"ROOOOOOOK !"

"Un conseil : ne joue pas avec le feu, Epel." présentant un index dressé devant le visage poupin du jeune homme. "Ni avec mes nerfs."


"Epel. Tu es bien silencieux ce soir." lors du souper.

"Serait-ce l'équitation en compagnie de la reine des cœurs qui t'a épuisé, Monsieur Crabapple ?"

Epel conserve le silence.

Hunt lui donne un coup de jambe discret sous la table.

"Je... vais me coucher." quittant la table.

Vil cligne. "Serais-tu fiévreux ?..."

"N... non, juste... fatigué."

"Quelle petite nature !..." se moque Hunt, réaffirmant son emprise au moyen d'un regard bien senti.

Vil soupire et se lève pour remplir le verre de Hunt d'un excellent cépage, partageant un moment tendre avec lui. Les baisers accordés par Vil sont un véritable enchantement.

"Epel grandit. Je ne parviens pas à m'y faire."

Hunt se place aux côtés de Vil, cherchant sa main pour y glisser les doigts entre les siens, la montant jusqu'à ses lèvres pour en baiser le dos.

"Vos égards envers Epel sont touchants, roi du poison."

Le vin. Toujours la promesse d'une nuit consumée d'amour.

Décidément, le Chasseur se sent gâté aujourd'hui...

Sous l'édredon de Vil, il fait toujours bon.

Voilà un secret dont Pomefiore ne souhaite point faire étalage ; réservé aux initiés, il est des chapitres dont les contes recèlent et qui résistent encore la plume des plus audacieux.

Hunt laisse Vil jouir de son corps entier, l'appelant avec délicatesse tandis qu'il chavire lentement dans une ivresse intégrale des sens, son bel amant s'occupant admirablement de lui et lui rendant au centuple chaque attention.

Des nuits telles que celle-ci sont rares et Hunt en savoure l'entière portée. Vil est une addiction ; le parfum velouté de sa peau, le goût prononcé de ses baisers ; autant de délicatesses dont le Chasseur dépend.


"Quel secret peuvent bien cacher des yeux aussi limpides ?..." questionne Vil, penché sur le lit d'Epel pour lui souhaiter une bonne nuit.

Epel se raidit, souffle coupé un instant.

"Quelque chose... caché dans les entrailles de ce château." embrassant le front juvénile avant de se redresser.


Vil, dans sa pièce secrète, concocte un élixir de vérité. Il maîtrise la magie de potions avec autant de dextérité que Rogue lui-même, ce qui est peu dire !...

"Petit Epel... quel que soit le secret que tu caches, tu me le livreras."


Epel, redressé dans son lit, pris d'une quinte de toux.

Vil arrive, lui préparant un sirop apaisant - ainsi que quelques gouttes de l'élixir de vérité.

Epel se recouche.

"Dis-moi, Epel. Que s'est-il passé en mon absence ?..."

Epel sent sa langue se délier d'elle-même. "J'ai surpris Rook et la compagne de Floyd Leech dans une position peu recommandable."

Vil accuse le coup, affichant un sourire de commande, caressant la jolie tête d'Epel.

Ce dernier n'en revient pas.

"Ainsi... voilà donc ce qu'il me cache..."

Epel se camoufle sous les couvertures. Cette fois, c'est sûr, Hunt va mettre ses menaces à exécution !...


"Rook. Suis-moi."

Le Chasseur abandonne sa tâche et suit sa dame.

Le calme apparent de Vil et le mouvement régulier du nœud qui orne l'arrière de sa tenue sont un enchantement.

Vil prend la direction du souterrain. Rook suit, âme commençant à être saisie d'effroi.

"Ma reine... qu'ai-je fait pour vous déplaire ?..." cessant son pas dans les escaliers.

Vil se retourne, vif, lui assénant un gifle telle qu'elle le fait chuter, dos frappant le mur, sang giclant par filets de chaque côté des commissures.

"TU OSES LE DEMANDER ?!"

C'est la première fois que Vil le frappe en plein visage - la beauté d'un visage est sacrée selon le code d'honneur de Pomefiore.

"Explique-moi donc ce qui te fascine tant chez la garce d'Octavinelle ! Ma beauté ne te suffit donc plus ?!"

Rook en est secoué. Profondément. Ainsi... Epel a parlé ?... Il s'était pourtant assuré de son silence... comment est-ce possible ?...

"Apprends, mon cher Rook, que la plus affûtée des menaces n'est rien en comparaison de l'élixir de vérité."

Yeux agrandis du Chasseur.

"J'exige de la loyauté de mes sujets, quels qu'ils soient ! Te serais-tu cru au-dessus des lois, Chasseur ?!"

Vil est proche. Il tire sur les cheveux qui garnissent la nuque de Hunt. Fort.

Le Chasseur encaisse, grimace lui faisant tordre le visage.

"Il faudrait bien plus que des coups de martinet pour te ramener dans le droit chemin, cette fois, Rook, j'en ai peur..."

"Beau... té..." en français.

"Pour commencer, le cachot assorti de quelques élémentaires privations. On médite bien mieux sur ses actes le ventre vide." l'entraînant avec lui jusqu'en bas.


Vil remonte, chapeau de Hunt entre les mains, jouant avec la plume fournie.

"Moi qui pensais t'avoir initié à ce qu'est la véritable beauté, Rook. Quelle déception..."

Epel accueille Vil plus haut.

"Où... est Rook ?..."

"Cela ne te regarde pas. N'est-il d'ailleurs pas l'heure de ta leçon de piano ?"


"Bois."

"Qu'est-ce ?..."

Son gosier sec réclame tant... ne serait-ce que quelques gouttes... son corps entier subi le tourment de la soif...

Vil lui fait lever la tête, l'attrapant par les cheveux. "Bois, te dis-je."

Les lèvres de Rook tremblent. Il n'a jamais eu aussi peur de sa vie... et si soif !

Levant les mains pour emprisonner celles de Vil, il avale le liquide sans poser davantage de questions.

"Voilà de quoi te rendre fidèle, mon cher Rook. Pour l'éternité. Je veux que tu portes fièrement les couleurs de Pomefiore, mon Chasseur, en tuant de tes mains cette petite garce qui a osé s'interposer entre nous."


"Sachiiiiiiiiiiiiiiii-chan." m'enserrant par derrière, plongeant le nez dans mon cou.

Je ris de ses manières, levant la main pour caresser sa nuque dégagée.

"Tu es toute triste depuis plusieurs jours... je le vois bien. J'ai fait quelque chose ?..."

"Non. Non, ce n'est pas toi, Floyd." rassurante.

"C'est Jade, alors ? Le boss ?..."

Je secoue la tête.

"Bah alors quoi, Shachi-chan ?" perdu.

La porte du Lounge s'ouvre avec fracas et Jade y entre, titubant puis chutant, flèche plantée dans le dos, sur le côté.

"MEEEEEEEEEEERDE !" bondissant du canapé en même temps que moi.

"JADE !"

Nous le traînons à l'intérieur et Floyd referme la porte dans laquelle une nouvelle flèche vient se ficher.

"C'EST LE CHASSEUR !"

Nous plaçons Jade sur le canapé le plus proche.

"CHERCHE LE BOSS !" m'ordonne Floyd. "Jade !... Jade, oh bordel !" ne sachant que faire.

"Il... nous attaque... Floyd..." grimaçant à chaque mot.

"Bouge pas ! Ne dis rien !" attrapant sa main pour lui assurer un minimum de réconfort et de présence.

Le boss averti, je grimpe à l'étage, me glissant près d'une fenêtre.

Il est stationné sur le toit du hangar voisin et tient l'entrée sous étroite surveillance.

"HUNT ! POURQUOI AGIS-TU DE LA SORTE ?" sans me montrer.

Son oreille fine lui fait tourner la tête dans ma direction et une flèche vient se ficher dans le mur opposé à la fenêtre.

Au rez-de-chaussée, le boss utilise la magie pour soulager Jade.

"QU'Y GAGNES-TU, HUNT ?"

Je frémis lorsque j'entends qu'il se pose sur le toit. Je fouille la chambre des yeux à la recherche d'une arme, finissant par me rabattre sur un couteau de cuisine dans la pièce adjacente, que je regagne à quatre pattes, échappant de peu à une nouvelle flèche !...

Celui qui se présente devant moi a le visage figé, un regard fixe.

"HUNT !"

Presque calmement, il récupère une flèche de son carquois et en arme son arc, me visant sans concession.

Je glisse sous le meuble de cuisine, frappant ses jambes d'un coup de couteau, le faisant chuter !

La lutte se poursuit à même le sol.

Il finit par me subtiliser le couteau des mains mais je le récupère l'instant d'après.

Nous roulons l'un sur l'autre dans le couloir, nous heurtant aux murs puis dévalons l'escalier dans des bruits sourds, nous retrouvant en bas.

Là, il me chevauche, brandissant le couteau.

Son regard... vide. Inexpressif. Sous emprise, à l'évidence !

C'est Floyd qui jette la canne du patron sur son bras, à distance.

Hunt se relève, avisant Floyd avant de se jeter sur lui, tête la première.

La lutte est sans équivalent, à mains nues.

Floyd domine du fait de sa haute stature. "PUTAIN, JE VAIS TE CREVER !"

Il envoie Hunt bouler contre la vitre renforcée de l'aquarium. Ce dernier en demeure à moitié sonné.

Floyd en profite pour le traîner par les cheveux jusqu'à la passerelle supérieure. Cette vision de Floyd déchaîné qui entraîne Hunt, marche après marche, malgré les protestations physiques de ce dernier est...

"FLOYD ! ARRÊTE !" terrifiée par ce qu'il s'apprête à commettre !...

Floyd ouvre la porte et projette Hunt dans l'eau. Ce dernier a le réflexe de quitter son manteau, bien trop lourd pour lui assurer la flottaison, et ses bottes.

Floyd plonge, eau lui offrant ce corps redouté et redoutable de tueur aquatique.

Alors que Hunt tente de regagner la surface, la caudale de Floyd s'empare d'une de ses jambes, s'y enroulant avec rage, se mettant à le tirer par le fond.

Hunt suffoque, tente de grands gestes, parvient à regagner un bol d'air avant de couler à nouveau.

Ce qui se joue sous mes yeux est... abominable ! J'en demeure figée, agglutinée contre la paroi vitrée, y imprimant des coups sourds, incapable de crier, cœur me perçant la poitrine de bonds désordonnés. Le choc est tel que j'en perds connaissance.