Chapitre 278 : Que le temps vienne

J'attends avec anxiété sur cette haute colline, guettant l'horizon.

Je finis par distinguer un point mobile, sourire s'agrandissant à mesure qu'il approche.

Il termine à ma hauteur, m'invitant à un baiser.

Je le regarde. "Je ne pensais pas que..."

"... j'allais venir ? Détrompe-toi, Princesse."

"Vil... a promis de se déchaîner..."

"Je demande simplement que sa colère t'épargne."

"Rien n'est moins certain." peu convaincue que la rage de Vil épargne l'un de nous.

Nous cheminons, brides lâches, jusqu'à la cabane.

"J'imagine que l'ambiance doit être particulièrement pesante à Pomefiore."

"Elle l'est, en effet."

"Nous devrions... cesser."

Il fait stopper sa jument. "Autant m'arracher le cœur tout de suite, Princesse."

"Cela va très mal se terminer, Rook." reniflant. "Et je n'y tiens pas."

"Que suggères-tu ?"

"La seule chose qui me tienne chez Octavinelle est l'attachement que Floyd me porte."

"Nous nous acharnerons. Jusqu'à ce qu'ils l'admettent tous." déterminé.


A l'intérieur, je l'étreins, placée dans son dos, l'imposant nœud de son manteau ceinturé appuyant contre mon ventre.

"Rook..."

Je m'enivre de pomme mentholée à m'en faire tourner la tête.

Je soulève les cheveux qui donnent sur cette jolie nuque rasée en undercut, abaissant le col de son manteau pour mordiller là, hissée sur la pointe des pieds, offrant à sa nuque les prémisses de ce qui l'attend.

Il cherche mes cuisses à l'aveugle, gants conservés.

"Tu me brûles... Princesse... et j'aime cela au point d'en redemander."

"Sur la table... Rook..." l'y invitant, m'y installant, jambes écartées.

Il se défait de son lourd manteau avant de prendre place, comprimant son sexe éveillé dans mes aines, soupirant à l'envi.

Nos bouches se saluent enfin, faisant durer un baiser interminable, nous savourant de toutes les façons possibles.

"Et tu voudrais que... j'y renonce, uh ?..."

"Non." l'attirant à moi, l'attrapant par la base pour l'insérer en pleine moiteur, le faisant suffoquer de plaisir.


"Tu es beau. J'aime te regarder." cherchant sa peau nue pour l'embrasser.

"Merci, Princesse. Il faut dire que les compliments se font rares du côté de Pomefiore." sourit-il tristement.


"Rook."

Hunt stoppe son bas, se tournant vers le fond de la pièce, avisant cette silhouette royale.

"Ma reine ?" s'approchant.

"Réalises-tu la honte qui souille le blason de Pomefiore du fait de tes agissements ?"

"Je ne cerne pas les motivations qui vous poussent à vous en prendre ainsi aux liens qui m'unissent à..."

Vil abat son poing sur un vase à proximité. "Faut-il que je te tue, Rook ? Je demeure le seul que tu es avisé à regarder et à désirer."

Rook abaisse ses paupières. "Je ne puis, hélas ma reine, guère dompter mes élans."

"Tu m'offenses. Tu me souilles. Je vais finir par t'empoisonner, Rook. Je ferai ensevelir ta dépouille sous les pommiers du domaine."

"C'est trop de grâce, ma reine." se penchant légèrement.

"C'est une dinde, Rook !"

Hunt affiche ce sourire que Vil souhaiterait voir tomber de ses lèvres. "Je trouve le terme gratifiant quand on sait que vous qualifiez vos sujets de 'patates'."

"Tu es insultant, Rook." le dardant d'un regard mauvais.

"Mes excuses, ma reine." replaçant son chapeau à plume avant de se retirer.

"Maudit sois-tu, Rook." serrant le poing. "Je te briserai, tu m'entends ?!"


En ce moment, Rook délaisse sa chambre et préfère la paille des écuries, dormant là, chapeau sur le visage.

Il demeure sur le qui-vive, dague glissée dans la ceinture.

La menace est belle et bien présente et Rook la sent jusqu'en ses os.

Et pour faire face à Vil, son arc ne lui est d'aucun secours.

La tension est vive au sein de Pomefiore.


Undy rabat la couverture d'été sur son corps, pelotonné dans le cercueil.

Il sent le sommeil s'emparer progressivement de son être. Lorsque soudain, ses paupières s'ouvrent à la volée, sens aux aguets. Présence en sa demeure. Il s'apaise lorsqu'il en a identifié la source, sourire s'exerçant. "My Lady... Long time no see."

Je me glisse derrière lui, main sur son épaule.

L'odeur tenace de formaldéhyde me prend les narines.

"Permets-moi de te tenir compagnie au moins cette nuit, mon amour..."

"Où trouverais-je la force de te refuser cela, my Lady ?..."

Ma révolution porte ton nom

Ma révolution n'a qu'une seule façon

De tourner le monde

De le changer

Pour toi, je ne cesserai jamais de marcher

Ma révolution porte ton nom

J'étais à peu près

Je suis exactement

La femme que j'espérais

Le cœur enfin vivant

Pour toi, j'ai soulevé

Un amour de géant

J'ai fait ma guerre

Marqué la terre

Je me suis battue

En ton nom, j'ai crié

Sur les toits ma venue

Ma raison d'exister

Je t'aurais voulu

Depuis tellement d'années

Que le temps vienne

Je serai tienne

Ma révolution porte ton nom

Ma révolution n'a qu'une seule façon

De tourner le monde

De le changer

Pour toi, je ne cesserai jamais de marcher

Ma révolution porte ton nom

La nuit, mon amour

Je te rêve à côté

À côté de moi

Pour au moins l'éternité

Que ta vie me parcourt

Mais je rêve éveillée

Je suis aux anges

À toi mon ange

Ma révolution porte ton nom

Ma révolution n'a qu'une seule façon

De tourner le monde

De le changer

Pour toi, je ne cesserai jamais de marcher

Ma révolution porte ton nom

Avec toi, ma vie rêvée

Toi pour m'accompagner

J'ai tout changé

Tout renversé

Et me fait tout un monde que j'imagine parfait

T'es ma révolution

Ma révolution porte ton nom

Ma révolution n'a qu'une seule façon

De tourner le monde

De le changer

Pour toi, je ne cesserai jamais de marcher

Ma révolution porte ton nom(*)


Je tartine distraitement mon pain, sous le regard qui me couve.

"Je pensais, la fois dernière..." commençais-je.

Il m'accorde une attention sans faille.

"... à la façon dont la mort me les a tous arrachés. Un à un. Patiemment. Lorsqu'elle s'est mise en marche."

Qui mieux que lui, qui était au service de la Faucheuse organisée en administration durant des siècles, peut comprendre mon ressenti ?...

"Et pour ma mère... toi. Comme un cadeau en échange d'une vie."

"Oh, my Lady..." troublé.

"Qui pourrait comprendre cela, Undy ?..."

"Nul ne le peut que nous, my Lady."

Je l'attire à moi. "Une épaule fragile et forte à la fois." y posant le front.

Il m'enlace, m'offrant toute sa tendresse, fourrant son nez dans mes cheveux pour me humer.

"Je suis désolée de... venir avec tout ceci de si bon matin..."

"Ce n'est rien, my Lady. Je puis tout entendre." caressant ma tête posée contre lui.

"J'ai beau m'étourdir... rien n'y fait."

"La marque laissée par la mort est extrêmement forte, à n'en point douter. A la fin, je... j'étais pris de nausées lorsqu'il me fallait arracher la vie d'enfants à des parents dévoués..." se confiant à son tour.

"C'est ainsi que les failles... commencèrent à émailler la carrière exemplaire de #136649..."

Caroline arrive, tout sourire. "Bonjour, bonj... Oh." distinguant mes yeux rougis.

"Bonjour Caro line. Eh oui, tu vis avec deux personnes d'âge fort respectable que les souvenirs submergent parfois." s'amuse Undy. "Quelle idée de t'être choisie un tel nid !..."

Caroline s'installe. "J'ai toujours eu des affinités avec les seniors."

Undy pouffe. "Le service gériatrie est donc fonctionnel."


"Où en étais-tu lorsque tu as pris la vie de maman ?"

Undy s'accorde une journée de repos et je repose contre lui sur le canapé.

"Oh... parfaitement intégré et zélé." sur une grimace qui en dit long sur l'horreur qu'il se fait à présent en considérant ce qu'il a été, bras passé derrière moi, caressant le mien. "Il avait été dit que chaque vie prise me rapprocherait de la rédemption." attrapant délicatement l'anse de sa tasse pour y siroter élégamment. "J'y ai cru dur comme fer. Durant des siècles. Jusqu'à mon réveil."

"... qui a fait très mal."

"Pas suffisamment pour en ébranler les fondations." revanchard.

"Tu demeures néanmoins une belle écharde à leurs lois."

"Puis-je vivre suffisamment longtemps pour leur porter un préjudice sans précédent." air sombre.

Je resserre la toile de son haut en mon poing. "Je ne t'autorise en aucune manière de mourir. Tu m'entends, Undy ?..."

"J'aimerai pouvoir t'en faire la solennelle promesse... hélas, lorsque les forces en présence se déchaîneront toutes, il est à craindre que..."

"Silence. Tais-toi." m'y refusant.

"Espèce de dégénéré." souffle une voix sévère.

Undy soupire. "Tiens, Spears. Voilà bien longtemps que tu n'étais pas venu réclamer une défaite." cynique, sourire s'allongeant à mesure.

La faux télescopique s'abat sur le canapé, le scindant en deux tandis qu'Undertaker roule au sol, me tenant entre ses bras serrés, dos heurtant le mur.

D'une main tendue, il somme sa sotoba de venir se placer dans sa paume et elle y dévoile alors son côté le plus menaçant, faisant grimacer Spears.

"Vous n'étiez pas à un outrage près." ne digérant pas qu'Undertaker l'ait emporté avec lui.

Undertaker me place sur le côté, nous protégeant tous deux de sa faux.

"N'en as-tu point assez des redites, Spears ?" soupire Undy.

"Silence, vil attardé !" armant sa faux qu'Undy s'apprête à parer.

C'est à cet instant que la porte s'ouvre à la volée sur Caroline que le vacarme vient d'alarmer.

"CARO LINE, HORS D'ICI ! IMMÉDIATEMENT !"

Spears la toise. "Une chance pour vous que votre nom n'apparaisse pas encore sur nos listes."

Saluons la rigueur administrative de Spears.

Undy souffle de soulagement.

Caroline court s'abriter dans son appartement.

"Mais toi..." revenant à Undertaker. "... rien ne saurait te racheter d'une telle déchéance." glacial.

"Tu représentes définitivement tout ce qui me fait horreur, Spears. T'a-t-on également promis la rédemption en échange de ma tête ?"

"Rêver n'est permis qu'aux naïfs, pauvre fou."

Ils décrivent un cercle de plus en plus étroit autour des débris du canapé.

Les deux faux en présence se croisent dans un claquement assourdissant.

"Le meilleur d'entre nous... quelle farce grotesque." méprise Spears.

"Si tu savais à quel point j'exècre cette époque, Spears..."

"Au vu de ce que tu es devenu maintenant, elle portait toute sa gloire."

"Et toi, que t'ont-ils promis, Spears ?" curieux.

"Être à la tête du service de récupération m'apparaît suffisant pour justifier mes actes."

"Je vois. L'ambition."

La pression exercée par les faux est telle que les manches en crissent vivement.

"Ton supérieur a fait preuve de bien trop de laxisme à ton égard."

"Lui-même a commencé à nourrir une période de doutes, figure-toi, à l'époque de mes balbutiements."

"Je pensais que les marques laissées t'enseigneraient la repentance. Or, force est de constater qu'il n'en est rien. Aujourd'hui tu profanes les corps et t'amuses avec les lanternes cinématiques." sur une moue révulsée.

"C'est vraiment le moins que je puisse faire à votre égard."

Spears raccourcit la distance qui les sépare, faisant davantage pression contre le manche tenu par Undy.

Les deux adversaires ont le visage déformé par la force qu'ils y mettent.

"Puis-je vivre suffisamment longtemps pour voir votre règne s'effondrer." grimace Undy.

"La menace ne prend pas. Nos fondations sont bien trop solides pour être mises en péril par tes indécentes entreprises."

"Un château de cartes. Il suffit de déplacer une seule d'entre elles pour voir s'écrouler tout l'édifice. Et crois-moi sur parole, Spears, je choisirai la bonne avant de tirer ma révérence."

Je n'ai jamais entendu pareil ton dans la voix d'Undertaker. La rage le déforme entièrement, jusqu'au timbre de voix !...

Spears vire et se retrouve soudain derrière Undy, attrapant les cheveux sur le haut de son crâne dans une poigne ferme, bouche proche de son oreille percée.

"Je ne te laisserai pas souiller ainsi notre... ARGHHHHH !"

Je viens de frapper son dos de ma faux. Il n'a rien vu venir !... Il me fixe, incrédule, mâchoire si crispée qu'elle en fait suinter ses gencives. "Espèce de... petite..."

"Hors de ma vue, Spears." le menace Undy.

Il pose un genou au sol. Sa défaite est totale.


"A quel moment t'es-tu rendue compte que tu voyais le monde invisible aux yeux humains ?" me questionne Undy autour d'un thé, après l'achat et la livraison d'un nouveau canapé tout aussi confortable que le précédent.

"Jeune. Je pense que ça a débuté avec la mort de mes grands-parents. C'est à ce moment que mes yeux ont commencé à s'ouvrir."

"Que tu sois encore en vie tient du miracle." allant appliquer une caresse reconnaissante dans mon cou.

"J'imagine que certaines puissances ont veillé sur ma destinée." lui destinant un regard particulièrement explicite.

"Tu y as beaucoup veillé toi-même." sur un sourire doux.

"Spears a progressé." sombre.

"Quant à moi, j'ai régressé." sur un petit soupir attristé. "Mais qu'importe." arborant un sourire carnassier. "Spears a progressé. Car il doute à présent."

"Par... don ?" larguée.

"Il doute, my Lady." sur un sourire de plus en plus affirmé. "Je parlais de cette carte qui, une fois retirée fera s'écrouler tout l'édifice. Et cette carte, cette maîtresse pierre de coin, n'est autre que ce cher Spears."

"Undy..."

"Je le savais. Spears a déjà montré ses failles en refusant de se plier à ce qu'il appelle, dans le jargon, les heures supplémentaires visant à suppléer le manque flagrant de personnel." croquant dans un cookie, satisfait. "Il ne manifeste pas le zèle nécessaire et préfère se rabattre sur l'incompétence de ses subordonnés. Brave petit fonctionnaire en déroute..." ricanant presque.

"Je... n'arrive pas... à y croire..."

"Depuis le temps qu'il me défie, il aurait dû remporter une victoire."

"Non car... tu es meilleur, je me trompe ?"

"Nous sommes de force égale mais j'ai à mon service l'expérience de tous ces siècles passés à arracher des vies." pragmatique. "Spears n'a que quelques décennies de service, par lesquelles passent toutes les nouvelles recrues, à son actif. Du fait de sa rigueur, il a été immédiatement promu."

"Je vois. Ne serait-ce pas possible de discuter calmement de ses doutes devant un thé et une assiette de cookies ?"

Grand éclat de rire, à s'en arracher des larmes. "Ouuuuuh ! Ouh, my Ladyyyy !... Que tu es drôle !..." reprenant peu à peu contenance. "Penses-tu vraiment que j'aurai négocié quoi que ce soit, à l'époque où j'ai détruit les QG, simplement parce qu'on m'avait proposé une discussion ouverte autour d'une collation ?"

"Spears en est donc là ?..."

"La colère l'agite autant qu'elle l'aveugle." certain de son fait. "Voilà pourquoi il ne cesse de revenir à la charge et laisse la bataille ouverte." trempant un biscuit dans son thé, soucoupe délicatement tenue entre les doigts.

"Je pensais... n'est-il pas temps de regagner la petite pièce d'été au rez-de-cour intérieure ?"

Large sourire en face. "J'ai hésité à le faire, trouvant plus cosy l'appartement à l'arrière-boutique, seul. Mais maintenant que tu es là... pourquoi pas."


Nous aménageons la chambre qui donne sur la cour intérieure. Les oiseaux sont bien sûr au rendez-vous et nous honorent de leurs chants et autres roucoulements.

Depuis mon arrivée, nous n'avons pas jugé utile de faire l'amour, nous contentant de dormir, blottis l'un contre l'autre, de ces retrouvailles mûres qui n'exigent aucun autre contact charnel que celui de s'apporter mutuellement réconfort.

Undy demeure, à ce jour, ma relation la plus aboutie et mâture. J'en ronronne contre sa poitrine.

Caroline nous couve, appréciant de voir la bonne humeur de son patron. Janus sommeille sur notre lit pendant qu'Undy œuvre dans l'atelier.

Quel bonheur que cette domesticité recouvrée !...

Nous retrouvons également Lune et Severus.

Undy apprend à Severus à travailler le bois et ce dernier montre des talents certains.

Lune et moi ronronnons à l'unisson devant nos hommes, manches de leurs tenues retroussées, avant-bras nus, travaillant cette matière noble, Janus nichée entre nous.

Le bonheur tient finalement à si peu de choses...


Aujourd'hui c'est atelier confiture - un marchand a ramené à Undertaker des cageots entiers de cerises griottes. Lune et Caroline me prêtent main forte.

Shinigami est assurément bec sucré !... Il pénètre parfois le cercle des cuisines, agitant les doigts devant la bonne odeur qui s'échappe de la marmite.

Lune le menace d'une louche. "Pas touche !"

Il éclate alors de rire. "Ouh mais que j'ai peur !..."

"Eh, j'suis peut-être plus une Spectre mais j'suis encore capable de te botter le derrière alors gaffe !"

"Je n'en doute pas une seule seconde, ma brave Lune." sur un sourire indéfini.


Le SMS tombe un soir alors que j'attends Undertaker sur le canapé. "Tu me manques tellement, Shachi-chan... reviens stp..."

"Bientôt, Floyd." en réponse.


(*) Jennifer "Ma révolution"