Chapitre 290 : Love and hate

"La mort..."

"Tu sembles y penser aussi souvent que moi, my Lady..."

"A la façon dont elle a happé les vies autour de moi..."

"Elle ne t'a guère ménagé, je me dois de le reconnaître." me serrant davantage contre lui, en ce petit matin.

"Elle a frappé très vite, très fort."

"Je te le concède."

"Et c'est toi qui es venu pour ma mère..."

"Oui, je..." soupirant.

"Tu semblais si froid, si détaché, dans la tâche qui t'avait été assignée..."

"Le devoir avant tout autre chose, my Lady. Les meilleurs se doivent de n'engager aucun affect dans leur mission."

"Tu étais... impressionnant. Intouchable. Intraitable." m'en souvenant comme si cela datait d'hier.

"Je l'étais sans doute." embrassant le haut de ma tête, paupières closes.

"Pourtant... n'aimais-tu pas ma mère ?... Au point de t'ôter la vie lorsqu'elle a repoussé tes avances ?..."

"Oui." attrapant ma main pour en baiser délicatement le dos. "Je l'aimais. Avec beaucoup d'immaturité pour en arriver à une telle folie. Et ce geste m'a condamné à l'éternité." sur un sourire amer.

"J'apprécie que tu aies des failles. Cela te rend... humain. Même le loyal et fidèle 136649 a fini par chuter, emportant avec lui un pan de certitudes séculaires."

Je me redresse pour m'étirer avant de regagner son torse.

"Nous nous sommes rencontrés au bon moment cette fois." ronronnante.

"Comme si le destin nous avait offert une seconde chance." souriant, glissant la paume le long de mon avant-bras jusqu'à ma main pour y croises nos doigts. "Que nous avons su saisir."

Je viens nicher dans son cou cicatrisé.

"Si tu m'avais échappé, Undy, j'en serai malade." levant le regard sur lui. "Et si je t'avais repoussé ?..."

"My !... J'aurai été des plus opiniâtres et déterminés."

Je glousse de délice. "Cela doit être du plus bel effet. Redoutable. Je regrette presque de n'avoir pas résisté davantage pour avoir le privilège d'apprécier ce pendant de ta personnalité."

"Heavens, no !" amusé.

"Tu as déjà donné un aperçu de la puissance dont tu étais capable lorsque tu as confronté les Juges."

Il baise une nouvelle fois le dos de ma main avec dévotion. "J'ai agi par débordement. Je te prie d'accepter mes excuses pour ce manque de tact."

Je me tourne sur le flanc, l'observant dans la pénombre matinale. "A quel moment as-tu été le plus hors de tes gonds ?"

"Au moment de ma révolte. Sans aucun doute possible. Je n'étais que rage sourde. Qui, au final, a fait grand bruit." riant.


"Oooooh, Caroline, regarde ! Papa est là !..." la traînant jusqu'au manège familial de la foire du Trône.

L'orgue joue Espana Waltz.

Undertaker suit.

"Wow ! Il est magnifique !" parlant aussi bien du manège que de mon père.

Papa descend du manège en marche, souple. "Bien le bonjour, mesdemoiselles. Monsieur." à Undertaker.

"Richard." posé. "Tu as repris ta vie de nomade ?"

"Elle me sied le mieux." souriant.

"Et je note que la machinerie tient toujours aussi solidement la route." notant combien le manège tourne bien.

"Ah, la vieille mécanique demeure infatigable !..." riant.

Ces jeux de mots !... XD

"Marcel ! Tu prends la relève, stp." appelant son aide.

Il nous invite à l'intérieur de la caravane luxueuse.

Undertaker siffle. "Ma foi..."

Je ris.

"Thé ? Café ?"

"Thé pour Caro line et moi, merci."

"Café."

Caroline soupire, s'imaginant déjà voyager aux côtés de mon père. "Je vais réclamer une année sabbatique." guettant la réaction de son patron.

"Refusée." s'amuse Undy.

Sur la banquette, je niche contre Undertaker qui apprécie ma proximité.

Mon père s'installe aux côtés de Caroline, thés et cafés servis, assortis de quelques biscuits.

"L'année dernière, on m'avait placé à côté des autos-tamponneuses... les baffles couvraient les mélodies de l'orgue à m'en rendre malade !..." riant au souvenir.

"Je note que tu y as remis bon ordre." souriante.

"Avec raison, Richard !... Les mélodies jouées par l'orgue sont trop précieuses pour être couvertes par une musique barbare." sirotant, bras gauche passé autour de moi ; le geste n'a rien de possessif, du reste, il demeure protecteur et enveloppant.

"Hey ! C'est vous, là ?" désignant un cadre de photo sur lequel papa pose, jeune.

"Il semble." souriant.

Caroline se saisit du cadre. "Wow ! Canon, hein ?" me le présentant.

"Oh, je connais, merci Caroline." riant.

"Je ne savais pas la moitié de ce que je sais aujourd'hui !..."

"Sur les femmes ?"

"Entre autres." souriant, plein de charme.


"Tu vas te mettre en colère ?" questionnant Undy sur le retour.

"A quel propos, my Lady ?"

"Si Caroline décidait de se sauver avec mon père."

"J'y perdrais une aide précieuse."

"Sans plus ?"

"Ainsi qu'une enfant d'adoption." tendre.


Je dois dire que j'apprécie particulièrement voir Undy reprendre goût aux relations physiques, m'appliquant, avec volupté, à lui faire régulièrement l'amour dès que le moment se présente et ma foi... Shinigami à la retraite apprécie le traitement de faveur !...

C'est une fusion, bien au-delà de l'attrait physique et du plaisir de l'acte. Nous sommes en communion et en phase. Des "je t'aime" en cascade puis la remarque : "J'en deviendrai presque possessif, my Lady..." sur un sourire explicite.


Il en est un autre qui camouflait une nature chaude sous une apparente froideur et il s'agit de Jin. Rônin avait été nourri et élevé au bushido qui faisait très peu place aux sentiments, les refoulant comme s'ils représentaient un danger et une faiblesse.

Durant son enfance au dojo, Jin était si talentueux qu'il effrayait les autres disciples d'Enshiro. Son talent inné venait de l'isoler de tout contact social hormis la présence de son maître et père adoptif...

Le jeune garçon eut donc une carence sociale et affective qui lui colla longtemps à la peau. N'approchait pas Jin qui voulait ! Inaccessible et secret, le jeune homme donnait tout sauf envie qu'on recherche sa présence ; bouclé à double tour, Jin.

Quant à la conversation, hormis les phrases tranchantes comme son sabre, et généralement laconiques, elle se bornait à ses "hmm." pour toute forme de ponctuation.

Je m'attendais évidemment à ce qu'il se montre gauche et fermé en amour... mon avis a cependant volé en éclats dès le premier baiser, à ce débordement spontané qu'il autorisa voire encouragea, à ces caresses brûlantes, à ce kama-sutra riche et inventif... Ah oui, Jin cachait parfaitement son jeu !...

Visiblement le trauma d'avoir perdu sa famille et trucidé son propre maître n'avait en rien entaché une sexualité affirmée.

Durant le voyage initiatique en compagnie de Fuu et Mugen, Jin ne rechignait pas à visiter les bordels les plus accessibles, une fois son estomac rempli - ce qui arrivait peu, il fallait le dire !... Jetés sur les routes les poches vides, la survie demeurait un défi quotidien.

Jin portait le drame de la mort de son maître sur ses épaules, lui offrant une gravité dans les traits, une nonchalance affichée.

Japonais pure souche, de la région même d'Edo, Jin détonnait aux côtés de Mugen, de ses manières grossières et son franc-parler. Pourtant, au fond, les deux jeunes adultes possédaient une certaine résonance, notamment une âme extrêmement rebelle et combattive, un instinct de survie conservé intact.


Je souris, tapotant la main d'Undy alors que nous sommes en terrasse et qu'il s'apprête à rencontre mon fils, Eliott.

Ce dernier arrive calmement, à pieds, s'installant après avoir baisé mon front et salué le croquemort. Ce dernier triture nerveusement l'anse de sa tasse, geste qui n'échappe guère à mon Spectre de fils.

"A little nervous, uh ?..." amusé par le stress qui anime Undy.

"Comme... lorsque vous rencontrez un membre important de la belle-famille." souriant, plein de charme.

La vibe du Shinigami atteint Eliott en plein.

"Maman m'avait dit que vous étiez à couper le souffle... ce n'étaient là que de faibles mots."

J'en souris. Echidna a toujours été direct.

"Je..." sur un petit rire gêné.

Eliott lève la main pour se commander un café serré.

"Alors, quel est le programme ?"

"Oh, je vais faire quelques exercices libres avec Na'ir."

"Ah, cool !... Je kiffe votre joli duo." souriant. "Vous montez également à cheval ?" à Undy.

"Cela m'arrive, oui."

"Cela fait un moment que nous n'avons plus chevauché, toi et moi." souriante.

"J'en prends bonne note, my Lady." tendre, caressant le dos de ma main.


Nous y voici, Na'ir galope pour se défouler tandis que je me tiens au centre du manège.

J'écarte les bras et il vient me frôler au galop, ciblant pour ne pas blesser.

Puis il se calme, venant me rejoindre tranquillement au pas. Je le chevauche d'un bond, à cru.

"Une amazone..." s'émerveille Undy.

"Stupéfiante symbiose." répond Eliott.

Je le guide à la crinière, lui laissant une large part de liberté de mouvements.

Un instant, je le fais incliner pour qu'il s'affaisse sur le flanc, me relevant.

Puis je le chevauche alors qu'il passe rapidement à côté de moi, l'invitant à quelques pas.

Eliott se lève pour applaudir, suivi d'Undy. Quel bon public !...


"My Lady, ce fut... grandiose !..." avant un grand geste du bras avant de baiser le dos de ma main, gentleman, sur le chemin du retour, la plaçant sur son avant-bras et la couvant de sa propre main.

Eliott se pose dos contre le véhicule, nous observant tour à tour, sourire flottant sur les lèvres. "Charmant, je me dois de le reconnaître. Vous faites un très beau couple."

"Merci." me pressant contre Undertaker. "Nous avons tant en commun..."

Il en soupire de bonheur, me bordant de toute son affection, nez perdu dans le haut de mes cheveux.

"Je note, à cette aura habilement camouflée, que vous excellez en matière de combat."

"Souhaites-tu t'y risquer ?..." questionné d'une voix blanche.

"My Lady !..." riant doucement, conservant la position.

"Non merci. Je passe mon tour." amusé, reconnaissant la suprématie d'Undy.


"Quel garçon absolument délicieux tu possèdes là, my Lady !..." quittant ses vêtements pour enfiler sa large chemise de nuit en coton clair.

J'observe, du coin de l'œil, ses fesses délicates se laisser recouvrir par le tissu frais, pan de cheveux en couvrant la raie.

Ma splendeur est prête à se mettre au lit.

"Il a vu en toi la même chose qui m'a tapé dans l'œil." amusé par les sens avertis d'Echidna. "Cette puissance alliée à tant de douceur..."

Nous nous éclairons à la bougie, comme à l'époque, dans le cadre intime de la chambre de l'arrière boutique, ce qui lui confère une ambiance chaleureuse et cosy.

Il écarte les draps, m'invitant à y entrer.

"Avec le caractère bien trempé de sa mère." souriante.

"En effet, j'ai noté qu'il n'était pas de ceux à se laisser chatouiller longuement." regagnant sa place, s'y bordant.

Je regagne son torse alors que son dos repose contre l'oreiller placé en tête de lit.

Il en soupire, conquis.

"J'ai de la chance..."

Son bras m'étreint. "Dans ce cas, j'en possède bien plus du double..." épris.

"T'es-tu déjà demandé ce qu'il serait advenu de nous si nous étions ennemis ?..." jouant avec les brins de sa tresse.

"Heavens no !..." riant de mes idées sordides. "Où en trouverais-je la force ?..."

"Nous serions très attirés l'un par l'autre, n'est-ce pas ?... Tout en nous vouant aux tourments de la mort."

Ma main glisse sous les draps pour aller le cueillir sur le fin tissu de coton, m'en saisissant délicatement, lui faisant lever le menton sur un souffle vacillant.

"Nous jetterions tant de force dans chaque bataille... huhuhuhu !... L'idée me paraît presque séduisante."

"Je te laisserai beaucoup de latitude... bien malgré moi." souriant.

"Retiendrais-tu tes coups ?..." le caressant délicatement, le laissant s'ériger en toute quiétude.

"Sans doute. Et je m'arrangerai pour... ooooh mmm... te laisser penser le contraire..." souriant davantage.

"Tu serais aussi séduisant qu'opiniâtre... un redoutable adversaire... et je te craindrai." sentant comme il gagne en dureté et en volume.

Sa tête dodeline un instant, sur un soupir lascif.

"Je t'épierai... et tu en ferais de même..." à son oreille percée par l'industrial, allant chercher la barre du bout de la langue. "Chaque nouveau face-à-face nous serait à la fois redoutable que délectable, n'est-ce pas ?..." d'une voix chaude.

"Tu nous imagines... tant de situations, my Lady..." régalé par mon imagination, croisant ses doigts aux miens, libres.

"Tu es très, très inspirant, Undy." appréciant de le savoir accompli dans ma paume caressante. "Nous n'aurions que les corps-au-corps pour en savourer la proximité."

Il déglutit, régalé par ce que je tisse, ouvrant des yeux voilés. "Je souhaiterai t'annihiler... mais j'en serai incapable."

"Je me ferai fort de mépriser ton métier..."

"God !..." amusé.

"Je dénoncerai ton commerce avec les morts. J'aurai... des mots très, très forts, Undy."

"J'encaisserai... tout en souhaitant te les... engoncer dans le gosier." affichant cette nature rebelle et cette assurance qui en a fait le meilleur.

"Notre lutte demeurerait impitoyable."

Je repousse le drap pour le chevaucher, installée sur le haut de ses cuisses, chemise soulevée sur ce superbe sexe orné, y mettant les deux mains pour le choyer.

Il en frémit des pieds à la tête, secoué dans son corps comme rarement, menton levé haut, doigts crispant en rythme sur mes hanches.

"Je souhaiterai percer tes secrets afin de m'en servir pour provoquer ta chute..."

"Oooooh... je ne t'en laisserai voir qu'un échantillon choisi... prenant soin que tu t'égares chemin faisant..."

"Je condamnerai fermement tes agissements." me voûtant pour aller le titiller du bout de la langue, le rendant suintant de délice.

"Je te regarderai te... mmmm... ouiiiiii... my !... perdre dans tes convictions... te riant ouvertement... yeeees... au nez !..."

"Tu... oserais ?!"

"Bien entenduuuuuuu... haaaah... Nous ne nous fixerions... aucune règle... tous les coups... seraient permis..." me rendant un sourire farouche.

Je soulève le bassin pour me défaire et le laisser aisément coulisser en moi, accueillante.

Il en frémit outrageusement, voué à son plaisir mâle, suffoquant.

"Aurions-nous fauté ?..." le dardant du regard.

Il sourit, affirmé. "Là réside... la question..."

"Je te... mépriserai si fort, Undy..." commençant à balancer, pupilles dérivant sous mes paupières mi-closes, tant le plaisir est montant.

"Comme autant de... preuves de ton... déni..."

De plus en plus fort, contractant autour de lui pour un maximum d'effet.

Il en délire, lâchant des râles éloquents, corps moite.

Je cesse, plaçant mon front contre le sien. Il en sourit, doigts accentuant leur pression sur mes hanches, ouvrant lentement les yeux sur moi.

"Nous aurions sombré plus d'une fois..."

"... ce qui... aurait renforcé notre... hargne l'un envers l'autre..." sur la même longueur d'onde.

Je bouge à nouveau puis cesse, le menant au bout de son propre plaisir.

"Oh my !... Comme j'adorerai... te détester !..." dans une confession jetée en pâture à l'appétit qui nous anime l'un l'autre.

Un hoquet. Retournement de situation, lui sur moi, regagnant la place conquise, nous arrachant un râle commun.

Ses doigts glissent entre les miens dans une prise ferme.

Ses hanches se meuvent comme animées par une vie qui leur serait propre.

Quelle délice lorsque Monsieur est aux commandes !...


Je repose contre lui, m'amusant avec quelques mèches argentées que je laisse glisser entre mes doigts.

"Ce que j'aime chez toi, c'est... ton répondant."

Il glousse. "Je suis ravi... qu'il te sied." cherchant le baiser.

"Tant d'autres auraient pour crainte que je les quitte, n'osant ainsi pas s'y employer..."

"Accepter le risque de perdre l'être aimé revient à l'aimer davantage." caressant mes épaules, doux.


"Bonjour, maman." venant derrière ma chaise, bras de part et d'autre des accoudoirs, m'appliquant une bise avant de s'installer en face de moi.

Son sourire me harponne. "Quel beau couple vous faites !... Je comprends aisément que tu n'aies pas résisté à autant de charme et de... charisme." piquant dans mon café.

Petit rire de ma part. "Nous voyons donc la même chose en lui..." à peine étonnée, s'agissant de mon fils en Hadès.

"Ooooh oui. Et je comprends que notre Seigneur s'en inquiète." adoptant plus de gravité sur le visage. "Extrêmement puissant, du peu qu'il en ait caché."

Je glousse. "En total rébellion contre le système, qu'il soit de ses pairs ou instauré par notre Seigneur."

Je reporte mon attention sur lui. "Bon. Et toi ?"

"Moi ?" haussant les épaules. "Je m'amuse toujours autant avec les larves... dis-moi..." se penchant soudain lentement vers moi. "Quel est cet être que tu tiens dans tes filets dans cette dimension préparée spécialement pour lui ?"

Je déglutis. "Mahito ?..."

"Si tel est son nom..."

"Ne t'en approche sous aucun prétexte, Eliott."

"Il doit être redoutable pour que tu le tiennes sous clé..." amusé par mes façons. "Redoutable mais pas au point de l'éradiquer. Qu'il soit homme ou femme, cet être possède un attrait indéniable. Même pour toi."

Pourquoi faut-il que mon fils lorgne toujours dans la même direction que moi ?...