Et les étoiles disparaîtront
Chapitre 7 – Chansons après la tombée de la nuit
Partie 2
oOo
Cersei-modèle ne dit rien pendant un long moment quand elle acheva son récit.
« Je vois. »
Cersei guetta une autre réaction de sa part mais n'en obtint aucune, et elle ne parvint pas non plus à décoder son air pensif. Un peu déçue, elle se leva.
« Je dois y aller. »
Alors qu'elle avait presque atteint la trappe, son modèle l'interpella.
« Attends. »
Elle se retourna, les sourcils froncés.
« J'ai un vieux lecteur de cassettes dans la boîte à gants de ma voiture. C'était... c'était ma mère qui me l'avait offert quand j'étais petite. Je ne m'en sers plus depuis des années. Si ça t'intéresse, il est à toi. »
Troublée par ce sursaut inattendu de gentillesse, Cersei hocha doucement la tête.
« Ça m'intéresse... »
L'autre Cersei lui fit un léger signe de tête, puis se perdit de nouveau dans sa contemplation de l'horizon.
« Merci, » murmura Cersei, mais elle ne semblait déjà plus l'écouter.
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« Tu sais que c'est interdit. »
Tyrion-copie, assis sur le bord de son lit, ignora tant bien que mal la légère supplication dans les yeux de son grand frère, appuyé contre le mur.
« Je sais, Jaime. »
« Ce n'est pas parce que Cersei y est allée que tu dois y aller aussi. En plus, elle t'a déjà tout dit... qu'espères-tu apprendre de plus ? »
Il se leva, s'approcha de lui et enroula les bras autour de sa taille. Jaime lui rendit son étreinte et lui ébouriffa les cheveux avec affection. Tyrion lui sourit un peu tristement.
« Jaime... j'ai besoin de voir ça par moi-même, tu comprends ? »
Tyrion ne lui en voulait pas de chercher à lui ôter son projet de la tête. Après tout, il n'avait jamais mis les pieds dans cette partie interdite du pensionnat et ses seuls écarts vis-à-vis du règlement se limitaient à sécher des cours de sport et à sauter des repas.
Cependant, rien ne parviendrait à le faire changer d'avis. Que risquait-il, de toute façon ? Ses étoiles étaient sur le point de renaître. Même s'il se faisait surprendre, Baelish ne lui infligerait aucune punition – tout juste se contenterait-il d'une légère remontrance manquant de conviction. Tyrion avait l'impression que le directeur adjoint du pensionnat savait exactement là où ils étaient et ce qu'ils faisaient en permanence et que, loin de s'offusquer du moindre manquement au règlement, il les regardait faire sans se départir de son éternel léger sourire amusé et scrutateur. Sinon, pourquoi n'avait-il jamais repris Bronn sur la fâcheuse tendance qu'il avait de passer des nuits entières en ville ?
Toutefois, il n'avait jamais partagé cette hypothèse avec Cersei et Jaime. Après tout, ce n'était que cela : une hypothèse. Et elle ne l'empêchait en aucun cas de craindre que les foudres d'Aerys s'abattent sur eux dès que l'un des pensionnaires faisait le moindre pas de travers.
Laissant les yeux violets brûlants qui pouvaient clouer sur place n'importe qui dans un coin perdu de son esprit, Tyrion pressa le pas. Ne pas craindre Baelish autant qu'il l'aurait dû ne l'empêchait pas de se montrer prudent. Il n'avait pas envie de croiser l'un de ses camarades dans les couloirs et de devoir s'expliquer quant à sa destination.
Contrairement à Jaime, Tyrion s'était déjà laissé convaincre par Cersei de se rendre dans cette partie du bâtiment qui leur était normalement interdite. A l'époque, il n'y avait pas vu grand intérêt puisqu'elle était inutilisée – il s'agissait plus d'un défi emprunt de curiosité que d'autre chose.
Aujourd'hui, en revanche, tout était différent. Ce n'était plus une suite de chambres vides et de salles pleines d'appareils médicaux ultra perfectionnés inutilisées.
Tyrion eut un léger mouvement de recul au moment de s'aventurer dans le couloir interdit, qu'il s'obligea cependant à surmonter. Il n'était plus temps de faire demi-tour.
Cersei-modèle et Jaime-modèle étaient aux côtés de leur petit frère quand il se planta derrière le miroir sans tain, sans le regarder toutefois. Cersei tournait les pages d'un carnet à la couverture bleu foncé d'un air distrait et Jaime pianotait sur son téléphone portable.
Après avoir évité de poser les yeux sur son modèle pendant de longues secondes, Tyrion finit par s'y résoudre – il était là pour ça. Il s'était préparé à ressentir le choc si particulier que son frère et sa sœur lui avaient décrit après avoir croisé leurs propres modèles pour la première fois, si bien qu'il s'était persuadé que lui ne ressentirait absolument rien.
Il comprit alors que même les plus éloquents discours ne seraient pas parvenus à le préparer à l'étrange coup au cœur qui retentit dans sa cage thoracique.
Pendant un trop long instant, il eut l'impression que c'était lui qui était branché à toutes ces machines qui bipaient sans cesse, qu'il ne faisait que contempler son reflet, que c'étaient ses étoiles à lui qui étaient mourantes. L'illusion n'alla guère plus loin, et si elle n'avait rien de doux, le retour à la réalité n'en fut guère plus agréable pour autant.
Dans un peu plus d'une semaine, leurs places seraient inversées. Son modèle aurait des étoiles toutes neuves et ce serait son corps à lui qui serait étendu sur un lit similaire à celui-ci, plongé pour toujours dans le plus noble des sommeils, celui que tous les pensionnaires rejoignaient après avoir accompli leur mission.
Quand l'impression de contempler son avenir finit par lui donner la nausée, Tyrion se détourna, puis, la tête basse, s'éloigna lentement.
Il ne décrocha plus aucun mot du reste de la journée.
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Cersei-modèle revenait du parking du pensionnat d'un pas traînant, son vieux lecteur de cassettes entre les mains. Elle ne savait pas ce qui lui avait pris lorsqu'elle avait proposé à sa copie de lui en faire cadeau, pas plus qu'elle ne comprenait comment elle en était venue à avoir une conversation à peu près sereine avec elle.
Etait-ce la mention d'Auprès de moi toujours qui l'avait placée dans un tel état de faiblesse ? Ou alors les secrets qui lui pesaient sur le cœur et que jamais elle ne pourrait partager avec quiconque, pas même Jaime ? Le fait que sa copie soit au courant de sa relation incestueuse avec son jumeau et qu'aucune lueur de jugement n'était apparue dans ses yeux ?
Ou peut-être était-ce simplement le souvenir qu'elle avait partagé avec elle, ce petit morceau de son passé qui avait fait naître le soupçon d'un sentiment inédit dans son cœur.
Cersei s'était sentie désolée pour elle.
Et ça la terrifiait plus que tout – ou presque.
Ses doigts se crispèrent sur le lecteur de cassettes alors qu'elle franchissait la porte d'entrée du bâtiment. Il n'était pas encore pour faire demi-tour et le remettre dans sa boîte à gants, pour tuer dans l'œuf cette étrange entente tacite entre elles.
Cersei était sérieusement en train de considérer l'idée de rebrousser chemin quand son attention fut captée par tout autre chose. Un frisson de répulsion lui traversa le corps.
Robert-copie venait de descendre des escaliers et se dirigeait vers le réfectoire – il était seul.
Leurs regards se croisèrent. Quand il comprit qu'il n'avait pas affaire à Cersei-copie, l'étincelle de joie qui faisait pétiller ses yeux bleus s'évanouit.
Et Cersei demeura plantée là, paralysée d'horreur.
Elle savait que ce n'était pas son défunt mari qui se tenait devant elle, que ce n'était qu'une vulgaire réplique, un mensonge, une illusion, elle le savait, mais comme à chaque fois qu'elle apercevait l'ombre du plus grand cauchemar de son passé, toute pensée rationnelle la quittait et la jetait en pâture à ses souvenirs. Pendant un instant, ce fut comme si sa peau se couvrait de nouveau de diamants bleus.
Robert, dérouté par sa réaction, s'approcha. Il était plus jeune que le Robert de ses souvenirs, et c'était après tout bien normal. Dans les années suivant le lancement du programme Supernova, une sorte d'accord s'était mis en place entre tous ceux assez riches pour se permettre d'y avoir recours : on ne se clonait pas soi-même. Se cloner soi-même, c'était le paroxysme du narcissisme, le summum de l'égoïsme. Non, on devait cloner ses enfants pour sauvegarder leur avenir, et s'en tenir là. Même son père s'y était plié.
Robert Baratheon était le seul puissant de Westeros à avoir franchi cette limite tacite. A l'instant où il avait hérité de la fortune de son père, il s'était précipité à Hautjardin pour entreprendre les démarches. Cersei connaissait cette histoire par cœur – c'était une de celles dont il préférait se vanter. Dès qu'il était ivre – soit à peu près tous les soirs – il se faisait un plaisir de la lui raconter, histoire de lui rappeler à quel point il était puissant.
A quel point il pouvait la briser si ça lui chantait.
Perdue dans le labyrinthe de son esprit, Cersei n'avait pas vu la copie s'approcher. Robert lui toucha le bras, plein de sollicitude.
« Tout va bien ? »
Cersei ne pensa même pas à ce qu'elle fit ensuite.
La gifle partit par réflexe.
« Ne me touche pas ! » cracha t-elle.
Médusé, Robert massait sa joue endolorie, les yeux exorbités. Cersei ne put supporter plus longtemps les souvenirs de brûlures que ces prunelles bleues laissaient sur sa peau et son cœur.
« Ton modèle est mort. »
Elle éprouvait une joie sauvage à voir la perplexité se couler sur les traits de son visage.
« Il est mort, et tu sais quoi ? C'était une ordure de la pire espèce. Le monde se porte beaucoup mieux depuis qu'il bouffe les pissenlits par la racine... et tu devrais être heureux, toi aussi. A ta place, j'aurais préféré crever plutôt que de lui donner le moindre organe. »
Robert ne réagissait toujours pas. Il la fixait avec horreur, la bouche entrouverte, comme s'il était devenu incapable de parler.
« Tu as entendu ? » explosa Cersei. « Il est mort ! Mort, mort, mort ! »
« Laisse-le tranquille ! »
Cersei-copie, qui venait de descendre à son tour, s'interposa entre eux. Les yeux lançant des éclairs, Cersei fit un pas en arrière.
« Je... je... » bredouilla Robert.
« Ça va aller, » le rassura t-elle, un gentil sourire sur les lèvres.
Cette scène donna envie de vomir à Cersei, qui se détourna et courut se réfugier à l'extérieur. Une main sur le ventre, elle s'appuya contre le mur, les jambes tremblantes. Sa copie la rejoignit rapidement, les poings sur les hanches.
« Robert est bouleversé, » lâcha t-elle.
Cersei reprit contenance et renifla avec mépris. Elle ne se justifierait pas.
« Tu... tu connaissais bien son modèle. »
Ce n'était pas une question.
« C'était mon mari. »
Les mots avaient le goût terrible du plus douloureux des poisons. Un éclair de surprise traversa le visage de Cersei-copie.
« Et... et Jaime, alors ? »
Cersei rit sans joie.
« Je n'ai jamais voulu l'épouser. Mon père m'y a obligée. »
Sa copie se tordit les mains, clairement mal à l'aise. Cersei sentait qu'elle voulait lui poser plus de questions mais qu'elle ne pouvait s'y résoudre, comme si, d'une certaine façon, elle ne voulait pas connaître les réponses – comme si elle les connaissait déjà.
« Comment est-il mort ? » demanda t-elle d'une toute petite voix.
Cersei se mordit la lèvre. L'étrange rêve qu'elle avait fait la nuit de son arrivée à Hautjardin revint flotter dans son esprit.
Plop. Plop. Plop.
« Un accident de voiture. Il était ivre. »
« Je vois. »
Les souvenirs du jour de son mariage se mélangeaient dans un étrange défilé devant ses yeux.
« Est-ce... est-ce qu'il te trompait ? » demanda un peu naïvement sa copie.
La légère note d'espoir dans sa voix indiqua à Cersei qu'au fond, elle espérait qu'il s'agissait de la raison du ressentiment qu'elle éprouvait à l'égard de Robert, la raison qui l'avait poussée à s'en prendre à sa copie.
« Bien sûr, » répondit-elle, comme si c'était une évidence. « Il avait une maîtresse. Peut-être plusieurs. Et il enchaînait les coups d'un soir. »
Son sourire lugubre fit frissonner sa copie.
« J'étais heureuse qu'il me trompait. Chaque nuit qu'il passait avec une autre était une nuit qu'il ne passait pas dans mon lit. »
Elle n'en dirait pas plus. Qu'est-ce qu'une copie pouvait bien comprendre aux viols conjugaux ?
« Tu sais... Robert – je veux dire mon Robert – est quelqu'un de bien. Il a toujours été très gentil et très respectueux avec moi... »
Cersei fronça les sourcils. La façon dont elle parlait de lui... mais non, ça ne pouvait pas être ça... et pourtant, la manière dont les yeux de Robert-copie s'étaient illuminés quand il l'avait vue, avant qu'il comprenne qu'elle n'était pas sa Cersei...
« Tu es sortie avec lui ? »
Elle avait posé la question en riant à moitié, parce qu'après tout, c'était absurde, ce n'était qu'une idée fantaisiste, une blague, une pensée grotesque, alors pourquoi sa copie fixait-elle à présent le sol d'un air coupable ?
Le rire de Cersei mourut dans sa gorge.
« Comme je l'ai dit... Robert a toujours été très respectueux avec moi. Il ne ferait pas de mal à une mouche. »
Détourner le regard ne servit à rien. Des images de Cersei-copie et de son Robert en train de s'embrasser passionnément inondèrent son esprit sans lui laisser aucune chance d'échapper à ce torrent abominable.
Elle allait vomir. Elle allait vomir.
« Alors que s'est-il passé ? » demanda t-elle d'une voix étranglée.
L'image d'Alyssa vint remplacer celle de Robert, Alyssa enlaçant fermement Cersei-copie, Alyssa semblant s'accrocher à elle avec un certain désespoir, Alyssa finissant par tourner le dos à son regard fou de douleur...
Cersei-copie se mordit la lèvre.
Ses mots prirent la couleur de la honte.
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Cersei se promenait dans les jardins du pensionnat ou, plus exactement, elle suivait Alyssa, qui elle se promenait vraiment.
« Je sais que tu es là, Cersei, » finit-elle par lâcher, amusée.
Elle se retourna, les bras croisés sur sa poitrine. Ses yeux mordorés pétillaient.
Cersei haussa les épaules d'un air innocent.
« C'est une belle journée pour se balader, » se défendit-elle.
« En effet... » répondit Alyssa, faisant mine de la croire.
Elle roula des yeux quand Cersei la rejoignit et lui proposa de poursuivre leur promenade ensemble. Depuis quelques mois, elles passaient de plus en plus de temps ensemble, à tel point que Cersei en négligeait bien souvent Robert. Comme toujours, son petit-ami était trop gentil pour lui dire quoi que ce soit à ce sujet. Une pointe de culpabilité naquit dans son cœur, qu'elle essaya de réfréner. Au fond d'elle-même, elle savait que ce n'était pas par hasard qu'elle le fuyait ainsi pour rejoindre Alyssa. Et elle savait aussi qu'elle ne pourrait pas se voiler la face beaucoup plus longtemps.
Elles échangèrent des banalités pendant une dizaine de minutes, puis le silence retomba. Alyssa s'assit sur un banc et enlaça ses genoux, pensive. Cersei s'assit à ses côtés et résista à l'envie de passer la main dans ses épaisses boucles brunes.
« Cersei ? »
« Oui ? »
« Est-ce que tu aimes Robert ? »
La question la prit complètement au dépourvu. La bouche sèche, elle fut incapable de lui répondre, ce qui était une réponse en soi.
Robert était beau, gentil et respectueux. Il se pliait toujours en quatre pour elle et elle savait qu'elle pouvait compter sur lui.
Elle l'appréciait beaucoup.
Mais elle ne l'aimait pas – pas de cette façon. Avait-elle seulement été amoureuse de lui un jour ?
Alyssa se mordit la lèvre.
« Ecoute, Cersei... je ne voulais pas t'en parler, parce que tu n'es pas libre... mais je ne peux plus garder ça pour moi. Je suis amoureuse de toi. Je suis amoureuse de toi depuis des années. »
Cersei accusa le coup la gorge nouée. Elle le savait déjà depuis un sacré bout de temps, mais l'entendre de sa bouche suffit à rendre ses yeux humides.
« Je ne suis pas amoureuse de Robert, » bredouilla t-elle.
Une lueur d'espoir vint faire chatoyer les paillettes d'or dans les prunelles d'Alyssa.
« Moi aussi, je suis amoureuse de toi. »
Leurs lèvres se rencontrèrent avec un empressement mêlé de tendresse. Cersei savait que ce qu'elle faisait n'était pas bien, mais les battements effrénés de son cœur étouffèrent sa mauvaise conscience et le visage de Robert s'effaça de son esprit.
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« Tu... tu l'as trompé ? » s'étrangla Cersei.
Cette conversation lui semblait de plus en plus irréelle. C'était comme si l'ordre naturel des choses avait été victime d'un séisme, parce que dans son esprit Robert n'était pas trompé, c'était lui qui la trompait sans vergogne, et elle-même n'avait jamais trompé Jaime, ne le ferait jamais...
Cersei-copie poussa un long soupir où se glissèrent quelques regrets.
« Je n'ai jamais vraiment été amoureuse de lui... mais il était gentil avec moi. J'ai toujours su qu'Alyssa m'aimait et un jour, je suis tombée amoureuse d'elle... je n'ai pas pu résister. »
Son regard se perdit dans le lointain.
« Je sais que je lui ai fait beaucoup de mal... je le regrette. J'aurais dû le lui dire bien avant. »
Cersei la fixait à présent avec un mépris non dissimulé.
« Ne me regarde pas comme ça, » cingla sa copie. « Je ne suis pas parfaite... je n'ai jamais prétendu l'être. Personne ne l'est. »
Et, avec horreur, Cersei se surprit à penser qu'elle non plus, elle n'était pas parfaite, qu'elle était même un parfait exemple d'imperfection, et que le poids de ses erreurs menaçait de la faire chavirer à chaque instant.
La façon dont elle baissa la tête valait toutes les réponses du monde.
« Tiens, » dit-elle un peu en lui fourrant le lecteur de cassettes entre les mains.
Sans rien ajouter, elle s'éloigna.
Cersei-copie ne cherche pas à la retenir.
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La nuit était tombée depuis un moment quand Cersei-copie partit en quête de ses vieilles cassettes audio au fond de son armoire. Jaime et Tyrion, qui l'avaient rejointe dans sa chambre, la regardaient faire avec curiosité.
« Où est-ce que tu l'as eu ? » demanda Tyrion en désignant le lecteur de cassettes qu'elle avait soigneusement posé sur son bureau.
« Mon modèle me l'a donné. »
Un silence stupéfait accueillit cette déclaration. Cersei sortit alors la boîte poussiéreuse qui contenait ses cassettes. Elle s'assit sur son lit et les sortit une par une avant de les examiner rapidement et de les poser sur le matelas. Une seule l'intéressait vraiment.
Sa gorge se noua lorsqu'elle mit la main dessus. Sur la photo du boîtier, Judy Bridgewater portait une robe en satin violet décolletée sur les épaules. On ne la voyait qu'à partir de la taille parce qu'elle était sur un tabouret de bar.
Les mains tremblantes, elle se leva, ouvrit le boîtier et glissa la cassette dans le lecteur.
« Chansons après la tombée de la nuit, » lut Jaime à voix haute en jetant un coup d'œil au boîtier. « Ça me dit quelque chose. »
Mais Cersei ne lui donna pas de précisions, occupée comme elle était à presser le bouton du lecteur, avide d'entendre les notes de musique de son enfance renaître de leurs cendres.
La chanson qu'elle cherchait était la première de la cassette.
Mon amour, serre-moi, serre-moi, serre-moi
Et reste auprès de moi toujours, toujours, toujours...
Les yeux de Jaime et Tyrion s'éclairèrent. Sans doute se souvenaient-ils qu'il s'agissait de sa chanson préférée quand ils étaient petits, mais ils ne pouvaient pas savoir ce qu'elle représentait vraiment à ses yeux...
Mon amour, embrasse-moi, embrasse-moi, embrasse-moi
Et reste auprès de moi toujours, toujours, toujours...
La sensation fantôme des lèvres d'Alyssa contre les siennes fit perler quelques larmes au coin de ses yeux. Elle aperçut Jaime toucher le pendentif qu'il gardait en permanence autour du cou.
Verrouille mon cœur, jette la clé,
Comble mon amour d'extase
Retiens mon cœur dans ton étreinte chaleureuse
Et dis-moi que personne ne prendra jamais ma place...
Cersei ne put se retenir plus longtemps. De façon tout à fait absurde, elle se mit à pleurer.
Mon amour, dis-moi, dis-moi, dis-moi
Que tu resteras auprès de moi toujours, toujours, toujours, toujours, toujours, toujours...
Et, tout aussi absurdement, parce qu'après tout leurs larmes avaient plus de sens que tous les discours du monde, Jaime et Tyrion la rejoignirent dans ses sanglots.
