Et les étoiles disparaîtront
Chapitre 9 – Elysium
Partie 1
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Confortablement installée dans son lit, Cersei-copie serrait le petit carnet à la couverture bleu foncé dans ses mains sans trouver le courage de l'ouvrir. La lumière de sa lampe de chevet semblait faire danser des ombres tout autour d'elle et elle avait le sentiment que lire les mots que son modèle avait tracés dedans d'une écriture brouillonne ne ferait rien pour les chasser – bien au contraire.
Elle jeta un œil à son réveil, posé à côté de la lampe. Il était près de minuit, et si elle ne se couchait pas bientôt, elle allait en subir les conséquences le lendemain. Veillez à dormir au moins huit heures par nuit – c'était une des maximes que les gardiens du pensionnat leur répétaient sans cesse.
Cersei se demanda ce que ses frères feraient à sa place, ce qui ne lui prit pas plus de quelques secondes. Jaime n'aurait même pas songé à subtiliser le carnet. Quant à Tyrion, peut-être la curiosité l'aurait-elle tenté un instant, mais il n'aurait pas osé l'ouvrir, ou du moins, pas sans elle pour l'y pousser.
Elle poussa un léger soupir. Il aurait mieux valu qu'elle laisse tomber, mais la fascination que son modèle exerçait sur elle était parvenue à lui faire encore une fois franchir la limite du chemin invisible où ils étaient tous plus qu'incités à rester.
Cersei ouvrit le carnet.
Déchiffrer l'écriture lui prit quelques minutes, au bout desquelles elle parvint à intégrer la façon dont l'autre Cersei traçait les lettres. Elle s'était à moitié attendue à découvrir une sélection de poèmes dans la même veine que Ozymandias, des poèmes qui pourraient de nouveau éveiller quelque chose au fond de son cœur, un sursaut, une onde, un bruissement, et fut donc quelque peu déconcertée en se retrouvant nez-à-nez avec une histoire des plus banales.
Gendry et Mya régnaient sur un royaume mystérieux et inaccessible, un lieu où le temps n'avait pas de prise et où le chagrin et la souffrance n'existaient plus, un paradis qu'ils avaient décidé d'appeler Elysium.
Les premières pages décrivaient en détail ce continent qui était de toute évidence issu de l'imagination de son modèle. Cersei, si elle trouva le style d'écriture plutôt poétique, ne put s'empêcher d'être un peu déçue. Cette histoire ressemblait à un conte de fées pour enfants, et elle estimait avoir passé l'âge pour véritablement apprécier un conte de fées.
De plus en plus intriguée, elle tourna quelques pages et reprit sa lecture.
Gendry et Mya se trouvèrent un jour en grand danger : alors qu'ils traversaient Elysium dans leur carrosse royal pour saluer tous leurs sujets, leur plus grand ennemi, le féroce lion aux yeux d'émeraude, leur barra le passage, ce qui manqua de renverser le carrosse.
Cersei fronça les sourcils. Le reste de l'histoire ne consistait qu'en une suite de platitudes convenues : à la fin, Gendry et Mya parvenaient à faire fuir le lion et, alors qu'ils reprenaient leur route dans leur carrosse enchanté, étaient applaudis avec affection et reconnaissance par leurs sujets.
Elle s'aperçut bien vite que le carnet n'était composé que de petites histoires de ce genre narrant les aventures de ces deux enfants, Gendry et sa petite sœur Mya, souverains adorés du royaume d'Elysium. Seuls quelques poèmes trouvaient leur place au milieu de cette cascade de bons sentiments et de fins heureuses – Ozymandias y apparaissait d'ailleurs deux fois.
Cersei reposa le carnet, songeuse. Quelque chose ne collait pas. Quel intérêt Cersei-modèle, une femme acerbe et mélancolique, trouvait-elle dans l'écriture de ces contes où pullulaient littéralement les licornes et les arcs-en-ciel ?
Constatant avec horreur qu'il était près d'une heure du matin, elle s'empressa d'éteindre sa lampe de chevet et de fermer les yeux. Il fallait à tout prix qu'elle soit en forme en se réveillant – les secrets de Cersei-modèle pouvaient bien attendre le lever du soleil.
Cersei rêva, et dans ses songes, c'était elle la souveraine du royaume d'Elysium, et non plus Gendry et Mya.
C'était elle qui traversait le royaume dans son carrosse étincelant de mille feux, c'était elle qui saluait la foule enthousiaste.
C'était elle qui offrait un sourire resplendissant à la personne assise en face d'elle. Sa reine.
Les yeux d'Alyssa étaient plus lumineux que le soleil à son zénith.
Quand le son strident de son réveil la tira de ce paradis rêvé, Cersei oublia tout de son rêve, il était comme l'eau vive d'une rivière, impossible à retenir, et il fut emporté par le courant comme tant de songes avant lui.
Elle ne comprit pas pourquoi elle avait les yeux humides.
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Jaime-copie fut brusquement tiré du sommeil par Cersei, qui le secouait sans ménagement.
« Debout, Jaime ! Tu es en retard. »
Comme souvent, il n'avait pas pris la peine de se servir de son réveil. Agacé par cette intrusion trop matinale à son goût, il grommela.
« Laisse-moi tranquille. Je n'ai pas envie de me lever. »
Jaime aimait sa sœur plus que tout, elle était ce qu'il avait de plus précieux avec Tyrion, mais pour l'instant, il n'avait tout simplement pas envie de la voir. Il était encore secoué par ce qu'il s'était passé pendant la visite médicale, la veille, et par la discussion qu'il avait eue avec son modèle ensuite. Il ne voulait parler à personne.
Comme toujours, Cersei, faisant fi de ses protestations, prétendit ne pas l'avoir entendu et reprit :
« Tu avais remarqué que mon modèle se promène toujours avec un carnet ? »
Il se redressa de mauvaise grâce en s'étirant.
« Hmm... » marmonna t-il en guise de réponse, ce qui laissait à Cersei le champ libre pour l'interpréter selon ce qui lui convenait le mieux. C'était une technique à laquelle il avait de nombreuses fois eu recours.
« Eh bien, je le lui ai emprunté. »
Alarmé, il braqua son regard sur elle, cette fois parfaitement réveillé.
« Comment ça, emprunté ? »
Elle haussa les épaules, un peu agacée, comme si ce n'était qu'un détail qui n'importait pas.
« Elle l'avait oublié dans la chambre de son Tyrion. »
Horrifié, Jaime écarquilla les yeux.
« Tu as pris quelque chose qui appartient à ton modèle sans sa permission ? »
Aucune règle ne leur indiquait explicitement de traiter les modèles avec respect, mais c'était tellement évident que Jaime se demandait comment Cersei pouvait avoir passé outre cela.
« Oui, et alors ? Ce n'est pas comme si je n'avais pas l'intention de le lui rendre. Ecoute, Jaime... ce n'est pas de ça dont je veux te parler. »
Réprimant un sermon, il croisa les bras sur sa poitrine et lui fit signe de poursuivre.
« Elle... elle écrit des contes pour enfants, des histoires où tout le monde est gentil et qui se terminent toujours bien. Et ce sont toujours les mêmes héros qui reviennent, deux enfants. »
« Et alors ? »
Il ne voyait pas du tout où elle voulait en venir. Qu'est-ce que ça pouvait lui faire, que son modèle se plaise à écrire des contes de fées ?
Cersei claqua la langue avec impatience.
« Tu la vois écrire ce genre d'histoires, franchement ? Tu as bien vu comment elle est... c'est typiquement le genre de personne qui écrit des histoires sombres et tourmentées, et pas une telle dégoulinade de bons sentiments... »
« Et qu'est-ce que tu en sais ? Tu as rencontré beaucoup d'écrivains dans ta vie ? »
Sa pique fit mouche. Le visage de sa jumelle se ferma aussitôt. Il l'avait blessée.
« J'ai l'intention d'enquêter, » annonça t-elle sans relever.
« Pour quoi faire ? »
« Parce que... parce que je veux comprendre. Je veux comprendre qui elle est vraiment. »
« Et à quoi ça t'avancera ? »
Comprenant qu'il n'avait nullement l'intention de l'aider, elle se détourna, les lèvres pincées. Il l'avait déçue, Jaime le savait, mais il ne pouvait rien faire pour elle. La vie des modèles ne les concernait pas et en savoir plus sur eux n'allait certainement pas leur permettre de prendre soin de leurs étoiles.
La main sur la poignée de la porte, Cersei se retourna brusquement, une flamme au fond des yeux.
« Tu sais quel est ton problème, Jaime ? » lâcha t-elle d'une voix tremblante. « Tu t'es toujours contenté de vivoter sans jamais chercher à vivre. Rien ne t'anime. C'est comme si tu n'étais qu'un fantôme... et tu refuses de reconnaître ce que te souffle une part de ton esprit. Tu refuses de reconnaître que tu es toujours dévasté par le départ de Brienne, parce que ce n'est pas ce que tu es censé faire. »
Sa tirade achevée, elle s'éloigna dans le couloir sans un regard un arrière et sans prendre la peine de refermer la porte.
Jaime, estomaqué, resta planté là pendant de longues minutes.
Sans qu'il comprenne pourquoi, les mots de Cersei l'avaient touché en plein cœur.
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Cersei-modèle se promenait dans les couloirs sans but précis. Elle savait qu'elle devait avoir une conversation avec Jaime, mais il dormait encore, et elle n'avait pas voulu le réveiller – et puis, si elle devait être tout à fait honnête avec elle-même, elle tenait à repousser autant que possible le moment où ils devraient s'expliquer sur les mots tranchants prononcés la veille.
Ses pas la guidèrent jusqu'à l'aile des Comètes. Elle croisa une copie d'une dizaine d'années, qui se dirigeait vers le réfectoire. Celle-ci la toisa avec une certaine méfiance teintée de défi. Frissonnant, Cersei poursuivit sa route.
La porte de la chambre de sa copie à elle était entrouverte. Sans prendre la peine de frapper, elle s'avança dans la pièce. L'autre Cersei lui tournait le dos et s'affairait à rassembler des livres dans un grand sac.
« Hey. »
Sa copie sursauta violemment, à tel point qu'elle en laissa tomber les livres qu'elle tenait. Ils s'écrasèrent avec fracas sur le sol.
« Tu m'as fait peur, » grimaça t-elle.
« Désolée, » répondit Cersei, mais son ton indiquait qu'elle n'était pas désolée du tout.
Son attention fut captée par les livres éparpillés sur le sol. Cersei-copie, qui comprit ce qu'elle fixait ainsi, tenta de tous les ramasser avant qu'elle ne les voie de plus près, mais c'était peine perdue : elle fut plus rapide.
Les ouvrages qu'elle tenait entre ses mains la rendirent plus que perplexe. Outre un gros dictionnaire d'anatomie, il y avait un livre sur le cerveau et un autre traitant du système digestif.
Elle n'avait pas besoin de se plonger dans le regard horrifié de sa copie pour savoir que ce n'étaient pas le genre de bouquins qu'on trouvait dans la bibliothèque du pensionnat.
« Où est-ce que tu as trouvé ça ? »
« A la bibliothèque municipale, » marmonna t-elle, les yeux tournés vers le sol.
Cersei se gratta le menton, pensive. Sa copie pouvait les avoir empruntés par simple curiosité, mais c'étaient des ouvrages assez pointus – elle était certaine que si elle les feuilletait, elle n'y comprendrait pas grand chose. Ce qui signifiait que Cersei-copie devait déjà avoir des connaissances sur le sujet.
Une hypothèse, simple et pourtant tellement absurde, s'imposa à elle.
« Tu... tu veux être médecin ? »
La logique aurait voulu que sa copie éclate aussitôt de rire, parce que c'était une pensée ridicule pour elle, elle qui était persuadée d'avoir une mission sacrée à accomplir, elle qui n'avait pas d'autre perspective que celle de lui fournir des organes si nécessaire, c'était n'importe quoi, alors pourquoi, pourquoi s'obstinait-elle à regarder par terre, comme prise en flagrant délit d'un crime quelconque ?
Cersei avait visé juste.
Une copie, sa copie, voulait être médecin.
Et c'était la meilleure blague qu'elle ait jamais entendue.
Alors, sans même penser qu'elle pourrait la blesser, elle éclata de rire.
Cersei-copie redressa la tête et la toisa d'un air digne jusqu'à ce qu'elle se calme.
« Tu... tu sais que tu as été littéralement fabriquée pour servir la médecine, n'est-ce pas ? Pour servir les humains ? Et toi, tu veux aider à nous soigner ? »
Son interlocutrice serra les lèvres. Deux petites larmes perlèrent au coin de ses yeux, puis roulèrent sur ses joues.
C'était la première fois que Cersei la voyait pleurer. La première fois qu'elle voyait une copie pleurer. Cela lui fit immédiatement un drôle d'effet. Une semaine plus tôt, quand elle avait débarqué ici, elle ne s'en serait pas souciée, mais sa copie avait l'air tellement humaine, et c'était le bazar total dans son esprit, et elle avait l'impression de se voir elle sangloter, comme elle avait passé des journées à le faire pendant son mariage, et même après...
« Hey... je suis désolée, » s'excusa t-elle avec une certaine maladresse.
Combien de fois avait-elle prononcé ces mots au cours de sa vie ? Trop peu, et ils ne lui évoquaient aucun souvenir.
« Je n'aurais pas dû rire. C'est juste que... c'est... surprenant. »
Cersei-copie essuya ses larmes avec la manche de sa chemise et lui reprit les livres des mains.
« C'est bon, je comprends. »
Elle rangea les ouvrages dans le sac.
« Je vais à la bibliothèque aujourd'hui. J'en profiterai pour les rendre. »
Cersei voulut ajouter quelque chose, poser une question pour comprendre d'où lui venait cette étrange ambition, lui demander si quelqu'un d'autre était au courant, mais rien ne lui vint, et son étrange alter-ego en profita pour changer de sujet.
« Ça s'est arrangé, avec ton Jaime ? »
Elle se mordit la lèvre.
« Pas vraiment. On n'a pas encore discuté. »
Cersei-copie s'assit sur son lit, une lueur de compassion dans le regard. Elle tapota le matelas pour lui faire signe de la rejoindre. Après quelques instants d'hésitation, Cersei finit par obtempérer.
« Hier... tu as mentionné quelque chose à propos... à propos de quelqu'un d'autre que ton Jaime fréquenterait, à l'université... »
Ce n'était pas ce qu'elle avait dit. Elle avait simplement insinué que Jaime ne se sentait pas aussi seul qu'il le laissait entendre lorsqu'il était là-bas. Cependant, l'idée était la même, et elle décida de lui répondre.
« Son meilleur ami est amoureux de lui depuis des années. »
Le visage d'Addam vint flotter dans son esprit, ce qui ne manqua pas de la faire grimacer.
« Et... ton Jaime le sait ? »
« Il faudrait qu'il soit aveugle pour ne pas le voir. »
Elle-même l'avait su à l'instant où Jaime avait invité Addam à la maison pour la première fois. Ils avaient quinze ans, à cette époque, et n'étaient donc pas encore ensemble, et pourtant mille soleils de jalousie avaient instantanément embrasé son ventre.
« Ils passaient beaucoup de temps ensemble, au lycée. Ils étaient tous les deux dans l'équipe de baseball. Et quand ils sont entrés à l'université, ils sont devenus colocataires. »
« Et... il s'est déjà passé quelque chose entre eux ? »
Cersei se frotta les mains, songeuse. Elle avait passé des journées et des nuits entières à se poser la même question, surtout quand elle était mariée à Robert. Qu'est-ce qui empêchait Jaime de se consoler avec Addam alors qu'ils étaient séparés, après tout ?
Pourtant, elle secoua la tête.
« Non. Il m'a toujours été fidèle, je le sais. Hier... j'ai dit ça pour le blesser. C'était... c'était un coup bas. »
« Je vois. »
Le silence retomba pendant quelques secondes.
« Est-ce qu'Addam sait pour vous deux ? »
Sa réponse surprit Cersei-copie.
« Evidemment. Je crois bien qu'il le savait avant même qu'on ne s'embrasse pour la première fois. »
C'était bien la raison pour laquelle ils ne s'étaient jamais entendus. Comment auraient-ils pu être amis alors qu'ils aimaient éperdument le même homme ?
« Hmm... tu sais si ton Jaime aime aussi les hommes ? »
« Aucune idée. Il ne me l'a jamais dit. »
Cette pensée lui fit un drôle d'effet. Imaginer Jaime dans les bras d'Addam lui était insupportable – l'imaginer dans les bras de n'importe qui lui était insupportable.
« Et toi ? Tu n'aimes que les hommes, ou tu aimes aussi les femmes, comme moi ? »
Elle commençait à trouver sa copie un peu trop curieuse à son goût. Elle n'aimait pas qu'on cherche à percer la carapace qu'elle s'était construite avec application.
« Moi, j'aime Jaime. »
Sur ces mots, elle se leva.
« Je devrais aller voir s'il est réveillé. »
Cersei-copie l'imita.
« Et moi, je dois aller à la bibliothèque. Elle ne va pas tarder à ouvrir. »
Cersei acquiesça et s'apprêtait à quitter la pièce quand quelque chose lui revint en mémoire.
« Au fait... mon carnet a disparu. Tu sais, celui dans lequel j'avais écrit Ozymandias. Tu ne l'aurais pas vu quelque part ? J'étais certaine de l'avoir laissé dans la chambre de Tyrion, mais il n'y est pas. »
Sa copie, qui vérifiait le contenu de son sac, secoua la tête.
« Non, ça ne me dit rien. Mais j'ouvrirai l'œil, si tu veux. »
« Je... je t'en serais reconnaissante, » grimaça t-elle. « Je tiens beaucoup à ce carnet. »
Sans rien ajouter, elle s'éclipsa. La discussion qu'elles venaient d'avoir prenait toute la place dans ses pensées.
Etait-il possible que Jaime ait un jour vu Addam comme un petit-ami potentiel, et pas seulement comme son meilleur ami ?
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Addam était accoudé à la fenêtre ouverte de leur petit salon depuis déjà plusieurs minutes quand Jaime le rejoignit.
« Tu n'as pas froid ? » s'étonna t-il.
Les températures de cette fin janvier étaient glaciales.
Addam s'esclaffa et lui montra la canette de bière qu'il tenait dans sa main.
« Je vois... »
La nuit était tombée depuis plusieurs heures déjà. Jaime songea qu'il détestait l'hiver. Lui, ce qu'il aimait, c'était le ciel d'été et la chaleur du soleil.
Ce qu'il aimait, c'était quand sa lumière faisait briller les cheveux de Cersei. Cersei qui était loin de lui, qu'il n'avait plus revue depuis le jour de son mariage, en septembre dernier.
« Tu vas attraper la mort, » crut bon de prévenir Jaime.
« Je fais juste une pause. Je... j'en ai besoin. »
Ses yeux étaient cernés. Addam travaillait dur pour réussir ses études. Très dur. Bien plus dur que Jaime, qui avait jusqu'à présent toujours validé son année de justesse. Pour ne rien arranger, les entraînements de baseball lui prenaient le peu d'énergie qu'il lui restait.
« Tu travailles trop. »
Addam planta ses yeux dans les sien.
« Je n'ai pas le choix, » répondit-il sèchement. « Je ne peux pas me permettre de redoubler. Je... je perdrai ma bourse, sinon. »
Jaime avait eu une place dans cette université prestigieuse grâce à l'influence de son père. Son meilleur ami ne devait la sienne qu'à ses résultats brillants. Il ne put s'empêcher de culpabiliser.
« Et ton père ? Il ne peut pas t'envoyer plus d'argent ? »
« Mon père est fauché depuis qu'il a arrêté de tremper dans des trucs pas nets. »
Addam lui avait un jour confié que son père arrondissait les fins de mois en versant dans le trafic de faux papiers d'identité. Jaime ne s'en était pas formalisé outre mesure – qui était-il pour juger ? En revanche, il ignorait tout des problèmes d'argent de la famille Marpheux.
« Je... je ne savais pas. »
Addam haussa les épaules.
« Ne t'en fais pas. C'est juste que... ces études, c'est mon seul espoir d'avoir quelque chose dans la vie. Je n'ai pas le droit à l'erreur. »
Il sursauta quand Jaime posa une main sur son bras.
« Tu vas y arriver. J'en suis persuadé. Mais... lève un peu le pied de temps en temps, d'accord ? Tu ressembles de plus en plus à un cadavre. »
Addam roula des yeux, mais une petite lueur s'était allumée dans ses prunelles noisette.
« J'en prends bonne note, » s'amusa t-il, mais Jaime se doutait qu'il n'en ferait rien.
Au fond, il l'admirait énormément. Addam n'était pas né avec une cuillère d'argent dans la bouche, comme lui. Il avait toujours donné le meilleur de lui-même dans tous les domaines et ne se contentait jamais de la deuxième place. Il irait loin dans la vie.
Jaime, quant à lui, était dyslexique, mais ça n'excusait pas tout. Les études ne l'intéressaient tout simplement pas. Ce qu'il voulait, c'était devenir un grand joueur de baseball. Et c'était ce qu'il ferait. Quand il le mettrait devant le fait accompli, son père n'aurait pas d'autre choix que de reconnaître son talent...
« Jaime ? » reprit Addam en s'éloignant de la fenêtre.
Il posa sa canette vide sur la table basse et se tourna vers lui, les yeux brillants.
« Oui ? »
« J'ai quelque chose à te dire. »
Intrigué, Jaime lui fit signe de continuer d'un signe de tête. Addam s'approcha lentement de lui, encore et encore, jusqu'à ce que leurs visages se frôlent.
Quand il l'embrassa, Jaime fut tellement surpris qu'il ne pensa pas à le repousser. Instinctivement, il lui rendit son baiser.
Bon sang, ça faisait du bien. Ça faisait du bien d'être proche de quelqu'un de cette façon, de recevoir autant d'affection et de passion, d'être redevenu le centre du monde de quelqu'un.
Les baisers d'Addam se firent de plus en plus passionnés. Il l'entraîna vers sa chambre et tous deux basculèrent sur son lit. Puis, il lui retira son pull avant de l'embrasser dans le cou.
Jaime, pris au piège d'une frénésie de sensations presque oubliées, le sentit durcir contre sa cuisse.
Ce fut comme un électrochoc.
Ce n'était pas bien. Il ne pouvait pas.
« Addam... stop... » murmura t-il entre deux baisers. « S'il te plaît, arrête. »
Celui-ci recula en fronçant les sourcils, l'air inquiet. Quand leurs regards se croisèrent, Jaime en eut presque la nausée. Qu'avait-il fait ? Il l'avait embrassé comme il embrassait Cersei, à qui il avait maintes et maintes fois juré un amour éternel.
Bon sang, qu'avait-il fait ?
« Je... je ne peux pas... » bredouilla t-il, catastrophé, en enfilant son pull en vitesse. « Je ne peux pas. »
Il avait besoin d'air. Il quitta l'appartement et dévala les marches de la résidence avant de se précipiter à l'extérieur. Le froid plantait des aiguilles acérées dans sa peau mais il n'en avait cure. A bout de souffle, il se courba en deux, honteux.
« Elle est partie, Jaime ! » s'exclama Addam, des larmes dans la voix, en sortant du bâtiment. « Elle est mariée, maintenant ! Elle ne reviendra pas ! »
Jaime ferma les yeux, résigné. Addam savait. Bien sûr qu'il savait. Il n'avait jamais rien pu lui cacher.
Addam posa une main sur sa joue.
« Je t'aime, Jaime. Je suis amoureux de toi depuis des années. Je peux te rendre heureux, plus qu'elle ne pourra jamais le faire. »
Jaime lui fit doucement lâcher prise. Dans une autre vie, peut-être aurait-il pu l'aimer en retour. Peut-être.
Mais pas dans celle-ci.
« Je suis désolé, » offrit-il sincèrement. « Mais... je ne peux pas abandonner. Je ne peux pas l'abandonner elle. »
Il leva les yeux vers les étoiles, et il lui sembla que le vent s'enroulait autour de lui pour emporter sa prière vers l'éternité.
Il aimait Cersei, et il allait se battre pour la récupérer.
Quelques jours plus tard, alors qu'il était près de minuit, sa jumelle lui téléphona pour lui annoncer que Robert venait de se tuer dans un accident de voiture.
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Tyrion-copie, réprimant un bâillement, franchit les grilles du pensionnat aux côtés de Cersei. Le doux soleil d'automne allumait des reflets dorés dans la chevelure qui ne cesserait jamais de l'émerveiller.
Ce n'était cependant guère suffisant pour lui faire oublier sa nervosité.
« Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée... »
« On va simplement à la bibliothèque, comme on l'a fait des dizaines de fois. »
« Sauf que cette fois, on n'y va pas pour emprunter des livres... »
Cersei était venu le tirer du lit une demi-heure plus tôt. A peine avait-il ouvert les yeux qu'elle lui faisait part de son envie d'enquêter sur son modèle, étonnée par ce qu'elle avait lu dans son carnet.
« Et si ton modèle se rend compte que c'est toi qui as son carnet ? »
« C'est impossible. Et puis, je n'ai pas l'intention de le garder. Il sera bientôt de nouveau en sa possession. »
« D'accord, d'accord... et si Baelish s'aperçoit qu'on fait des recherches sur elle ? Je ne crois pas qu'on ait le droit d'enquêter sur les modèles... »
« Comment est-ce qu'il pourrait le savoir ? La puce qu'on a dans le bras lui indique notre localisation, pas ce qu'on fait exactement. »
Presque sans y penser, il toucha la petite bosse dans le creux de son poignet droit.
« Tu as vraiment réponse à tout, hein ? » soupira t-il.
Cersei s'arrêta soudainement et posa la main sur son épaule.
« Merci d'avoir accepté de m'accompagner, petit frère. Jaime... Jaime n'a pas eu la même réaction quand je lui ai parlé de cette idée. »
Tyrion n'osa pas lui avouer ce qu'il pensait vraiment, à savoir qu'il était plutôt d'accord avec leur frère sur le fait que mener l'enquête sur leurs modèles n'était pas l'idée du siècle, mais il ne pouvait jamais rien refuser à Cersei – il décrocherait littéralement la lune pour elle si elle le lui demandait.
« Je... je t'en prie, » balbutia t-il, se sentant rougir.
Amusée, elle lui offrit un grand sourire et reprit sa route.
A cette heure matinale, la bibliothèque était déserte, d'autant plus qu'on était samedi. Mme Sorren, la bibliothécaire, les accueillit avec chaleur. Tyrion se désintéressa quelques instants de Cersei et s'éloigna pour qu'elle puisse rendre ses livres discrètement. Oh, il n'était pas dupe, il avait compris depuis bien longtemps quel genre d'ouvrages elle empruntait, mais il faisait encore et toujours mine de ne jamais avoir rien remarqué. C'était le jardin secret de sa sœur, et si elle avait choisi de ne pas lui en parler, eh bien elle devait avoir ses raisons.
Longtemps, il s'était imaginé qu'elle finirait par se confier à lui. A présent, il savait que ça n'arriverait pas, parce que dans une semaine, ses étoiles allaient renaître. Une drôle de boule se forma dans sa gorge, et ce fut avec soulagement qu'il vit Cersei le rejoindre.
« Mme Sorren m'a dit qu'on pouvait avoir accès aux archives de certains journaux en ligne. Je pense que ça vaut le coup de creuser. »
Tous deux s'installèrent devant le poste d'ordinateur le plus reculé de la bibliothèque. Tyrion eut la désagréable impression que les yeux de Baelish, ou pire, ceux d'Aerys, le brûlaient.
« Qu'est-ce qu'on cherche, exactement ? »
« Quelque chose qui pourrait expliquer pourquoi mon modèle écrit des contes de fées. »
Elle se connecta au service d'archives proposé par la bibliothèque, puis resta un moment indécise lorsqu'il lui fallut entrer quelque chose dans la barre de recherche. Son regard finit par s'éclairer et ses doigts coururent sur le clavier.
« Cersei Lannister, incendie, Halloween ? » lut Tyrion à voix haute, intrigué.
« Ça n'a peut-être aucun rapport, mais mon modèle m'a dit qu'elle et son Jaime ont failli mourir dans un incendie le soir d'Halloween, quand ils avaient trois ans. »
« Oh... ça a dû être un traumatisme pour eux. »
« Eh bien, figure-toi que non. Ils ne s'en souviennent pas du tout. »
Sa recherche porta ses fruits : quelques articles apparurent dans les résultats. Elle cliqua sur le premier avec une certaine avidité. Il avait paru dans Les Sept Couronnes, le quotidien le plus lu de Westeros, et était daté du 1er novembre 1997.
La maison du magnat des affaires Tywin Lannister part en fumée indiquait le titre. Oubliant ses réticences initiales, Tyrion parcourut rapidement l'article des yeux. L'incendie s'était apparemment déclenché de manière accidentelle et avait mis plusieurs heures à être maîtrisé. Tywin et sa femme Joanna, qui assistaient à un gala de charité, étaient absents de la maison au moment des faits. L'article ne précisait pas s'il y avait eu des victimes.
« Bon, voyons un peu le deuxième... »
Il ne leur apprit rien de plus, tout comme les autres articles que Cersei consulta.
« C'est étrange... il n'y a rien qui est sorti dans la presse dans les jours qui ont suivi. Tywin Lannister est... était quelqu'un d'important. C'est typiquement le genre de personne auquel tout le monde s'intéresse, non ? »
« J'imagine... » répondit Tyrion, qui ne savait pas quoi en penser.
Cersei finit par dénicher un autre article, daté du 23 décembre 1997. Celui-là était issu d'un tabloïd et était accompagné d'une photo : une femme blonde construisait un bonhomme de neige dans un parc avec deux enfants tout aussi blonds.
« Des vacances bien méritées pour Joanna Lannister et ses enfants, » lut Cersei.
Le journaliste qui l'avait rédigé avait un certain talent pour les récits épiques, jugea Tyrion. Il racontait en effet comment Cersei et Jaime, enfants du grand Tywin Lannister, avaient fait preuve d'un courage exemplaire en se cachant dans une armoire alors que leur maison prenait feu et en restant calmes jusqu'à l'arrivée des pompiers, et se félicitait que ces deux anges blonds puissent profiter d'un moment en famille avec leur mère à l'approche de Noël.
« Ça colle avec ce que mon modèle m'a raconté, » admit Cersei, visiblement déçue. « Mais je ne comprends pas comment ils ne peuvent pas s'en souvenir... »
Résignée, elle effaça les mots clés dans la barre de recherche et en entra d'autres. Tyrion perçut une légère réticence dans ses gestes, et comprit pourquoi en lisant ce qu'elle avait tapé.
« Robert, accident, voiture, mort, » murmura t-il.
Cersei lui avait déjà rapporté la façon dont le mari de son modèle était décédé. Ce n'était pas leur Robert, bien sûr, mais quand même... un frisson parcourut le corps de Tyrion.
Leur recherche porta ses fruits et ils n'avaient qu'à faire leur choix parmi les dizaines d'articles qui relataient l'événement – au contraire de l'incendie, il avait visiblement fait les gros titres pendant des jours et des jours. Cersei en choisit un au hasard et tous deux entreprirent de lire son contenu.
Une fin tragique pour le plus puissant associé de Tywin Lannister, disait le titre. Décidément, le père de leurs modèles était partout...
Il est près de minuit ce 6 février 2016 quand un terrible accident se produit à la sortie de la plus grande zone d'activités de Port-Lannis. Robert Baratheon, qui selon nos informations, se rend au casino, perd le contrôle de son véhicule et fonce à pleine vitesse dans une autre voiture. A son bord, Barra Waters, mère de famille de trente-deux ans, et ses deux enfants de respectivement huit et six ans, Gendry et Mya, qui sortaient d'une séance de cinéma et étaient en route pour regagner leur domicile. Tous trois sont décédés sur le coup. Quant à Robert Baratheon, son véhicule a immédiatement pris feu, rendant toute tentative d'assistance impossible.
Son corps, complètement carbonisé, n'a pas pu être analysé afin de déterminer s'il conduisait sous l'effet de l'alcool. Nous avons cherché à rencontrer sa femme, Cersei, qui a refusé de répondre à nos questions ; cependant, son frère Stannis s'est montré plus bavard, déclarant avec mépris que son frère n'était qu'un « stupide ivrogne » et qu'un tel accident « devait bien finir par arriver ».
Tywin Lannister, qui, rappelons-le, s'était récemment associé à Robert Baratheon, n'a pas souhaité faire de commentaire. Certaines rumeurs confirment cependant les propos de Stannis quant au penchant de Robert pour la boisson.
Cet accident laisse derrière lui quatre victimes, deux familles endeuillées et un mystère irrésolu.
Tyrion et Cersei échangèrent un regard. Des étincelles d'excitation brillaient dans les yeux de celle-ci.
« Gendry et Mya... comme les deux enfants héros des histoires de mon modèle. Ça ne peut pas être une coïncidence. »
« C'est peu probable, en effet. »
Les quelques articles qu'ils lurent ensuite leur apprirent quelques détails sordides supplémentaires sur l'état des cadavres des deux pauvres enfants mais aucune autre information utile.
« Bon... » conclut Cersei en éteignant l'ordinateur. « C'était plutôt concluant, comme pêche aux informations, tu ne crois pas ? »
« Si on veut... mais tu ne sais pas pourquoi ton modèle a fait de ces deux enfants les héros de ses contes. »
« Elle se sent peut-être coupable de ne pas avoir assez insisté auprès de son mari pour qu'il ne prenne pas le volant alors qu'il était ivre ? »
Tyrion haussa un sourcil, et Cersei elle-même n'était pas convaincue par ce qu'elle disait.
« Elle ne t'a pas dit que... que Robert-modèle n'était pas un bon mari ? »
Il ne s'épancha pas sur ce que cela impliquait. L'image d'une Cersei couverte de bleus et en larmes lui déchirait le cœur, que ce soit la sienne ou une autre.
« Si... »
« Dans ce cas, je ne pense pas qu'elle aurait ne serait-ce que songé à la retenir... »
« Oui, oui, tu as raison. »
Cersei claqua la langue d'un air agacé, songeant peut-être qu'il lui faudrait de nouveau interroger son modèle si elle voulait avancer dans son enquête.
« On... on devrait peut-être rentrer, tu ne crois pas ? »
L'euphorie de leurs découvertes l'ayant quitté, il craignait de nouveau de subir des représailles de la part de Baelish pour leur petite escapade, ce qui était pourtant stupide. A Hautjardin, on ne punissait pas les pensionnaires dont les étoiles étaient sur le point de renaître. Au contraire, on les applaudissait et on les félicitait d'en avoir si bien pris soin et d'avoir rempli leur mission avec autant de dévotion.
« Oui... on n'apprendra rien de plus ici. »
Alors qu'ils se dirigeaient vers la sortie, Mme Sorren interpella Cersei et lui tendit une brochure – d'après la première page, elle contenait des informations sur l'université de Braavos, à Essos.
« C'est là que se trouve la faculté de médecine la plus prestigieuse au monde, » leur apprit-elle. « Aucune faculté à Westeros ne peut rivaliser, pas même celle de Port-Réal. Pourquoi tu n'essaierais pas d'y postuler, Cersei ? »
Tyrion, à l'image de sa sœur, se tendit aussitôt.
« Je... je ne peux pas, » bredouilla sa sœur.
Terrifiée à l'idée de voir leur secret découvert, elle en perdait ses moyens.
« Pourquoi donc ? »
« Parce que... parce que... »
Parce que leur destin, ce n'était pas de travailler dans des supermarchés, des bureaux ou des hôpitaux, parce que leur destin, ce n'était pas de se marier, de fonder une famille et d'acheter une belle maison, parce que leur destin, ce n'était pas de voyager aux quatre coins du monde et de devenir des explorateurs dans l'âme.
Leur destin à eux était plus noble et plus important, comme on le leur apprenait depuis leur plus jeune âge. Leur destin à eux, c'était de sauver la vie de tous ces humains dont les étoiles étaient mortes, et aucun d'entre eux ne pouvait possiblement en vouloir un autre.
L'étrange rêve que Tyrion avait fait à plusieurs reprises lui revint en mémoire – il pouvait presque sentir les crocs du serpent transpercer sa peau.
« Rien ne vous retient vraiment là-bas, » reprit Madame Sorren avec douceur.
« Que voulez-vous dire ? » répondit Tyrion, alarmé.
« Au pensionnat. Rien ne vous empêche de partir. »
Pendant un court instant, il eut l'étrange impression de dégringoler un escalier sans fin tant son cœur battait fort, presque au point d'exploser dans sa poitrine.
Mme Sorren savait qui ils étaient vraiment. Ce qu'ils étaient vraiment.
« Comment... depuis quand... » balbutia Cersei.
« Presque depuis le début. Je me suis vite aperçue que les informations que vous m'aviez données sur votre fiche d'inscription étaient fausses. Et cette bosse que vous avez dans le creux du poignet droit... »
Tyrion ne savait que répondre. Il avait craint que leur mensonge ne tienne pas la route mais, voyant qu'elle les accueillait toujours avec le sourire, il avait fini par ne plus y penser...
« Tout le monde n'est pas favorable au programme Constellation, » soupira t-elle, l'air triste.
Elle posa la main sur la joue de Cersei, qui sursauta.
« Ils ont fait du bon travail avec vous, » constate t-elle, amère. « Votre prison n'est pas physique, mais mentale. »
Mme Sorren se détourna et, après un dernier regard plein de regrets, s'éloigna et disparut entre les rayonnages. Déboussolés, ils quittèrent la bibliothèque.
Cersei tenait toujours la brochure serrée au creux de son poing lorsqu'ils regagnèrent le pensionnat.
