Salut à tous.
Désolée pour le retard. Dimanche passé, j'étais bien inspirée et je pensais que je terminerai à temps pour mercredi. Et puis il y a eu quelques rebondissement à Fortnite, il y a eu le tout nouveau chapitre 381 tout frais de Hunter x Hunter. (Je parie que Sale Sale ne sera pas présent au prochain banquet). Et donc, je n'étais pas prête pour mercredi soir.
Voici donc le nouveau chapitre. Il est beaucoup plus long que d'habitude, et encore, j'ai supprimé plein de passages et un peu modifié la fin. Je me suis soudainement dit que ce serait plus "magique" de finir sur une scène qui évoque le dessin animé de "la belle et la bête."
Il est question du langage des fleurs dans le chapitre. Pour le message que Kuroro a voulu faire passer, je me suis basée sur les informations du site " langage des fleurs point com ».
Bonne lecture à tous. Le prochain chapitre sera pour début octobre.
Chapitre 8: un terrain d'entente.
« Les aventures du Hunter D. »
C'est le premier livre en langue internationale qu'il m'a été donné de lire, et également le premier livre issus du monde extérieur que j'ai pu découvrir. Mon clan vivait isolé du monde pour plusieurs raisons et la première d'entre elle était que nos pupilles écarlates suscitaient la crainte, la méfiance et la convoitise. Nos ancêtres avaient été traités comme des démons malfaisants ou alors étaient chassés pour leurs yeux comme certains animaux le sont pour leur ivoire ou leurs peau ou plumes. Alors ils ont décidé de rester cachés pour éviter les persécutions. Nous vivions cachés dans la réserve naturelle de Lukuso, dans le pays d'Auvergnia. Un jour que moi et mon cousin Pairo cherchions des champignons dans la forêt, nous avons rencontré une femme blessée. Elle s'est installée dans une grotte et patiemment, nous avons appris à communiquer. Pairo et moi l'avons aidé à guérir de sa jambe cassée. En remerciement, cette femme qui disait s'appeler Sheila nous laissa un livre en langue commune. Armés d'un dictionnaire, Pairo et moi l'avons traduit et avons appris de la même façon la langue internationale.
Le livre parlait d'un jeune homme de 15 ans, connu uniquement sous le surnom de D. . Au début de l'histoire, c'est un garçon normal qui vit dans un village rural classique, mais suite à la chute d'une météorite dans les champs, il se découvre le pouvoir de parler aux animaux. De mystérieux soldats arrivent au village pour emporter la météorite, et quand ils réalisent que D a obtenu cet étrange pouvoir, ils le capturent. Il sera libéré deux jours plus tard par une troupe de jeunes aventuriers qui vont le convaincre d'utiliser ses pouvoirs pour combattre un terrible sorcier qui essaye de conquérir le royaume.
Au cours de ses aventures, D. rencontre plusieurs personnages sympathiques, étonnants, intrigants. Il vit des intrigues amoureuses, dramatiques, de merveilleuses découvertes, des trahisons, des pertes…
Qu'est-ce qui m'a le plus marqué dans l'histoire ? Déjà, je m'identifie énormément à D. Comme moi, D a passé son enfance isolé du monde dans son petit village de montagne, son désir innocent de découvrir le monde. Tout comme moi, il a du vite déchanter et s'endurcir pour survivre dans un monde où toutes les personnes dotées de pouvoir sont soit asservies au sorcier ou exécutées. Cela m'évoque la condition du clan Kuruta. Mes parents m'ont régulièrement expliqué que par le passé, notre clan était persécuté pour nos yeux rouges. Suite à nos victoires contre les vampires, les habitants de la région avaient commencé à changer d'avis. L'association avait voulu utiliser nos talents comme propagande anti-vampire. Malheureusement, tout comme dans le livre, nos ennemis ont cherché à détruire la menace à la racine. La tristement célèbre brigade fantôme a déferlé contre mon village et a tué jusqu'au moindre chat. Tous les membres du clan qui avaient le pouvoir d'Apophis ont eu les yeux arrachés. Ils ont tous été torturés. Il y a une scène pareille dans le livre du Hunter D, mais à moindre échelle. La famille d'un des alliés de D. avait des yeux spéciaux capables d'hypnotiser leurs adversaires. Les sbires du sorcier les ont massacrés et arrachés leurs yeux. D et ses compagnons découvrent horrifiés les cadavres. Lorsque j'ai relu le livre après les événements, je n'ai plus jamais reconsidéré l'histoire de la même façon.
Aujourd'hui, je réalise à quel point D. est naïf et fait trop confiance aux gens qui l'entourent. Le grand twist du livre consiste en le rôle d'agent double de Zélos au sein du groupe et sa trahison qui causera la mort de nombreuses personnes. Quand je pense à tous les moments du livre ou D aurait du se rendre compte que quelque chose clochait avec le personnage, mais qu'il ferme sciemment les yeux car « les amis se font confiance. »
Je ne serais pas aussi naïf. J'ai des amis, mais envers eux, je saurais me montrer prudent, ne serait-ce que pour les protéger de mes secrets et de mes ennemis.
Journal de K. »
Pakunoda avait trouvé une autre personne pour s'occuper des blessures de K. Elle profita du moment où elle lui apportait son repas du soir pour lui présenter l'homme momie que K avait aperçu deux nuits plus tôt. Il s'avéra qu'il n'était pas une momie, mais un Guydondondo, une sorte de sorcier du continent vert. K n'en n'avait jamais rencontré auparavant. Il appartenait à une tribu qui se cachait autant que le clan Kuruta dans la gigantesque jungle qui recouvrait les deux tiers du continent. Il avait lu dans des livres que ces « sorciers » portaient des piercings dès le plus jeune âge pour pouvoir, à l'âge adulte, utiliser les trous formés par ces piercings comme instrument de musiques et invoquer multiples formes de magie, allant de l'invocation des esprits au contrôle de la nature, ainsi que des sorts de soutiens en combat. K était vraiment surprit d'en trouver un au Ryuseï. Cet endroit était une véritable cours des miracles. Bref, le sorcier s'appelait Bonorenof, et il s'y connaissait suffisamment en shamanisme et en plantes médicinales que pour superviser sa guérison. K était toujours très embarrassé de devoir se déshabiller devant ses ennemis, surtout que la plupart de ses blessures étaient dans une zone intime. Mais le sorcier se contenta de les observer sans le toucher. Et il avait l'air de penser que les blessures n'évoluaient pas bien. Il annonça qu'il allait revenir avec un nouveau traitement. Il fit signe à Paku de le suivre en laissant le garçon manger.
K était étonné. Certes, ses blessures continuaient de piquer, mais c'était normal, non ? En y regardant de plus près, non en fait. Il y avait des taches blanches sur les chairs en train de cicatriser. Était-ce une infection ? Il ne lui semblait pas se sentir vraiment mal. Il se rhabilla et mangea. Une demi-heure plus tard, le sorcier Gyudondondo était de retour avec deux bocaux et de nouveaux bandages. Il lui donna les instructions pour appliquer lui-même ses soins. Il devait d'abord désinfecter les plaies avec le contenu du bocal vert et ensuite enduire les bandages du baume contenu dans l'autre bocal et l'appliquer sur les blessures. Rituel à faire toutes les huit heures. K était incroyablement reconnaissant à cet homme de ne pas l'avoir touché et d'avoir ainsi respecté son intimité.
Bonorenof annonça également que le garçon risquait désormais d'avoir des démangeaisons de peau et quelques boutons qu'il ne devait pas gratter. Ils s'en occuperaient plus tard. L'homme annonça qu'il repasserait le soir suivant pour examiner l'évolution des blessures et repartit, sans donner d'autres explications. Il n'était vraiment pas bavard. Cela changeait des autres : cette Machi qui l'avait pris en grippe à défaut de ne pas pouvoir se défouler sur le vampire qui l'avait abandonnée, Pakunoda, Sharnalk et Shizuku qui parlaient définitivement trop… Et cependant… K devait admettre qu'il commençait sérieusement à s'ennuyer. Que faire durant ces interminables journées quand il n'avait personne à qui parler ? Il avait bien commencé à préparer sa corde. Dans la salle de bain, il avait découpé déjà trois robes de sa tante et en avait fait des lanières. Il avait une corde de 5 mètres cachée au sommet du placard de la salle de bain. Il fallait qu'il lui ajoute le double par sécurité.
Le temps passa, il fut neuf heure, puis dix heures, puis onze heures. K pu voir le dirigeable décoller depuis sa fenêtre. Il perdait ainsi sa meilleure chance de fuir. Le garçon en avait assez d'attendre Lucifer à la fenêtre. Il commençait à avoir des crampes. Il finit par se résoudre à aller se coucher, tout en espérant qu'il arriverait à se réveiller si le vampire avait dans l'idée de le surprendre au milieu de la nuit.
Le garçon s'endormit en quelques minutes et ne se réveilla qu'au matin. Son premier réflexe fut de tâter son coup et sa nuque. Pas de traces de morsure. Tous ses vêtements étaient également en place. Le seigneur des vampires n'avait pas profité de la situation à son soulagement. Puis, il vit sur son bureau une pile de vieux livres. Quelqu'un était tout de même entré dans la chambre à son insu. Il s'approcha. Au dessus de la pile, il y avait un vase avec du jasmin jaune ainsi qu'un mot sur une carte de papier recyclé. K dut admettre que l'auteur du mot avait une écriture très élégante.
- « Cher Kurapika. Je suis désolé que nous n'ayons pas pu nous voir cette nuit. J'ai été retenu pour des affaires et quand je suis arrivé dans ta chambre, tu dormais déjà. Pour me faire pardonner, je t'ai apporté une série de livres pour te distraire. Puisque tu as affirmé que ton livre préféré était « les aventure d'Hunter D. », j'ai cherché dans ma bibliothèque des livres qui y ressemblent. J'espère que nous aurons l'occasion d'en parler ce soir.
Kuroro. »
Kurapika jeta la carte dans la cheminée. Il n'y avait plus de bois et le feu était éteint depuis plus d'un jour à présent. Il n'aurait peut-être pas l'occasion de la brûler, mais la symbolique était là. Il regarda ensuite les fleurs placées dans un élégant vase en porcelaine de Kakin (de la période Kyorge, ce qui en faisait un vase très précieux.) Il ne connaissait pas le langage des fleurs, mais il était sûr que Lucifer voulait faire passer un message. Il savait par contre que les vampires adoraient les fleurs qui avaient un puissant parfum et les roses étaient leurs préférées. Il se rappelait qu'au domaine Zaoldyeck, la mère de Kirua portait régulièrement des roses blanches comme ornements sur ses robes et couvre-chefs. Elle avait aussi beaucoup de lys, de camélias, et quand elle portait des kimonos japonais, elle mettait des glycines dans son chignon. Du coup, au domaine Zaoldyeck, il y avait en permanence une équipe de jardiniers qui s'occupaient d'un immense jardin de fleurs et de plantes aromatiques et médicinales. S'il en avait l'occasion, il demanderait à Kirua la signification du cadeau de « jasmin jaune ». Et il se posa alors la question de savoir où Kuroro avait-il trouvé ces fleurs fraîches. Elles semblaient avoir été cueillies à peine quelques heures plus tôt mais K doutait que le sol pollué du Ruyseï aurait pu laisser pousser d'aussi jolies fleurs. Etrange.
Finalement, il examina les livres. Telle ne fut pas sa surprise de voir un volume des « aventures du Hunter D. » en édition originale et dédicacée. A côté, il y avait également d'autres livres très anciens. Il le savait car les feuilles avaient la couleur bleuâtre typique de ce qui se faisait il y a un siècle, avant que les vampires ne débarquent. A cette époque, on ajoutait une composition chimique spéciale dans la pâte des feuilles pour les protéger du vieillissement. Cela avait pour effet d'effectivement empêcher les feuilles de s'effriter, mais elles bleuissaient au bout d'une soixantaine d'années. Au plus les feuilles prenaient la couleur du ciel, au plus le livre était ancien. Il examina les titres. Il y avait plusieurs livres de l'auteur Jules Bernes, « les aventures incroyables du baron Von Munchhaüsen » et un exemplaire du « Récit du voyage du nouveau monde », par Don Freecss, un lointain ancêtre de son ami Gon. Des livres de voyages, d'exploration, débordant de fantaisie et de rêve avant que les vampires ne viennent briser les rêves des humains (mis à part l'œuvre de Don Freecss, qui décrivait le continent originel au-delà du lac Moebius. C'était le seul livre à la connaissance de K qui faisait allusion à la mythologie Kuruta, et si K ne l'avait encore jamais lu, il avait entendu dire qu'il tenait plus du roman de dark fantasy que de celui d'aventure.
K du admettre à sa grande irritation que Lucifer avait visé juste. Il avait adoré ce genre de récits dans son enfance. Et la lecture était sa manière favorite d'occuper ses loisirs… Et à vrai dire, cela faisait si longtemps qu'il n'avait plus relu les aventures du hunter D. …
Quand Pakunoda entra pour lui apporter son petit déjeuné, elle trouva le garçon assis à la fenêtre et déjà plongé dans son roman favori. Elle tenta de lancer une conversation, mais le garçon était tellement absorbé qu'il ne répondit que par des « hmmm, » et des hochements de tête. Elle lui rappela alors juste les indications de Bonorenof concernant ses blessures et le laissa à sa lecture. Une fois seul, K laissa un marque-page dans son « récit du voyage du nouveau monde » et se rendit à la salle de bain pour soigner les blessures. Les taches blanches étaient toujours là, et elles semblaient être plus nombreuses. Il appliqua abondamment le désinfectant puis le cataplasme. Ensuite, il retourna à sa table et reprit sa lecture tout en mangeant.
Quand vint le soir, il avait terminé la lecture du « voyage du nouveau monde ». Quand Bonorenof arriva vers sept heures et demie du soir, il le trouva en train de commencer les aventures fantastiques du baron de Munchhaüsen. Il ré-inspecta les blessures de son patient et déclara d'un ton pas du tout rassurant « c'est bien ce que je craignais ».
K fronça les sourcils. Il demanda au sorcier de développer.
- « Tu as été contaminé par un champignon… Pas étonnant avec toute la pourriture qui traine dans la décharge. »
- « Et donc ? »
Il lui tendit deux flacons verdâtre de deux tailles différentes.
- « Le petit : L'équivalent d'une cuiller à café quatre fois par jour et à jeun jusqu'à disparition des symptômes. Je vais voir pour les onguents. Et pour le grand, tu en verses un peu dans l'eau de ton bain. A faire tous les matins avant de soigner tes blessures. Forcément, tu recevrais un meilleur traitement dans un véritable hôpital pour les humains. Nous n'avons pas leur savoir et leur technologie à la cité de l'Etoile Filante. Je ne sais pas comment convaincre le boss de t'envoyer te soigner à Baïdum. »
Le cœur de K se mit à battre. Le sorcier allait-il essayer de l'aider à quitter la ville ? En tout cas, cette histoire de parasite était un argument à utiliser pour dissuader Lucifer de le toucher.
- « Et tu as une idée de ce que ce truc va me faire ? »
- « Pas la moindre. Et il n'y a pas une seule personne dans la cité de l'étoile filante qui en est capable. »
Ca, ce n'était pas rassurant. Si cela se trouvait, cela donnerait lieu à une variante de la lèpre ou du tétanos.
- « Par mesure de précaution, je te déconseille désormais tout contact physique avec les autres personnes. Et évite d'échanger tes vêtements avec quelqu'un d'autre ou de partager ta vaisselle… ah, et n'utilise pas la même eau du bain, et… »
Bonorenof était définitivement devenu le nouveau meilleur ami de K. Le garçon aurait volontiers sauté dans ses bras pour le remercier. Tant de raisons pour tenir Lucifer à l'écart. Il avait beau être un vampire et ne pas tomber malade, cela ne l'empêchait pas d'être atteint par des parasites de type champignon. Il avait vu pas mal de vampires de bas niveau être infectés d'une façon ou d'une autre. Ils ne se rendaient généralement pas compte immédiatement du problème vu que leur peau cadavérique ne réagissait pas à la douleur. Et vu qu'ils n'avaient plus de système immunitaire, ce genre de problème se développait beaucoup plus vite et de manière beaucoup plus spectaculaire sur leur peau. Ce n'était jamais agréable à regarder. Donc, si Kuroro tenait à sa peau, il ne pourrait pas le forcer à coucher avec lui, ni à partager son cercueil, ni à faire aucune de ces horreurs qu'il avait en tête.
Malheureusement, ce fut à ce moment précis que le seigneur des lieux fit son apparition, affichant le plus grand des sourires.
- « Salut Kurapika. Cette fois-ci personne ne nous empêchera de passer la soirée ensemble ! »
Bonorenof toussa et fit un signe à son chef qu'il y avait justement un sujet qui devait être abordé à l'instant.
Kuroro eut l'air contrarié.
- « Vous vous êtes tous donné le mot, ma parole. Je ne peux plus avoir une seule soirée à moi. Je suis votre esclave du réveil au coucher. »
Kurapika jugea bon de soutenir son nouveau meilleur ami.
- « Cette fois-ci, je te garantis que c'est dans ton intérêt. »
Bonorenof lui expliqua le problème de Kurapika et pressa ce dernier de lui montrer la blessure de son choix. K réfléchit un instant à la partie de son corps qui le compromettrait le moins. Il ne voulait rien montrer au vampire mais ce dernier avait de toute façon déjà tout vu. Il se résigna à montrer une plaie sur sa cuisse gauche. C'était celle où les taches avaient le plus grossi ces derniers temps. Et maintenant qu'il la montrait, il avait l'impression qu'il y en avait d'autres sur sa peau. Il devenait paranoïaque, et il haïssait l'idée de montrer des morceaux aussi intimes de son corps. Tout ceci était humiliant, vraiment. Mais tant que cela dissuadait le vampire de le toucher.
Lucifer n'avait vraiment pas l'air content. Il prit une grande inspiration et posa une main sur l'épaule de K.
- « Ne t'inquiète pas. Nous allons trouver le moyen de te soigner. Et si tu tiens vraiment à te faire soigner dans un hôpital à la pointe de la technologie, tu sais ce que tu as à faire. »
Zut, il ne démordait pas de son idée.
Le vampire lui tendit un long manteau bleu marine en feutre.
- « Couvre-toi, nous sortons ce soir. »
Le cœur du jeune homme se remit à battre. Enfin sortir de cette cage dorée. C'était l'occasion d'étudier les lieux et d'en savoir un peu plus afin de planifier sa fuite. Mais qu'est-ce que son geôlier avait en tête ? Il passa vite la veste sur ses épaules. Elle était chaude et confortable, quoi qu'un peu grande pour lui.
- « Quel est le programme ? » demanda K, un peu méfiant.
- « C'est une surprise, mais je suis sûr que cela va t'intéresser, » répondit le vampire en souriant.
K sursauta quand ce dernier lui saisit la main. Elle était encore plus froide que dans ses souvenirs. Le vampire remarqua qu'il avait mis son invité mal à l'aise.
- « Trop froid ? »
- « Retire ta main avant de te prendre la mienne dans la figure. »
- « Non, j'aime la chaleur de ta main. »
- « Et je déteste le contact de la tienne. Lâche ma main immédiatement ! Et je te rappelle que j'ai cette étrange bactérie qui pourrait bien te contaminer si tu te montres trop collant. »
Le vampire obéit, mais posa ensuite sa main sur l'épaule du garçon.
- « Arrête de me toucher ! » s'écria le garçon.
- « J'essaye de t'aider à te détendre. Ce n'est pas bon, le stress. »
- « Pour que je me calme, il suffit que tu disparaisses de mon champ de vision. »
L'homme aux cheveux noirs soupira et leva les mains au ciel.
- « D'accord, d'accord, je ne te touche plus. Content ? »
Il interpréta le silence de son invité comme un acquiescement.
Il lui fit signe de le suivre. Pour la première fois depuis près de 48 heures, K sortait enfin de sa chambre. A peine dehors, le garçon remarqua le dhampire samouraï assis sur une chaise à quelques pas de la porte. Il n'avait vraiment pas bougé de là depuis la veille ? Le regard du dhampire exprimait toute sa désapprobation du choix de son père et chef, mais il ne bougea pas.
Alors qu'ils marchaient, Lucifer relança la conversation.
- « Alors, est-ce que les livres que je t'ai apporté t'ont plus ? »
K hocha la tête. Il ne voulait pas parler. Il ne voulait pas entrer dans le jeu de son ennemi. Sa stratégie devait certainement consister à essayer de le séduire à l'ancienne, en l'emmenant dans des lieux romantiques ou essayer de lui montrer des choses qui pourraient l'intéresser, trouver des centres d'intérêts communs. Mais ce démon était son pire ennemi. K se devait de venger chaque membre de son clan et il ne deviendrait jamais son ami et encore moins son amant. Il ne tomberait pas dans le panneau.
- « Est-ce que tu connaissais déjà le « récit du voyage vers le nouveau monde » ? »
- « J'en ai entendu parler vaguement. Mais le livre est introuvable de nos jours et personne ne sait vraiment ce dont il parle… »
- « Est-ce que tu as commencé à le lire ? »
K n'avait pas envie de dire qu'il l'avait dévoré en une journée. Il ne voulait pas que Lucifer éprouve la satisfaction d'avoir deviné ses gouts littéraires.
- « Tu es en train de rougir… » constata le vampire.
K se crispa d'avantage.
- « Je. Ne. Rougis. Pas ! »
- « Tu vois, tu es stressé au possible. Détends-toi. Je suis certain tu passerais une merveilleuse soirée si tu ne te forçais pas à jouer à la reine des glaces. »
- « Je ne me force pas, je SUIS une reine des glaces quand je suis en territoire ennemi. »
Là, Lucifer s'arrêta net et pris une grande inspiration. Il saisit K, le plaqua contre un mur et lui saisit le menton pour le fixer droit dans les yeux.
- « Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, tous les membres de la brigade que tu as rencontré jusqu'à présent se tuent à essayer de te faire comprendre qu'ils sont prêts à t'accueillir dans la famille. Un peu de considération pour leurs efforts serait apprécié. C'est quand même pas croyable, tu te comporte plus en fantôme tourmenté que les membres revenants de la Brigade Fantôme. »
Le cœur de K battait à cent à l'heure. Le corps du vampire était si près de lui, son visage à seulement une trentaine de centimètres du sien. Ses yeux étaient noirs comme les ténèbres et pourtant ils brillaient, brillaient… Il se remémorait les doigts du démon sur son corps et l'instant où il était persuadé qu'il allait le souiller. Etrangement, ce n'était pas vraiment de la peur ou du dégoût qu'il ressentait à cet instant. Il n'arrivait pas à définir cette étrange sensation qui parcourait son corps…
Lucifer réalisa qu'il troublait son invité et finit par le lâcher.
- « Mes excuses pour ce petit emportement. Continuons la visite. »
K le suivit, plein d'appréhension. Il admettait qu'il avait peut-être une part de responsabilité dans la soudaine perte de contrôle du vampire, mais il lui semblait tout de même que le démon était beaucoup moins doux et maître de lui qu'il le prétendait.
Lucifer finit par relancer la conversation des livres. K, ne voulant pas énerver à nouveau son hôte, répondit à ses questions. Le « récit du voyage vers le nouveau monde » le laissait perplexe. C'était à ce jour le seul livre au monde qui parlait du continent obscur, cette mystérieuse terre originelle dont les humains avaient été chassés dans les temps bibliques. Les terres décrites dans le livre n'avaient rien du jardin d'Eden décrit dans le livre. C'était plutôt l'enfer. La nature, la faune, la flore, tout y était conçu pour anéantir les humains. Cela correspondait vraiment à la vision du monde dans la mythologie Kuruta. K se demandait si Don Freecss avait connu son clan.
- « Oui, c'est la raison pour laquelle l'église a fait interdire le livre. Je me rappelle encore, quand j'étais adolescent, que des troupes inquisitrices étaient venues incendier la bibliothèque de mon village ainsi que les moines et bibliothécaires qui s'en occupaient à cause de la présence de ce livre. Les inquisiteurs disaient que c'était le livre du diable et qu'il allait attirer le malheur sur toute la population. En détruisant ce lieu corrompu, nous allions redevenir des hommes purs, pour autant que nous faisions acte de repentance, en faisant des dons aux œuvres de l'église, le jeun, actes de service… Un mois plus tard, les vampires attaquaient le village et ma vie a changé pour toujours. »
K ne répondit pas. Parler religion était un sujet sensible qu'il préférait éviter. Les chrétiens revendiquaient détenir la source de la grâce. Depuis le début de la guerre contre les vampires, ils affirmaient que seule la fois dans le seigneur pouvaient donner le pouvoir de repousser les créatures de la nuit. Et en quelques décennies, la sélection avait fait son œuvre, 90% de la civilisation humaine était à présent chrétienne. K avait quelques doutes sur la nature de la grâce mais il ne voulait pas prendre de risques en critiquant la foi catholique.
- « Et penses-tu qu'il y a un lien entre la destruction de la bibliothèque et l'attaque des vampires ? »
- « Ils n'avaient jamais attaqué avant. Et quand les vampires furent là, personne n'avait de pouvoirs assez puissants que pour les repousser. Je n'ai vu aucun inquisiteur ni aucun de leurs paladins pourfendre un vampire. C'était le contraire. Les vampires nous ont forcés à les regarder mourir les uns après les autres. Ce jour-là, j'ai compris que l'église chrétienne nous avait menti depuis le début et qu'ils étaient parfaitement incapables de nous protéger contre la menace. »
- « Et tu le penses toujours après tout ce temps ? Il me semble qu'il y a tout de même de moins en moins de nids… »
- « Et tu t'imagines que c'est grâce à l'Eglise ? Alors que tu écris dans ton journal que les inquisiteurs et les membres du clergé passent leurs temps à mettre des bâtons dans les roues de l'Association et que tu les trouves déconnectés de la réalité ? »
- « Tu es en train d'essayer de me faire dire quelque chose d'hérétique. »
- « Ton journal est un ramassis d'hérésie. Tu n'es même pas chrétien à la base. Tu te sers pourtant merveilleusement bien de la grâce. »
- « J'ai reçu le sacrement du chevalier peut de temps après avoir réussi l'examen d'admission des Hunters. J'ai acquis la grâce après ce sacrement. »
- « Mais pourrais-tu jurer que tu ne le possédais pas avant sans le savoir? »
- « Je ne répondrais plus à aucune question concernant ce sujet. »
Lucifer n'insista pas. Il retourna aux livres. « Lorsque j'ai pris le contrôle du Ryuseï et que j'ai commencé à y mettre de l'ordre, j'ai découvert que certains habitants avaient, au cours des siècles, récupéré beaucoup de livres parmi les déchets. Peu d'habitants savaient lire, mais ils avaient fait un énorme travail pour réparer les livres, les compléter, les archiver… J'ai vite eu envie de développer l'initiative… »
Ils arrivèrent devant une grande porte.
- « Ferme les yeux. »
K lui fit comprendre d'un regard qu'il ne lui faisait pas confiance. Lucifer sourit.
- « C'est juste pour la surprise. Je te dirai quand les rouvrir. »
K finit par obtempérer. Le vampire lui prit la main. Le jeune homme entendit la porte grincer et se sentit guidé à l'intérieur. Il y eu des voix. Il reconnu celles de Sharnalk et de Shizuku-dono.
- « Tu peux regarder, » signala le seigneur des vampires.
K ouvrit les yeux et fut stupéfait. Devant lui se tenait la plus impressionnante et la plus étrange des bibliothèques.
